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ÉTERNEL (act 1 )

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J.D.Flyman

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Je suis un ancien officier des renseignements.
L’histoire que je vous livre maintenant s’est produite il y a plusieurs années.




Je venais de faire l’acquisition d’une demeure à l’entrée d’un petit village de montagne en Livradois Forez.
J’ai quasiment toujours vécu seul, ma « profession » est, ou plutôt était... Particulière.

La bâtisse me plaisait et il faut savoir se poser un jour...
J’aime les forêts qui entourent ces lieux... Encore plus maintenant...

De l’autre coté de la départementale qui traverse ce village, en face de ma maison, résidait mon unique voisin, un vieil homme.

Sa maison semblait contemporaine mais on distinguait sans mal les modifications portées à l’ensemble au cours des années.
Une Traction semblant surgir du passé se trouvait garée à l’intérieur du terrain devant la baie vitrée, juste en dessous du bassin, au même niveau que la terrasse. On aurait pu penser qu’elle était neuve, rien n’entachait sa carrosserie noire, pas une déformation ou un impact.
Pas non plus de fientes d’oiseaux qui pourtant demeuraient nombreux et de toutes espèces sur cette parcelle.
J’admirais la carrosserie, de chez moi, derrière la haie de buis, parfois, les soirs.

Les matins de mon premier été dans cette région, j’écoutais le démarrage de cette voiture tôt, je ne pensais pas que ce vieil homme pouvait encore conduire.
Je ne le voyais que peu durant la journée... Je veux dire de chez moi.
Quand toutefois j’apercevais sa silhouette, c’est qu’il s’occupait de son bassin tout en parlant aux oiseaux qui étaient rassemblés sur le faitage du toit de sa maison, sur la clôture et la ligne du téléphone.

Je devais faire une demande de permis de construire car je voulais créer une ouverture et je profitais de ce passage en mairie pour en savoir un peu plus... Succinctement... L’air de rien, comme on dit.

Je déposais ma demande auprès de la secrétaire de mairie, c’était une femme d’une trentaine d’années et se nommait Lyne.
Je n’ai pas eu de mal à ouvrir la discussion avec elle.

—Je vous remercie pour votre accueil et pour la facilité que vous m’octroyez dans la rédaction de cette demande de permis, c’est sympa !
—Quelques clics et hop ! C’est envoyé !
—Merci tout de même ! Je suis heureux d’avoir à faire à des gens sympas ! Vous savez, c’est parfois un vrai parcours du combattant ce genre de chose !
Je ne sais pas si mon voisin d’en face à eu à faire avec vous mais je ne manquerai pas de lui dire combien vous êtes efficace !
—C’est vrai, je viens de comprendre ! Vous êtes en face de monsieur Delian, juste à l’entrée du bourg, un kilomètre avant le panneau ! Je suis née ici, il y a toujours eu un « Delian » dans la commune, jusqu’au plus vieil écrit.
—C’est donc une personnalité ! J’espère toutefois ne pas me montrer trop dérangeant avec les travaux que je veux entreprendre. C’est une personne d’un certain âge et je comprendrai que le fait d’avoir un nouveau voisin lui occasionne... Une sorte de «contrainte »...
—C’est très attentionné de votre part mais ce monsieur est de nature très calme. Je l’ai toujours connu, son père et son grand père comme son arrière et arrière grand père vécurent ici.
Je n’ai connu que lui mais je sais que c’est un nom qui demeure dans les archives depuis le temps des.... Archives.
—Et bien, heureusement que vous avez la gentillesse de m’en informer ! Vous savez, je suis une personne calme aussi et je ne souhaite pas me montrer importun... Pensez-vous que je puisse me permettre de le saluer, comme un nouveau voisin ?
—Monsieur Delian est âgé de bientôt cent ans, il se peut, malgré qu’il soit toujours vaillant, que votre arrivée soit un peu... Perturbante pour lui... C’est gentil de votre part de vous soucier des Anciens.
—Cent ans ! Et il... Conduit sa vieille Traction ?
—Il est suffisamment grand pour cela ! Jamais un accroc, faites mieux !
—Je suis sous le choc ! Il a presque cent années mon voisin ! Dame Lyne, comment voulez-vous que je puisse discuter avec lui !
—Mais pardonnez-moi, les gens centenaires ne sont pas tous impotents !
Monsieur Delian est très actif, il continu à fendre son bois de chauffe, il se suffit à ses besoins et il sait que c’est une chance en rapport aux autres anciens de la maison de retraite du bourg voisin !
—Il fait son bois de chauffe... À cent piges...
—Et le merlin cogne au bon endroit, qu’un coup !
—Vous me faites marcher !
—Pourquoi le ferais-je ?
Mon père comme mon grand père ont toujours connu un Delian. Depuis que ce village existe...
Il venait des Hautes Terres, c’est le plus ancien écrit...
—Le plus ancien écrit ?
—1529... Vous ne pourrez pas remonter au delà, hormis si vous parlez Latin et connaissez les études Notariales et Cléricales...
Je saisis votre probable évaluation des choses, Monsieur Delian est âgé et sa trace familiale demeure ici. Il n’y a eu qu’un seul d’entre eux sur la commune depuis 1529.
—Et je demeure juste en face de celui-ci !
Merci Dame Lyne ! Je ferai très attention à lui !
—Je pense, connaissant ce dernier depuis que je suis enfant, que nous partagerons dorénavant les mêmes soucis que peut suggérer sa santé.
N’hésitez pas à nous faire part des notions comme des volets fermés, un empilement de courrier...
—Je n’y manquerai pas Dame Lyne ! Encore merci à vous !

