Faustine, moldue à Poudlard

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Cassandra, 13 ans, grande fan d'Harry Potter et d'écriture, grande dévoreuse de livres  [+]

Comme d'habitude, mon train était en retard. Comme d'habitude, je m'apprêtais à m'adosser à la barrière séparant les voies huit et neuf, lorsque je remarquais qu'une famille de rouquins y était installée. En soupirant, je m'approchais donc de la barrière séparant les voies neuf et dix. Je tirais ma valise vers moi et la posais près de moi, avant de m'appuyer contre la barrière. Et là, surprise ! Il n'y avait rien derrière moi ! Je tombais donc sur les fesses au milieu des voyageurs étonnés. Une fille s'approcha de moi et m'aida à me relever.

— Salut ! Je m'appelle Carrie ! Tu es là pour la rentrée ?

Ah ! C'était une élève de mon internat !

— Moi c'est Faustine, lui répondis-je, et tu as raison ! Toi aussi ?
— Ben oui, Poudlard ça a l'air trop cool, pas vrai ?
— Euh... oui... super cool.

Je ne comprenais rien ! Carrie était-elle dingue ? Alors que j'attendais un TGV, un vieux train, comme dans Harry Potter, entre en gare. Soudain, je remarquais un symbole sur la locomotive. Poudlard... Ce blason... Le train... J'étais dans Harry Potter ! Persuadée qu'il s'agissait du tournage d'un nouveau film, je montais dans le train à la suite de Carrie, toute contente de passer à la télé. Les décors paraissaient si réels... Je songeais à féliciter le réalisateur pour son travail. Je cherchais donc les caméramans des yeux... Il n'y en avait pas ! Lorsque Carrie sortit sa baguette pour me montrer un tour de magie, je compris. Il n'y avait pas de caméra ! Pour la simple et bonne raison que ce n'était pas un film ! C'était un rêve, en fait ! Je me pinçais, m'attendant à me réveiller d'une minute à l'autre. Mais lorsque je me réveillais devant une gare, je dus me rendre à l'évidence : j'étais vraiment à Poudlard. Complètement sonnée, je descendis du train. Carrie ne m'avait pas attendue. Pourtant, elle paraissait si contente de me rencontrer ! J'aperçus alors ses cheveux blonds, entourés d'un truc noir. Mais que faisait-elle, enroulée dans un sac poubelle ? En m'approchant un peu, je remarquais que c'était en fait une personne vêtue d'une robe noire. Vu la silhouette, ce ne pouvait être qu'un homme. Attendez... Depuis quand les hommes portaient-ils des robes ? Un garçon portant un uniforme tout brûlé hurla :

— Une attaque de mages noirs !

Des mages noirs ? Mince alors, on était dans Harry Potter, et il fallait en plus qu'il y ait des mages noirs ! Ça n'allait pas du tout ! Je m'élançai et courus après le mage, pour récupérer mon amie, qui, elle, avait une baguette. Je me faufilai dans un buisson, près d'une rangée de diligences tirées par... rien. Enfin, par des Sombrals, je le savais, puisque j'avais vu les films Harry Potter. J'attrapai une pierre et, dès que le mage passa, portant toujours Carrie, je lui lançai la pierre. Cela rata. La pierre passa à un mètre de lui. Alors, je lui sautai dessus et le rouai de coups. Il lâcha Carrie et se tourna vers moi. Ça alors ! C'était Neville Londubat ! Adulte !

— Alors comme ça, vous êtes passé du mauvais côté ! m'exclamai-je, Alors que vous aviez si bien combattu au Ministère !

Il me regarda d'un air ahuri.

— Quoi ? s'étonna-t-il. (Il parut comprendre) Mais non, c'est une mise en scène pour que Miss Potter vienne dans le bureau de la directrice. Vous n'avez qu'à venir aussi, Miss...
Brown, complétai-je, Faustine Brown.

Je le suivis jusqu'au château, puis jusqu'à la gargouille de pierre masquant le bureau du directeur, où il me demanda d'attendre. Je m'assis par terre. Le sol de pierre était froid et dur, mais j'aurais très bien pu m'endormir, tellement je m'ennuyais. Enfin, Carrie ressortit, l'air complètement perdue. Je me levai en vitesse et fit mine de m'intéresser à la gargouille de pierre.

— Qu'est-ce qu'elle a dit ?

Elle leva les yeux vers moi et je vis ses grands yeux noisettes s'emplir de larmes.

— C'est mon père... Il... Il n'est plus de ce monde.
— Il est mort, traduisis-je sans aucun tact.

