Espoir d'un peuple.

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Mathématicien de formation, je suis aussi passionné tant bien par l'informatique que par littérature. La poésie, la nouvelle et le roman sont les genres sur lesquels je m'essaie  [+]

Les jeudis en général étaient plutôt gais chez maman Brigitte mais, celui-ci était très différent, il y avait quelque chose d'étrange et d'inhabituel constatait-on. Dans sa petite maison très bondée de petits curieux, il y avait une joie à faire danser n'importe quel démon. Chacun avait les yeux rivés sur ce qui se passait chez les Brigitte car, c'était en effet la
première fois depuis plus d'une décennie qu'on y ressentait un signe de gaieté. Pour d'autres, ils n'arrivaient à admettre qu'une petite Bayam-Selam comme celle en face d'eux puisse avoir un brin de sourire. Ils étaient en effet habitué aux peines et souffrances de maman Brigitte. Elle était
toujours souffreteuse, implorait toujours leur aide pour un petit rien. Très souvent, elle ne
parvenait à manger quoi que ce soit dans sa modeste demeure toujours silencieuse et dont les
bruits des tôles toutes usées rythmaient ses fréquences de sommeil. Quand il advenait à
pleuvoir, c'était la dégaine total: son petit duplex composé d'une chambre et d'un salon était
tout mouillé. Toujours, elle fessait sortir tout ce qui meublait son chez-elle pour aller garder
chez des voisins, les suppliant d'en prendre soin jusqu'à la fin de dame pluie.


Ma'a Bri tu ne m'invite pas ? Lança maman Augustine, sa voisine la plus proche avec qui elle s'entendait le mieux dans le camp. Au vu de l'harmonie qui régnait au milieu d'elles, on aurait cru qu'elles fusent de la même famille, des sœurs par exemple, mais assurément que non. Augustine était une anglophone autochtone de Nsoh, quartier pas très développé de la commune de Bafut. Très satisfaite de l'hospitalité de son village, elle décida de s'y installer avec son hôte, Brigitte. C'est une femme très réputée pour son commérage. Jamais elle ne peut s'empêcher de propager de fausses rumeurs sur les gens. Elle est par contre, comme la plus-part des commères d'ailleurs, très gentil et affectueuse envers les
enfants sont-ils ou non les siens.

- T'inviter ? Mais où ma sœur ?
- Je parle de la fête que tu organises.
- Je crois que tu te trompes. Je n'organise aucune fête ici, répondu maman Brigitte. De plus
même ma sœur, continue t-elle. Si j'organisais une fête, ne te demanderais-je pas de m'aider
dans les préparatifs ? Pour une fois, maman Augustine se sentit bête, elle qui croyait toujours tout savoir, à présent elle ignorait tout. Elle comprit qu'elle était passée à côté de la véritable raison de gaieté de sa voisine, elle se pressa de sortir de chez maman Brigitte, s'en allant ainsi toute troublée. Brigitte, rongée par la gêne, décida de la rappeler afin de calmer sa curiosité et de
lever l’encre sur le mystère qui semblait se tramer depuis plusieurs secondes sur sa tête.

