Fete galante et romance rock n roll

il y a
10 min
2
lectures
0

 Bien entendu, tout commença par un joint. Pour Lucien Lefrais, plus connu sous le nom de Lucifer, le célèbre chanteur de métal, tout commençait toujours par un joint. Pour la musique, par exemple... Cela s'était déroulé cinq ans plus tôt, alors qu'il fêtait son seizième anniversaire avec son ami Ethan, au fond de sa chambre tapissée de posters du groupe Tokyo Hôtel. Dans la pénombre vespérale, il distinguait à peine la profuse chevelure teinte en bleue de son ami d'enfance, son visage diaphane, son regard espiègle, mais la lueur du briquet auréola de flammes le joint comme s'il se fut agit d'un saint Graal, d'une relique sacrée revendiquée par quelque infernale divinité...
-C'est du cannabis, lui avait fièrement déclaré Ethan, un sourire béat aux lèvres. Quand on m'en a proposé, je me suis dit comme ça que j'allais le garder pour une grande occasion, genre... Ton anniversaire. Ça te tente? On se le partage?
–        Carrément!
Alors, baignés de fumée verte, de fumée rouge, de fumée bleue, de fumée jaune, ils avaient rêvé. Ils avaient rêvés d'orgies sublimes au bord de la plage. Ils avaient rêvés de mets délicieux, de femmes somptueuses. Ils avaient rêvés de festivités autrement plus glorieuses qu'au fond d'une chambre miteuse... Mais surtout, ils avaient rêvé d'associer les talents d'Ethan qui excellait à la guitare électrique et la voix d'or de Lucien. Une voix si douce, si mélodieuse, si splendidement gracile que souvent au téléphone les démarcheurs le nommaient «mademoiselle», portant à son comble son irritation, hérissant presque davantage sur son crâne ses longs cheveux noirs. Ils avaient rêvés... et aujourd'hui rassemblaient des milliers, des millions, des billions de fans. Dans un premier temps, Lucien avait éclaté de rire:
–        Sérieux, tu imagines un chanteur de métal avec un prénom has been digne de mon arrière grand-père?!
Ils s'étaient donc mis en devoir de lui trouver un pseudonyme... Qu'aujourd'hui scandent d'euphoriques foules incontrôlables. Lucifer, L'ange de Lumière séducteur irrésistible attirant vers le plus ténébreux des univers...
 
            En effet, Lucien se sentait à présent basculé dans un inexpiable gouffre d'obscurité. En cinq printemps, le succès qui hier ressemblait à la plus fantasmagorique des féeries était devenu aux yeux de chacun une chose acquise. En cinq printemps, les foules hurlantes l'avaient mille fois récompensé pour ses innombrables nuits sans sommeil à travailler ses textes, créer des effets spéciaux, répéter en musique, répéter en solo, répéter en public... Mais après cinq printemps, qu'adviendrait-il s'il décevait leurs attentes,  souffrait lors d'un concert d'une extinction de voix due à l’exténuation, ou, pire, s'il ne parvenait soudain plus à tenir la note juste? Si, du jour au lendemain, il devenait sourd ou aphone? Que se produirait-il si, soudain, il manquait d'inspiration et que ses textes ne plaisaient plus guère? Accablé, atterré, éreinté, il sentait ses épaules ployer sous une pression plus pesante que la voûte céleste. Comment soutenir cette pression humainement insoutenable? Ici se dissimule la faiblesse de l'homme idolâtré à l'instar d'un dieu de chaire et d'os: Lucien fumait. Il fuma le cannabis, puis l'opium... puis essaya la cocaïne... puis quelques autres poudres rares et précieuses achetés à prix d'or grâce à l'argent  amassé lors de leurs tournées. Il se procurait ces produits par l’intermédiaire de Tony, son puissant garde du corps à la peau aussi noire que l’ébène.
 
