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Expériences Oniriques

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Hatred Salander

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C'était une vieille demeure trop grande pour une seule personne. De plus, son état laissait à désirer. Le plancher craquait, les murs étaient fissurés, les fenêtres mal isolées. La maison n'était pas particulièrement accueillante mais j'avais besoin de trouver rapidement un endroit où loger, or elle était disponible tout de suite et malgré sa taille son prix était plutôt avantageux. L'agent immobilier me fit comprendre qu'il n'avait guère plus de temps à m'accorder. Une fois le contrat signé, l'homme s'en alla sans même me saluer. Je me retrouvai seul dans cet endroit encore inconnu.
Je me dirigeai vers la petite cuisine en espérant y trouver de quoi me nourrir. En fouillant dans les placards je finis par tomber sur des sardines en conserve et un morceau de pain rassis. Je n'avais pris pour seul bagage que mon sac à dos dans lequel j'avais rapidement fourré un ou deux t-shirts, un peu d'argent et quelques objets personnels que je ne voulais pas abandonner. Comme j'avais oublié dans l'urgence d'emporter de la nourriture et que mon ventre protestait, je devais me contenter de ce sobre repas. Une fois terminé, je décidai de monter mes affaires et de m'installer dans une des trois chambres qui étaient à ma disposition. L'étage supérieur était séparé du hall d'entrée par un large escalier de bois. A chaque pas, à chaque grincement, je craignais qu'il ne s'écroule sous mon poids. Les vieilles planches craquaient, gémissaient, à tel point que je me demandais quelle magie pouvait encore les maintenir ensemble. Une fois arrivé au bout de cette ascension périlleuse, je me trouvai en face d'un étroit couloir. Sur le plancher, on avait disposé un long tapis rouge dont les bords étaient rongés par l'humidité. Aux murs étaient accrochés des tableaux qui avaient perdu leurs couleurs. Et en face de moi, à l'autre bout du couloir, je pouvais admirer la lune, qui brillait fièrement dans le ciel noir à travers une haute fenêtre. Lorsque j'ouvris la première porte que je rencontrai, une puanteur atroce s'en échappa. On eut dit qu'un cadavre y avait séjourné pendant plusieurs semaines. Je m'empressai de la refermer le plus rapidement possible mais déjà cette odeur immonde avait commencé à envahir le reste de l'étage. La deuxième porte donnait sur une chambre à coucher qui aurait pu convenir s'il n'y avait pas eu un énorme trou dans la toiture. Je m'installai donc dans la seule chambre encore habitable. C'était une petite pièce avec deux fenêtres dans laquelle se trouvaient un lit, une armoire et un petit bureau. Je posai mon sac dans un coin et me laissai tomber sur le lit. J'étais épuisé et je me sentais seul. J'étais loin de tous ceux que je connaissais, dans une maison qui tombait en ruine, isolée au milieu de nulle part.

Un profond malaise. J'avais la sensation de ne pas être à ma place. Quelqu'un, quelque chose, me rejetait. Mes pensées étaient ralenties. Je me retrouvais au milieu d'un épais brouillard. Je sentais la présence d'un être autour de moi. Un regard qui me suivait. Je devais le fuir. Il faisait froid. Le vent attaquait ma peau. Je me mis à courir. Je sentais des branches fouetter mes jambes, des épines s'enfoncer sous la plante de mes pieds. Et son souffle chaud qui me poursuivait, qui caressait ma nuque. Je l'entendais respirer, juste là derrière moi. Le sol. Il se rapprochait bien trop vite de mon visage. Alors je compris. J'étais en train de tomber. Je n'avais pas le temps de porter mes mains devant moi pour me réceptionner. Mon nez avait amorti ma chute. Un goût de métal envahit ma bouche. Il me souleva de terre avec une force spectaculaire. On me tenait. Je me sentis défaillir. Rien que des couleurs, qui serpentaient devant mes yeux sur un fond noir. Des petits vers qui se déplaçaient au-dessus des abysses. Quelque chose donnait des coups à l'intérieur de ma boîte crânienne. Cette chose voulait sortir. Je devais la libérer. Mais au moment où je tentai de lever mes bras vers ma tête un objet dur m'en empêcha. Tout se mit à tourner. Mon corps fit un bruit sourd lorsqu'il s'écrasa par terre. Les abysses s'éclaircirent. Des silhouettes humaines étaient penchées au-dessus de moi. De nouveau la bête qui cohabitait avec mon cerveau se mit à faire du bruit. Elle criait, suppliait, ordonnait, qu'on la fasse sortir. Je ressentis une vive douleur au bras. A force de bouger aléatoirement mon corps avait fini par heurter un objet tranchant. Une voix stridente fendit l'air. Il y avait quelque chose d'inhumain dans son timbre. Un mélange de douleur et de terreur primale. Je me réveillai dans mon lit, couvert de sueur. Tout ça n'était qu'un cauchemar.