- Voisine ! Voisine ! Reviens s'il te plaît. Bien que ce ne soit pas une fête que j'organise, je pense que je me dois tout de même de te le faire savoir. Tu m'as toujours soutenue, tu m'as toujours aidé. Tu sais tout de moi, tu connais par quoi je suis passé dans la vie... - Voisine, je ne comprends pas. Où veut-tu en venir avec tout ça ?
- Te souviens-tu de mon fils Brad ?
- Comment pourrais-je oublier cet ingrat d'enfant ?
- Ne dis pas ça
- Il va bien je l'espère.
- Oui il va bien, par la grâce du tout puissant. Il était au téléphone il y a un instant et me disait vois-tu ? Qu'il revient la semaine prochaine. Quelle joie ma sœur ! Vraiment ! Enfin je le reverrai après tant d’années. Enfin ! J’ai tant attendu ce moment, depuis très longtemps. À chaque fois qu’il me contactait, toujours il me parlait de son travail, qu'il n'avait guère de temps, prit par ce monde bien étrange et différent du nôtre... Aujourd'hui, après une
vingtaine d'années, il me dit qu'il quitte sa Chine pour revenir au pays. Quelle joie bonne
ma sœur !
- Très heureuse pour toi. Tu le mérites amplement.
- Merci, c'est gentil.
- J'ai une idée. Ne penses-tu pas qu'il soit agréable d'organiser une petite cérémonie d'accueil pour lui ? Fut-elle grande ou non, c'est l'intention qui compte, il aimera l'idée j'en suis sûre. Ça fait bien du temps déjà. Il a certainement déjà oublié ses origines. Un accueil bien chaleureux avec quelques mélodies de son terroir lui rappellera d'où il vient, et lui fera savoir qu'ici aussi, il y a des gens qui l'aime de tout cœur. Ne penses-tu pas ?
- C'est une très bonne idée je trouve.
- Dis, il viendra quand ?
- Dans cinq jours très précisément, répondu Brigitte.
- Je compte sur vous toutes pour l'accueil ajouta t-elle.
- J'en informerai le reste de gens.
- D'accord, je te fais confiance pour cela. Elles se mirent toutes acharnement dans les préparatifs, chacune souhaitant apporter à
Brigitte son soutien. Les plus aisées lui accordent une aide financière, d'autres femmes se
battent à réorganiser leur budget afin de pouvoir y ressortir de quoi accueillir leur prince. Brigitte était fière de son voisinage et de son quartier en général. Elle admirait leur solidarité et ne pouvait oublier le soutien qu'elle reçu d'eux. Pour une femme veuve, seul au monde, c'était inimaginable de penser qu'un jour, son fils quitterai le pays, encore moins pour l'une des superpuissances du monde ; mais grâce à leur soutien, ce rêve est devenu réel. Brad également, était totalement reconnaissant vis-à-vis de ces gens. Ils lui avaient apporté une aide, une très grande aide, une aide qu'il trouvait précieuse et tombée en bon point.



Nous sommes au jour-j, c'est le jour du retour de Brad. Tout le quartier Nsoh est à l'aéroport de Bafut, personne ne veut manquer cet événement qu'ils imaginent magique. La petite salle d'attente de l'aéroport semble assez petite pour accueillir tout ce grand monde venu dire ses salutations à Brad. Tout le monde y est: femmes comme hommes, vieux ou jeunes, aucune différence on y voit. Des enfants de tout âge, de tous horizons, tout le monde
est au bon endroit. Comme le veut le civisme, les dames d'abord. Toutes sont
confortablement installées, les femmes enceintes, les vieillards et les invalides aussi. Tous
dans leurs différentes tenues traditionnelles sont en beauté et en symbiose. Les plus jeunes
lorgnent avec enthousiasme l'apparition de leur petit prince. Brigitte quant-à-elle, est
confortablement installée aux première loges et se fait remarquer par son élégance tout au fond de son bleuâtre Ndop qui allie modernité, noblesse et lui laisse en prime cette apparence de jeunesse. Tous les yeux sont rivés sur elle, tout le monde envie la chance qu'elle a aujourd'hui.


Et voilà déjà quatre heures de temps passé à l'aéroport à attendre le Christ en vain. Les
convives semblent déjà exténués, même Brigitte d'abord toute confiante commence à
désespérer.
- Il ne viendra pas, confesse t-elle à sa proche voisine Augustine bien pomponnée elle aussi à l'intérieur de son Toghu aux multiples couleurs et dont la broderie à dominance
blanchâtre fusionne avec son foulard aux mêmes couleurs. Très particulièrement élégante
dans cette tenue qui laisse entrevoir d'elle son appartenance à la cour royale, Augustine est
aux côtés de sa fille Francelle identiquement vêtue et dont l'élégance et le charme est
compensé par des broderies cette fois à dominance rouge, la rendant irrésistiblement belle, ceci ajouté à la touche très sexy qu'elle y a ajoutée. Chacune vêtue de ses plus belles tenues tient à faire montre à Brad de la diversité vestimentaire que regorge son pays. Toutes les communautés sont parées dans des tenues toutes particulières mettant en exergue leur identité culturelle. Tous meurent d'impatience de voir apparaître leur Brad.
- Ne dis pas ça. Tu l'as attendu depuis très longtemps. Crois-tu qu'il pourrait te faire ça ?
Qu'il pourrait te laisser ainsi ? Avec toute cette honte que cela te vaudra ? Non ma sœur ! Je
te connais bien assez optimiste pour vite laisser tomber ainsi. Patientons encore, il viendra. Tu as bien dis que son vol était prévu pour l'après-midi n'est-ce-pas ?
- Effectivement. Il m'a dit que d'ici treize heure il sera déjà au pays et pourtant voilà, il est dix-sept heure depuis et il n'est toujours pas là. Et ces gens qui tous en joie sont venus l'accueillir, je ne sais pas s'ils resteront encore longtemps.
- Ne t'inquiète pas, je suis là. Nous resteront l'attendre, soyons patientes, soyons juste patientes. Si même comme tu te décourage ainsi, si nous nous en allons et qu'après il arrive, qui l'accueillera ? Connaît-il encore au moins la voie qui mène à la maison ? Cela fait bien très longtemps qu'il est parti et tu le sais bien. Il s'égarera. - Tu as raison ma sœur, répond Brigitte toute découragée. Merci de ton soutien, j'en ai vraiment besoin en ce moment. Et pour les autres, ils peuvent bien s'en aller s'ils le souhaitent, cela ne changera pas grand chose continue t-elle avec un air plus que démotivée.

