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Ephialtès, une vie pour le péché.

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Gueguette

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Qui suis-je? Mon vrai prénom est inconnu au bataillon, du moins je ne me souviens pas de celui qu'on avait choisit pour ma naissance, et je ne veux pas le connaître. Je me fais donc appeler Ephialtès, comme l'a choisit la femme qui m'a élevé. Cette femme m'a tout appris pour survivre, à lire et à écrire, à dérober et à revendre, à mentir, à faire preuve de ruse, à faire des sales coups, à faire accuser des innocents à ma place, et à observer ce qui se passe autour de moi et j'en passe. Savez-vous que même lorsque un silence paisible repose, il y a toujours une perturbation à percevoir ou à créer? Cette femme était par ailleurs une inspiration et un puis de connaissance pour moi. Alors même qu'elle vivait quasiment recluse aux abord d'une grande forêt près du Saint Empire, je suis toujours rentré à la demeure quand il le fallait, je n'étais jamais bien loin, même si en grandissant ça finissait par m'emmerder quand j'allais à la brune.

Tout ce que je connais je lui dois à elle, et je l'ai appelé mère pour cette raison, bien que ce ne soit pas elle qui m'ait sortie de ces entrailles puantes. Par ailleurs les souffrances furent atroces pour l'ambulaye qui m'a extirpé de son entrecuisses, d'après ce que ma mère m'en a raconté, c'était un vrai bain de sang avant qu'elle ne lâche son dernier soupir. Oui, je suis l’ignoble fruit d'un péché de luxure. Le rejeton d'un nobliau ou d'un gueux, ou allez savoir, qui a trempé son vît entre les cuisses dégoulinantes et suintantes de crasse de ma génitrice, ou allez savoir où, une fois encore. Le miracle dans l'affaire, divin à ne pas en douter, est que le porteur de la semence féconde ne devait pas avoir une sale tronche, comme celle de ma génitrice je n'ai nul doutes, puisque je ne suis pas désagréable à la vue. Du haut de ma vingtaine, j'ai une bonne gueule qui le plus souvent semble inspirer confiance, d'ailleurs ça m'a toujours servit auprès de ses dames, damoiselles, donzelles, pucelles et jouvencelles pour obtenir leurs faveurs, entre autre de les soustraire de leurs bourses et de leurs souffles, afin de subvenir à mes besoins. Pratique, j'aime faire les choses d'une pierre de coups.

Mais si mes traits sont avenants et à la veuve et à l'orphelin et parfois même au damelot, après tout il faut prendre là où il y a à prendre et je ne m'en gêne pas, ce qui se cache derrière mon regard déterminé d'un bleu profond n'est que le reflet d'une sagesse des plus obscure, de ce que certains ignorants en disent. La sagesse de la lune. Oui, celle qui alors que je soulageait ma vessie à condamnée ma mère aux flammes. Qu'elle ironie, et pourtant cette nuit là, la tristesse m'avait envahie. Torches en mains et croix aux cou elle était arrivée, la mauvaise parole et ses sbires, pour me prendre mon inspiration et me l'enlever, non, me l'arracher. J'offrais aux étoiles la nudité de mon corps musclé dignement, et ma pisse acide à l'herbe du fond du jardin lorsque j'ai entendu des cris d'enragés. Il étaient trop nombreux, ces méprisables, avec leur fourches et leurs regards remplis de haine, de peur aussi. Si j'y allait moi aussi j'aurais frit, et j'aurai tout compris. Compris ce qu'il était que de ne pas suivre le troupeau et d'être la brebis égarée. Je savais que ce moment pouvait finir par arriver un jour, mais je ne l'espérait pas. Il n'y avait que la noirceur de la nuit pour m'envelopper, et je n'avais que mes yeux pour crier la profonde haine qui s'emparait de moi à la vue de cette scène désespérante d'injustice et de bêtise. Non je n'ai pas été lâche, j'ai été sensé, et vicieux malgré tout à rester là à observer au lieu de courir. Une qualité, bien sûr.