-He, mec! s'écria ce jour-là Tony alors que Lucien s'écroulait dans sa loge après quarante-huit heures sans fermer l’œil et trois heures de show enfiévré, hurlant voluptueusement à la lune à l'instar d'un lycanthrope. Ça n'a pas l'air d'aller. Pourtant, tu as a de quoi être fier: c'était Gé-nial, je t'assure! Écoute les gens crier ton nom! J'ai encore du éconduire cinq demandes en mariage , dont trois pour toi et deux pour Ethan, mec! Vous avez tout déchiré!
-Tu n'aurais pas plutôt une dose, un truc puissant? Sinon je risque de ne pas pouvoir me produire demain soir, pour cause d'agonie...
Sur ce, Lucifer vomit allègrement et souilla ses chaussures avec la toute la grâce et la distinction dont ne se  départissent jamais les stars internationales.  Devant ses yeux les murs tanguaient, sous ses pieds le plancher tremblait.
-Je vais chercher une éponge soupira Tony, et un doliprane. Tu devrais t'allonger, si tu te sens malade, tu as vraiment une drôle de tête...
Pâle, le visage cerné, semblant plus frêle et famélique que jamais, Lucifer s'assit sur le sol.
–        D'accord... Je vais voir avec ton comptable pour rembourser les billets de demain soir, ne t'inquiète pas, mec, va te reposer. Je vais prévenir Ethan...
Le garde du corps commençait à compatir quand l'artiste eu un sursaut de détermination:
-Non, trancha-t-il, nous n'en sommes pas là. J'avais juste besoin de vomir et d'un joint. Tu aurais ça pour moi? Quelque chose qui dope...
-Hum... Je ne sais pas si c'est conseillé dans ton état...
-Quoi, mon «état»?! Je ne suis pas une femme enceinte, quand même..
Tony se retint de sourire: Je vais voir ce que j'ai... Mais, surtout, allonge-toi, pour le moment.
 
Une minute s'écoula. Puis deux. Puis un quart d'heure. Le garde du corps ne reparaissait pas. Où donc était-il? Avait-il oublié son joint, tout occupé à repousser d'autres groupies? Les nauséabondes effluves de régurgitation ne faisaient qu'accroître son malaise, mais il se sentait trop affaibli pour se lever. C'est alors qu'il aperçut, à quelques centimètres de lui, un objet appartenant à son robuste protecteur. Des protéines. Des protéines en poudre. Peut-être que mêlées au fond de teint que voici...
 
            -Le piano qui baise une main frêle /Luit dans le soir rose et gris vaguement/ Tandis qu'avec un aérien.. Hum? Un très léger. Un très léger bruit d'aile...
Une voix aussi précieuse que le cristal et aussi puissante que le chêne, une voix enchanteresse récite des vers ensorceleurs. Je suis mort, songe Lucifer, c'est la musique du paradis... Dans un état semi-comateux, il avait mêlé les protéines à diverses poudres de maquillage, roulé l'ensemble dans une page arrachée à un quelconque magasine people. Dans un effort suprême, il parvient à ouvrir ses paupières douloureuses... puis les referme aussitôt. C'est bien le paradis, constate-il.
-Un air bien vieux, bien faible et bien charmant/ Rôde discret, épeuré quasiment/ Dans le boudoir longtemps parfumé d'elle...
L'angélique quidam qui compose peu à peu ce chant magnifique se trouve assis devant un bureau orné de précieuses dorures et les note sur un calepin avec une plume trempée dans un pot d'encre. Il porte une sorte de culotte bouffante sur des bas de soies d'une splendide teinte dorée ainsi qu'une chemise assortie. Comme un homme du dix-neuvième siècle, il est coiffé d'une perruque immaculée qui encadre magnifiquement son visage aussi gracieux que celui d'une statue grecque. Étendu sur un lit à baldaquin décoré de dentelles surannées, Lucien se serait cru au beau milieu du décor d'une pièce de théâtre se déroulant sous le Second Empire.
-Mais... Attend un peu! S'écrie-t-il soudain. Qu'est-ce que je fous au paradis, avec tout ce que je blasphème?! Je suis Lucifer, bordel!
 
