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exofiction pour les cons (docu-fiction sur le matérialisme spirituel) (extrait)

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Romain Angellier

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" He Who Thinks He's Bigger Than The Rest Must Go To The Cemetery."

Jim Jarmush

The Limits Of Control

1: Lisez.
2:  Analysez.
3:  Et si vous pouvez, réfléchissez...

1: Lire.
2: Analyser.
3: Réfléchir.
4: Mettre en image mentale.
5: Ne pas oublier les plus belles.
6: Dire merci au contenu.

1: Ouvrir le livre.
2: Le lire aussi vite qu’on le photographie.
3: Se repasser les images quand on en a besoin.

(Extrait d’un carnet laissé par Aloysius Parker à Jean Lafferière)

La main ne suivait plus. La synchronisation du corps/esprit allait trop vite. Dépassée, complètement larguée par le flux infini arrivant incessamment par vague massive. Il fallait trouver un moyen de transcription plus efficace. Plus à même de retranscrire les flots construits par la centrale. La fièvre générée était tout à fait supportable, le chauffage de la pièce à demi borgne hébergeant le corps n’était plus du tout nécessaire. Néanmoins la surveillance du thermomètre sondant les quelques sept mètres carrés de la geôle dédiée à la création écrite s’avérait préférable. La pensée constante, le soucis permanent de connaître l’empreinte thermique dégagée par la machine à écrire, quelle qu’elle soit. Organique et utilisant la feuille et le stylo, mécanique gérant l’impact de la frappe sur le ruban, sur le papier, électronique affichant les impulsions numériques créées par cette fascinante suite de zéro et de un. Il ne fallait pas mourir maintenant.

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Une Exofiction, c'est forcément pour les cons. Une Exofiction, pardon, c'est débile. Ca manque de perspectives. De mise en abîme. Ca empêche de comprendre. De construire des parallèles. D’imaginer. Ca vous enferme dans un moule trop confortable. C'est dans l'air du temps. Du tout tout de suite. Parce que le réel tel qu'il est, dans cette démarche  de le retranscrire, génère sa propre subjectivité. Il est autoritaire. Il est arbitraire. Un peu comme une dépêche informationnelle. Courte. Tranchée. Ca arrête. Ca stop. Ca vous laisse paumé dans le présent constant. Une exofiction c'est une arnaque. Parce qu'elle reste une fiction. C'est un genre qu'on se donne. C'est un “bon” genre. Et puis c'est un produit. Un nouveau nom. Le reboot du nouveau roman. C'est un plan marketing. La pensée ne sera jamais un produit. Elle est immatérielle. Et c'est pour ça qu'elle est sacrée. Un roman ca devrait se télétransmettre sans support matériel. Comme le voyage de la conscience. Comme un Bardo. Se prêter. Se partager. Se rendre. S'emprunter. Et ne pas s'appeler. Ne pas se nommer. C'est une histoire qui se transmet. Qui évolue dans la bouche de chacun. Elle n’est rien et elle est tout. Il  faut pouvoir l’accepter. C’est comme avoir tapé vingt pages bonnes. Les relire. Trouver ça bon et les effacer. Comme ça. Pour recommencer. Encore et toujours.

Une Exofiction c’est de la fausse exhibition. Qui génère du voyeurisme. Qui allaite l’intrusion. Qui devient une norme. Donc cette Exofiction est écrite par un con. Un produit de son époque, en deuil de l’humanité. Avec un pas de côté, écarté du cours des choses, la contemplation qui l’occupe des jours, des nuits, et d’autres cycles encore jamais vus, inconnus.

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(Entretien avec Kim Moriyama compagne d'Aloysius Parker)

Il n’est pas vraiment là. Ca se voit. Quand on lui parle il répond. À peu près dans les cases mais pas tout le temps. Il n’est pas très grand ni très âgé. Et il est déjà ailleurs. Il est étrange. Il est bizarre. Quand  il regarde quelque chose on ne sait pas où va son regard. On dirait que tout le dépasse. Qu’il contemple quelque chose de beau là où tout est laid. On dirait qu’il s’installe entre deux parallèles. Entre deux vies. Il  ne fait pas grand cas de son existence. De toute façon, cette conception le dépasse. On lui dira souvent qu’il n’est pas là. Qu’il est absent. Un jour quelqu’un dira qu’il avait une fenêtre permanente sur l’infini dans la tête, et que c’était surement le plus beau spectacle jamais entrevu. Juste dans le reflet de ses yeux. Mais le Show était personnel. Et puis impossible à partager. Les autres n’auraient pas compris ou seraient devenu fou au moindre paysage. Il fallait donc le laisser à ses limbes. Mais aussi parfois le faire revenir parmis les vivants. Au moins pour l’alimenter. Un peu. Il ne mangeait jamais beaucoup.

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