Et pourtant j'entendis très distinctement un second cri. Je ne pouvais pas m'être trompé. J'étais certain que quelqu'un dans cette maison avait poussé un hurlement. Il provenait de l'étage inférieur. Je devais en avoir le cœur net. Ce son là était bien réel ; il ne provenait pas de mon imagination. Je me levai lentement, en m'efforçant de faire le moins de bruit possible. Il faisait trop sombre pour que je puisse distinguer quoi que ce soit. Je me rappelai que j'avais aperçu la veille une chandelle à moitié consumée sur le bureau. Je finis par la trouver en tâtonnant et je l'allumais avec une allumette tirée de mon sac. Maintenant que j'avais un peu de lumière, je pouvais descendre et chercher la source de ce bruit angoissant. Chaque pas dans l'escalier trahissait ma présence. Je m'attendais à voir surgir quelqu'un, ou quelque chose, à tout instant. Sur mes gardes, j'avançais doucement, prêt à réagir à la moindre intrusion dans mon champ de vision. Mes oreilles guettaient le moindre son suspect. Un nouveau cri déchira le silence. Il ressemblait plutôt à une étrange lamentation qu'à un cri de colère. Encore tout tremblant, je rassemblai mon courage et continuai ma descente. Je me retrouvai au sol avant même de comprendre ce qui m'était arrivé. Une des marches avait cédé sous mon poids. Alors que j'étais occupé à maudire cet escalier de malheur, un autre cri retentit. Je compris vite, en regardant autour de moi, que ce que j'avais pris pour un hurlement n'était autre que le vent qui sifflait en s'infiltrant par une brèche dans le mur abîmé du couloir. J'étais soulagé et je me sentais un peu bête d'avoir paniqué pour si peu. La bougie avait atterri un peu plus loin, au pied d'une porte qui conduisait sous l'escalier. Étonnamment, elle ne s'était pas éteinte. Je me levai pour aller la ramasser, mais lorsque j'arrivai à proximité, quelque chose m'arrêta. J'ignorais pourquoi, mais je fus pris d'une envie irrépressible d'aller voir ce qui se cachait derrière cette porte. Je l'ouvris, après avoir ramassé ma bougie. Elle conduisait à un court escalier qui s'arrêtait devant une autre porte. Je la poussai doucement et celle-ci s'ouvrit dans un sinistre grincement.
A la lueur de cette seule bougie, la cave avait un aspect suffisamment inquiétant pour me mettre mal à l'aise. A peine étais-je entré dans cette pièce étroite et basse de plafond qu'un frisson avait parcouru mon dos. Une épaisse couche de poussière sur le sol indiquait que personne n'avait troublé la tranquillité de cet endroit depuis longtemps. Il flottait dans l'air une odeur de moisi et de renfermé.
Dans le coin droit de la pièce se trouvait une vieille table qui semblait prête à s'effondrer. Je levai la tête vers le plafond et vis une lampe brisée et couverte de toiles d'araignées.
Mon regard fut alors attiré par un reflet sur le mur du fond. Je plissai les yeux et parvins à distinguer dans la pénombre un lourd anneau de métal solidement fixé à la paroi de pierre. Un anneau identique avait été placé à un mètre environ du premier. En m'approchant, un relent d'urine atteignit mes narines. Il y avait sur le sol à cet endroit-là de curieuses tâches jaunâtres. Je me sentais mal à l'aise dans cette pièce. C'était comme si quelque chose s'infiltrait en moi. Comme si de froides racines, sinueuses, avançaient, se traînaient, à l'intérieur de mes artères et remontaient jusqu'à mon cœur. Il fallait que je quitte cet endroit. Une fois remonté au rez-de-chaussée, je pris une grande inspiration, et je manquai de m'étouffer à cause de la poussière que j'avais failli ingérer.
J'avais besoin de sortir un moment de cet maison. Je partis donc pour le village le plus proche, où je pensais pouvoir me procurer des vivres et quelques nouveaux vêtements.