Je rentrais chez moi juste après, j’étais encore sous le choc de ce que je venais d’entendre.
Ce vieux monsieur avait donc presque cent ans, vivait en parfaite autonomie, ne recevait pas de visites d’infirmières, conduisait encore et son nom de famille était présent dans les archives remontant jusqu’en 1529.
J’étais en pleine réflexion chez moi, une tasse de café à la main et je m’aperçus que vingt années de pratiques liées aux renseignements avaient éludé un fonctionnement naturel.
Je me dis alors en moi-même que j’avais vraiment besoin de vivre... Normalement...
J’étais tellement déformé mentalement par ma fonction que j’en arrivais à trouver chez mon vieux monsieur de voisin un comportement suspect alors que c’était un centenaire ayant toujours habité ce petit village.
Toutefois, je décidais de veiller un peu sur celui-ci, il était suffisamment âgé et rien n’est éternel...

Il n’était pas facile de tomber sur lui au quotidien mais au mois d’Octobre de cette année là, je réussis à engager un semblant de conversation avec ce dernier au moment de récupérer le courrier.
J’avais vu le facteur laisser les missives dans sa boite aux lettres et je sortis au même moment que lui pour relever le courrier.
Je passais par mon portillon et j’étais de l’autre coté de la route, il était tourné sur sa boite et je profitais de cet instant pour le saluer en pensant qu’il ne m’avait pas entendu.
Je déchantais vite car c’est lui qui me salua alors que j’ouvrais la bouche...
—Bonjour Monsieur, peut-être que nous devrions remercier notre postier, c’est grâce à l’assiduité de sa personne que nous pouvons nous saluer. Vos travaux s’annoncent bien, c’est une bonne chose ! Je suis monsieur Delian mais appelez-moi Jean, comme tout le monde ici. Je suis heureux de faire votre connaissance.
—Bonjour à vous aussi monsieur Delian... Enfin Jean puisque vous m’autorisez à vous parler avec votre prénom ! Je suis aussi heureux que vous d’avoir l’occasion de me présenter, appelez-moi Daniel.
—Bien le bonjour à vous Daniel ! Alors, trouvez-vous nôtre belle région agréable ?
—Oui, c’est le moins que je puisse dire aussi... J’aime les forêts et les randonnées sont aussi nombreuses que magnifiques... J’espère que les artisans ne vous occasionnent pas trop de soucis, l’un d’entre eux s’est garé devant votre portail l’autre jour alors...
—Il faut bien que les gens travaillent ! Rassurez-vous, ce n’est pas un souci, il ne m’a en rien gêné ! Vous pouvez utiliser le temps de vos travaux le petit parking à coté de ma maison, c’est à moi, n’hésitez pas ! Bonne journée à vous Daniel !
—Merci monsieur Delian... Enfin Jean...