Je regrettai immédiatement mes paroles car Carrie s'effondra sur moi en pleurant. Oups. Je la soutins jusqu'à la Grande Salle et la poussai légèrement lorsque la directrice appela son nom. Elle se laissa tomber sur le tabouret, et ses yeux rougis disparurent un instant sous le Choixpeau trop grand. Évidemment, on ne m'appela pas. Aussi, je me fis aussi discrète que possible et suivis Carrie dans la Salle Commune de Serpentard. Oui, une Potter à Serpentard. Je n'étais pas sûre qu'elle ait bien compris que c'était sa maison, mais je ne lui dis rien, de peur de la faire pleurer de nouveau, à cause de mon manque de tact. Je la tirai dans le dortoir, aussi sombre que le reste de la Salle Commune, et la déposai sur un lit libre. Je la serrai dans mes bras, compatissante, et nous restâmes ainsi durant un bon bout de temps. Lorsque les occupantes du dortoir remontèrent, elles nous déposèrent une assiette de sandwichs. Elles avaient sûrement appris la nouvelle. L'une d'elles prêta même son mouchoir à mon amie. J'étais soulagée de ne pas rencontrer de monstres ou de vrais mages noirs. A vrai dire, en apprenant que j'étais dans Harry Potter, je croyais que j'allais devoir combattre Voldemort (ce qui était idiot puisqu'il était bel et bien mort). A peine avais-je pensé cela que la préfète (une certaine Angela Flint) est entré dans la pièce en criant :

— Le château est attaqué !

On se précipita vers la sortie en se bousculant, sous les cris indignés de la préfète qui tentait de nous raisonner. Il était trop tard, nous étions déjà toutes dehors. Lorsque j'arrivai enfin (je ne cours pas très vite), elle avait terminé le traditionnel monologue diabolique et avait commencé à lancer des sortilèges dans toutes les directions. Je me cachai derrière un arbre de la Forêt Interdite, espérant que personne ne me remarquerait. Mais une femme vêtue d'une longue cape noire surgit dans mon dos et me lança un Stupéfix. Je ne pus me défendre, étant moldue, et me retrouvai figée à la vue de tous. Dès lors que la sorcière fut partie, Carrie me rejoignit et me libéra. Ses yeux étaient à présent remplis de détermination. Elle me prit par le bras et courut vers le village voisin, Pré-au-Lard. Je tentai de me dégager, mais elle me poussa dans le train, qui était revenu pour récupérer les élèves, et nous nous cachâmes sous un siège, sans bruit, attendant le départ du train. Des élèves entrèrent, toutes maisons confondues. Certains se soutenaient, d'autres se tenaient la main, et nous virent même un Gryffondor et une Serpentard se faire un câlin. Carrie ne parut pas s'en étonner. Apparemment, tout avait beaucoup changé depuis l'époque de son père. Nous sortîmes de notre cachette et nous assîmes l'une en face de l'autre. Le train s'ébranla.

Lorsque le train entra dans la gare de King's Cross, Carrie et moi descendîmes, main dans la main. Une femme aux cheveux roux se précipita vers mon amie et la serra dans ses bras.

— Oh, chérie, s'exclama-t-elle, sa voix tremblant légèrement, j'ai eu si peur !
— Moi aussi, Maman, j'ai eu peur de ne plus jamais te voir, sanglota Carrie.

La rousse parut me remarquer et se présenta :

— Ginny Weasley, annonça-t-elle en me tendant une main que je serrai, joueuse de Quiddich.

Bien sûr, je savais tout cela, puisque j'avais lu Harry Potter, mais je n'avais jamais fait le rapprochement entre Carrie et Ginny !

— Faustine Thompson, moldue.
— Comment... ? Comment sais-tu pour... nous ? me demanda-t-elle, intriguée.
— J'ai lu tous les « Harry Potter » au moins deux fois, répondis-je fièrement.

Elle vacilla à l'évocation de son mari mais se reprit et hocha la tête.

— Tu peux venir chez nous, si tu veux, me proposa-t-elle gentiment.
— Oui, merci ! Je devrais être en cours dans mon internat, là, mais comme j'ai cru que le Poudlard Express était le nouveau train... Je n'ai plus qu'à attendre les vacances.

Elle nous tendit un bras à chacune et transplana dans un « crac » sonore. Le Terrier était magnifique. Molly Weasley nous accueillit chaleureusement. Elle était exactement comme dans les livres, à quelques cheveux blancs près. Je la saluai poliment et lui adressai mon plus beau sourire. Elle me rendit mon sourire, mais en légèrement plus triste. Logique, elle avait perdu celui qu'elle considérait comme son fils. Et elle ne s'était sûrement pas remise de la mort de Fred. Nous entrâmes et vîmes Georges passer, caché derrière une pile de cartons marqués du logo de « Weasley, Farces pour Sorciers Facétieux ». Il nous adressa un sourire, posa ses cartons et se précipita vers nous pour serrer sa nièce dans ses bras.

