Ève et Adam / L'exil et l'espoir / dernier acte : Acte 5

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https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/larrivee-de-la-mousson https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/rencontre-a-uriage Salut à tous, je suis qui je peux... Français  [+]

ACTE 5, SCENE 1

EVE, ADAM, CAIN et LA VOIX D’EN-HAUT

EVE, étendue sur le ventre, la face contre terre, les bras en croix et les jambes écartées. A Il-Est.

Ah ! Dieu ! Comment continuer à vivre ? J’étais mère et ne le suis plus à présent.

LA VOIX D’EN-HAUT, grondant.

Qu’il parte, femme ! Je lui laisse une vie loin de toi, pour toi. Son corps n’a plus d’âme tel le fantôme qui traîne son ombre de long en large. Pourtant, il sera oublié et laissé à sa propre folie mais sur les sentiers de l’autre bout de la terre, là où il lui sera loisible d’exister un peu encore.

ADAM, les yeux levés vers les cieux.

Je n’aurai plus de fils désormais...

LA VOIX D’EN -HAUT, le coupant.

Si Adam ! Si ! Demain, tu constateras la vie dans le sein de ta femme Eve. Demain, elle te saisiras la main et te feras sentir une nouvelle force en elle. Ce garçon, tu l’appelleras du nom de Seth. Car je me réserve sa destinée : peupler l’univers. Ta descendance, Adam, par Seth, peuplera les champs, les montagnes et les forêts de-ci, de-là. D’elle, sortiront mes prophètes et mes rois; d’elle naîtra une jeune pousse verte, indestructible, qui s’épanouira pour devenir un grand arbre au tronc rêche et noueux.

ADAM, à genoux.

Ô, Il-Est, tu me donnes tout après m’avoir tout pris. Cette consolation, je ne pouvais m’y attendre. Mais, j’ai toujours été très petit; je ne me sens pas vraiment saisir l’immensite des demains. A Eve. Eve, aide-moi maintenant... ta lucidité m’avait toujours exaspéré mais, en cet instant sublime et irrationnel, donne-moi ta main pour une dernière fois...
CAIN, au loin, hurlant, les poings serrés.

Adieu ! Vous ne me verrez plus jamais, non ! Le monde ne sera jamais assez grand pour nous séparer vraiment. Je chasserai mes jours d’existence sur la cadence effrénée du martellement que j’ai dans la tête, ma tête de meurtrier. Je vous fuis tous et à jamais.

ACTE 5, SCENE 2


CAIN et LE CORBEAU NOIR

CAIN, ayant couru depuis des heures sans s’arrêter, prend un peu son souffle à l’ombre d’un rocher.

Je dois prendre de la distance encore avec eux. Courir, courir. Mes jambes, je ne les sens plus et elles se dérobent sous le poids de ma faute. Quelle éternité va-t-il falloir subir ? Comment me séparer des souvenirs qui me rattraperont quelle que soit la vitesse de ma course ? Ah, j’en rage ! Le malheur me recouvre déjà, je perçois aussi son ombre au-dessus de ma tête. La souffrance n’est pas tant une affaire physique mais plutôt morale lorsqu’elle parait durer toute une vie d’éternité. Cette saleté va s’accrocher au cœur et à l’esprit sans rémission aucune. Je me sens comme ce corbeau noir ouvrant un bec inutile et porteur de mauvaises nouvelles. Ne suis-je pas un charognard ? Durant toutes ces années, je me suis complu dans la confusion et ai mêlé à la colère, la passion de la destruction tel ce Diable qui, en chemin, m’a demandé la permission de me suivre. Fallait-il refuser ? J’aurais dû, oui, repousser sa compagnie puisque dès que j’ai hoché la tête en signe d’acceptation, il a disparu dans un bruissement d’ailes. Qui va guetter avec moi les mouvements du temps ? Non ! Après tout, que je sois mon propre maître et mon propre dieu ! Ainsi, peut-être aurais-je ma délivrance ?

LE CORBEAU NOIR

Comme tu sais t’y prendre ! C’est presque incroyable et quasi déconcertant... L’assistance que je comptais te prodiguer n’a presque plus lieu d’être maintenant. Il te faut, au contraire, me reconnaître aujourd’hui ! Je ne suis plus cet animal rampant qui arrive toujours à ses fins mais un annonciateur.

CAIN

Eh bien, que crois-tu pouvoir annoncer ce soir ?