Juste le temps de lui répondre et de croiser son regard bleu, une route nous sépare, il est déjà en train de fermer son portail et je reste muet...
Je repasse mon portillon, je suis dépité, comment un centenaire peut avoir une telle audition...
C’est vraiment un cas à part cet ancien.

Je suis rentré chez moi, bien que je ne sache que maintenant ce que cela peut vouloir dire.

Les travaux ont continué, je regardais les rayons de soleil de ce début de Novembre sur mon toit. J’étais assis sur les tuiles, quelques mètres et ce sera bouclé. Je suis un être « carré », chaque chose à sa place.
Je profitais de ce travail quotidien pour observer ce voisin si particulier. L’occasion était trop belle !
Je grimpais sur le toit dés le lever du jour, l’échelle était couverte de givre, mes doigts restaient parfois collés... Je ne voulais rien manquer...

Les volets de sa demeure étaient ouverts, il y avait toujours des oiseaux sur le faitage de sa bâtisse ainsi que sur la ligne de téléphone, la clôture.
Mésanges, moineaux... Geais, Pies, Corbeaux... Buses, Milans...Hérons en contrebas du bassin... Tous rassemblés malgré leurs espèces.
Je ne comprenais pas... Ils auraient dû s’entretuer ou fuir.
Mais... Ils étaient calmes, couverts pour certains de givre.
Et ce vieil homme ouvrait sa porte, regardait cet ensemble... Il faisait un signe de main, les oiseaux s’ébrouaient tout en piaillant... Il saisissait alors une longue perche pourvue d’une épuisette et se rendait prés du bassin.
Quand remontait un poisson mort, il mettait celui-ci sur un rocher, aucun oiseau ne venait avant que sa « récolte » ne fût terminée.
Ils attendaient tout en lissant leurs plumes, le vieil homme secouait son épuisette et la reposait contre le mur. Il entrait dans le petit cabanon de planches juste à coté du bassin et ressortait avec un récipient plein de graines et de pousses diverses qu’il versait dans des augets dissimulés dans les arbres et plantes autour.
Il s’approchait alors vers un des rochers, s’asseyait et tous les oiseaux prenaient leur envol pour se rassembler aux endroits qui dissimulaient la nourriture.
Je ne comprenais pas comment un Héron, un Milan et une Buse pouvaient tranquillement dépecer le cadavre d’un gros Chevesne ensemble... Aux contacts plus ou moins directs d’autres espèces dont ils étaient les prédateurs.

Trois semaines après cette observation, je terminais mon bout de toiture tout en regardant cet ancien rentrer son bois de chauffe avec une brouette.
Il chargeait celle-ci au maximum et grimpait le raidillon au dessous de la terrasse et de son grand bassin sans s’arrêter... Droit comme un « I »...
C’en était trop pour moi, je décidais de lui rendre visite le lendemain avec une bouteille de Champagne accompagnant l’excuse que je lui fournirai... Je lui dirai que je le remercie pour l’emprunt de son parking...

Je partis en quête le jour même à la superette du bourg voisin, achetais une bonne cuvée, rentrais chez moi et j’attendais patiemment de voir l’éclairage de la baie vitrée de mon voisin.
Il fallait que j’en ai le cœur net, cet homme ne pouvait pas avoir cent ans, c’était impossible, inconcevable !
Il conduisait encore, faisait son bois, avait une audition parfaite et ne portait pas de lunettes, se tenait parfaitement droit et pouvait pousser des brouettes chargées sur une pente durant des après-midi... Non, il y avait un « loup » comme on dit.
J’étais prêt à me rendre chez lui, la bouteille de Champagne était sur la table, j’étais habillé et à 17h01 la lumière de son salon éclairait la baie vitrée. C’était le moment.