— Alors, Carrie, ça va ?
— Comme ça peut aller dans un moment comme celui-là.

Le roux parut se contenter de cette réponse car il hocha la tête d'un air grave et reprit ses cartons.

— Georges a perdu toute sa joie de vivre lors du départ de Fred, remarqua Ginny. Il se reconstruit peu à peu, mais c'est difficile.

Je ne fis pas de commentaire et préférai hocher la tête, comme l'avait fait Georges quelques secondes auparavant. J'avais appris à me taire, depuis que Carrie avait éclaté en sanglots par ma faute. Molly nous conduisit dans la chambre de Carrie tandis que Ginny discutait avec son frère Georges. C'était une très jolie chambre, peinte en bleu pâle, décorée de poster des Harpies de Holyhead, l'équipe de Quiddich dans laquelle jouait Ginny, et de Christina Moldubec, la fille de Celestina, ancienne chanteuse sorcière à la retraite. Je sursautai lorsqu'un deuxième lit apparu à côté de celui en bois clair qui appartenait à mon amie. Je m'étirai et déposai mes maigres bagages (deux paquets de chewing-gums et trois élastiques à cheveux, pour être plus précise) sur le bureau de Carrie avant de descendre pour dîner. Molly était toujours aussi bonne cuisinière. Elle nous prépara une délicieuse soupe à l'oignon. Tout le monde adora, mais je fus la seule à le dire. Les autres étaient encore en période de deuil. Je fis la connaissance de Bill, Fleur, leurs enfants Victoire, Dominique et Louis, Charlie, Percy, sa femme Audrey, ses deux filles Molly II et Lucy, Angelina, Fred II, Roxane (la femme et les enfants de Fred), Ron, Hermione, Rose, Hugo, James, Albus et Lily. Je me levai en même temps que Carrie et on monta dans sa chambre pour dormir.

J'ouvris les yeux. Il me fallut quelques secondes pour m'habituer à la lumière du jour qui entrait par ma fenêtre ouverte, rendant Carrie éblouissante. Elle portait un plateau-repas sur lequel était posé un copieux petit déjeuner. Elle me le tendit et s'assit à côté de moi, sur mon lit. Je souris et me redressai avant de commencer à manger. Elle repoussa une mèche de cheveux blonds derrière son oreille et me regarda d'un air attendrit, un petit sourire aux lèvres. Ses yeux noisette étincelaient de joie.

— Bien dormi ? Me demanda-t-elle, sans cesser de sourire.
— Impeccable, répondis-je en la prenant dans mes bras.

Elle me serra très fort contre elle et déposa un baiser sur ma joue. Je bus une gorgée de chocolat chaud et poursuivit :

— J'ai rêvé de mon premier jour à Poudlard.
— Le jour où on est devenu meilleures amies ?

Je souris à mon tour et prit une bouchée de tartine beurrée avant de répondre :

— Exactement, chérie.

Chérie. C'était l'un des nombreux surnoms que nous nous donnions, avec « ma belle » et « my BFF ». Ils dataient tous de l'époque de Poudlard. Car j'y étais restée, bien que je sois moldue. Chaque année, à la rentrée, je m'adossais à la barrière séparant les voies neuf et dix et je me retrouvais dans un monde différent. Je la retrouvais, nous parlions durant des heures, je suivais même les cours, observant juste les autres durant la partie pratique. J'avais passés mes BUSEs, puis mes ASPICs, et je travaillai dans une boutique où Carrie était libraire. Chez Fleury et Bott. On vivait ensemble au Terrier. Molly était décédée et nous nous étions soutenues mutuellement. Vint le tour d'Arthur. Il légua sa voiture volante à Georges qui l'utilisait chaque jour pour aller travailler. Il préparait tranquillement sa retraite et aidait Ginny et Ron pour la leur qui devait venir après la sienne. Ginny vivait seule au 12, square Grimmault. Enfin, plus depuis que Georges avait emménagé avec elle. Carrie était heureuse, alors moi aussi. Dans notre appartement, au-dessus de la librairie, nous étions coupées du monde. C'était peut-être pour ça qu'aucun garçon n'avait jamais été intéressé par nous à Poudlard, puis aucun homme à la librairie. Mais cela ne nous dérangeait pas. Au contraire, nous étions bien tranquilles, toutes les deux.

– Et dire que rien n'a changé entre nous, depuis nos onze ans.

Elle avait raison. Rien n'avait changé.



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