Maintenant, c'était au tour de la communauté Haoussa tout au fond de leur Grand Boubou, de manifester leur exténuation face à cette éternelle attente. Hommes comme femmes défilent auprès de Brigitte dans ces vêtement dit de riches, constitués d’une tunique en Bazin-wax ornée de broderies rutilantes mariant avec un chéchia ressortant leur élégance. Ils lui disent leurs au-revoir et la prie de leur tenir informé de la suite des événements.

Une heure après, toujours rien. La communauté Sawa également n'en pouvait plus de
l'attente. On observait par intermittence les dames de leur Kaba Ngondo chèrement cousu se presser élégamment le pas, celles-ci suivies très souvent de leur mâle recouverts de leur
Sanja dont la couleur du pagne était presque toujours assorti de celui du Kaba de leur femme. Ces derniers défilent devant maman Brigitte, ôtent leur chéchia en signe de respect et disent leur au-revoir à celle-là qui fut pendant quelques années l'une des leurs.


Le ciel commençait à s'obscurcir, les nuages gris entremêlés de bruns roulaient dans le ciel, une pluie, la
première de la saison s'annonçait. En tant qu'autochtones de la ville et dont des habitué de cela, ils savaient que cette pluie serait dévastatrice, qu'elle serait d'une puissance et d'une destruction extrême. Chacun se pressa de courir vers le chez-lui pour se protéger. De toute
cette foule qui était, seules restèrent Brigitte, son ami Augustine et bien-sûr sa fille Francelle. Chance pour elles, aussitôt que les premières gouttelettes de pluie commencèrent à tomber, elles entendirent les ronflements d'un avion qui, semblait-il, était en approche de la piste
d'atterrissage. Elles crièrent soulagement, convaincues que c'était lui bien que n'ayant
aucune preuve de ces allégations. - Le voilà, le voilà s'acharna Augustine à le faire savoir à tout le monde. Je te l'avais bien dis, c'est lui. Je savais qu'il ne te décevrait pas, pas cette fois-ci.
- Arrêtes avec ça! Recommanda Brigitte. Tu ne l'as même pas encore vu et tu te mets à
crier ainsi ? Et si ce n'était pas lui ?
- Je te comprends. Moi-même je suis dans le même état que toi, mais je sais que c'est lui, ajouta Augustine à voix basse, essayant de s'en convaincre elle-même.
- Attendons voir déclara timidement Francelle en train de lutter contre le froid extrême
qui l'enveloppe et la congèle jusqu'aux os. Si c'est lui, nous le sauront tôt ou tard. Il finira
bien par entrer ici, cette salle est incontournable. Nous le verront sans aucun doute, ajoute t-elle. La pluie tant crainte de tous débuta alors avec toutes ses festivités, c'était un spectacle à
ne pas manquer. Ceci dura plus de deux heures de temps et bien entendue, il était judicieux
pour les résidents de cet avion d'y rester jusqu'à la fin de dame pluie.


Quelques instants après, les gens commençaient à faire leur entrée et se faisaient accueillir par leurs proches tous tachés d'impatience. Tous entrèrent dans cette salle toute en beauté devenue immense suite au départ des accueillant de Brad. Des passagers, des hôtesses, du pilote et de son adjoint, bref tout l'avion apparut aux yeux de Brigitte mais, aucunement elle n'aperçut même l'ombre de son cher fils.


