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<< Fanta>> Épisode 4: Une rencontre inattendue

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Le dimanche suivant faisait place au jour de marché de Goroubery, la merveilleuse contrée. Le marché aux légumes délicieux tout simplement. Il est enveloppé d'un immense toit de bâches qui viennent ambiancer hebdomadairement le coin.

Ce fameux jour où le ciel noircit les lieux avec ses nuages déjà prometteurs d'une pluie diluvienne, le tout venait envelopper ce peuple ignorant de son innocence.

Très tôt le matin, Fanta s'apprêta soigneusement et emprunta ce fabuleux tronçon menant directement au marché.

Ce dimanche là, elle portait un joli pantalon, cousu à l'Européen; ça faisait désirer sa splendide silhouette au nez acquilin.

— Tu veux bien, tâche de revenir très vite, d'accord ma beauté ?
— Bien-sûr Mama, je serai de retour à temps, compte tenu du mauvais moment...

Les femmes de ce coin sont aussi déterminées par leur vive participation au sein de cette activité rentable pour l'ensemble de la populace de Goroubery. Partout, la contrée se préparait tant bien que mal à s'y rendre. Dans les ruelles, les petits enfants s'affairaient déjà sur leurs jeux habituels.

Fanta, panier en main, se dirigeait convenablement vers le carrefour, afin de faire la cargaison de la semaine à venir. Elle prit soin de ne point prêter attention aux regards des hommes surtout, qui se retournaient sur son passage.

Trente minutes plustard, voilà Fanta qui se pointait devant les marchands et marchandes, ceux-là même qui t'accueillaient sans arrière pensée. Au même moment, on entendait à travers foule:

— Bonjour Fanta, que voulez-vous acheter?
— Je voudrais m'en procurer d'oignons, de concombres aussi. En avez-vous d'autres bananes plus grandes que celles-ci ?
— Bien sûr ma jolie, il ya aussi des mangues, les greffées et les ordinaires. Et les melons de la dernière cueillette sont aussi présentes, si vous voulez?
— Pourquoi pas, de toute façon, je suis ici pour m'offrir la contre semaine, donc il vous faudra m'établir la liste complète de tout ce qu'il ya comme fruits et légumes...

Tout en discutant avec son marchand habituel, Fanta aperçut par un clin d'œil, à l'autre coin de la rue, son amour infernal. Karim et Bachir étaient restés bavarder sur les directives à mener, concernant leur comité exécutif scolaire. Tous deux étaient aussi gentlemen, qu'il soit.

Après ses multiples achats, la fille de Daclado décida de rejoindre majestueusement le clan mystérieux.

Subitement, elle apporta plus de précision sur sa chevelure abondante.

Un véhicule du genre Mercedez, garé à proximité, faisait entendre une musique douce par coïncidence. Aussitôt à la hauteur du groupe, elle rentra sans plus tarder:

— Karim, je dois te parler de certaines choses qui me hantent ces derniers moments. Tu ne m'en veux pas qu'en même ?

Tous deux la regardèrent en guise de stupéfaction.
— Ne te fais pas des idées derrière la tête. Beh, soyons sûrs définitivement, qu'est-ce qui ne va pas au juste?
Bachir dut s'éclipser, croyant savoir les conséquences fatales de ce type de discussion. Il prit soin de ne pas relever sa disparition, dans l'intention de ne point les déranger.

— Il s'agit des choses, les plus ignobles de la vie. Je suis dépassée par des événements que ma volonté ne peut aucunement contrôler.
— Tu veux bien, fit Karim, ne sois pas affolée, ma Fanta. Et...tu le sais très bien, tu as un mec sur lequel tu peux compter, donc ne sois pas nerveuse, okay?

— Je viens d'être proposée en mariage à un vieil homme...dont je ne sais absolument rien de ses origines...

Pour digérer ce genre de paroles, l'individu se voyait d'avance au cœur d'une poubelle qu'on jettera hors du coin. Et l'affaire est dans le sac.

Le jeune homme s'est tu un moment donné, pour pouvoir mieux modérer la tension qui remontait ses veines. Après avoir allumé une clope, ensuite la câlinant avec ses yeux marrons, Karim continua finalement:

— Je crois fermement que l'ignorance mène à la diversité...
— Pourquoi dis-tu cela, Karim ?
— Du moment que nous ne pouvions pas réaliser des projets essentiels sans autant se heurter à la puissante autorité de nos parents, nous sommes perdus à jamais...
— Quant-à-moi, précisa Fanta, je ne désire pas qu'un autre homme me touche, si ce n'est pas toi, mon cheval doré.

L'atmosphère semblait plutôt calme et tendue. Karim et Fanta étaient restés à l'ombre d'un beau bâtiment en pierres, joliment orné par des dessins artistiques. Aussi impeccables qu'ils paraissaient, à croire un seul instant que tous ces beaux regards disparaîtront un jour ou l'autre. Parfois, le monde est si cruel et envoûtant, dans la mesure où un simple soufflement de vent, suffit pour balayer tout ce que l'on construisit des années auparavant.

Avec sa barbe naissante de ses vingt-cinq ans d'emblée, Karim faisait beau gosse de taille. Il venait d'allumer une autre clope qu'il eusse puisé somptueusement d'une boîte à cuire se trouvant entre ses mains très claires.

