Feu d'enfer

il y a
2 min
14
lectures
0
Dans ce vieux moulin au bord de la rivière, dans une maison humide, vivaient un couple avec ses deux fils plus l'oncle des enfants, c'est à dire le frère aîné du père. Tous étaient taciturnes, proférant à peine quelques monosyllabes ou acquiesçant de la tête. En fait, une guerre muette régnait depuis des années entre ces cinq personnes. Depuis quand avait-elle commencé ? Nul ne savait ! On comprenait d'emblée que deux clans s'opposaient : d'un côté, la mère et le plus jeune fils ; de l'autre, le père et le fils aîné. Quels ressentiments expliqueraient cette rivalité larvée, constante et croissante. Sûrement, le début de l'inimitié entre frères est né d'une jalousie profonde entre les deux garçons. La préférence d'un parent pour son enfant ? Un problème d'héritage : l'oncle aurait promis des avantages financiers au mari ou à la femme mais déçu il avait changé d'idée et les deux frères se sentaient lésés. Enfin, venir au moulin du Rocher impressionnait. Le souvenir des livres comme Les Hauts de Hurle Vents se présentait systématiquement à l'esprit. Maisons, dépendances, moulin semblaient figés dans l'attente d'une catastrophe. Nul n'aurait été surpris si un meurtre avait été découvert entre ces murs suintant d'humidité. D'ailleurs, les bords de l'Aveyron n'avaient jamais été riants, même l'été. Il se murmurait même que le corps d'une femme décédée avait été découvert. L'enquête de la police avait tourné court. Un mystère de plus stagnait derrière les arbres séculaires, sombres, graves, tristes comme l'était la route mystérieuse qui s'enfonçait dans la châtaigneraie.
Un jour de chaleur étouffante, Marie avait décidé de se faire un peu bronzer le long de la rivière et d'aller se rafraîchir, de temps en temps, dans l'eau. Tout d'un coup, elle sentit une odeur et un crépitement inhabituels : le feu ! Marie se leva d'un bond, enfila ses vêtements pour porter secours. Elle marcha la peur au ventre vers la bâtisse assez délabrée avec du lierre qui s'agrippait dangereusement aux murs, au toit. Sous l'effet de la chaleur, des lauzes étaient cassées, d'autres tombaient. Vite, elle grimpa l'escalier où des mauvaises herbes poussaient dans les moindres interstices. Elle ouvrit la porte qui se dégonda. Dans la salle basse éclairée par l'incendie, un homme sur une chaise attendait. Il se retourna et elle le vit, vieux, maigre. Il lui faisait peur : "venez" lui cria-t-elle. Il ne répondit pas. S'étant placé devant la porte, il l'empêchait de sortir. Elle essaya de crier mais aucun son ne sortait de sa bouche. Elle était prisonnière d'un malade. Sa vie repassa dans sa mémoire : les problèmes de violences conjugales que son ex-mari avait commises, maintenant qu'elle avait divorcé, qu'elle était libre, elle allait mourir dans un incendie ! Sur son portable, elle essaya d'appeler les secours. Les solives commençaient à tomber : pas de réseau, très vite le feu de l'enfer s'amplifia. Finalement, tout fut ravagé.
Un policier Victor tint à enquêter : il retrouva les cadavres calcinés mais pas seulement ceux de Marie et du vieil homme mais aussi des autres membres de cette famille. Les parents et les fils avaient été abattus au fusil de chasse. Victor supposa que pour mettre fin à ses jours, l'oncle avait allumé volontairement le feu. Le mystère de la rivalité entre parents, enfants, oncle subsista !
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,