Le jeune poète face à lui sursaute, laissant choir sa plume.
–        Ah! Parfait, vous êtes donc réveillé, mon jeune ami.Vous excuserez certainement mon audace, je  vous aie fait transporter jusque dans mes appartements personnels, bien plus confortables certainement que le sol rugueux ou vous risquiez d'être mille fois piétiné et malmené. En effet, vous ayant trouvé sommeillant sur le pas de ma porte, j'ai pensé que vous vous sentiriez plus à votre aise dans un lit véritable. De surcroît, je dois avouer que j'ai été délicieusement séduit par votre vêture fort osée, et si différente de ce que l'on voit d'ordinaire.. Mais, que disiez-vous donc?
–        Ma «vêture fort osée»? relève Lucifer, vaguement vexé. Et que faîtes-vous en costume du dix-neuvième??
L'homme hésite un instant, perplexe.
-Du dix-neuvième? Peut-être qu'après tout vous devriez vous reposer encore un peu... Nous sommes en 1869, rappelez-vous, mon ami. Je me nomme Paul Verlaine, et je vis de mes vers. Seriez-vous assez aimable, pour me donner votre nom? Soyez sans crainte, vous me paraissez si charmant que je vous pardonnerai sans peine un léger outrage dû manifestement à votre réveil difficile.
Lucien rougit malgré lui sous le compliment d'un quidam au visage si élégant.
–        Je m'appelle Lucif... Lucien. Appelez-moi comme vous voulez...
–         
1869? Serait-ce possible? Le mélange de poudre me fit-il... Voyager dans le temps?
-Je... Je trouve vos vers magnifiques...
Il ne parvint plus à articuler le moindre mot, frappé de stupeur lorsque Paul Verlaine lui sourit, son visage délicat irradiant soudain une lumière plus profuse encore que celle de l' Astre du Jour.
–        S'il vous plaît tellement, prenez-le, je vous offre ce modeste fragment. Tout est dans l'émotion, et l'expression des sentiments les plus intimes, les plus profonds... Mais peut-être écrivez-vous aussi Lucien?
 
Lucien mit quelques secondes avant de pouvoir répondre, subjugué par le contacte brûlant et doux des doigts de Verlaine. Il se sentait voluptueusement fondre à l'instar du chocolat au soleil...
–        Hum... En quelque sorte, j'écris des... Des chansons... Mais pas aussi belles.
–        Merveilleux! Vous m'en montrerez quelques extraits. Avez-vous dîné? Désirez-vus que je vous fasse monter quelque chose?
Quel rapport entre le dîner et les chansons? Quel homme fascinant!
–        Dîné? J'ai dîné..?! Il était bien en peine de s'en ressouvenir. Non, merci, ça ira.
 
 
Aussi noirs et étincelants que l'obsidienne, les yeux de Verlaine le subjuguaient. Le poète, devinant son trouble si aisément perceptible, le couvait d'un regard attendri.
-Bien... peut-être désirez-vous que je vous montre mon domaine, afin de vous promener un peu, ou bien préférerez-vous reposer davantage? J'imagine, que vous ne tiendrez guère à narrer par quelles frasques vous avez échoué sur le pas de ma porte...
-Oui, enfin non... Enfin, je veux bien visiter... Votre domaine.
Péniblement, Lucifer se leva. Il suivit le virtuose rimeur dans une immense bibliothèque tapissée du sol au plafond de volumes aux reliures précieuses.
 
–        Vous les avez tous lus? S’enquit-il naïvement.
–        Non, pas encore hélas! S'amusa son hôte. Certainement ma vie entière ne suffira-elle pas à parcourir tant de passionnante littérature. Mais j'apprécie grandement de me reposer en ce havre de culture. De toutes les pièces, la bibliothèque reste celle que je chéris le plus.
Portant à son paroxysme son vertige plus capiteux qu'un bain de liqueur, il lui montra ensuite les salles de réceptions, les salons, les innombrables chambres, les jardins. Impressionné, Lucien apprécia fortement la douceur de la brise vespérale sur son visage enflammé.
 
-Je suis en train de prendre feu...
Si possible, il rougit davantage encore: Il vient de penser tout haut.
-Magnifique métaphore, en effet, vous me semblez plus bouleversant qu'une comète incandescente sur ce fond de crépuscule, mon bel ami, murmure Verlaine. Dés le premier instant j'ai su que vous deviez être un poète remarquable...
Subitement, le chirurgien à la blanche perruque approcha ses lèvres aussi pourpres que les fraises de celles de Lucifer et l'étreignit dans le plus savoureux des baisers, aussi délectable qu'un exquis fruit gorgé de jus et de jouissance. Jamais le garçon n'avait éprouvé de si parfaite plénitude. De bonheur, il ferma les paupières... Et sentit de l'eau gelé ruisseler sur son visage.
 