- Il n'est pas là ! déclare Brigitte d'une voix muette. Je te l'avais bien dis. Il n'a même pas
eut la décence de tenir à ses propres dires. Il me laisse une fois de plus plantée là à l'attendre
jusqu'à cette heure tardive, sous ces mauvaises conditions climatiques que vous même avez
vécu avec moi.
- Non, ne penses pas ainsi. Tu te fera bien plus de mal que de bien et... et... Elle chercha
encore quoi dire pour convaincre mais, rien ne lui venait plus à l'esprit, pour elle-même, même comme elle ne pouvait l'admettre ouvertement, Brad avait gaffé. Rien ne pouvait justifier un tel agissement pensait-elle intérieurement.
- Mère calme-toi ! Il y a sûrement une raison très valable qui justifie cela. Moi je ne le connais pas, mais vu l'amour que tout le monde lui porte, je crois que ce Brad c'est quelqu'un de bien. S'il te plaît mère ne te méprends pas, il n'est certes pas venu mais, dis-toi que c'est pour une raison bien essentielle, il te la donnera quand il t'appellera très prochainement je t'assure. Hier encore à l'église, le prêtre nous enseignait que tout ce que l'éternel fait est bon. Je ne le comprenais pas directement, c'est maintenant que je vois qu'il voyait une fois de plus juste. Que sais-tu de ce que sa présence aurait pu causer en ce moment ? Est-tu d'ailleurs certaine qu'il serrait arrivé sain et sauf s'il avait tout de même entreprit de voyager ?
Brigitte était devenue toute calme à l'écoute de cet argumentaire. Elle se sentait aimée et soutenue en cette période pour elle plus que difficile. Elle considérait Francelle comme la bien venu et, sans même bien la connaître, disait déjà d'elle que c'est une fille bien, au caractère naturellement sensuel et maternelle. De la sympathie en elle naissait déjà pour la jeune Francelle. Toutes ensembles, elles décidèrent en cette heure tardive qu'il faisait déjà de rentrer dans leur maison respectives quand soudain, deux demoiselles, visiblement des
hôtesses de l'air de la compagnie Hainan Airlines aux-travers de leurs parures typiquement
chinoises portées pour des grandes occasions, vinrent à elles vêtues de longues robes du
style Cheongsam. Ces demoiselles brillent par leur élégance au fond de ces robes grises aux
motifs inspirés de l'art orientale alliant bonnement tradition, modernité, chic et glamour.

- Are you Madam Brigitte Deffo ?
- Yes, it's me. Discute t-elle pour répondre.
- So you're Brad Deffo's mom ?
- Yes, continua t-elle un peu craintivement. De toute sa longue vie, Brigitte n'avait jamais
autant eu peur. Elle pensait à tout et à rien, se demandant ce qui se tramait. Elle s'imaginait
pleines de choses, se demandait ce qu'elle ou son fils aurait fait, ce qu'il lui était arrivé.
- But what about my children ? Demande prudemment maman Augustine.
- Don't worry, just follow us.
- All right, let's go, suggéra cette dernière plus enthousiasmée. Comme si elles n'avaient d'autres choix, elles se hâtèrent de suivre ces deux étrangères. Elles se dirigèrent toutes précipitamment vers une porte entre-ouverte puis, prirent un couloir immensément étroit menant on ne sais où.

Le parcours s'annonçait aussi long que celui qu'aurait effectué Moïse pour libérer son peuple de l'esclavage. Les hôtesses, très
swaggs, avançaient précipitamment, si bien que poser une question relevait d'un défi perdu d'avance. Elles parcouraient ce couloir interminable, tournaient à gauche ou à droite quand besoin se posait. Elles ne savaient où elles se trouvaient, ni où elles allaient. Elles s'occupaient à contempler les deux murs qui les entouraient, émerveillées par leurs graffitis
qu'elles admiraient, comme si elles n'en avaient jamais vu pareilles, croyant peut-être y
trouver un quelconque insigne qui servirait de repère mais hélas non. Elles cheminaient
toujours avec ces deux murs. Maintenant, l'un était peint d'un blanc étincelant, à la propreté
impeccable et l'autre, tout à son opposé, était peint en rouge, un rouge vif et doux qui ne
laissait indifférente la petite Francelle au point où elle peinait à s'empêcher d'y promener ses
délicates et douces mains.

