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ÉTERNEL (ACT 3 )

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J.D.Flyman

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Il soupira tout en plongeant son regard dans le mien, la nuit était en train d’envahir la forêt, la lune apparaissait dans le ciel et son aura remplaçait peu à peu les derniers éclats des rayons du soleil. Les lueurs orangées laissaient place à une lumière différente, blanche, tout changeait et pourtant, sous les reflets des flammes de ce feu, j’étais si bien... Je me sentais hors du temps... Je regardais le bâton, sa tête finement sculptée et j’essayais d’échapper aux yeux bleus de Jean... La pointe du bâton était recouverte d’une couche de métal parfaitement adaptée à sa forme. Il reprit alors son récit...

—Nous vivions, mes parents et moi, dans ces collines. Un peu au dessus de la ruine du moulin. C’était le début du printemps et je descendais au bord du ruisseau pour puiser l’eau.
Je pouvais porter deux sacs de peaux cousues en les attachant sur une branche de noisetier, un sac d’un coté et l’autre au bout de la perche, l’ensemble sur mes épaules.
Je finissais de ligaturer le premier sac tandis que l’autre se remplissait dans les remous.
Je me retournais pour attraper le deuxième sac et de l’autre coté du ruisseau je la vis pour la première fois.
Elle était penchée au dessus de l’eau et buvait à même l’écume, elle devait probablement avoir le même âge que moi. Elle releva sa tête et me regarda... Je ne savais pas qu’il y avait d’autres personnes ici, je ne l’avais jamais vu, j’échappais la peau qui tomba dans les remous et je fixais ses grands yeux bleus.
Elle me sourit alors, se releva et d’un bond, elle traversa le ruisseau. Je ne pouvais pas me détacher de son regard... Nous n’étions tous deux que des enfants... Elle s’approcha de moi, je ne savais pas quoi faire... j’étais pétrifié... Sa main droite se leva et tandis que je plongeais dans son regard je ressentis sa caresse sur ma joue...
Un cri se produisit alors et un oiseau, un Geai, se posa sur ses épaules. Elle tourna son regard sur lui et l’oiseau cessa instantanément. Elle le caressa et retraversa d’un bond le ruisseau, se retourna et me regarda un instant, elle disparût dans les bois avec une aisance dont seul les êtres sauvages sont pourvus. J’étais fasciné par sa beauté naturelle, je ne l’avais jamais vu auparavant et une fois que je suis rentré à la maison, je racontais tout à mes parents.
Ils me dirent alors qu’il ne fallait pas s’approcher des êtres sauvages, qu’ils étaient parfois dangereux quand on pénétrait leurs territoires. Je n’étais qu’un gosse et ils me firent promettre de ne jamais la suivre si je la rencontrais à nouveau. Je n’ai jamais tenu cette promesse, je descendais tous les jours au ruisseau en espérant la voir.
Ce n’est qu’au début de l’été que je la revis au même endroit... C’était un soir, j’étais en train de ramasser des baies pour le repas du lendemain. Elle était assise sur un rocher et jouait avec ses jambes dans les remous. Dés qu’elle me vit, elle se releva et en un éclair, elle était en face de moi. Sa peau était si lisse, ses cheveux longs et d’une noirceur d’ardoise mettaient encore plus en avant le bleu profond de ses yeux. Je pris une baie dans mon petit panier et, tout en lui offrant, je balbutiais quelques mots :
—Je m’appelle Jean... Qui es-tu ?
—Je m’appelle Efeliane... Tu n’es pas de la forêt...
—Je vis avec mes parents au dessus du sentier... Et toi, tu vis ici ?
—Je vis de l’autre coté du ruisseau avec ma maman... Tu ne t’amuses jamais avec les oiseaux ? Tu veux que je t’apprenne à leur parler ?
—Oui ! Mais je dois retourner à ma maison, la nuit va tomber et mes parents ne veulent pas que je sorte après... Je serai là demain, je dois puiser l’eau...
—Tu ne ressembles pas aux autres... Tu as l’air gentil... Tu veux qu’on soit amis ?
—Oh oui ! Tu n’as pas l’air méchante aussi...
Elle me sourit et approcha son visage du mien, je fermais les yeux quand je sentis ses lèvres sur ma joue. Elle ria et sauta de l’autre coté du ruisseau tandis que je sentais une douce chaleur envahissant mon corps...