Je passais le portillon et traversais la route déserte, mon discours était calculé au millimètre, je me le répétais sans cesse depuis la veille, j’arrivais devant le portail de la maison de mon voisin, saisissais la poignée... Je savais que c’était ouvert. Je longeais un des bords du bassin et arrivais, après quatre marches, sur la terrasse.
Devant la baie vitrée, il y avait un Geai, posé sur le seuil.
Je stoppais mon élan, il me regardait, calme ou engourdit, je ne puis en faire la différence qu’au moment de son envol, vertical, son bec tapait sur la vitre, un cri venant des arbres autours répondit et il disparut dans les ténèbres baignées de brume.
Une ombre chinoise envahit alors le sol de la terrasse, on aurait dit un chien debout, une forme improbable et, me retournant, je vis mon vieux monsieur de voisin derrière la baie vitrée.
Je continuais mon approche tandis qu’il ouvrait la baie et que je le saluais :
—Bonsoir monsieur Delian, je me suis permis d’entrer, je n’ai pas trouvé de sonnette, j’espère que je ne vous dérange pas ?
—Bonsoir à vous Daniel ! Mais bien-sur que non ! Vous ne me dérangez en rien, vous avez un problème ?
—Non, absolument pas ! Je tenais à vous remercier pour avoir utilisé votre parking, ça m’a beaucoup aidé !
—Ce n’est pas grand-chose, je vous l’ai proposé de plus.

Nous échangeons une poignée de main et il m’invite à pénétrer chez lui. Je ne me fais pas prier car il fait un froid polaire. Je lui offre la bouteille en souriant :
—Tenez monsieur Delian, c’est juste une petite chose pour vous remercier !
—Ohhh ! Vous n’auriez pas du ! C’était juste pour vous rendre service, il ne fallait pas vous sentir en aucune mesure redevable de quoi que ce soit !
—Et bien, nous dirons simplement que c’est un échange de bonnes pratiques !
—Alors en ce cas, c’est très gentil de votre part ! Mais finissez donc d’entrer, vous avez bien quelques minutes !
—Je ne veux pas vous déranger, je suis juste passé pour vous remercier !
—Alors continuez donc en vous asseyant ! Un petit Alsace, ça vous tente ?
—Pourquoi pas ! Mais avec modération !
—Oui, pas plus d’un verre à la fois ! Posez-vous donc, je reviens !

Il me laissait seul et empruntait le couloir central qui donnait sur ce salon. Je posais la bouteille sur l’ilot de la cuisine, ôtais ma veste et regardais le lieu.
Tout le mur d’où débouchait le couloir était de pierres, le feu dans une cheminée ouverte crépitait, le reste de la pièce rectangulaire et confortable était une construction contemporaine mélangeant bois et placo ainsi que le verre et le métal, c’était très chaleureux et pourtant moderne. Peu de mobiliers, un canapé convertible de bonne facture, une table basse taillée dans un tronc brut magnifique avec un verre épais la recouvrant, deux fauteuils en rotins aux coussins quasi neufs... Pas de télé...
Et sur les murs, une cohorte de cadres, avec des photos et des peintures anciennes... Un grand chevalet et une toile en cours de finitions, un grand portrait de femme au dessus de la cheminée. Il est artiste en plus cet ancien...
Je me déplace dans le salon, observe l’agencement... Je suis devant la toile en cours d’achèvement. Elle représente deux jeunes personnes de dos, posées sur un rocher, éclairées par une lune pleine. Leurs têtes se touchent, ils sont collés l’un à l’autre, une vallée baignée de brume est représentée juste au dessous ainsi que des oiseaux sur les branches... On dirait une photo tellement la scène est réaliste. Je pousse un peu le tabouret de bar semblable à ceux de l’ilot et qui doit lui servir à peindre, me tourne et scrute le portrait de la femme au dessus de la cheminée.

