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Festin pour Lucilia Caesar

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rudy

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Je viens juste d'ouvrir les yeux lorsqu'une mouche descend, elle ne se presse pas... Tout comme mon cerveau qui ne semble pas très prompt à se réveiller. « Encore une soirée bien arrosée » pensai-je. J’esquisse un sourire en imaginant une nouvelle fille à mes côtés. Va vraiment falloir que je me cherche une relation stable plutôt que ces conquêtes d’un soir. Ce lit est vraiment inconfortable.
J’entends le bourdonnement de plusieurs mouches, tandis que l’unes d’elle venait d’accoster sur mon torse. J’essaie de faire un geste de la main pour la chasser, mais je m’aperçois que mes bras restent immobiles. Ils refusent de m’obéir.
Mes yeux commencent à découvrir les détails de la pièce qui m’entoure, tout comme un appareil photo qui ferait le point avant d’avoir une image nette. Je prends peur lorsque je m’aperçois que je ne suis pas dans mon loft. L’absence de l’odeur caractéristique de la cigarette aurait déjà dû m’alerter. Les murs ne possèdent aucun poster. Ni Muse ni Coldplay ne viennent donner une âme à cette pièce complètement stérile. Juste des dizaines et des dizaines de casiers.
« Où suis-je ? Putain ! » La peur cède place à la panique, j’essaye de gigoter dans tous les sens. Impossible de déplacer mon corps. Je m’aperçois que je suis entièrement entravé et nu. Je continue d’analyser l’endroit en tournant la tête à m’en tordre le cou. Mon sang se fige. Je viens enfin de comprendre où je me trouve. Ces casiers ne servent pas à ranger des fichiers. Oh non, loin de là. L’odeur de chloroforme, la température extrêmement basse. Je viens de comprendre à quoi servent ces putains de casiers. Je suis dans une chambre froide. Dans une foutue chambre froide. Je crie. De toutes mes forces. Je prie. Un peu, honteusement, car je sollicite mon Seigneur uniquement dans les coups durs. J’espère qu’IL ne m’en tiendra pas rigueur, sinon je ne sortirai pas d’ici...
Mes hurlements et mes gesticulations perturbent les mouches. Elles paniquent, virevoltent dans tous les sens, leurs bourdonnements me donnent mal à la tête. Je me trouve sur une table d’autopsie. Des gouttes de sueurs, des larmes ?, roulent sur mes joues. Un des insectes volants en profite pour venir me butiner. Son corps doré m’éblouit. Tandis que sa trompe aspire une partie de moi, ses gros yeux me fixent intensément. Ses pattes se frottent l’une contre l’autre un peu comme un vieux pervers après avoir vu une jeune fille passer dans la rue.
Tandis que je continue de crier, un bruit se fait entendre. Des bruits de pas dans un escalier. Tintement de clefs. Les mouches cessent leurs ballets incessants. Comme si elles avaient flairé le piège, compris qu’un danger s’approchait. Je déglutis. Une porte s’ouvre. De là où je me trouve, je ne peux voir qu’une ombre noire. Telle la faucheuse, l’ombre reste droite. Je me sens humilié, entièrement nu face à.... Cette chose. « Comment en suis-je arrivé là ?! » L’inconnue s’avance, sa voix douce et posée me glace encore plus le sang. Car je n’étais pas en face de quelqu’un en proie à la folie. La femme ; car au son de la voix, j’ai bien compris que c’en était une ; était tout ce qu’il y a de plus calme.
— Alors bien dormit Bruce ? Tu sais ce qu’on dit des mouches ? Qu’elles aiment butiner la merde !
L’ultime insecte qui était resté sur moi prend son envol, et à l’image de cette dernière, c’est à ce moment-là que mon cerveau se réveille enfin et que mes pensées prennent de la hauteur, pour exaucer mon souhait. « Comment en suis-je arrivé là ?! » Il faut remonter 24h en arrière.
♠♠♠♠♠♠♠♠