Nous nous sommes retrouvés tous les jours, nous passions des moments à jouer près du ruisseau, elle m’apprenait à parler aux oiseaux, m’expliquait des choses sur les êtres des forêts... Que certains prenaient l’apparence d’oiseaux ou d’autres animaux afin que ceux qui n’étaient pas de la forêt, comme moi, ne se mettent en chasse pour les capturer ou les tuer.
Elle me disait qu’auparavant, nous vivions en paix jusqu’à la venue de ceux qui portaient un sigle, qu’ils avaient pourchassé les siens et d’autres... Qu’elle et sa mère avaient dû fuir pour vivre plus haut dans les bois. Nous passions tout le temps possible ensemble et cela dura deux ou trois années.
Je n’avais jamais traversé le ruisseau jusqu’au jour de mes quinze ans. Elle avait grandi elle aussi, mais le temps ne semblait pas passer au même rythme. Sa peau était toujours aussi lisse et parfaite et elle devenait de plus en plus agile, elle pouvait courir et sauter de façon fabuleuse, elle ne tombait jamais et n’était pas non plus essoufflée.
Nous avions beaucoup parlé cette après-midi là et au moment de nous séparer, nos mains restèrent enlacées... Je ne savais pas ce que pouvait être l’amour, jusqu’à cet instant ou nos lèvres s’unirent dans un baiser...
Efeliane m’aimait et j’aimais Efeliane...
Nous sommes restés dans les bras l’un de l’autre jusqu’à la nuit. Un hurlement venant de l’autre coté du ruisseau délia notre étreinte. Elle se leva d’un bond, se retourna et posa furtivement sa bouche sur la mienne. Elle bondit et je restais seul...
J’allais repartir par le sentier mais je pensais à mes parents qui devaient s’inquiéter. J’allais me prendre une correction mémorable, que je rentre maintenant ou plus tard...
Je décidais de traverser le ruisseau et de suivre le sentier de l’autre coté. Il fallait que je vois la maison d’Efeliane, je voulais être prés d’elle...
Une fois le ruisseau passé, je montais par le sentier et la pleine lune éclairait mes pas et les sous-bois, j’entendais des craquements et des chants d’oiseaux de nuit, je n’en menais pas large. Je marchais depuis quelques minutes et je perçus comme un courant d’air dans les bois. Je me retournais et scrutais les alentours baignés par cette lumière blanche. J’avais peur, je me souvenais de la promesse faite à mes parents... J’avançais à reculons, épiant le moindre détail, et un tremblement du sol me fit me retourner dans un réflexe tel que je trébuchais et tombais sur le dos.
Une forme était au milieu du sentier, la lune pleine était juste derrière. Je reculais en rampant sur mes coudes sans la quitter des yeux. Elle avança vers moi comme un chien et se trouva debout au fur à mesure qu’elle s’approchait en grognant. Je me relevais, je tentais de fuir mais un des bras de la bête était déjà levé et son coup me fit décoller sur plusieurs mètres et rebondir sur un arbre pour finalement atterrir sur un rocher. Je ressentis un craquement au niveau du torse... Quelques secondes après ma gorge se remplissait de sang... La bête se rapprochait de moi.
—MAMAN, NON !!!
Les pas s’arrêtèrent, je tentais de respirer... Il y eut un autre bruit de pas...
—EFELIANE !! Je t’avais dit que tu ne devais pas t’approcher de ceux qui vivent au-delà du ruisseau ! Ils ne comprennent rien et ne font que détruire ! Ils considèrent toutes les choses comme acquises... Ils exploitent le vivant au lieu de participer aux harmonies naturelles...
—Il est différent... Mère...
—C’est pour-cela qu’il n’a rien à faire ici ! Tu vas le ramener de l’autre coté du ruisseau !
—Mère...
—MAINTENANT !
Je n’arrivais plus à reprendre mon souffle, je crachais du sang... Je me sentis alors soulevé délicatement... Et ma tête est griffée par les branches des sous-bois... Je perçois la lune pleine et je sombre.
Une douleur effroyable sur mon pectoral gauche... Je suis au sol et me contorsionne... Je tiens mes deux mains appuyées sur l’origine de ma souffrance... Je peux respirer... Je me tourne et je cale ma tête contre un noisetier... Je reconnais le sentier qui mène à ma maison sous les rayons de la lune pleine... J’entends des pleurs à quelques mètres...
Efeliane était accroupie et sanglotait... Elle se balançait d’avant en arrière, frénétiquement...
—Efeliane...
—Amour ! Tu es revenu !
—Je t’aime... Ange... J’ai mal... Pourquoi tu pleures ?
—Je t’aime... Amour... Tu ne respirais plus, je ne voulais pas te perdre Amour... Tu es proche de ta maison... Ils te cherchent...
—Ange... Je ne veux plus jamais être séparé de toi...
Elle se leva, son regard dans le mien et traversa les quelques mètres qui nous séparaient...Je vis alors au gré des lueurs blanches de la lune pleine ce qu’elle était.
Un être musclé aux longs membres et à la toison épaisse sous les rayons de lune, une femme sculptée à la démarche gracile dans l’ombre des arbres... C’était une lycanthrope. Elle s’assit prés de moi à l’ombre des rayons de la pleine lune, je mettais ma tête sur ses cuisses et prenais sa main.
—Amour, pardon... Tu ne respirais plus et je t’ai mordu... Je t’aime...
—Ange, ne pleure pas, tu as eu raison...
—Non ! Tu vas devenir comme moi et ils te chasseront pour te tuer !
—Alors nous fuirons tous deux ! Je t’aime Efeliane, que ce soit sous la lumière du jour ou sous les lueurs de la lune.
Je tenais sa main et l’approchais de mon visage... Elle tenta de la retirer avant que les rayons de la lune ne changent son apparence mais je la retenais et de longs doigts armés de griffes comme des couteaux remplacèrent les siens tandis qu’ils passaient sous la lumière blanche. Ils se posèrent délicatement sur mon visage et j’appuyais ma joue dans la paume démesurée.
—Amour... Tu seras bientôt sous l’emprise d’une fièvre qui durera une semaine. Tu commenceras à changer dès qu’elle sera tombée et les autres sauront alors... Tu ne pourras plus vivre auprès d’eux, ils te tueront...
—Ange, je ne peux pas vivre sans toi... Je partirai et te rejoindrai...