Elle est assise sur un rocher au dessus d’un ruisseau, je n’arrive pas à évaluer un âge, elle tend une main avec une fleur blanche, c’est un Arum sauvage, comme autour du bassin de mon hôte, elle sourit et ses yeux sont d’un bleu... Elle semble grande, son visage est si clair, ses cheveux longs et noirs... On pourrait presque voir son grain de peau... Ses pieds trempent dans les remous, j’en ressens les vibrations et la sensation de l’écume... Son regard est si... Heureux et profond à la fois... Plus je plonge dans le sien et plus le temps ne m’importe... Je sens les effluves de l’Arum, entends le bruit des remous du ruisseau...Sans que je ne m’en aperçoive ma main droite se lève en direction du portrait comme pour saisir l’Arum que cette dernière m’offre...
Je me ressaisis, je recule mais mon regard ne se détourne pas du tableau...

—Elle se nommait Efeliane. Elle vécue sur des terres maintenant oubliées. Elle aimait tous les êtres des forêts... Et aussi les « autres »... Ce n’est toutefois qu’une simple représentation, vous aimez ?
Je me retourne, l’ancien est devant l’ilot, deux assiettes de victuailles en mains et une bouteille de Gewutrz est déjà débouchée. Je n’ai rien entendu venir.
—Je ne puis que dire... C’est tellement prenant ! Vous peignez depuis longtemps j’imagine... C’est... Superbe... Je n’arrive pas à comprendre l’intensité du regard...
—C’est une énigme pour moi aussi, je reviens vite, j’ai oublié le pain !

Il repart dans le couloir tandis que mon regard se détourne à grand mal du portrait de la femme. Je me tourne sur le mur opposé, il est aussi orné de cadres, peintures et photos se mélangent, mais ils sont rangés de manière différente. Leur agencement est linéaire. Ils ne représentent que des portraits d’hommes et parfois de femmes, une date est inscrite au dessous. Je regarde alors l’autre mur, celui du tableau de la femme. Les cadres sont répartis par deux, il y a des portraits d’hommes ou de femmes mais ils sont toujours associés avec celui d’un animal, généralement un oiseau mais d’autres espèces sont aussi représentées, toutes cependant sont sauvages. Peut-être qu’il s’exerce ainsi, il reproduit d’abord des animaux et passe aux humains... J’entends ses pas dans le couloir et je me rapproche de l’ilot tandis qu’il arrive et dépose une corbeille pleine de tranches de pain.

—Jean, vous êtes une personne vraiment surprenante... Je ne m’attendais pas à découvrir cette facette de vous. Tous ces portraits, toutes ces peintures, vous êtes vraiment doué ! Et je dois avouer que je ne m’attendais pas à un tel agencement chez vous... Cette pièce est très agréable, chaleureuse et moderne... J’imagine que c’est vous qui avez tout fait dans cette maison ?
—Et bien, merci pour ces compliments Daniel ! Vous savez, ce ne sont que quelques peintures, je n’ai rien d’un artiste, c’est plutôt un passe-temps... Comme pour le reste d’ailleurs, j’ai eu des années pour tout refaire ici... Tchin Daniel !
—Tchin Jean ! Tout de même, vous êtes très doué ! Dans beaucoup de domaines ! C’est un vrai plaisir de pouvoir discuter un peu avec vous !
—Je vous renvois le compliment, vous n’êtes pas maladroit non plus ! Le toit que vous avez refait en est la preuve. Vous n’aviez pourtant pas l’air très à l’aise au début mais finalement vous y êtes bien arrivé !
—Oui ! Et voyez-vous, je suis plutôt content de moi ! Ce n’est pas ma partie et je dois avouer que j’ai un peu lutté pour y arriver !
—La fin justifie les moyens ! C’est une belle réalisation, rassurez-vous... Quelle est le domaine que vous pratiquez ?
—J’étais... Militaire. Je suis sorti des rangs maintenant...
—Je l’aurai parié... Rien qu’à voir la façon dont vous avez procédé... Un peu de tranquillité alors maintenant ?
—Oui, même si je fais encore partie des effectifs... Vous êtes très perspicace. Je vais vous faire une confidence, j’ai discuté un peu avec la secrétaire de mairie et je suis vraiment... Surpris par votre âge...
—Je sais... Lyne et moi avons parlé aussi... Confidence pour confidence comme on dit !

