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<< Fanta >> Épisode 7: La résignation de Fanta

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Le jour suivant dans la maison de Daclado, il ne se sentait plus l'objet d'un entretien idéal. L'attention générale a été portée sur Fanta.

« Elle m'inquiète, disait sa mère à ses enfants. Vous avez bien la chance d'être des garçons dans notre monde d'aujourd'hui. J'envie des natures comme les vôtres.

— Votre père est un peu surmené, il travaille: c'est vrai; mais à croire qu'il peut aussi mettre la vie de Fanta en danger, me déçoit tellement...»

Sam et Serge haussaient les épaules à même le temps, et ne se demandaient pas à comprendre ce que marmonnait Marie à soi-seule:

« Il n'est pas malade, mais c'est certain qu'il souffre mentalement. »

Madame Daclado répéta :

— Voilà maintenant, il vient d'empoisonner l'existence de ma fille; il n'y a pas que les coiffeurs qui puissent assumer le devoir de la responsabilité familiale. Oui, il y a tout de même les femmes...

— C'est jeudi : pourquoi des salades au citron? Fit le coiffeur en traversant le salon.

— Il te faut un régime rapide...
— Qu'en sais-tu ?
— Pourquoi ne consultes-tu pas un psychologue ?

— Arrête tes bêtises Marie, ne vois-tu pas que tu as fait peur à tout le monde? Hier encore, je ne sais plus qui m'avait demandé: « Mais qu'a donc votre épouse ? » tu devrais changer de comportement...

Et Marie déclarait sur un ton mélancolique :

— C'est notre avis à tous: tu devrais consulter un docteur dans l'immédiat.

— Un médecin ne me dira rien que je ne connais point. Mais enfin, pourquoi veux-tu que je sois malade?

— Tu ne vois pas que tu as démoralisé notre Fanta... Elle est couchée depuis hier, refusant de se nourrir...

— Beh voilà, c'est plutôt elle, la vraie malade, tu ne trouves pas...?

Marie avait l'impression indiscutable que c'était de la folie, et rien ne pouvait la faire changer d'avis.

— Ma fille n'a point besoin de tout ça. Elle est tout simplement dépassée par tes décisions insensées...

— Et bien Marie, qu'elle aille se plaindre là où bon lui semble...

— Tu crois que je vais rester indifférente?

— Je t'informe aussi, je ne renoncerai jamais à cette promesse.

— Comme si Fanta n'est pas ma propre fille, mon propre sang! Que les hommes sont méchants...

Elle entourait le coiffeur de regards plus harcelants que les premiers. Après quoi, Daclado se versa une tasse de thé et marmonnait sur un ton autoritaire :

— Tu vois bien ma pauvre Marie, Fanta doit se marier dans deux ou trois mois. J'ai déjà dit à Elhadji Ousseini d'apporter la dot, la semaine prochaine...

Marie avait les larmes aux yeux ; elle se releva et regagna la chambre de sa fille. Au même moment, on entendait dans le couloir du salon, Serge qui criait:

— Rends-moi mon jouet... Oh, rends-moi ma camionnette...

— C'est pas pour toi, c'est à moi que papa avait amené ça à la maison. Lui répéta Sam.

— Taisez-vous ! Intervint Daclado. Désormais, je ne veux plus vous entendre vous chamailler de la sorte, vous m'entendez ? Jamais... Plus jamais...

Les deux enfants se précipitèrent convenablement dans leur chambre commune. Trente minutes plus tard, le coiffeur repartit à son lieu de travail où plusieurs clients l'attendaient d'ailleurs.

À l'intérieur de la chambre qu'occupait Fanta, dégageait ce jour-là, une odeur assez nectar. Elle était étalée sur le grand lit où un drap l'enveloppa jusqu'à la hauteur des seins. Elle était déprimée et épuisée. Elle arrivait à peine d'ouvrir ses yeux qui étaient à mi-clos.