Un bruit se rapprochait de nous et je reconnaissais les pas de mon père, sa voix se fit entendre, il me cherchait. Elle leva les yeux, sa main soulagea ma tête et l’appuya délicatement au sol, elle se pencha tandis que ma vue se troublait et déposa un baiser sur mes lèvres. Elle disparut alors dans un bond.
Je vis une silhouette sur le sentier, mon père avançait vers moi. Lorsqu’il me distingua, il se précipita et il m’emporta vite dans la maison. Il me posa prés du feu sous les cris affolés de ma mère. Ils virent le sang sur mon torse et ma mère ôta mes vêtements... Ils comprirent tout de suite, mon père recula et enserra ma mère qui pleurait.
—Il a été mordu ! Mon dieu qu’allons-nous faire !
—Il faut le cacher, nous ne pouvons pas faire autre chose !
—Mais si les hommes du château viennent pour quérir ta besogne pour la construction, ils verront et ils le tueront !
—Nous dirons qu’il a la fièvre ! Que faire d’autre ! Il faut nettoyer ses plaies pour l’instant !

Je sombrais alors, je ne me souviens que de passages brumeux... J’étais en proie aux fièvres, cela dura des jours. Un matin, j’ouvris les yeux... J’étais seul à coté du feu et j’entendais les voix de mes parents au dehors. Ils n’étaient pas seuls et j’écoutais aussi les hennissements de chevaux. La porte de la maison s’ouvrit alors et je voyais mon père qui avançait vers moi.
—Jean, il faut que je te sorte au dehors... Surtout... Tu ne bouges pas...