LE CORBEAU NOIR

La fin d’un temps. Contrairement à d’autres, je n’envie aucun éternel retour. Au contraire, j’affirme être demain, le futur quoi ! Prends femme et cours vers ton ailleurs... vers ce pays où plus rien ni personne ne s’attendra à quoi que ce soit de ta part. La pure liberté !

CAIN

Dans quelle direction devrais-je aller ?

LE CORBEAU NOIR

Vers celle d’un paradis jadis perdu. Si tu me suis, à coup sûr, tu deviendras le maître de l’univers.

CAIN, l’air effaré

Mon dieu, que vois-je à présent sur le rocher ? Quelle vision ! Un enfant naît entre les cuisses de ma mère, se lève en grandissant d’un coup. Que fait-il ? Il se munit d’une fronde et saisit un caillou lisse et rond. Qu’atteindra-t-il ? Oui, cet oiseau noir de malheur, crie-t-il. Il décoche le projectile. Des plumes, au sol.

Le corbeau s’envole au loin laissant Caïn à demi fou.

ACTE 5, SCENE 3

EVE, ADAM, SETH et LA VOIX D’EN-HAUT

LA VOIX D’EN-HAUT

Seth, Seth, approche !

SETH

Me voici !

LA VOIX D’EN-HAUT

Tu seras celui en qui arriveront la Vérité, la Justice, l’Amour, la Sagesse et la Puissance.

SETH

Comment, moi ? Qui suis-je pour mériter toutes ces dispositions ou ces honneurs ? Benjamin d’une famille... Et si je n’étais pas, tout simplement capable d’assumer le rôle que votre majesté veut bien me doter ?

LA VOIX D’EN-HAUT, plus ferme mais patiente.

Tu ne devras t’inquiéter d’aucune façon Seth car tu es bien davantage qu’un simple dernier né d’une famille toute ordinaire. Même si tu parais être l’instrument fragile d’une mission tres indépendante de tes volontés, tu te devras de l’assumer. A Eve et à Adam. Vous deux également vous avez été choisis pour accomplir un pan d’un dessein universel. J’ai déjà oublié votre départ...

EVE, d’une voix émue et à peine audible.

J’ai toujours cru que jamais nous n’aurions à nouveau, encore, votre attention... Que cette vie est surprenante et imprévisible !



ADAM

Oui, tu as bien raison. J’ai espéré, longtemps; puis j’ai uniquement désespéré. Aujourd’hui, je reprends quelque assurance et...

LA VOIX D’EN-HAUT, le coupant.

Et tu iras prier chaque fois que tu repenseras à la date de ce jour Adam.

ADAM

Quelle que soit votre ordonnance, je l’accomplirai.

SETH, acquiesçant.

Quelle qu’elle soit ! Oui, je l’accomplirai. Ma vie durant, je fixerai mes yeux sur le prix. Votre Eternité appréciera ces humbles promesses.

LA VOIX D’EN-HAUT

Seth, Seth... De toi sortiront des myriades de branches qui fleuriront à leur tour et de leurs ramifications bourgeonneront des feuilles à l’infini. Chacune de ces feuilles épanouira toute une génération d’hommes. De l’eau fraîche et pure jaillira abondamment jusqu’à ce que l’humanité en soit rassasiée, jusqu’à ce que qu’elle soit repue du liquide de la Vérité. Ma voix aura porté tout aux bouts des recoins habités après avoir retenti entre les lèvres de Seth. Il est l’élu, Celui que j’ai donc choisi parmi votre famille. C’est une bénédiction que je déverse ici. Malgré toi Adam, et toi Eve; malgré le malheur du Bien-aimé Abel, malgré le péché impardonnable de Caïn le premier des rebelles sur terre. Et malgré cet animal de misère que tu fouleras avec ton salon, toi, Seth ! Quand viendra le jour.

SETH, étonné.

Vraiment ? Je serai capable de le réaliser ?



LA VOIX D’EN-HAUT

Tout à fait. Mais ton pied ne sera pas le tien. C’est ta descendance qui s’en chargera vraiment. Mon fils... Il l’exécutera avec précision, avec l’adresse du Cavalier chevauchant un cheval blanc. Il aura couronne et épée. Il dominera l’Humanité entière. Nous sommes, Seth et Moi, son Père. Meurs en paix. Tu vivras à jamais, Amen.

Tous sont à genoux et prient.
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Joëlle Brethes · il y a
Il ne me reste plus, maintenant, qu'à relire le poème du "grand Victor" pour suivre la cavale inutile du triste Caïn... :(
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Françoise Desvigne · il y a
Beau travail Youri ! Longue vie à Seth ! J'aime !

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