Essai

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Médecin de prison, je fais des cours sur l'art à mes patients/détenus, je suis passionné de littérature et modeste sculpteu  [+]

Isomorphée. (essai)



L’écrivain est tellement pauvre qu’il récupère à la table des personnages de ses rêves
d’improbables reliefs pour les servir à ses personnages de roman. Exceptionnellement il reste quelques miettes éparses sur la page...Alors il s’en nourrit.


Le téléphone un matin, m’extirpa d’un rêve dans lequel un des protagonistes, ayant maille à partir avec un monstre, était en bien mauvaise posture. Une fois terminé le bref échange avec mon interlocuteur, j’effectuais plusieurs tentatives de « ré- endormissement » afin de connaître l’issue de mon rêve et tout particulièrement le sort dévolu à ce personnage qui avait toute ma sympathie et semblait en si mauvaise passe, à l’aide des bribes de souvenirs du début de mon rêve...En vain ! *
A maintes reprises dans la journée je fus tracassé, voire inquiet comme si « je pouvais être tenu directement responsable de l’avoir amené jusque là dans ce rêve puis de l’avoir laissé tombé »...S’en était t-il sorti ?...Où errait-il actuellement ?...Dans quelle si mystérieuse contrée de mes circonvolutions cérébrales séjournait-il qu’il en échappait à mes efforts de le débusquer ?
Je me posais ces questions quand soudain je me suis souvenu avoir déjà ressenti les mêmes tourments...C’était à propos d’Antonin, un personnage d’une de mes nouvelles, dans laquelle, sans jamais l’écrire, on pouvait envisager, une chute (au propre et au figuré) tragique pour l’enfant, à l’aune des lignes déjà écrites.

Je pense qu’il existe une analogie (un isomorphisme ?) entre les rêves et l’écriture.

Les être rêvés sont des sous-organismes logiciels qui doivent leur existence à la biologie de leur organisme hôte. Celui-ci fait office de scène, voire d’univers, pour eux. Ils y jouent leur vie pendant un moment puis, quand l’organisme hôte modifie nettement son état, par exemple quand il se réveille, les sous-organismes perdent leur cohérence et cessent d’exister en tant qu’unités séparées et identifiables...C’est comme si mon esprit, quand je rêve, n’était qu’une scène sur laquelle d’autres organismes jouent leur vie. Ensuite quand je me réveille, ils disparaissent... Douglas Hosfstadter Gödel Escher Bach p 818.

S’endormir <> Se mettre à écrire.

Rêver <> Produire de l’écriture. Activité semi-volontaire,
Acte semi-volontaire (inclus dans une Polymnie...Les personnages échappent-en
partie au contrôle de leur auteur, par le biais
des interactions réciproques, sur fond de
trame du roman. activité semi-volontaire, Morphée)
au contenu « involontaire ».

Toile de fond des rêves, décor, écran <> Page vierge, cadre du roman, époque, pays, saison,
Etc.

Sous organismes logiciels qui doivent
leur existence à la biologie de leur <> Apparition au sein d’un contexte défini, d’entités
organisme hôte. susceptibles de le modifier.

Etres rêvés <> Personnages d’un roman.

Niveau d’empathie <> Niveau d ‘empathie.

Installation de l’activité onirique, <> Mise en situation de personnages, l’esprit critique gère une partie des interactions, compte
Phase 1,2,3,4 du sommeil lent, dites, tenu des bases de données du roman (Phase
Hypnagogiques, puis hypnapompiques organisatrice, phase préparatoire à l’installation
car la volonté est encore à même d’en de l’action dans le roman) [ <> Lecture du début
modifier quelque peu le cours d’un roman durant lequel les personnages nous
paraissent encore étrangers, évanescents] Sommeil paradoxal <>
Phase créatrice réalisant une œuvre unique(en l’occurrence, un roman) non renouvelable, éphémère, et cependant intégrable au reste de nos productions psychiques. Phase durant laquelle il arrive que les personnages échappent au contrôle de leur auteur par le biais de leurs interactions (reflet de la vie) [<> Lecture du cœur du roman ; de l’action qui nous fait apprécier sa valeur ; exubérante, dérangeante, surprenante, classique etc.]