- But where exactly are we going ? cria de nouveau la petite curieuse.
- Don't worry, we'll be here soon, just keep following us, tint une des hôtesses, la plus grande de taille, mais aussi la plus belle. Ses enjambée unique en leur genre laissaient planer sur sa tête un passé de sprinteuse. Bien du temps après, nos trois dames se mirent à communiquer en Bafut, langue très prisée dans leur quartier. C'était une identité personne pour elles, une langue qui leur est propre. Elles savaient en effet qu'elles pouvaient s'exprimer librement, sans crainte aucune d'être comprises par leurs guides jusqu'à alors devant elles. Elles se contaient la chance
qu'elles eurent de pouvoir communiquer avec ces étranges filles qu'elles imaginaient d'une
autre planète. Elles se contaient cette chance qu'elles avaient que l'Anglais, deuxième langue
la plus parlée au monde, soit l'une de leurs langues d'usages. Elles pouvaient ainsi, comme
présentement, avoir la possibilité de converser avec divers individus partageant avec elles
ce langage.

Après on ne sait combien d'heures de marche, les hôtesses conduisirent nos braves dames au devant d'une maison immense dont on ignorait jusqu'à cet instant l'existence. Le
décor de la luxueuse villa laissait nos pauvres dames sans voix. Rien que l'esthétique de
l'extérieur les surprenait. Qu'en serait-il alors de l’intérieur, se demandaient-elles. Francelle
n'avait guère encore vu une telle beauté, une telle splendeur des choses. Pour elle d'ailleurs, un tel archipel ne pouvait exister. Mais bon, elle observait tendrement tout cela. Elle était comme ébloui, ses yeux fixaient l'infini, sa bouche restée ouverte ne pouvait dire mot. Tout à son opposé, Brigitte n'était guère impressionnée par ces trucs qu'elle qualifiait d'ailleurs de "choses de la terre". Elle observait comme tout un chacun la magnificence de ces
réalisations terrestre mais, était plutôt préoccupée, tout comme son ami Augustine, de savoir
où est-ce qu'elles étaient, de savoir ce qui se passait, de savoir où était son fils. Elles se
retournèrent simultanément, et d'un geste totalement synchronisé, s'apprêtaient à déverser toutes leurs préoccupations aux hôtesses mais hélas, rien. Elles y étaient dorénavant toutes seules, ces deux demoiselles au comportement aussi bien étrange que ces moments qu'elles
commençaient à vivre semblaient s'être envolé, nullement on ne retrouvait une plume laissée
par quiconque. Elles se mirent toutes à chercher l'invisible, elles allaient et revenaient partout à la fois puis, décidèrent de trouver la porte d'entrée dans ce petit paradis. Elles s'affolaient, se
léguaient mutuellement la responsabilité de la situation dans laquelle elles se trouvaient, commençaient à devenir désagréables l'une envers l'autre.

- Mères, arrêtez de vous chamailler ! Implora la petite. Nous sommes ici abandonné au
fond de nulle part et, tout ce que vous trouvez de mieux à faire c'est de vous disputer ? Le
faire ne solutionnera pas le problème. Nous sommes trois et, cela devrait faire notre force, et
non nous freiner davantage. Cherchons d'abord une issue, essayons d'abord de nous en sortir et après, rien qu'en ce moment, on pourra chercher à comprendre ce qui s'est passé et voir qui de nous trois nous a conduite dans ce trou, si jamais c'est de la faute de l'une d'entre nous, ajouta le petit génie. Elles se ressaisissèrent et prirent de bonnes décisions qui les guidèrent à l'entrée de
cette maison aux caractéristiques de l'Antilia, résidence privée de la première fortune Indienne. Elles sonnèrent au portail, mais sans succès. Frappèrent à cette barrière de plus de cinq mètres de haut au point d'user leurs petites mains mais, personne ne donna suite à leur hardiesse. Elles prirent l'initiative de pénétrer dans cette villas aux combien d'étrange et dont elles ignoraient tout du propriétaire.