Il me leva et je m’appuyais contre lui pour marcher... La lumière du jour me faisait mal, il fallut quelques secondes pour que mes yeux s’habituent.
Trois cavaliers étaient devant notre maison. Ils étaient vêtus d’aubes et seul un d’entre eux avait ôté sa capuche. Ils arboraient tous un arc et une lance à pointe de métal. Je grelottais et je sentis mon père se détacher de moi... Je tentais de tenir debout...

—Il est tombé au bois, il a fait une chute et il s’est blessé en atterrissant dans un taillis de buissons noir... Il a la fièvre, sa blessure s’est infectée...
— C’est ce que nous allons voir... Reculez encore !
Les deux cavaliers sur les cotés de celui qui avait parlé dirigèrent leurs montures vers mes parents pour qu’ils reculent tandis que ce dernier tournait autour de moi sur son cheval et m’observait avec un regard sombre. Il avait sa lance en main et souleva le morceau de couverture qui cachait mes épaules.
—Tes parents disent que tu es tombé dans un taillis, ce sont de vilaines blessures que je vois !
Les deux autres cavaliers tournaient autour de mes parents, ils avaient aussi leurs lances à la pointe de métal en main...

—Tu n’es guère loquace gamin ! Allez, tu parles !
—Je suis tombé au bois... J’ai roulé la pente et j’ai traversé les taillis...
—Balivernes ! Tu transpires le mensonge !
—Non ! Je suis tombé...
Il hurla aux deux autres qui encerclaient mes parents... Mon père tenait ma mère dans ses bras, elle pleurait, ils étaient agenouillés au sol...
—Armez vos lances ! Soyez prompts et sans faillir, transpercez leurs cœurs à mon ordre !
Les deux cavaliers sautèrent au sol en même temps que leur chef. Ils étaient prêts à frapper et l’homme qui les commandait décrocha de sa monture une petite sacoche de cuir ornée d’une croix. Il attrapa un flacon de verre emplit d’une eau brillante comme pailletée d’argent.
Il me donna un coup de pied de face, en plein sur ma blessure, je roulais au sol tordu par la douleur.
—Alors ainsi tu es tombé au bois ? Il te faut être propre maintenant ! Allez, debout !
Je peinais à me relever... Je retombais au sol... Il s’approcha de moi, me retourna du pied. Il déboucha le flacon et m’aspergea du liquide. Il récitait des paroles en me regardant fixement. Je n’osais plus bouger. Son regard changea brusquement, il cessa de parler et remonta sur son cheval.
—Ce n’est pas lui ! Bas vos armes Frères ! Il est trop petit pour être la bête du Démon aperçue tantôt sur les terres près des écuries du Saint Monastère.
L’eau qu’il avait répandue sur moi ne provoquait aucune réaction... Sauf sur la morsure d’Efeliane... Je cachais les effets en me tournant face contre terre sans trop remuer...
Les deux autres abaissèrent leurs lances, remontèrent sur leurs chevaux et leur chef s’approcha de mes parents. Il stoppa sa monture en face de ceux-ci.
—Toi, Homme ! Tu travailleras à la construction de la demeure qui s’officie derrière cette colline. Femme, tu t’affaireras à soigner ton enfant afin qu’il rejoigne la besogne de son père. Emmenez-le !
Le premier cavalier contenait mon père, ma mère tentait de retenir son étreinte, le deuxième la frappa de plein fouet au visage avec le pied. Elle roula sur le coté, le chef hurla.
—Emmenez l’homme !!! Et toi Femme, je te conseille de veiller sur ton enfant pour qu’il soit vif à travailler ! Sinon tu serviras de compagnie aux gardes !
Ils emmenèrent mon père, je ne le revis plus jamais.
Le lendemain ma mère me laissa seul au matin, elle allait apporter de simples nourritures à mon père qui travaillait à la construction d’un château à quelques lieux de notre maison. Elle me disait qu’elle serait de retour au milieu de l’après-midi et qu’il fallait que je reste à l’attendre. Je lui obéissais et restais à guetter son retour. Je n’avais plus de fièvre, je pensais à Efeliane et mon père. Je me sentais coupable envers lui et ma mère... Mais j’aimais Efeliane...
Les heures passèrent très vite ce jour-là, j’allais mieux, ma vue devenait formidable, je pouvais me lever d’un bond, je sentais des odeurs jusqu’ici inconnues de moi, je pouvais entendre le bruit du ruisseau de la maison... Et j’avais faim ! Je suis sorti dehors, la fin d’après-midi approchait et ma mère n’était toujours pas revenue du château.
Je regardais le sentier et je voyais les oiseaux sur les branches. Je tendis mon bras et certains se posèrent naturellement sur moi. Ils venaient même près de mon visage, restaient statiques en battant des ailes, touchaient ma peau en piaillant... Je fis un geste juste pour les éloigner et ils repartirent sur les branches des arbres alentours. La lumière n’était plus un problème, mes yeux ne souffraient plus et je distinguais sans mal le plus petit caillou du sentier, ses moindres aspérités... Même les arbres étaient différents, ils changeaient de couleur constamment, je posais ma main sur un noisetier et le pourtour de ce contact variait du rouge au bleu... Je n’avais pas peur, je me sentais relié à d’autres êtres, je regardais l’ensemble de ce monde avec les yeux d’Efeliane.
Je suis rentré dans la maison, me suis occupé du feu en guettant le retour de ma mère. La nuit tombait et elle n’était toujours pas là. Je m’endormis.

