Epopée télévisée

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Depuis toujours, Sébastien adorait le basket-ball. Il aimait la puissance des joueurs, la grâce de leurs sauts, la rapidité avec laquelle le ballon filait. Il aimait même la couleur claire du parquet ciré. Parfois, il lui semblait que le jeu devenait un ballet savamment orchestré, les trajectoires des joueurs s'entrecroisant pour la possession de la balle jusqu'à la victoire finale.
C'était ce soir ou jamais. Sébastien alla chercher une bière dans le frigo en songeant aux progrès récents de l'équipe. Autour de leur leader, Charlie Timber, les Bleus avaient su faire preuve d'une cohésion, une communion dans le jeu. Oui, décidément, c'était pour ce soir.
Dans le salon, Carla regardait la télévision. C'était sa série préférée, narrant les aventures hospitalières d'un chirurgien gominé. Quand elle refusa d'arrêter le DVD, Sébastien manqua s'étouffer. Il tempêta, rugit, harangua. Elle pouvait bien regarder ça à un autre moment ! Ce match était capital pour la France ! Le basket-ball, bien plus qu'un sport, c'était une épopée, pour les hommes comme pour les femmes : il n'y avait qu'à voir l'équipe féminine !
— Tu vas rater le début, rétorqua Carla, rendant les armes.
Sébastien, frémissant, s'installa dans le canapé. Il était tendu à l'extrême.
— Tu veux une autre bière ?
Il acquiesça distraitement.
Le match s'engageait mal, l'ennemi dominait l'espace. Les premiers points furent perdus.
— Ils sont mignons, avec leur short. Où est Charlie ?
Sébastien ignora l'interruption.
— Ils ne sont pas en train de perdre ?
— Chut ! répondit Sébastien, se rongeant les ongles.
A la mi-temps, il décapsula rageusement une bière. La situation était critique. Il fallait que ça change.
Ses prières furent entendues. L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme. Un nouvel élan s'empara des joueurs. Ils furent partout à la fois, amassèrent les points.
Ils étaient sur le point d'égaliser lorsqu'ils se métamorphosèrent soudain en créatures tressautantes. Le score disparut, l'image se déchira : le décodeur faisait des siennes.
— Nom de Dieu, gueula Sébastien, tripotant vainement les câbles.
Rien n'y faisait.
— Allume l'ordi !
Il se jeta sur son PC, qui mettait cinq bonnes minutes à démarrer.
La machine fut trop lente. Sébastien loupa la fin du match. Les résultats lui rendirent le sourire : on avait gagné.
Pour fêter cette victoire, il ouvrit une bière.
Sébastien aimait le basket, sa femme, et, plus encore, la bouteille.

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