C'était un petit amas de vieilles bâtisses dégringolantes, coupé en deux par une unique rue déserte.
Je fis quelques pas en direction du centre du village, où se trouvait une petite place, au milieu de laquelle on pouvait voir les restes de ce qui avait été un jour un puits. Rien ne troublait l'inquiétant silence qui s'était installé ici. Le seul mouvement perceptible provenait d'une chaise à bascule, qui se balançait devant l'entrée d'un bâtiment presque intact, sur laquelle reposait une imposante et grotesque forme quasi-humaine. Je m'en approchai. C'était une femme dont on aurait eu du mal à déterminer l'âge, qui se trouvait là. Elle dormait. Il n'y avait rien de gracieux ou de paisible dans ce visage déformé par le surpoids. Ses joues et ses lèvres pendaient, son menton comportait trois différentes couches ; on eut dit qu'une horde d'abeilles avaient pris d'assaut sa figure. Une chevelure clairsemée ornait cette tête boursouflée. Je me risquai à la réveiller en lui secouant doucement l'épaule. Je crus un instant qu'elle était morte, mais l'énorme masse de chair finit par s'animer et une voix rauque s'échappa de sa bouche.
« Hein ? Qu'est c'que vous m'voulez ? »
« Bonjour ! Excusez-moi de vous avoir réveillée, je cherche une boutique pour acheter un peu de nourriture et quelques vêtements neufs. »
« La seule boutique que vous trouverez dans ce trou perdu se trouve là, juste derrière moi. Si vous avez la patience d'attendre que je m'lève, j'vous montrerai un peu c'que j'ai. Des habits, y en a pas. Mais y doit m'rester quelques trucs à avaler. »

Je la suivis à l'intérieur. L'échoppe était plongée dans la pénombre. En cherchant un peu je finis par débusquer des légumes en conserve et des pâtes. La marchande me proposa également un peu de viande, que je refusai poliment après avoir vu l'état du réfrigérateur dans lequel elle avait été entreposée et qui ne fonctionnait manifestement plus depuis des lustres. Je payai, remerciai la femme et me dirigeai vers la sortie du village, renonçant à l'idée de m'acheter des vêtements. En passant devant un bâtiment un peu plus grand que les autres, je notai un écriteau qui indiquait « Asile de Sainte Catherine pour aliénés ». Cet établissement n'était plus en fonction depuis longtemps, comme le reste du village, mais je sentis tout de même mes poils se hérisser en repensant à toutes les choses qu'on disait sur ce genre d'endroit et sur les traitements qu'on y recevait. Je fus interrompu dans mes pensées par une goutte qui vint heurter le sommet de ma tête. Il commençait à pleuvoir et le ciel était chargé de nuages noirs. Je devais me dépêcher de rentrer si je ne voulais pas me retrouver trempé jusqu'à l'os.

Une violente vague de douleur vint soudainement s'abattre sur mes tempes. Ce fut d'abord une sensation de brûlure, puis je sentis le courant pénétrer de force dans mon crâne et longer ma colonne vertébrale. Je fus pris de spasmes incontrôlables. Mes membres ne m'obéissaient plus. Ils se mirent à trembler et à bouger aléatoirement. Je sentis que des objets durs entravaient mes mouvements et écorchaient ma peau à chaque frottement. Mes muscles étaient si contractés qu'ils me faisaient souffrir. Quand la douleur s'estompa, je rouvris les yeux. Tout était flou autour de moi. Mes larmes m'empêchaient de voir correctement, mais je pu distinguer la silhouette d'un homme penché vers moi. C'était lui qui tenait ces deux objets froids contre ma tête. C'était de là qu'était venue cette sensation infernale. Il me plaça un objet dur entre les dents. Une autre vague de douleur. Une voix rauque m'expliqua que c'était pour me soigner, que je devais comprendre. Puis, une troisième décharge me frappa et déclencha une remontée de vomis. La chose qui obstruait ma bouche m'empêchait d'évacuer cette substance amère. Je sentais l'acide ronger ma gorge. Je commençais à étouffer quand le bâillon fut enfin enlevé et que tout jaillit en même temps.
J'ouvris les yeux sur le plancher de ma chambre, où le contenu de mon estomac s'était déversé. J'avais encore rêvé. Il me fallut quelques instants pour parvenir à réguler ma respiration. Je me laissai retomber sur le lit. Je fermai les yeux, espérant pouvoir me rendormir et oublier cet affreux cauchemar. Ce que j'avais éprouvé semblait si réel. Ce rêve me laissait une impression désagréable. J'étais exténué mais l'angoisse toujours présente m'empêchait d'accéder au sommeil.
Mon cerveau tournait à plein régime, cherchant à rationaliser ce rêve, produit chaotique de mon inconscient. L'idée de pouvoir expliquer mon cauchemar me rassurait. Comprendre, c'était reprendre le contrôle de mon esprit. Je repensai à l'asile abandonné devant lequel j'étais passé la veille. J'avais plusieurs fois entendu parler de traitements par électrochocs pour soigner les démences. La vue de cet endroit avait du exciter mon subconscient. Mais ce que j'avais éprouvé pendant mon sommeil me semblait étrangement réaliste. J'avais l'impression d'avoir vraiment vécu ce moment. J'avais éprouvé cette douleur, j'avais connu cette peur. C'était la deuxième nuit que je passais ici, et la deuxième fois que je me faisais surprendre par de tels songes. Cette maison n'y était pas pour rien. Elle me mettait mal à l'aise. Elle était lugubre. Si j'avais été un peu superstitieux, je me serais mis à penser qu'elle était dérangée par ma présence et qu'elle voulait se débarrasser de moi.
Après quelques vaines tentatives pour retrouver le sommeil, je me résolus à me lever. Dehors, le soleil encore caché avait peint le ciel d'orange et d'or.