Je me réveillais en sursaut, la lune était haute dans le ciel, des sons m’arrivaient et je savais qu’ils venaient de l’autre coté du ruisseau. Je sortis sur le devant de la maison, la lumière dispensée par la pleine lune était douce à mes yeux. Tout me semblait différent dans la nature, même le sol que je sentais vibrer. Les sons m’arrivaient, quelqu’un pleurait au-delà du ruisseau, je reconnus la voix de ma mère. Ma main se posait instantanément sur le premier arbre à ma portée, aussitôt une image se formait dans mon esprit. Je vis alors ma mère près du ruisseau, elle souffrait, elle était attachée aux chevilles et pendue tête en bas. D’autres sons plus discrets me parvenaient aussi, des chuchotements... Et je percevais aussi des odeurs, celles de chevaux... Trois, et les paroles à voix basse... Les cavaliers qui étaient venus...
Ils avaient utilisé ma mère comme appât pour attirer la bête, la maman d’Efeliane...
Je ne percevais pas la présence de celle-ci, elle était plus loin, vers le château, mais une forme autre... Efeliane approchait vers ma mère, elle ne lui voulait pas de mal, elle était attirée par ses pleurs.
Je retirais ma main de l’arbre et je fonçais par le sentier, j’écoutais le son du cor émanant du château en construction juste en partant.
Je dévalais la pente qui menait au ruisseau que je traversais d’un bond et continuais ma course par le chemin. Je gravissais la cote et je vis en contrebas les trois cavaliers qui repartaient en galopant vers le château. Je m’arrêtais en haut et je vis sur le sentier ma mère qui était au sol dans les bras d’Efeliane. Le son du cor émanant du château accélérait sa cadence tandis que j’arrivais vers Efeliane et ma mère. Je mettais genoux à terre prés d’elles.