- Il y a quelqu'un ? Il y a quelqu'un ? Qui est là ?... Entonnèrent-elles vainement. Elles marchèrent, marchèrent et marchèrent encore dans cette ville appelée maison mais, n'aperçurent jamais personne. Elles se promenaient, prenaient même le temps de s'amuser
sans jamais ressentir la moindre fatigue. Elles visitaient tous les étages, tuaient leur curiosité
à prendre l'ascenseur dont toutes trois ignoraient tout du fonctionnement. Elles prenaient
vraiment goût à tout ceci, découvraient n'importe quoi dans ce petit monde à tout d'étrange, savouraient la magnificence de la décoration et l'harmonie dans les couleurs. Très bientôt, leurs regards se téléportèrent sur le Salvator Mundi du célèbre Léonard de Vinci esthétiquement exposé à un des murs, avant de contempler d'autres tableaux de peintres à l'instar de Picasso, en passant par des chefs d’œuvres Chinois tels Cultivation on the
peaceful land de Xu Beihong; ou encore d'autres toiles de Wang Meng, de Tang Yin. Bref, tout y est. Pour la plus part de nos belles dames, ce ne fut que des illustrations bien banales et bâclées très vite. Cependant, nôtre jeune Francelle semble bien préparée à apprécier ces
réalisations qu'elle imagine d'un titanesque travail, d'une cherté extrême et en prime, assez
décoratifs. De pièces en pièces, d'ascenseurs en ascenseurs, elles comptent bien faire le tour
de ce château versaillais. À cet autre étage, ce sont des sculptures et des poteries qu'elles
admirent tout tendrement. Toutes émues, ce sont maintenant des réalisations africaines puis
Camerounaise que la jeune initiée s'apprête à présenter à son entourage. D’immenses
draperies de métal constituées de bouchons pliés et reliés entre eux par des fils de cuivre, chefs d’œuvre du vieux Ghanéen El Anatsui, en passant par des sculptures en porcelaines, des poteries et graffitis des camerounais Pascale Tayou et Bartelemy Toguo qu'on retrouve
dans chaque chambre et chaque salon qu'elles eurent visité. Dans chaque pièce et même à l'extérieur, ce sont des sculptures Christianistes, de
célébrités et même encore de diverses espèces animales qui jonchent ces recoins, tenant lieu
de décoration, assez extravagantes trouve Francelle, mais faisant montre du niveau de vie assez élevé de Brad, de sa connaissance et de son amour pour cette forme d'art encore
ignorée par ses mères. Elles se disaient combien tous ces tableaux attireraient des visiteurs
s'ils étaient exposés dans des musées. Après maintes explications, Augustine s'imaginait
déjà combien de millions rentreraient dans les poches de son pays si les différents travaux
artistiques des multiples civilisations étaient accompagnés et exposés aussi un jour au
grand public, pour diffuser ainsi les différents savoir-faire des différentes couches de la
nation.



Elles continuèrent leur promenade Candidienne et, aperçurent à l'entrée d'une autre salle une gigantesque table aux couverts fraîchement défaits. À présent, chacune songeait à son
ventre le sachant vide, bien que n'éprouvant au moment une quelconque sensation de faim. Elles s'étonnaient même à l'idée car, cela faisait très longtemps qu'elles n'eurent avalées
quoique ce soit. Elles le pensaient seulement et, ne pouvaient estimer le temps que cela
avait déjà mit. Elles s'installèrent à table comme si le repas avait été pour elles servi. Elles
s'engouffraient comme jamais, essayaient même des menus dont elles ignoraient l'existence. Elles s'essayaient à tout, voulaient tout découvrir et tout connaître à la minute. Après le manger, place au boire. Pour cela, elles ne pouvaient être déçu. Tout un tas de boissons les regardaient, une multitude de variété. Du jus au vin rouge; de l'eau plate au champagne ou encore des bières de variété dont l'existence n'avait encore été prononcé, elles
s'engouffraient comme jamais.