Il souriait tout en buvant son verre, je me rendis alors compte qu’il en savait autant sur moi que moi sur lui. Je basculais aussi mon verre, j’avais la sensation désagréable que peut ressentir « l’arroseur arrosé » mais nous partîmes dans un fou rire...
Nous avons discuté et mangé tous deux, torpillé la bouteille de ce blanc d’Alsace aux saveurs subtiles... Jamais le temps ne passa aussi vite dans ma vie... Une barrière invisible avait cédé dans nos rapports. Nous discutions de toutes choses, j’étais toujours surpris par ses réponses... Il connaissait tant de choses contemporaines et aussi d’un autre temps... Mon regard se portait aussi sur ses mains, elles n’avaient pas de déformations... Pas de trace d’Arthrose.
Nous avons continué à parler et après deux pommes de terre cuites à la braise et une tranche de jambon de pays que celui-ci coupa sans mal, je m’aperçus alors qu’il était presque trois heures du matin.
Et mon ancien était toujours debout, je ressentais les effets de l’alcool malgré que nous n’ayons jamais dépassé une certaine dose.
—Jean, merci pour cette soirée, vraiment... Je vais me ramasser, il est presque trois heures quinze du matin...
—Oooh... Je n’avais pas percuté et je dois avouer que je n’ai pas pris garde à la pendule... Vous m’en voyez sincèrement désolé... Vous savez, à mon âge...
—Mais non ! J’ai vraiment passé la plus belle soirée depuis... Des lustres ! Je suis un peu fatigué mais je suis tellement content !
—Toujours d’accord pour que je vous emmène voir le grand tilleul du village abandonné des Cotes ce 31 ?
—Oui, c’est toujours d’accord !
—Ouf... J’ai un peu peur maintenant, que vous refusiez...
—Aucune raison à cela !
—Je passerai vers quinze heures. Il nous faudra bien ça pour arriver.
—Pas de soucis Jean ! Je suis un peu... Fatigué... Ok, quinze heures le 31, dans quinze jours maintenant...
—Daniel... Je vous raccompagne jusqu’à votre demeure ? Vous me semblez un peu... Pâle...
—Non, non... Je décolle... Je décolle, excusez-moi...
—Pas de soucis, je vous accompagne.
Il m’aidât à enfiler ma veste, nous sommes sortis par la terrasse, je grelottais comme un gosse ayant la grippe. Nous avons traversé la route, sommes entrés par le portillon, je n’arrivais pas à insérer ma clé dans la serrure.
—Donnez donc... Je connais cela... Parfois, nous ne sommes que des hommes...

Il prit mes clefs... Ouvrit ma porte... Mes jambes se dérobaient...

Je me réveillais le lendemain, il était plus de midi. Je me servais un café et regardais par la fenêtre. Tout était givré au dehors, c’était superbe et tout en allumant la radio, je repensais à la soirée avec cet ancien si spécial. Nous avions tellement abordé de sujets de discussion différents et je me souvins alors de ce grand tilleul dont il m’avait parlé. Il me disait que c’était une curiosité du coin, que son âge était estimé entre huit cents ou mille ans. Je me souvins aussi d’avoir accepté d’aller avec lui le 31 pour voir cet arbre spectaculaire. C’était à six ou sept kilomètres plus haut dans les montagnes. Je repensais aussi aux peintures, je n’avais jamais vu de traits si fins et un détail me revint soudainement.
Je n’avais pas vu de pinceaux ou autres instruments sur sa palette de peinture alors que la toile était en cours et qu’il devait être en train de travailler dessus quand je suis arrivé... Il n’y avait rien dans l’évier non plus... Et les portraits d’animaux accolés aux figures d’humains, l’agencement rectiligne sur le mur en face du portrait de cette femme, les dates sous ces derniers...
J’avais beau faire, une chose me dérangeait... Et ses mains absolument pas déformées par l’arthrose... Il y avait un truc qui ne collait pas et mon esprit n’arrivait pas à savoir pourquoi.