Maintes fois, elle était gagnée par un léger sommeil à travers lequel, elle réalisait les images romantiques de Karim. En fin de compte, elle se réveilla tremblante de déception et de dépression.

Sam et Serge la taquinaient à plusieurs reprises dans l'intention de la voir sourire; mais elle restait indifférente à leurs blagues habituelles.

« Pourquoi elle est dans cette situation? Fit le petit Sam. Elle aurait dû nous prévenir, n'est-ce-pas Serge? »

— Ah oui! Ce n'est pas normal du tout, nous sommes encore ses petits frères...

— Alors Serge, qu'en dis-tu pour une partie de squetch?

— Et oui... C'est ça Sam, mettons-nous en position vite.

— Je jouerai, au cas où je ne bougerai pas de mon lit. Murmura finalement Fanta.

— Et non... Et non... Fit Sam qui essayait de la tirer des bras.

— Tu sais bien que nous ne t'écouterons point. Reprit Serge. Tu crois que nous ne grandissons pas? Ça alors!

— Écoute ma chérie, intervint Marie. Tu dois faire ce que tes frères te conseillent; sinon ils ne te laisseront jamais tranquille...

— Mais... Maman, tu ne trouves pas qu'ils exagèrent un peu...?

— Bien sûr que non ma fille, ils essayent simplement de t'aider...

Sam s'assit à ses côtés, tout en ne la quittant pas des yeux, il lui signala:

— Nous te promettons à présent de très bien jouer nos rôles, Fanta...

— Tu peux nous croire, avança Serge. De toute façon, nous sommes tes alliés de toujours.

La jeune Fanta se releva et se débarrassa de sa couverture qui cachait depuis son jeune corps séduisant.

— D'accord, je me résigne, dit-elle. Mais je vous préviens, gare à celui qui ne jouera pas bien son rôle.

Avec sa robe de nuit transparente qui laissait désirer sa forme ondulante, Fanta rejoignit l'équipe qui était déjà en place. Marie sentit de toute son âme, un extrême soulagement. Elle les regardait tous trois avec stupéfaction.

Voilà le moment tant attendu, se disait-elle intérieur. Marie avait tenté, à maintes reprises, pour qu'elle change d'opinion. Mais, à chaque fois, elle s'est heurtée à une étrangère.

Depuis un bout de temps, elle ne reconnaissait plus cette fille qui, jadis lui souriait ou l'embrassait à chaque rencontre. La dernière fois, Fanta avait exigé la présence de Karim à ses côtés, mais Marie s'y était opposée, dans l'intention de ne pas encore compliquer la situation. Peut-être que c'était le premier contact amer entre elles. Dès lors, la jeune fille s'était enfermée dans sa chambre, refusant d'adresser la parole à quiconque.

Marie aussi, n'oublierait jamais l'intervention de Sam et Serge, sinon les choses auraient pu s'empirer davantage. Cependant, ça aurait créé un véritable scandale à travers Goroubery.

Parfois, il faut oser démasquer l'impossible afin de trouver solution dans une affaire complexe.

Déjà la rumeur se propageait dans toute la contrée. Les langues mauvaises ont trouvé de quoi chialler dans les foyers. Partout, au bord du lac, à la place publique, dans les jardins, on entendait:

« Fanta va se marier avec Elhadji Ousseini. »

Même les tout petits se la racontaient lors de leurs jeux habituels. L'histoire de Fanta et Elhadji, en un mot de la petite famille du coiffeur, s'affichait quotidiennement dans les differents habitats du coin.

On aurait dû créer un journal pour ça; ainsi on pourrait informer les gens des faits. De fois, quand elle passait, ou lorsqu'elle se baladait, de chuchotements se faisaient entendre.

Elle est devenue dorénavant la cible du débat. Chacun voulait trouver quoi dire sur cette affaire, même si toute connaissance parfaite de la chose, était absente.
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