— Écoute Fanta, la vie est pleine de mystères pour ceux-là qui la prennent au sérieux. Et si je comptais à tes yeux, tu m'aurait prévenu bien avant...
— Mais, mon amour, que de fois ai-je senti en moi le désir de me fondre en toi ! Tu sais Karim, parfois le silence explique mieux les détails en locurence des paroles qui nous sont insaisissables.
— Comprends-moi, ma douce! Aussi intelligente que tu es, je te crois fermement. Rassure-toi tout de même, je ne tolérai jamais si on t'accuse faussement.
— Merci bien, j'en prends acte, l'essentiel est de concevoir un jour propice pour se voir en groupe.
— Fanta, s'il m'arrive quoi que ce soit, un jour ou l'autre, ne m'en voudrais point, okay?

En ces mots, la coquette fille le fixa avec ses yeux séduisants pendant un bout de temps. Lui, de sa part, prit sa main entre la sienne et la caressa tout bonnement. Ils restèrent ainsi, comme si l'autre monde n'existait plus, ou bien faisaient-ils semblant de le nier.

Quand le soleil sonnait le midi, Fanta décida de rentrer. C'est alors que Karim la retenait ainsi:

— Tu connais le journal hebdo dont je t'avais parlé la fois dernière? Ce journal auquel j'ai adressé un télégramme le mois dernier, te souviens-tu non?
— Oui, oui, si j'ai bonne mémoire, ça doit être Canal News ou bien?
— Et bien, rien que la semaine passée, j'ai reçu une lettre de la part du directeur de sa publication...

Au même moment, il fit sortir de sa poche droite du pantalon, un papier peu froissé. Il le tendit précieusement à Fanta qui l'observait stupéfaite. La jeune fille l'ouvrit et la lut sans tarder :

<< cher confère,

Suite aux suggestions et remarques dont nous avions faites, concernant votre article. Nous avions jugé utile de vous compter parmi nos plus précieux collaborateurs. Pour ce faire, nous continuerez de nous écrire, afin que nous puissions discuter harmonieusement des problèmes minant notre société actuelle...>>

M.Nadaré

Elle remit la fameuse lettre à Karim qui l'empocha aussitôt. Avec un geste classique et modeste, il l'embrassa sur la joue pour mieux la rassurer.

— Tu sais, cette nouvelle me va droit au cœur. Lâcha Fanta, après profonde inspiration. Et alors?
— Quoi?
Elle avait retrouvé son calme qui demeure son arme fatale.
— Quel est le programme? L'interrogea-t-elle.
— Bon...de prime à bord, je dois leur fournir le plein d'articles... Ensuite eux de leur côté, me couvriront de billets, les liasses quoi...
— Tu as mieux à proposer?
— Oui...raison pour laquelle, je multiplie mes recherches sans relâche, jour et nuit.

Le fabuleux garçon alluma encore une cigarette. C'était toujours le même type élégant et précis, avec dans toute sa personne une attitude nonchalante.

— Tu m'aimes, Fanta?
— Bien sûr Karim! Pourquoi cette question ?
— Parce-que je t'aime et je ne veux point te perdre.

Une seconde d'hésitation, puis courageusement elle a lâché :

— Si tu veux l'amour, je peux t'en donner... Mais à croire un seul instant que mon père m'eusse promise à ce type, me déçoit tellement...
— Écoute, garde espoir... On finirait par trouver de remède à tout cela. Essayons, c'est la meilleure manière de vérifier...
— Essayons... Hum...mais comment faire?
— Ne t'en fais pas, je saurai comment y procéder...

Trois vielles dames étrangères les regardèrent indifféremment. Elles étaient peintes comme des jouets.

C'ést alors que Fanta détacha de son poignet droit, un magnifique bracelet en argent. Elle le tendit aussitôt à Karim.
— Tiens mon amour, au cas où les choses tourneraient mal...
— Bon Dieu! Ne dis pas ça, tu me donnes la nausée.

Il observait un peu ce précieux cadeau. Un éclat mauvais avait brillé dans le regard du jeune homme. Fanta attendait à ce qu'il eusse attaqué. Mais c'était elle qui a fini par murmurer d'une voix craintive.

— Et alors? Reprit Karim.
— Je crois que je dois rentrer à présent. Tout est clair, comme l'eau de roche...
— Mais, on est bien là tous les deux, tu ne trouves pas?
— Si... On est sincèrement à l'aise Karim. Et je pense aussi que ma mère me grondera ce soir...
— Pourquoi, explique toi un peu, hein Fanta?

C'est alors que la merveilleuse fille lui notifiait le panier, bourré de condiments.
— D'accord, sans faute, fit-il. Mais avant, le samedi prochain, nous avons l'intention, Bachir et moi d'organiser une sorte de barbecue au bord du lac. Et ça me ferait vraiment plaisir que tu y viennes avec Hawa, okay?
— OK, je m'y aviserai, fit-elle à mi-voix, au revoir Karim et prends soin de toi...

Après cette conversation palpitante, les deux amoureux se séparèrent involontairement. Karim, le prétentieux garçon qu'il soit, la contempla longuement avant de se détourner soigneusement. Il caressa ses poches, afin de vérifier si réellement la fameuse lettre y était. Une fois satisfait du résultat, il rajusta un peu le col de sa chemise bleu-ciel, se précipita ensuite en direction de sa cabane.
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Felix CULPA · il y a
Fanta et Karim, les Roméo et Juliette africains, une très belle histoire dont on aimerait connaître la suite, pour savoir si Fanta va échapper au mariage forcé !
J'aime beaucoup ce texte ! Je vous invite à découvrir mon récit en finale ! https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/apparition-disparition

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Boubacar Mamoudou · il y a
Bonsoir Félix,

Effectivement, Fanta et Karim est une histoire bouleversante. Karim qui est son amour infernal et Elhadji de l'autre côté, le multimillionnaire.
J'y vais redécouvrir votre œuvre, merci bien!

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