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Geny Montel · il y a
J'aime beaucoup le mystère qui plane autour de ce centenaire pas ordinaire...
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J.D.Flyman · il y a
Bonsoir Dame Geny Montel.
Il faut bien une intrigue, mais, ce n'est que le début!
:-)
Merci de votre passage et de votre lecture!

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Geny Montel · il y a
Avec plaisir JD !
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Cheyenne Tala · il y a
intéressant tout ça ;-) j'ai une hypothèse à ce sujet...je vais lire la suite pour voir si je suis dans le vrai :-D
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J.D.Flyman · il y a
Bonsoir Cheyenne Tala.
Merci de vous être arrêtée ici.
Aucun écrit sur votre page.

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Cheyenne Tala · il y a
normal, je n'écris pas! ( je tiens juste un blog littéraire, pour donner mon avis sur mes lectures)
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J.D.Flyman · il y a
Ok
C'est votre credo.

:-)
N'en prenez pas ombrage.

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JigoKu Kokoro · il y a
Bonjour J.D.Flyman ( ^_^)
Premier chapitre lu. La narration est fluide et l'accroche du lecteur plutôt bien faite. On rentre vite dans l'histoire ou les évènements sont racontés sans longueur qui donne un très bon rythme de lecture. Dès le début, il y a des pistes évoquées qui titillent la curiosité du lecteur comme du narrateur. La suite en ajoute tout autant et cela se lit très bien. Si j'avais un sérieux reproche à faire c'est l'utilisation un peu trop massive des points de suspension. Je comprend leur utilité et leur fonction mais reste qu'il y en a trop et que cela finis par gêner à la lecteur et desservir ce à quoi ils sont utiles. Sans tout retirer, je pense qu'une partie pourrait être enlevé sans que cela ne touche à la qualité du récit. Il y a aussi les sauts de lignes dans les dialogues au court d'une réplique qui sont à éviter à moins que l'on bascule en narration. Par cela j'entends que le personnage va raconter un histoire.
Je lirait la suite avec plaisir car je suis comme le narrateur peut-être trop porté sur la curiosité, votre conseil fit avisé ( ^_^)

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J.D.Flyman · il y a
Bonjour JigoKu Kokoro.
Tout d'abord, merci pour votre passage, c'est une bonne surprise car les nouvelles (surtout longues) ne font pas grand nombre d'adeptes!
Votre commentaire est très intéressant et en plus constructif car vous avez raison pour les points de suspension comme pour les sauts de ligne sur les dialogues!
C'est un manque de connaissance de ma part, du point de vue de la mise en page pour la fluidité du texte pour celui qui lit.
Je dois travailler ça chez moi car j'écris en général d'un jet et les scènes s’enchaînent dans mon esprit à la façon d'un film duquel je dois extraire avant tout le coté sentiment... Je m'exprime peut-être un peu mal et je ne sais pas si vous voyez cet état d'esprit.
Mais oui, vous avez entièrement raison dans les deux cas!
Une chose me rassure un peu,vous dites avoir aimé l'intrigue du départ ainsi que la façon dont l' histoire se commence et je suis déjà très content que cela pousse à lire la suite!
Merci encore pour ce commentaire!
Sincèrement!

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Dolotarasse · il y a
Un début très intéressant. Le personnage Jean est très attachant et mystérieux à la fois. Et toujours cet amour de la nature dans tes écrits. Je lirai le texte 2 plus tard. A très vite et belle soirée Fly.
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J.D.Flyman · il y a
:-)
Bizzzzz!
Merci pour la lecture Dame Dolo et aussi pour l'avis que vous me donnez!

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J.D.Flyman · il y a
Bonsoir Élisabeth Marchand.
Merci pour votre présence et aussi pour votre commentaire !
:-)
Je suis vraiment très content que le début de cette nouvelle vous plaise et vous incite à la suite!
:-)
Merci, sincèrement !

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Elisabeth Marchand · il y a
C'est bien mieux quand on commence depuis le début... belle histoire que je me réjouis de continuer... du suspens!! Et le guewürstraminer m'a fait sourire car c'est mon vin préféré (avec modération!). A bientôt...
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