Réveil <> « Point final » [Ecriture<> Lecture ; réveil <> fermeture du livre]



Que deviennent les personnages Que deviennent les personnages de roman, une
fois que nous avons refermé le livre ? Pensez-
engendrés dans nos rêves ? vous qu’ils attendent patiemment que nous les
Disparaissent-ils à jamais après redécouvrions ?...Non, ils se livrent une lutte
une unique représention, en d’influence pour leur titre de séduction vis à vis
épuisant leur rôle ? Se réunissent <> de l’écrivain, une sorte de « Je veux être
-ils, à l’état de veille, à notre insu, Chateaubriand ou rien » !...J’en ai connu qui, las
pour redistribuer les rôles en cas de servir de faire-valoir à leur auteur se sont mis
de nouvelles éphémères (et souhaitées ?) a rêver qu’ils étaient des êtres rêvés.
apparitions ?...J’en ai connu qui, las
de ne pouvoir entreprendre le moindre
projet commun, ont quitté leur hôte
insomniaque.



Rêve <> Ecriture





Peut-être peut-on rendre compte du caractère incohérent, « anarchique », des rêves par le fait que les sous-organismes logiciels agissent indépendamment les uns des autres, pour « leur compte » (un peu comme si plusieurs films passaient simultanément sur le même écran, où si, dans le même film, des acteurs n’ayant pas été sélectionnés pour les rôles venaient quand même se mêler au casting officiel) alors qu’à l’état de veille les mêmes ( ?) structures ont leurs activités coordonnées ? Peut-être peut-on expliquer le cauchemar (et le réveil post-onirique suivant immédiatement une « violente impression de réalité » ) par la coordination accidentelle et/ou statistique, des activités rendues cohérentes de tous les sous organismes logiciels alors en fonction (tous les acteurs jouent juste -empathie- et suivent, un temps, le même scénario) ?...Se serait alors cette « monstrueuse cohérence » au sein d’un univers absurde, qui nous extirperait de son déroulement ( tout autant que l’émission d’une absurdité lors d’un dialogue cohérent rompt son rythme) !




L’écrivain est tellement pauvre qu’il crée dans ses romans, des personnages qui rêvent qu’ils sont les êtres rêvés d’écrivains qui sont des personnages de roman.











* Descartes raconte (à la troisième personne) son troisième rêve, fait le 10 nov. 1619 ; Ce qu’il y a de singulier à remarquer, c’est que doutant si ce qu’il venait de voir était songe ou vision, non seulement il décida en dormant que c’était un songe, mais il en fit encore l’interprétation avant que le sommeil le quittât.
De ce rêve résulterait, entre autre, le « Je pense donc je suis »... « Je rêve donc je crée » ?
A propos des plus célèbres « productions » oniriques ; la découverte de la structure du benzène par Kekulé, l’écriture de la Sonate du Diable de Giuseppe Tartini, la solution de l’équation du troisième degré par Gérôme Cardan, l’inspiration Des deux pigeons de Jean de La Fontaine, les effets de l’acétylcholine par le prix Nobel Otto Loewi, la mouette d’Einstein qui vole à une vitesse proche de celle de la lumière...
Il est notable de constater qu’aucun de ces intellectuels n’a revendiqué, au moment de sa
découverte (trente cinq ans après lors d’un banquet donné en son honneur, pour Kekulé) le rôle du rêve...
Les paroles d’un rêve sont divines quand elles sont distinctes et claires et qu’on peut voir celui qui les a prononcées. Maimonide.
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K57 · il y a
Chère Marguerite, merci de votre bienveillant commentaire, j'avais seize ans quand j'ai dévoré Daco...Mais comme dans le reste de ses ouvrages, il ne fait que surfer sur la vague de ce que l'on a envie de lire...Rien qui ne propulse l'essence du rêve là où il me paraît légitime de le placer...Mais pour des raisons techniques je ne suis pas parvenu à retranscrire l'intégralité de mon texte...Lire "des rêves" en complément.Cordialement.
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Marguerite A · il y a
Si vous ne connaissez pas je vous indique un bouquin intéressant : "L'interprétation des rêves" de Pierre DACO. Dans ce livre très clair et très structuré, le psychologue des profondeurs qu'est Pierre DACO, nous entraîne progressivement à la découverte des significations oniriques. Le rêve est l'escalier qui relie les immenses caves de l'inconscient et les étages supérieurs de la conscience.
Pour ma part, je pense que les rêves peuvent être aussi des paroles et des images mentales envoyés par d'autres personnes.
Dieu peut aussi de servir de rêve pour communiquer avec nous.