—Amour... Je ne puis rien faire... Ils ont transpercé son cœur avec leurs lances tandis que je m’approchais...
—Ange...
Je saisissais le corps de ma mère et le ramenais à moi... Je pleurais et Efeliane me regardait... Elle m’entoura de ses longs bras sous cette lune pleine, le son du cor envahissait la vallée.
—Je descendais par le sentier... J’écoutais ses pleurs quelques minutes après que Mère ne parte vers le château, je me suis approchée et soudain le son du cor retentissait dans la vallée. Ils bondirent des sous-bois et ils perforèrent son torse avec leurs lances... Amour, je ne puis rien faire...
Je pleurais, ma mère était dans mes bras, son sang coulait sur mes jambes... Maman... Je caressais son visage...
Le son du cor cessa durant quelques secondes, Efeliane se leva brusquement. Elle sentait les choses...
—Mère... Mère !!!
Elle bondit alors jusqu’au sommet de l’arbre le plus grand sur le sentier. Le son du cor se faisait à nouveau entendre et son rythme était différent. Très saccadé, la chasse était en cours.
Je vis Efeliane sauter d’arbre en arbre sous les rayons de la lune pleine en direction du grand tilleul de la montagne ronde.
Je berçais le corps de ma mère en pleurant et je sentais une chose qui montait en moi... J’avais peur pour Efeliane, tout n’était que piège... Je repensais au regard du cavalier qui m’avait aspergé de son eau... Il savait...
J’étreins une dernière fois le corps de ma mère, me relevais et fonçais par le chemin, je courrais vite mais je ne parvenais pas à contrôler mes gestes comme Efeliane, je n’étais qu’un humain en transition... Le rythme du cor changea, je passais juste ma maison, je fonçais dans les sous-bois, ma tête tapait sur les branches, je sentais l’odeur d’un feu, je percevais des cris durant ma course...Ce n’était pas ceux d’Efeliane mais de sa mère.
J’arrivais au bas du sentier qui menait au sommet de la montagne ronde. La pente était raide sur un kilomètre et il y avait à peu prés la même distance du sommet de celle-ci jusqu’au grand tilleul. Je m’appuyais contre un arbre pour reprendre souffle, instantanément une image se formait dans mon esprit. Il y avait plusieurs hommes, ils livraient combat avec la mère d’Efeliane, elle était criblée de flèches, un brasier éclairait la scène au pied du grand tilleul... Je vis alors un des hommes qui orientait les combattants sur une autre cible surgissant des arbres... Efeliane !!!
Je repartis d’un bond... Mais je ne pouvais pas aller aussi vite que quelques minutes auparavant, j’étais épuisé à la moitié de la montée, mes pas étaient de moins en moins précis, je chutais deux fois avant d’atteindre le sommet. Une fumée épaisse envahissait les bois quand je parvenais en haut. Elle cachait par moment la lumière blanche de la lune sur le chemin menant au grand tilleul et les reflets prenaient des teintes orangées. J’avançais toujours en courant... Comme un humain fatigué... J’étais à trois ou quatre cent mètres et les bois baignaient dans la lumière d’un feu démesuré.
Je percevais alors un hurlement, je tentais d’accélérer ma cadence et les sons du cor changèrent, une horde de cavaliers rebroussait chemin à son appel. Je traversais les sous-bois, ils avaient la couleur de l’Enfer.
J’arrivais au grand tilleul... Un feu énorme éclairait toute la colline jusqu’aux champs en contrebas.
Elle était accrochée à même les branches au dessus des flammes... Perforée de flèches...
Efeliane !!!
La vision de son corps en proie aux flammes... Je traversais le brasier infernal ou sa mère brulait et cassais les flèches tandis que leurs cendres collaient à ma peau qui crépitait... Je retirais son corps des branches et j’avançais au-delà de la fournaise. Je m’assis sur le promontoire de la vallée derrière le grand tilleul. Elle était dans mes bras... Je serrais son corps sous la lueur de la lune tandis que les cavaliers traversaient les prairies.
—Amour...
—Ange !
—Je t’aime... Je serais toujours là...
—Ange, ils s’éloignent maintenant... Je suis auprès de toi, ils ne te feront plus de mal...
—Amour... J’ai laissé ce corps... Je me suis réfugiée dans l’arbre creux tandis que leurs flèches à pointes d’argent transperçaient mes chairs. Pardon... Amour...
—Ange, je suis là... Ne m’abandonne pas ! Je traverserai l’éternité pour te rejoindre !
—Amour... Je serai là toutes les huit années de lune pleine... Je t’aime !
Son corps calciné s’éteint en même temps que la lueur de ses yeux...
Je vis ses chairs se disloquer tandis que mes lèvres embrassaient les siennes...
Le lierre qui courrait sur le sol entoura son corps lentement, j’ouvrais mes bras et les plantes attirèrent sa dépouille jusqu’au tronc du tilleul et la soulevèrent entre les nervures, il se produisit une déflagration tandis qu’elle disparaissait comme avalée par l’arbre. Le brasier fût soufflé en un instant, le sol trembla.
La horde des cavaliers stoppa sa course dans la prairie. Le principal meneur de ces assassins leva un bras, il repartit vers la queue de l’embardée et deux autres suivirent.
Ils regardèrent le sommet de la montagne ronde, ils ôtèrent leurs capuches...
La lune éclairait leurs visages... Je m’en souviens encore... Les trois cavaliers devant ma maison...