— Allooo Bruce !!!! Ici la terre !!!!
Je cligne plusieurs fois des yeux. Je regarde la jeune femme assise en face de moi. Je crois avoir rougi en voyant son décolleté aussi vertigineux que l’Everest.
— Désolé ma belle ! répondis-je. J’ai eu une absence.
— Ce n’est pas grave ! dit-elle tout en sortant une Marlboro de son petit sac à main. Elle pose délicatement sa cigarette sur le bord des lèvres, avec autant de concentration qu’un enfant accrochant une étoile sur son sapin de Noël. Tandis qu’elle doit s’y reprendre plusieurs fois avant de réussir à allumer son poison mortel, elle continue :
— Tu sais ce que je kiffe encore plus que cette merde ? Me demande-t-elle en mettant le bout incandescent de sa cigarette juste sous mon nez.
J’allais répondre quelque chose, mais visiblement, c’était une question rhétorique.
— Tes fossettes lorsque tu souris.
Nous étions assis à la terrasse d’un café. Du bout de son pied, elle me caresse le mien.
J’ai rencontré cette fille il y a deux jours. Nous étions sur le même quai, attendant le même train. Elle n’avait plus de batterie sur son Smartphone et m’avait demandé mon portable pour pouvoir appeler quelqu’un. Voilà comment elle avait atterri dans mes filets. Une chose en entraînant une autre nous nous étions donné rendez-vous dans ce bar situé sur le port de la plus belle ville de France, Marseille.
Je venais de finir une journée de travail des plus épuisante. Je suis expert comptable, je vous épargne les détails ronflants de mon job. Mon boulot consiste la plupart du temps à baiser ma secrétaire, tandis qu’elle s’agrippe à mon bureau, je me place derrière elle et... Enfin, je ne vais pas vous faire un dessin. Puis si la secrétaire est indisposée, je vais chercher parmi les stagiaires du premier étage. C’est fou ce que les femmes sont prêtes à faire quand on leur propose un hypothétique CDI. Ne me regardez pas avec cet air-là. Je sais qu’à vos yeux, je mérite d’être vilipendé. Mais moi, je dirais plutôt que je suis un Don Juan, un Roméo ou un Casanova. Ce n’est pas du tout l’avis de mon ex qui disait de moi que j’étais un connard, un salopard ou encore un moins que rien. Enfin bon, moi, je n’ai jamais forcé une fille. Si elles disent non, j’ai toute une série de solutions pour réussir à leur faire baisser leurs petites culottes. Outre mon physique avantageux, mes fossettes, mes yeux bleu ciel, je suis plutôt grand de taille et ma musculature sans être ; Dwayne Johnson ; plaît aux femmes. Il faut avouer que je porte très bien mes 35 ans. Je suis aussi quelqu’un de très à l’aise avec les gens, et ma faculté à parler aisément pousse la gent féminine à me faire confiance. Et pour les dernières réfractaires, l’alcool est un coup de pouce supplémentaire, auquel il m’est déjà arrivé de rajouter un petit quelque chose pour être sûr de ne pas être repoussé.
Je pense qu’avec la jolie brune qui se trouve en face de moi, nul besoin d’artifice supplémentaire. Je ne sais plus comment elle s’appelle, après tout, j’en ai rien à foutre de son nom. Faut dire aussi qu’elle n’arrête pas de parler depuis tout à l’heure. Tout ce que je veux, c’est l’allonger sur mon lit et me répandre en elle. Je hoche la tête tout en souriant pour lui faire croire que je l’écoute, alors que je l’imagine déjà à genoux en face de moi...
Après plus d’une heure de monologue, je décide qu’il est l’heure de tendre une perche pour l’emmener chez moi. Elle rigole. Ses joues sont rougies par l’alcool. Trois verres de mojito en moins de 60 minutes, ça fait mal. Elle se met debout pour mettre sa veste, elle tangue un peu. Je souris intérieurement, avec elle, ça va être facile. Peut-être un peu trop. De tout temps, l’homme a toujours dominé les femmes. Que ce soit à des fins sexuelles ou non. De nos jours, c’est encore le cas. Que ce soit, le patron sur son employée. L’homme envers une future conquête, ou le mari avec sa femme. Pour le mâle, rien n’est plus lénifiant que la domination.
C’est donc avec grand plaisir que nous partons bras dessus, bras dessous en direction de mon domicile, situé à deux pas du vieux port et du théâtre la Criée. Je serre les dents et peste intérieurement lorsque deux fois, j’ai tenté d’aventurer ma main dans les profondeurs de ses reins, et à chaque fois, je l’ai entendu dire :
— Vilain Bruce !!! Moi qui te prenais pour un gentleman ! Tout en faisant reprendre de l’altitude à mes cinq doigts.
Une fois la porte de mon loft franchie , je ferme à double tour. Elle est prise au piège. Tandis qu’elle me tourne le dos pour regarder ma bibliothèque, je me plaque contre elle, nos corps s’entrechoquent, plusieurs livres tombent sur le sol. Là aussi, elle s’extirpe de mon étreinte et me lance :
— Bruce arrête... Je crois qu’il y a eu un malentendu.
Je sors de mes gonds.
— Un malentendu ??!! Putain, tu croyais quoi ?! Qu’on allait jouer au Scrabble ?!
J’ai chaud, et j’ai mal au cœur. J’enlève ma chemise, pour montrer mon torse puissant et intimider la femme en face de moi.
— Bruce, je voulais qu’on y aille doucement. Pardon si tu as mal interprété mes signaux, mais...
J’essaye de me calmer. J’ai des vertiges. Tout en touchant les murs, je me dirige vers la cuisine. Elle reste dans le salon. Je parle fort pour qu’elle m’entende. Des gouttes de sueur tombent de mon front.
— Tu veux un dernier verre avant d’y aller ? Excuse-moi de m’être emporté.
Faut que j’essaye de la remettre en confiance. J’entends qu’elle me répond oui. Mes oreilles bourdonnent. Mais qu’est-ce qui m’arrive putain ?!. J’arrive tant bien que mal à rajouter du Rohypnol dans son verre. Avec ça, aucun malentendu ma belle... Je vais te labourer toute la nuit. Je retourne dans le salon en sifflant.
-Tiens voilà ton ve...
Je ne termine pas ma phrase. Un vertige encore plus puissant que les autres me terrasse. Je trébuche. Je suis genoux à terre. Les deux verres me lâchent des mains et se brisent en mille morceaux au contact du sol.
Mon invitée s’approche doucement de moi.
— Pauuuvre Bruce, tellement préoccupé à vouloir me saouler que tu n’as même pas fait attention que c’est MOI qui t’ai drogué. On va passer une excellente nuit !!!
Elle part dans un rire gras. Elle caresse ma joue. Dépose un tendre baiser sur mes lèvres. J’ai l’impression que tout tourne autour de moi désormais. Je la vois s’équiper d’un poing américain, elle dit à mon attention :
— Quel dommage d’abîmer une si belle gueule !
Je voudrais bouger, mais j’ai l’impression que mes membres sont cimentés à la moquette. Au contact de son poing, je sens mon nez qui craque, comme si, une branche se cassait. Je m’évanouis.