            -Mec, réveille-toi, criait Ethan. Il est quatre heures du matin, il faut rentrer, si on veut être sur place pour show de demain soir!
-Mais... Verlaine?!
-Verlaine... Ethan secoua tristement la tête, mi-amusé mi-irrité, agitant sa chevelure bleue. Tu as fumé quoi cette fois? Allez, je te laisse reprendre tes esprits, mon pote. Je te retrouve dans la caravane.
Un Rêve, un bad trip... C'était juste un bad trip...Mais lorsqu'il ouvrit les doigts, le jeune chanteur trouva une feuille portant ces mots plus précieux que l'or:
Le piano qui baise une main frêle /Luit dans le soir rose et gris vaguement/ Tandis qu'avec  un très léger bruit d'aile...
Son cœur alors s'emplit de joie, et l'espoir se répandit en ses veines à l'instar de la sève lubrifiant du chêne les frondaisons. Une énergie nouvelle l'habita dès lors.
 
            Le lendemain, le show fut plus triomphal que jamais, et durant plusieurs semaines, Lucien se montra d'une humeur particulièrement allègre et productive, offrant aux fans des morceaux aussi inédits qu'hypnotiques. Cependant, les jours passèrent. Les semaines passèrent. Les mois passèrent... Et il commença à se languir de ne pouvoir rencontrer à nouveau l'élu de son cœur. Il avait acheté l'ensemble des œuvres de Verlaine en édition poche ET pléiade, avait appris par cœur sa biographie... Mais rêvait d'un nouveau baiser plus enivrant que tous les narcotiques, ou juste d'un nouveau sourire plus lumineux que tous les astres. Malheureusement, presque deux siècles les séparaient...
 
Un soir, il décida alors de retenter l'expérience. Il s'empara du pot de protéine et de quelques cosmétiques, d'une page de magazine, d'un briquet.
Quelle ne fut pas sa joie lorsqu'à travers l'épaisse fumée kaléidoscopique il ouvrit les paupières! Autour de lui, la loge obscure s'était à nouveau volatilisée, laissant place à une immense bibliothèque fleurant les onéreuses reliures d'or et la sagesse antique. Il retint un cri d’allégresse: L'étrange expérience avait à nouveau fonctionné! Le cœur battant à un rythme effréné, il entreprit de se frayer un chemin entre les étagères en quête de la porte donnant sur le vaste hall. Ensuite, il arpenterait le manoir jusqu'à retrouver Verlaine. De son indicible euphorie, pas un instant il ne songea que le poète pourrait l'interroger sur la cause de sa présence à l'intérieur du domaine.
 
Volume scientifiques, tragédies, comédies, traités philosophiques... Soudain, au détour d'une allée il les vit. Vivement, Lucien recula et se dissimula dans le renfoncement, stupéfait: face à lui, deux jeunes hommes s'embrassaient fougueusement dans une étreinte passionnée que chaque seconde dénudait davantage de sa chasteté. Quel lieu incongru pour pareils ébats! Sous la perruque aussi pâle et raffinée que le sable fin ornant un vaste estran, il reconnut l'oreille à la parfaite spirale de coquillage exotique. Cette silhouette élancée, cette impeccable vêture dorée... Sans nul doute possible, l'un d'eux était Verlaine. Qui était son compagnon? Sans doute cette impétueuse crinière léonine et ce menton volontaire appartenaient-ils à Arthur Rimbaud, qui, d'après les livres fut un temps l'amant de Verlaine...
 