J’étais sur le rocher du promontoire derrière le grand tilleul, la lune pleine éclairait la prairie.
Je me dressais alors sous ses lueurs, mes mains grandissaient comme l’ensemble de mon être, ma peau carbonisée tombait tandis que mes doigts s’ornaient de griffes et que gorge et poumons se mêlaient dans un hurlement qui fit cabrer toutes leurs montures.
Tout mon être explosait de colère et de haine, il ne fallut qu’une seconde à mes yeux pour imprimer leurs visages dans mon esprit.
Infâmes pourritures...
Ils avaient tout détruit dans ma vie... Ils avaient pris mon père et tué ma mère en se servant d’elle comme d’un appât. Ils avaient massacré mon amour, Efeliane...
Mes bras se dressaient tandis qu’un corps émergeait de mes chairs dans un son qui déchirait les restants de volutes du brasier et ma peau.
Mon torse d’humain éclata en même temps que mon hurlement qui retentissait jusque dans les sous-bois.
Ils savaient maintenant qu’il restait encore un être des forêts.
Les trois cavaliers reprirent leurs places au devant de l’équipage, ils repartirent en direction du château en construction.

Je n’avais pas osé interrompre le récit de Jean, j’avais tenu le petit feu alimenté, son bâton de marche à la paume sculptée était toujours dans mes mains. La pleine lune était haute dans le ciel étoilé, la température devait être glaciale mais, curieusement, tout le grand tilleul et le sol au-dessous n’était pas couvert de givre. Jean n’avait pas bougé d’entre les nervures du tronc, je distinguais sa silhouette à l’ombre de la lumière blanche.

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JigoKu Kokoro · il y a
Bonsoir J.D.Flyman ( ^_^)
Nous voilà enfin au cœur du mystère de l'étrange centenaire. C'est une étrange fable que vous contez ici. On quitte complètement l'univers du début pur se projeter dans le passé. C'est plutôt bien mené car la bascule d'un récit à l'autre se fait sans encombre. Le fantastique prend le dessus et ce n'est pas désagréable surtout que le ton de narration change en reflétant assez bien les sentiment du jeune garçon. Il y a pas mal de répétition, même beaucoup. Pas forcément les même mots mais ils veulent dirent la même chose. On sent aussi un petit peu la précipitation à raconter l'action rapide qui se déroule et je dois dire que cela ne la sert pas correctement toujours. Les événements qu'il s'y passe sont important, autant pour le lecteur que le protagoniste. Cette "précipitation" par moment gêne aussi la compréhension entre l'aspect des personnage s'il sont métamorphosé ou non. J'aime beaucoup le fait que vous touchiez au mythe de la Lycanthropie. C'est un mythe que j'ai toujours bien aimé depuis mon plus jeune age. L'histoire est jolie et triste bien entendu et je reste très curieux quand la façon (dans le prochain extrait) dont va rebondir cela dans le récit "actuel". Je trouve très intéressant et plutôt poétique le fait que le personnage du centenaire depuis le début semble savoir parlé au oiseaux. Ce fait trouve son origine ici et c'est fort sympathique car cela adoucit l'image habituelle de ces créatures. La fusion avec le tilleul, la présence annoncé tous les 8 ans, bref que de choses expliquées et amenées par le récit, il y a matière à en raconter.
Au plaisir sur le prochain extrait ( ^_^)

·
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J.D.Flyman · il y a
Bonsoir JigoKu Kokoro.
Le style change dans l'expression et c'est voulu car c'est comme une fable, j'ai tenté de raconter celle-ci avec une forme d' écriture se rapprochant de cette idée. Certaines répétitions sont, pour moi bien-sur, peut-être pas essentielles mais contribuent à la lecture comme celle d' un conte.
Pour ce qui est de votre remarque sur la métamorphose, Jean ne la subit qu'à la fin et Efeliane change d’apparence au gré de ses passages sous les lueurs de la lune pleine. C'est décrit dans le passage ou Jean est ramené par celle-ci sur le sentier menant à sa maison.
Je ne vois pas ce qui peut gêner à la compréhension, j'ai beau relire, comme quoi un avis extérieur est vraiment nécessaire.
J’espère que vous n’avez toutefois pas passé un mauvais moment!

