Faites entrer l’accusée.. de Krishna NAGARATHINAM

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Quelque part durant la nuit... Quand elle me réveilla, j’étais dans un sommeil profond. C’est pourquoi je me mis en colère contre elle :
— Ton souhait a été exaucé. Dans ce cas, pourquoi m’embêtes-tu ? lui dis-je en criant.
— Je n’ai pas le temps de te répondre, merci de me suivre, insista-t-elle.
Obéissant à son ordre, je la suivis. Le chemin qu’elle avait pris passait entre des arbrisseaux et des arbres et se terminait finalement au pied d’une énorme dune. Je la montai et atteignis avec peine le sommet. Ce que je découvris alors, c’était un grand bâtiment se dressant dans un paysage majestueux, mais en contraste total avec l’environnement. Ses portes étaient fermées, alors la fille devant moi frappa à la porte.
Le mot « Entrez ! » nous permit de nous glisser dans la salle d’audience. Je restai à contrecœur près de la porte ouverte. Sur les bancs alignés devant moi, le public était assis pour assister à l’audience. Là, en face de moi, derrière un grand bureau, Madame la juge était installée dans un fauteuil. À quelques centimètres d’elle, le greffier était présent, une petite machine à écrire devant lui. Puis je vis des avocates sur l’aile gauche. Un homme en robe noire, assis seul et tenant un stylo à la main, devait être le procureur.
Les regards des protagonistes de la cour s’étaient tournés vers moi. Il était évident qu’ils attendaient une explication pour mon retard. Comme je détestais les mots d’excuse inutiles, je restai silencieuse. L’un des avocats consulta sa montre. Madame la Justice m’invita à m’asseoir sur l’un des sièges vides au premier rang.
Quand je fus assise, je levai les yeux et commençai à dévisager la juge : le profil souriant, le dos courbé, les cheveux courts et bouclés, recouverts d’un voile blanc ; bref, tout me rappelait le visage que j’avais vu il y avait quelques mois en couverture d’une brochure entre les mains d’un compagnon de voyage dans un métro parisien : « Mira Alfaa, la Douce Mère d’Auroville ».
— Faites entrer l’accusée ! ordonna Madame la juge.
Mes pensées s’interrompirent.
Les deux officiers de police amenèrent donc l’accusée et la présentèrent à la juge après lui avoir retiré ses menottes. Comme si elle cherchait à apercevoir des gens dans la salle, ses yeux se tournèrent vers nous. Cela ne dura que quelques secondes. Mais ce fut largement suffisant pour comprendre qu’elle n’était autre que mon double qui me poursuivait jour et nuit.
Après avoir vérifié l’identité de l’accusée, la juge lui demanda si elle avait conscience du motif de sa comparution. Il me sembla que la jeune fille ne souhaitait pas parler. La juge perdit patience devant la lenteur de sa réponse et elle dit d’un ton exaspéré :
— La justice ne laisse jamais les crimes impunis, vous le savez, non ?
La jeune fille, cependant, resta silencieuse. La juge posa le stylo qu'elle tenait dans sa main, s'assit dans une position confortable et observa la prévenue pendant quelques instants, en fronçant les sourcils :
— Mademoiselle, votre aspect physique nous offre une image parfaite de vous, mais la vérité est malheureusement tout autre. Conformément à la loi, vous êtes maintenant ici en tant que meurtrière. Expliquez-moi pourquoi !
La question de la juge me fit me redresser. J’attendais avec impatience la réponse de la jeune fille, comme ceux qui étaient présents dans la salle d’audience. Je remarquai que la réponse, qui hésitait à sortir, restait coincée quelque part entre la gorge et les lèvres. Contre toute attente, elle se mit à sourire. La juge en fut bouleversée. L’avocate de l’accusée essaya de dire quelque chose. La juge l’empêcha de parler :
— Laissez-la nous faire part de ce qui est drôle !
La salle d’audience resta calme. La jeune fille s’éclaircit la gorge en s’excusant, puis elle prit la parole :
— La réponse se trouve dans la question elle-même, Votre Honneur. Avec un aspect agréable, il est facile de commettre des crimes. L'histoire parle des massacres de grande ampleur des Juifs par les nazis, pourtant ils nous avaient donné l'impression qu'ils étaient les plus cultivés, les plus éclairés. L'apparence est parfois un outil supplémentaire pour certains qui ont des intentions de commettre des délits.
Mira Alfaa, soi-disant la juge, se mit à tripoter son stylo, évitant ainsi de croiser le regard de la jeune fille.
— Madame la juge, excusez-moi, poursuivit la fille à la barre des témoins. Je pense que ma réponse vous laisse tous perplexes. Si vous me le permettez, je vais essayer de la résumer, Votre Honneur !
La voix de l’accusée attira l’attention de la juge sur elle. Tout en écarquillant les yeux, elle fit un signe de tête, suivi d’un bref regard sur le public. Tenant le geste de la juge pour acquis, la jeune fille continua son discours :
— Tous les gens ici, vous comme moi, sont considérés comme de gentils personnages. Exceptionnellement, certaines personnes comme moi sont plus intéressées par les délits et en retour, la punition s’intéresse à nous. Ainsi, on est devenu accro à ce jeu amusant. Et voilà comment nous nous sommes fait piéger. Le problème pour nous est la mauvaise gestion de cette anomalie. Si nous parvenions à le gérer, nous serions à votre place ou au moins dans les rangs du public qui se trouve devant vous, expliqua-t-elle à l’auditoire, avec un grand sourire.
La juge, sans hésiter tourna la tête et regarda le public. À ce moment, je compris que non seulement l'accusé mais aussi la juge- soi-disant la douce Mère n'étaient autres que moi. Ses yeux se tournèrent vers le procureur, puis vers le greffier, et enfin vers l’avocate du coupable. Au moment où il comprit le regard de la juge, l’avocate de la défense se leva de son siège et se plaça entre le public et la juge, élevant la voix conformément aux paroles, plaidant en faveur de l’accusée. La plaidoirie du procureur attira l’attention sur les articles relatifs aux crimes.
La juge poussa un soupir et se retira de la cour pour rédiger le verdict.

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