être un gars de 21ans

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La parole éblouit et trompe, parce qu'elle est mimée par le visage (...) et que les lèvres plaisent et que les yeux séduisent. Mais les mots noirs sur le papier blanc, c'est l'âme toute nue  [+]

Ses yeux s’ouvrirent sur un nouveau jour : cinq heures moins quart. Même son réveil dormait encore. Il se leva et se prépara en se déplaçant à pas feutré dans la maison. Il déposa de l’argent sur la table : pour les courses. Avant de s’en aller il embrassa le front de sa femme et du petit garçon qui dormait encore à poing fermé. Puis il enfila son vieux blouson et sortit, un grand sac sur le dos.
Il prit le même bus que d’habitude qui circula sans problème : à cette heure-ci, le trafic était encore libre. Il colla sa tête contre la vitre, regardant la ville d’Antananarivo se tirer de son sommeil...
A son arrêt, il sauta du bus et suivit le long d’un trottoir avant de s’arrêter. Quelques marchands étaient déjà là mais ouf !: sa place habituelle n’a pas encore été prise. C'est comme ça, quelques minutes de plus et il ne l'aurait pas eu. Il les salua avant de faire tomber son sac sur le trottoir et y déposa une nappe. Il sortit du sac plusieurs livres et commença à les étaler un à un sur la nappe. Puis il s’assoit sur son sac de fortune et attendit les potentiels clients tandis que la rue se remplissaient peu à peu de personnes et de voitures. C’était un jour comme un autre dans la vie de Nary.
*****
Faly se réveilla en sursaut. Quelque chose faisait un vacarme monstre sur sa table de chevet : son i phone-11. Il vérifie qui était en train de l’appeler et voie qu’il s’agit de la septième tentative de Mino à le joindre. Et il n'a rien entendu? Les verres qu'il a bu hier soir en boîte a eu raison de lui. Et se rendormir, il n'était pas du tout contre. Seulement connaissant Mino, il sait qu'elle ne va pas le laisser tranquille tant qu'elle ne parvienne pas à lui parler. Il décrocha alors :
- Pourquoi tu m’as réveillé, Mino ?
- Te réveiller ? s’écria la jeune femme, horrifiée. Comment ça te réveiller ? Sais-tu quel jour on est ? C’est Mardi. Faly, tu es sensé présenter ton nouvel album à neuf heure c’est-à-dire dans un quart d’heures. Et là j’apprends que je te réveille ! Tu te fiches de moi ?

Bien sûr qu'il s'en souvenait. C'est d'ailleurs pour fêter la sortie de cet album "comme il se doit" qu'il est allé en boite la veille.
- Dans un quart d’heures ?
- OUI. Le patron est là, toute l’équipe est là, nos invités sont là, les journalistes sont là, les fans sont là... Il ne reste plus que toi. TOI pour qui ils se sont dépla...
- T’inquiète ce n’est pas loin. J’y serai à temps
Il coupa la ligne, ignorant les vociférations de son assistante personnelle.
Il alla se préparer. Il choisit un vêtement : un qu’il n’a encore porté, bien sûr. Et alors qu’il coiffait ses beaux cheveux, son rêve... ou son cauchemar de cette nuit lui revint : son coiffeur a massacré ses cheveux, tellement qu'on a dû lui raser le crâne. C’était horrible ! Lui ? Chauve ? Il en a la chair de poule rien que d'y penser.
Il descend dans le garage et choisit une voiture, la plus tape à l’œil: la Jeep Wrangler rouge . Il s’engagea dans l’embouteillage déjà dense à cette heure. D’ailleurs quelle heure il est déjà ? Neuf heures trente- cinq. Bof ! On ne commencera jamais sans lui. Il était Faly quand même, alias YLAF : la révélation de l’année, celui dont les singles doivent obligatoirement être présents dans la playlist des jeunes et des ados. On l’attendra.

Il arriva aux alentours de dix heures et quart. Mino crierait bien sur lui pour ce retard mais l’heure n’était pas aux reproches. Il fallait qu’il fasse son entrée maintenant. Pendant qu’on le maquille Mino lui fit un briefing de son emploi du temps : ce qu’il va devoir faire durant L’évènement, le cocktail prévu après, son déjeuner dans ce restaurent dont il va devoir faire la pub sur ses pages dans les réseaux sociaux, la séance photo... Ensuite il longea le couloir pour aller dans la salle où tout le monde l’attendait. Il vit passer son coiffeur. Il se souvint alors de son cauchemar.
- Vous êtes renvoyé ! lui lançât Faly de but en blanc
-Mais...
Il rejoint la pièce en l’ignorant et alla droit vers LA place d’honneur qui lui a été attribuée.
*****
Nary se leva. Les policiers sont en train de les chasser : c’était illégal de vendre sur ce trottoir. Vite il range comme il peut les livres dans son grand sac et fit semblant de circuler entre les passants pour se fondre dans la masse. Et quand cet incident se calmera et que les policiers s’en iront, il reviendra.

A midi un marchand ambulant passa. Et comme d’habitude Nary s’achète son déjeuner...

Il y a des jours sans et des jours ou la chance lui sourit. Les amoureux des livres, les étudiants, les enseignants, certains étrangers, des simples curieux... ce sont ceux qui s’arrêtent pour jeter un coup d’œil à ses livres. Parfois ils ne font que regarder. Parfois ils sont tentés et en achètent. Dire que c’est de leur décision que vont dépendre si oui ou non il va ramener de quoi nourrir sa famille.

L’après-midi, le ciel s’était assombri. Et quelques minutes plus tard des grosses gouttes mouillèrent le trottoir. Vite, Nary et ses amis rangent leurs affaires et se mirent à l’abri. Un autre jour sans !
*****
- Ne bougez plus, gardez cette pose...
Faly était debout, les mains dans les poches, le regard dans le vide alors que la pluie lui tombait dessus.
SPLASH !
- Excellent ! affirma le photographe. Nous ferons de belles photos avec cette pluie
- Elles sont belles parce que vous prenez de belles choses en photo, lui répondit Faly. JE suis photogénique voilà pourquoi elles sont excellentes.
*****
Il était dix-neuf heures. Tandis que Nary marchait dans le tunnel, une Jeep rouge passa. A l’intérieur de celle-ci se trouvait un autre gars, Faly. Ils avaient tous les deux 21 ans, ils traversaient le même tunnel, ils vivaient dans la même ville, ils étaient sous un même ciel. Mais le destin leur montre différents aspects de la vie.

Quand Faly rentrera dans son appartement, le silence et la solitude viendra l’accueillir et qu'il noiera peut être dans un verre d'alcool hors de prix; pendant que de l’autre côté de la ville, Nary déposera son lourd fardeau, bien fatigué. Fatigue bien vite oubliée par les cris de son fils qui lui sautera au coup et le baiser que va déposer sa femme sur sa bouche...
Alors ils ont beau avoir le même âge, leurs yeux s’ouvriront sur la même journée mais pour eux elle ne sera jamais de la même couleur.
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