·
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JigoKu Kokoro · il y a
Parfois ce qui semble clair pour nous ne l'est pas pour le lecteur, j'en ai fait une paire de fois l'expérience ( ^_^). La scène de l'agression du texte "l'autre visage" a été travaillé plusieurs fois car plusieurs lecteurs avait du mal à percevoir comment se déroulait l'action.
Rassurez vous, je n'aurais pas fais cette lecture si cela ne m'avait pas plu ( ^_-)*

·
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Elisabeth Marchand · il y a
Histoire bien étrange et surnaturelle... pour moi, un peu difficile à comprendre... l'écriture est belle...
·
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J.D.Flyman · il y a
Bonsoir Elisabeth Marchand.
Merci pour votre lecture et votre commentaire.
Ce texte est un extrait d'un récit beaucoup plus long, j' ai choisi un passage afin de me rendre compte si ma façon d'écrire était bien perçue, je veux dire agréable...
Désolé cependant si le passage que j'ai mis soit, à vos yeux, un peu difficile à saisir.
J’espère toutefois que vous n'avez pas passé un mauvais moment et je vous remercie d'avoir pris le temps de me lire et de m'écrire votre ressenti!
:-)

·
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Elisabeth Marchand · il y a
Comme dit plus haut, l'écriture est belle... j'ai tjrs de la peine avec ce genre de fable, c'est juste ça...
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J.D.Flyman · il y a
Je comprends.
Je livre un texte qui ressemble... à une fable...
Mais c'est issu d'un récit plus vaste...
Je vais tenter de faire une chose, le "Début"...
Vous... lirez?

·
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Elisabeth Marchand · il y a
Bien sûr, je vous lirai... ce n'est pas mon genre préféré comme vous l'avez compris, mais il y a du suspense, de l'angoisse, des sentiments, et, ma foi, comme c'est bien écrit, la lecture en est agréable...
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J.D.Flyman · il y a
C'est ici. je veux dire..Accessible sur ma page...
·
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Geny Montel · il y a
Un récit effroyable et envoûtant... et la présence des oiseaux pour apaiser l'atmosphère... Bravo Sieur J.D. !
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J.D.Flyman · il y a
Bonsoir Dame Geny!
Merci d'être passé me lire!
C'est un extrait d'une nouvelle que j'ai écrit durant mon absence et j'ai donc choisi un passage qui pouvait s'apparenter à un récit "court" .
C'est, à la base, une histoire d'amour et les oiseaux ainsi que beaucoup d'autres êtres en font partie prenante.
C'est la deuxième fois que je me lance dans une nouvelle type roman.
Le texte dont est issu cet extrait dépasse une heure de lecture et, une fois le dénouement écrit (il l'est... Dans ma tête) ce sera, pour moi bien-sur, une belle histoire...
:-)
Merci en tous cas de m'avoir lu!

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Geny Montel · il y a
Bravo à vous J.D. !
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J.D.Flyman · il y a
non...
Merci à vous!

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Geny Montel · il y a
☺☺☺
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Dolotarasse · il y a
Du fantastique comme une légende !
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J.D.Flyman · il y a
Bonsoir Dame Dolo!
C'est un extrait de mon... roman ou nouvelle... Enfin, vous savez, je me considère pas comme écrivain... mais j'ai décidé de protéger cet écrit

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Dolotarasse · il y a
J'avais déjà lu quelque chose de ce genre ou je me trompe. Moi non plus je ne me considère pas comme écrivain ;-).
Tu l'as terminé ce roman ?

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J.D.Flyman · il y a
Vi.
C'est presque fini.
Petit test ici... Comme ça

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Dolotarasse · il y a
Ah ah presque !
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J.D.Flyman · il y a
C'est un extrait de celui-ci.
Je suis parti d'un ancien écrit, Le tilleul des Cotes.
Merci en tous cvas pour la lecture et le passage ici.

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Dolotarasse · il y a
C'est bien ce qui me semblait ;-).
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