Après avoir bu un café et avalé quelques tartines, je décidai de prendre du temps pour réarranger ma nouvelle demeure. Je me dis que je serais probablement plus rassuré une fois que je me la serais réappropriée. Je devais laisser mon empreinte dans ces murs. J'avais, parmi mes quelques objets personnels, des dessins que j'avais faits moi-même. J'allais les accrocher dans le couloir de l'étage supérieur, à la place des vieux tableaux. Et je me débarrasserais aussi du tapis rouge qui sentait le moisi. Il y avait également l'escalier, qu'il me fallait réparer, ainsi que le toit percé. En pensant à toutes ces choses que je pouvais faire, mon malaise s'estompait déjà. Je montai à l'étage. Par curiosité, j'ouvris la première porte. Cette fois, aucune odeur désagréable n'en sortit. A l'intérieur, je ne vis rien d'anormal qui avait pu diffuser une telle puanteur. Les derniers occupants y avaient laissé une commode. Le bois était abîmé mais elle avait l'air robuste. Elle ferait l'affaire en attendant pour ranger le peu de vêtements que j'avais. Après avoir traîné le meuble jusqu'à ma chambre, je jetai négligemment mes affaires dans l'un des tiroirs. C'est à ce moment là que je vis un morceaux de papier abîmé qui avait dû resté à l'intérieur. Je le ramassai. C'était une photographie jaunie et brûlée dans le coin inférieur gauche. On pouvait y voir une famille qui posait dans un jardin couvert de fleurs. Un homme grand et mince tenait sa femme dans ses bras. A leurs pieds, un enfant. Le couple était souriant mais l'expression de la femme trahissait un certain malaise. Le petit garçon, assis à même le sol, fixait ses pieds et se tenait nerveusement les mains. Il y avait dans le regard de cet enfant quelque chose de triste. Je ressentis de l'affection pour lui. Je décidai de conserver cette image.
Je passai le reste de la journée à remettre la maison en état du mieux que je pouvais.
Le soir, en voulant réparer la marche de l'escalier qui avait lâché l'autre nuit, je remarquai d'étranges marques sur la rampe. Le bois était éraflé à plusieurs endroits, en fines griffures. On eut dit que des petits doigts s'y était désespérément accrochés. Je repérai des traces similaires sur le plancher. En les suivant, je tombai nez-à-nez avec la porte qui menait au sous-sol. C'est alors que l'angoisse, que mes activités de la journée avaient réussies à calmer, m'envahit à nouveau. Qu'est-ce qui ne tournait pas rond dans cette baraque ? Des choses étranges s'étaient passées ici. Je pouvais sentir une tension dans l'air. Cette maison portait encore la marque de sinistres événements, j'en étais maintenant persuadé. Je ne pus me résoudre à descendre à nouveau dans la lugubre cave.

