Et chercher…

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le souvenir d’une de nos expériences vécues n’est pas si loin de l’experience d’un des souvenirs du vécu d’autrui.



il y a un moment que je voulais vous écrire, j’ai pendant longtemps cherché la bonne accroche, poétique, directe, une citation peut être... Quelle relation j’avais envie d’avoir avec vous, comment vous introduire dans l’histoire, et quelle histoire. 
J’ai cherché, je cherche.

Longtemps j’ai eu envie de vous parler d’ailleurs, de choses qui nous sont lointaines, à vous et moi, et que l’on peut facilement s’approprier, transformer. Puis j’ai eu peur aussi, que ce que je vous dise soit faux, facile ou kitsch. J’ai lu Kundera il y a quelque mois, j’ai repensé à tout cela.

Puis nous voilà, vous et moi, dans nos premiers mots ensembles. Et cette histoire, il va falloir la raconter.



Ici, il n’y a pas de guerre, pourtant il y a la peur, la colère, le cri, la tension. Une cordiale inattention de l’autre. Nous sommes à Rome, Chiara est revenue pour voter, beaucoup n’ont pas pu : le temps et l’argent qu’il faut pour venir voter, des élections qui ne feront de toute façon aucun gagnant. Elle le sait, je ne crois pas qu’elle soit allé voter dans l’espoir de quoi que ce soit, ni par devoir pour ceux qui se sont battues pour ses droits, il me semble qu’elle a voté parce qu’elle avait envie. Prendre la main de la Réalité dans la sienne, comme une amie terrible mais une amie quand même.

Elle n’a pas été surpris du résultat, elle n’était ni heureuse, ni abattu, ni outré. Réalité l’avait prévenue en chemin. Je connais mal l’italie. Encore moins bien Rome. Je n’y suis allé qu’une fois, il y a longtemps. Mais je la vois. Elle, Rome, assise sur les marches des escaliers de la fontana del Pianto, dos au Tibre, regardant les arches de San Rocco all’Augusteo. Elle ne lit pas, ne telephone pas, ne regarde pas les passants. Elle ne pense pas non plus, elle est seulement là, assise avec le Temps.

Peut être au loin le bruits des gens, les roues d’une poussette qui crissent sur la poussière des pavés. Un sac plastique qui balaie la rue.



Ce soir, Tanguy a une soirée raclette avec des potes. Il y aura du bruit, de la joie, des blagues, de la bonne bouffe. Il fait deux trois courses, une bouteille de vin rouge, des cornichons, un filet de patate. Ce matin, Yves le prof d’histoire du cinéma l’a félicité pour son dernier travail. Yves est un critique de cinéma réputé, il publie régulièrement dans Les Cahiers. Il croit en Tanguy, et je pense qu’il aime bien discuter avec lui. Pas le professeur, mais le type. De passionné à passionné. Tanguy n’est pas vieux mais il a une culture et un esprit critique de taille. Il réussit bien cette première année, il aurait pu entrer directement en deuxième année mais il pouvait refuser, il l’a fait. Je crois que le Refus, celui de Tanguy, est son meilleur ami. Il l’aide a être constructif, positif. Et Tanguy ne se gène jamais pour le vexer quand il risquerait de l’enfermer.
Yves passera peut être ce soir, peut être pas. Tanguy sort sa carte, range ses courses dans son sac a dos déjà plein a craquer — trois ou quatre livres, des cahiers, vêtements, propres ou sales, des stylos cassés, des feuilles de sales, la dernière lettre de Tom, le collier de sa grand-mère... le plus strict nécessaire — et patates en main, il sort de l’échoppe, s’allume une clope, croise le regard d’un enfant. Il lui sourit, puis au père qui lui tient la main.
Tanguy a toujours aimé les gosses, il a passé son BAFA dès qu’il a pu, mais ça c’est une autre histoire.
Ici non plus il n’y a pas la guerre, ici aussi il y a tout le reste.



Hassib est mort il y a quelques mois, lui a connu la guerre, celle de Castro et celle de Rabin. Hassib était communiste, pro-palestinien et juif. Il s’était disputé avec toute sa famille, sauf sa mère il me semble. Je ne l’ai vu qu’une seule fois, Tanguy me l’a présenté, c’était un très bon ami de sa grand-mère, communiste espagnole exilée par le Franquisme.
Je crois qu’avec Tanguy nous étions toujours fasciné par ces gens qui ont eu tellement de vies qu’on ne peut les connaitre toutes, qu’on ne peut les connaitre complement. J’ai rencontré Hassib quand il étais déjà pâle. J’accompagnais Tanguy, qui avait mis sont keffieh palestinien. Il me semble qu’Hassib le lui avait offert. Nous avons dis au revoir à cet homme ensemble.



Si on lui mettait un bandeau sur les yeux avant qu’elle n’ait pu voir le bâtiment, Chiara pourrait dire s’il s’agit d’une église ou non en passant le seuil de la porte. Elle n’est pas croyante. Elle aime les églises, la fraicheur, l’odeur, l’écho des petits bruits maladroits, le carrelage abimé, la pierre. L’absence d’agitation humaine qui confère au lieu son sacré. Comme dans la chambre d’Hassib.



Je vais essayer de poursuivre plus tard... Là je dois aller faire des courses, moi aussi. Et chercher un peu de sacré.
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