♠♠♠♠♠♠♠♠

Voilà tout ce dont je me souviens. Alors que je suis toujours attaché sur la table d’autopsie, elle répète :
— Alors bien dormit Bruce ?
— Putain, mais qui êtes-vous bordel ?! Je vais appeler la police !!!
— Bruce... Bruce... Bruce... dit-elle tout en tournant autour de moi. Elle allume une Marlboro et me dit tout en crachant la fumée par le nez.
— Tu sais, hier au bar, j’ai vraiment passé un bon moment, tu es séduisant, intelligent et tu as confiance en toi. Dommage que tu sois un détraqué sexuel.
J’allais protester, mais elle écrase sa cigarette sur mon sexe. Je cris de douleur, elle plaque ses mains sur ma bouche et dit :
— Si toi, tu ne te souviens pas de moi, moi, je ne t’ai jamais oublié Bruce... Il y a dix ans de ça. On était encore à la Fac. J’étais blonde à l’époque. Pendant une soirée étudiante, avec ton pote Steeve, vous m’avez fait boire et vous m’avez ramené chez moi. Mais vous ne vous êtes pas contentés de me déposer... Vous avez abusé de moi. Malgré mes supplications, malgré mes pleurs. Plusieurs fois. Chacun votre tour. Chacun de vos coups de hanche étaient comme un poignard qui s’enfonçait en moi. J’avais le cœur en miettes. Le corps en lambeaux. Vous m’avez dissuadé d’en parler, car comme vous l’avez dit « Qui croira une putain comme toi ? » Alors vous m’avez laissée gisante sur le sol. Elle relâche sa main de ma bouche et continue de tourner autour de moi comme le ferait un vautour avant de fondre sur sa proie, elle poursuit son récit :
— Je saignais beaucoup. En bas surtout... Mes organes génitaux ont subi trop de dégât, outre le fait que vous m’avez détruite en tant que personne, vous avez aussi réussi à me détruire en tant que mère. Tu sais ce qui est drôle ? J’étais en première année de médecine, et grâce à vous, j’ai choisi la spécialité que je voulais faire. Je suis médecin légiste mon chéri... Ce soir, je rétablis l’ordre. Je vais commencer par détruire tes organes génitaux et je te laisserais te vider de ton sang. Comme tu l’as fait avec moi. Mais je t’en prie, ne crie pas trop fort, Steeve est dans la pièce d’à côté, je ne voudrais pas que ce soit toi qui le réveilles.
Elle se penche sur moi, d’une main elle tient mon sexe, de l’autre un scalpel. Je l’entends dire avec un sourire désarmant :
— Les mouches vont adorer se nourrir de la merde que tu es.
Je tourne de l’œil lorsque la lame s’acharne sur la base de ma virilité....

♠♠♠♠♠♠♠♠

Je viens juste d'ouvrir les yeux lorsqu'une mouche descend, elle ne se presse pas... Une voix douce et féminine arrive jusqu’à moi :
-Alors, bien dormit Steeve ?

PRIX

Image de Automne 19
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Image de Mireille.bosq
Mireille.bosq · il y a
Récit détaillé d'une double descente en enfer. Fantasmé et cruel+5 si l'écriture vous laisse du temps, venez faire un tour par chez moi...
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Sandrine Michel · il y a
Un festin bien sanguinolent, un très bon thriller
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Samia.mbodong · il y a
Sacrée histoire de vengeance. Avec toute la rage que l’on souhaite à ce genre de chose.
La description de l’homme telle une caricature de salopard fini qu’on peut en croiser réussit à nous rendre cette femme presque sympathique.
Bravo et merci je soutiens.

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rudy · il y a
Lool oui faut toujours se méfier de la vengeance d'une femme!

En tout cas content de vous avoir embarqué dans mon univers.

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Chantal Sourire · il y a
Un texte noir et rouge sang, je vote !
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rudy · il y a
Merci beaucoup Chantal!! :)
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AndyMars · il y a
Bravo
On retrouve la malice de votre roman...

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rudy · il y a
Bonsoir,
Merci Andy et content de croiser un lecteur de "doux leurre"

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