La pièce dans laquelle je me trouvais était mal éclairée. Une faible lumière émanait de l'unique lampe dont la crasse avait assombrit le verre. J'avais froid. Une sorte de tunique grise et sale en guise de vêtement. Une odeur de transpiration et de défections flottait autour de moi. J'étais assis sur une surface humide. En regardant le sol, je me rendis compte que je baignais dans ma propre urine. Je voulu me déplacer pour sortir de cette flaque immonde, mais je fus aussitôt arrêté par des entraves qu'on avait fixé à mes chevilles et mes poignets. De lourdes chaînes reliaient mes membres au mur derrière moi. Alors je me mis à crier, en espérant de l'aide. Quelques instants plus tard, une petite fente de lumière se dessina face à moi, puis je fus totalement ébloui. Quelqu'un avait ouvert la porte et se tenait à quelques pas de moi, silencieusement. Lorsque mes yeux s'étaient habitués à autant de clarté, je pu reconnaître ce regard si froid et sévère, mais néanmoins familier qui était posé sur moi. Des iris bleus et profonds, un sourire pincé, légèrement de travers, et cette petite cicatrice au dessus de sa narine droite. Oui, je ne le connaissais que trop bien ce visage. L'homme me fixait. Il me jugeait. Puis, sans dire un mot, il repartit, refermant la porte derrière lui. Alors je me mis à pleurer. Je sentais la chaleur des larmes qui ruisselaient sur mes joues. Je ne comprenait pas pourquoi il me laissait seul dans cette pièce toute noire.
Quand je rouvris les yeux, il était revenu, accompagné d'un petit homme chauve qui portait des lunettes et avait une expression qui se voulait rassurante, et d'une femme à l'air inquiet. Même dans cet endroit lugubre, elle était magnifique, ma mère. L'homme chauve me murmura quelques mots que je n'écoutai pas. J'étais trop occupé à chercher un peu de réconfort dans les traits de ma mère. Soudain je sentis que quelque chose me piqua le bras. Mes pensées commencèrent à s'embrumer. Je vis un gros objet brillant et bruyant s’avancer vers moi, alors que mes paupières se fermaient. J’eus juste le temps de reconnaître un chariot en métal. J'entendis des sanglots, puis je perdis connaissance. Plusieurs fois je refis surface, mon esprit ravivé par des accès de douleur fulgurante. J'ignorais depuis combien de temps j'endurais ces supplices.

Je me réveillai en sursaut. J'étais assis dans mon nouveau lit. L'écho de mon cris résonnait encore dans la pièce. J'entendais mon cœur battre dans mes tempes. J'avais les jambes coincées dans les draps. Mon corps était entièrement couvert de transpiration. Je sautai de mon lit, après m'être battu avec les couvertures pour me libérer. Je me mis à courir, je dévalai les escaliers, me précipitant en direction de la cave. J'avais reconnu la pièce dans mon dernier rêve. L'odeur, la lampe qui était maintenant brisée, et ces anneaux en métal qui avaient attiré mon attention , tout correspondait. Tout était lié. Ces rêves n'en étaient pas. Je m'était trompé sur le compte de cette maison. Elle ne cherchait pas à me nuire, mais à m'avertir. Tout ce que j'avais vécu dans mes rêves était réellement arrivé. Les individus que je voyais la nuit n'étaient autres que ceux qui se trouvaient sur le portrait de famille trouvés dans la commode. Je devais vérifier mon hypothèse. Et surtout, je devais avertir quelqu'un des tortures qui avaient pris place dans cette demeure.
Lorsque j'arrivai enfin à la petite épicerie du village, le jour se levait à peine. Je tambourinai sur la porte jusqu'à obtenir une réaction. Enfin, elle s'ouvrit lentement sur le visage encore endormi de la marchande. Je lui racontai tout ce qui s'était passé. Plus j'avançais dans mon récit, les mots courant les uns après les autres et s'encoublant parfois dans ma langue, plus son expression allait vers l'incompréhension et l'étonnement. Lorsque j’eus terminé, elle me claqua violemment la porte au nez.
« leur gamin est mort deux semaines après être sorti tout difforme du ventre de sa mère. Retournez-vous coucher au lieu d'emmerder les honnêtes gens à une heure pareille ! » me lança-t-elle à travers la lourde porte en bois qui nous séparait.
Je m'écroulai à genoux sur le sol. Elle devait se tromper. Ce n'était pas possible autrement. La photographie. La photographie pouvait prouver que je n'étais pas en train de devenir fou. Je l'avais laissée dans ma chambre. Je devais y retourner au plus vite.
Une fois de retour dans la maison, je me précipitai à l'étage. Il me fallut un peu de temps pour retrouver la photographie, mais lorsqu'elle fut enfin entre mes mains, aucune joie, aucun soulagement ne m'emplit le cœur. Je restais là, debout au milieu de la pièce, fixant cette image de moi et mes parents, alors que les souvenirs que j'avais occultés refaisaient doucement surface.
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