«D'après les livres»... Certes, Lucifer connaissait ce fait historique qui, inscrit noir sur blanc ne lui causait nulle peine. Rien ne pouvait lui ôter ce baiser si délicieux, ce regard si affectueux... Comme il avait été naïf! A l'instar d'une collégienne vivant son premier amour, il s'était stupidement imaginé avoir autant marqué l'esprit du poète que ce dernier avait marqué le sien, lui inspirant une inénarrable plénitude. Hélas! Il réalisait face à ce couple si manifestement éperdu de passion l'étendue de son erreur. En effet, qu'avait-il été sinon un être de passage, une brève apparition, une fugitive ombre incertaine, un éphémère caprice? S'il surgissait à l'instant, l’Élu de son cœur ne se ressouviendrait sûrement même pas son nom! A l'inverse de Rimbaud, il n'était pas un homme du dix-neuvième siècle. Même si l'improbable mélange de poudre lui permettait de nouveaux voyages temporels, voire de nouvelles étreintes toujours plus envoûtantes, hypnotiques, capiteuses, jamais il ne pourrait goûter une véritable relation avec cet homme d'une autre ère. Quel malheur! Il n'était pas un homme du dix-neuvième siècle... Mais était-il davantage un homme du vingt-et-unième siècle? Sans cesse la pression, l'angoisse de décevoir son public le rongeait, et seul le baiser de Verlaine lui avait permis  ces derniers jours de se lever le matin (à quinze heures du matin en vérité). Terrassé, abattu, désespéré, Lucifer se recroquevilla sur lui même tandis que sur son visage cerné coulaient des larmes noircies par le fard à paupière ténébreux. Il songea à embrasser la Suprême Faucheuse. Ne pourrait-il absorber assez de somnifères pour revivre l'éternité durant le doux baiser qui l'avait tant ému, pour ignorer à jamais la déception qu'il éprouvait présentement? Il réfréna un rire cynique: Si fumer du mascara et des protéines ne  m'a pas tué, je dois être immunisé, ou avoir une malchance sans nom! Peu importe le produit que je choisirai pour en finir, je risque fort de me rater... Placidement, Lucien attendit alors que l'effet de la drogue s'estompe, et qu'à nouveau il regagne son époque. Si j’agis dans cet état, ne risquerais-je de survivre?
 
            Lorsque, le crâne douloureux et les mains encore chargées du livre auquel, de désespoir, il s'était agrippé sans y prendre garde, il s'éveilla sur le sol de sa loge, sa décision était prise. Il n'accorda qu'un vague regard à l'ouvrage: une tragédie amoureuse, manifestement. Quelle ironie! Lui qui prisait fort peu se type de mièvrerie, le cœur d'ordinaire aussi hier encore aussi froid qu'un glaçon... Comme ce temps lui paraissait lointain! D'un autre coté, comme le siècle de Verlaine lui paraissait proche! Égaré, il n'appartenait plus à aucune époque, flottant dans une zone de transit. Comme les âmes des Morts dans la mythologie grecque, qui attendent que le passeur, Charon, les transporte aux Enfers, sur l'autre rive de L'Achéron... Dans une zone de transit. Cette fois, Lucien ne retint pas son rire,qui envahit l'espace et se répercuta contre les murs, malsains, cruels, monstrueux. Un rire sans joie, blasé, hystérique. Un rire inextinguible et inepte. Un rire dément. D'une main assurée, il s'empara de l'opinel toujours dissimulé dans sa poche. Il plaça lentement la lame sur son poignet dénudé... Et, de toutes ses forces trancha ses veines et les liens le retenant en cette vie si vaine. Il hurla de douleur tandis que son bras lui semblait s'enflammer et que le sang ruisselait abondamment. Pourtant, pour s'assurer de ne pas manquer la tache qu'il s'était assigné, il glissa ensuite la lame salvatrice et meurtrière tout contre sa carotide... qu'il transperça avec davantage encore de violence , mû par la rage que lui inspirait ce monde absurde. Peu, à peu, son corps se vidait de ses forces en même temps que de son sang. Toutefois, la souffrance physique ne lui importait plus, car le souvenir de l'éclatant sourire de Verlaine réchauffait son âme à l'instar d'un astre mille fois plus lumineux que le Disque Solaire.
            De cette manière la nuit tomba sur la carrière du célébrissime Lucifer  qui s'éteignit dans un pourpre océan pareil à un ruisseau de liqueur. Pour que le rêve ne s'arrête pas.

0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,