Maintenant à la sortie de table, elles continuèrent avec leur curiosité et se mirent à
visiter les autres parties de cette demeure toujours sans signe de vie. Elles découvrirent une
pièces faite juste de douches aux équipements futuristes. Elles y entrèrent et se douchèrent, chacune dans son petit monde à elle puis, de sortie de douche, voulant reporter les mêmes
vêtements qu'elles trouvaient à présent d'une vieillesse extrême, elles aperçurent un marché
de linges propres, pour tout sexe, toutes tailles et toutes corpulence. Ces vêtements d'une
extrême beauté et d'une élégance parfaite les allaient à ravir. Chacune se trouva fort
séduisante et habillé d'une cherté à n'en pouvoir ne pas vouloir profiter. Toutes se sapèrent à
bon grès. Elles tombèrent par la suite de leur promenade dans cette immensité sur une salle aussi grande que la plus grande ville au monde. Partout, et dans tous les sens, étaient dressés des
centaines de milliers de lits pouvant accueillir tout Yaoundé. Sans plus essayer de réfléchir, elles s'en allèrent tomber sur ces lits à la douceur et à la fraîcheur jamais goûtée. Elles
s'endormirent rêvant et s’imaginant la suite des événement.



À présent, elles étaient revenu de cet autre monde dont elles seules pouvaient dire les
vécus. Elles s'imaginaient à bien de choses, pensaient à comment elles continueraient leur
visite, prévoyaient quelle porte, quel étage, quel ascenseur prendre pour le faire quand
soudain, entrèrent par cette porte une meute d'hommes et de femmes tous en costumes vêtus. Ils firent preuve d'une gentillesse et d'une telle attention surprenant chacune de nos trois Ève.

- Tout vas bien je l'espère, questionna une dame parmi eux. -... Aucune réponse.
- Le patron nous a envoyé vérifier si tout vas bien. Sur-ceux, je constate que vous êtes au
mieux. Nous nous retirons tout en vous souhaitant un agréable séjour, continua la dame. Ils
s'en allèrent comme à leur venu, d'un mouvement d'ensemble bien ordonné et d'un bruit de
pas produisant un son tout à fait cadencé puis, refermèrent la porte. Aucune d'elles n'avait réussi à dire mot. Elles prenaient à présent peur et se demandaient
où elles étaient tombées l'une à l'autre. Elles furent bouche-bée et ne réussirent même plus à
bouger. Elles se demandaient intérieurement ce qui s'était passé, pourquoi elles avaient faites toutes ces choses dont elles se souvenaient encore parfaitement mais hélas rien, aucune réponse, aucune hypothèse à formuler. Même notre génie fut cette fois sans voix. Elle n'avait mot à dire et continuait à admirée timidement les alentours qui meublaient sa
présence. Elles furent dans une surprise sans nulle autre pareille quand revinrent près de deux
heures après cette petite troupe de soldats bien formés avec cette fois-ci un nouveau membre. Un homme aussi sapé que ses congénères mais dont le costume haut de gamme, fait de fils
d’or, de platine, de pierres précieuses et de fourrures très douces le distingue du reste. C'était en effet le Brad de maman Brigitte et, bien qu'il eût totalement changé, Brigitte le
reconnaissait toujours, chose assez normale, comment une mère pourrait-elle oublier son
enfant, eut-il totalement changé ou non ? Chose impossible en tout cas pour Brigitte qui se
leva aussitôt, accourut vers lui, lui sauta au cou et le prît dans ses bras éternellement. On pouvait juste voir se former au sol marbré un océan stagnant, engendré par les sauts de larmes qui retombaient de leur paire d’yeux respectives, gage de la sincérité de leurs émotions. Ils s'embrassaient, encore et toujours. Chacun était attaché au cou de l'autre, aucun mot, aucune parole n'en ressortait. Mais, le bonheur qu'ils éprouvaient l'un et l'autre laissait imaginer tout le bien que cela leur procurait tous deux. Des siècles après leur embrassades, Brigitte s'arracha précipitamment des bras de son fils puis, le regardant larmes aux yeux, avec le cœur enflé de peines et de frayeurs, lui avança une gigantesque gifle, non amicale à
tel point que notre Brad s'en retrouva seulement dans les mains de ses gorilles puis, se
remettant à deux pieds, il s'agenouilla aux pieds de sa maman, comme pour lui demander des excuses avec un silence dont elle seule comprenait la signification. Elle le reprit dans ses bras et, l'on pouvait seulement apercevoir le fut de larmes qui ressortaient des yeux de notre seigneur, devenu dès-lors tout petit à la vue de sa maman.
- Ne me refais plus jamais ça, lui tint-elle avec toute la sincérité que cela pouvait dégager...
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Marie Quinio · il y a
J'allais dire la même chose que Ginette... ;)
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Le retour du fils prodigue est quelque peu mouvementé !