Poings serrés contre ma mâchoire et yeux fixés sur la lune, j'ai laissé s'écouler le long de mes joues de nouvel homme acerbe, des larmes de colère. La brume qui floutait mes pupilles fixait ma nouvelle muse qui brillait dans ce ciel si sombre. Oui, elle brillait bien plus que la demeure enflammée qui faisait office de bûcher improvisé. Quoi que, si je réussissait à omettre que ma mère crépitait à l’intérieur, ou plutôt ce qu'il devait rester de sa chair, j'aurai pu sentir mes larmes se sécher au contact de la chaleur provoquée par le feu. Ma mère avait ainsi été rendue à mon à présent unique muse. Nous nous retrouverons, mère, dans sa dignité, un jour. La corde de chair ensanglantée qui me reliait à ma génitrice m'aurait ôtée la vie si tu n'avais pas été à Antwerpen ce jour de quatre juin mille quatre cent quarante quatre. Que faisait-tu là? Mais je t'en remercie.

A présent je me retrouve avec ma solitude. Oui, je suis seul, et il n'y a plus que moi qui compte puisque je n'ai plus personne à qui préparer le bain et faire la lecture de ses nombreux ouvrages. Tu a été dure avec moi et bien que je n'ai jamais su pourquoi le jour de mon extraction tu m'a pris sous ton sein flétrit plutôt que de laisser pourrir sur place ce fruit - sûrement y avait-tu trouvé ton intérêt - tes mots n'ont pas toujours étés acides. "Un jour tu comprendra qu'il faut vivre." m'avait-tu dis, et alors qu'à pieds nus et valseuses ballantes je m'éloignais discrètement du feu de joie, j'en venais à comprendre qu'il allait me falloir appliquer tout ce que tu m'a enseigné et a essayé de m'apprendre pour faire honneur à ta parole, me montrer digne de toi et de la Créature Sans Nom que tu a toujours vénérée. Si tu avait été mes yeux, tu aurait vu que les fous t’ont réservé le même châtiment qu'aux autres inaudiendis, ceux qui incarnent à eux seuls tous les pêchés, mais évidemment je n'ai nul doute que sur le fait que tu l'ai senti quand tes draps se sont enflammés.

Je te créant, mère, que tu sera vengée de ton injuste déclin et que je vais vivre comme il se doit avant d'exulter dans les bras de ma muse. Tu sera là, et ton regard sera fier comme celui que tu a porté sur mon azur lorsque tes mains on coupé le souffle à ce prêcheur de paroles malsaines et qu'un sourire de satisfaction c'est étiré sur mes joues. Je devais être si beau que tu l'avait ressenti au delà du rideau du confessionnal. Non je n'ai pas été lâche à observer dans l'ombre l'action, j'ai été rusé, et c'est d'ailleurs ce qui m'a sauvé des flammes dans lesquelles tu à crié la douleur, mère, car la personne qui t'a vue et dénoncée ne m'a pas aperçue. Ainsi les fous ne se sont pas inquiétés de me chercher lorsque à eu lieu le barbecue cette nuit du vingt neuf janvier mille quatre cent soixante quatre. Tu m'a bien appris, le vice me sauve de bien de choses. Heureusement que je ne dors que d'un œil, auquel cas j'aurai macéré dans ma couche et ces imbéciles auraient étés capable de me faire acteur de leur spectacle, et je n'avais pas vraiment envie de grillade.

Et maintenant, alors que je laisse derrière moi le vide matériel, alors que je vais là où j'ai poussé mon premier cris pour me refaire, je n'ai que pour seul précieux bagage ce que tu m'a enseigné, je prend les sept princes pour frères et sœurs sur ma route. Me voilà donc accompagné de ma famille. L’avarice, la gourmandise, l’orgueil, la colère, l’envie, l’acédie et la luxure seront alors les guides que tu m'a toujours conduits à suivre. Et la Créature Sans Nom sera le père que je n'ai jamais eu.

Qui suis-je? Je suis Ephialtès, et je vais vivre.

Savez-vous qu'il faut toujours garder les yeux ouverts? Fermez-les et dormez donc, les miens le sont et veillent sur vous.


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Orgueil - Scène I


J'ai marché et je suis arrivé à destination dans la nuit du trente au trente et un Janvier. Sur mon chemin, une chemise bien trop grande et de mauvaise confection pour moi séchait, là, dans un jardin. Elle me faisait de l’œil et elle ne manquerait pas à son propriétaire, je l'ai donc empruntée. Il ne faisait pas chaud et je n'avais pas fière allure, tiens. Celle d'un gueux, bon, ça en apitoiera certains à nul en douter me dis-je, et ce n'est peut être pas si mal car je pourrais tourner la chose à mon avantage. Tellement qu'à mon arrivée, alors qu'en pauvre hère je marchais dans les ruelles à me demander dans laquelle ma génitrice m'avait pondue, une bonne âme à voulu m'aider en m'indiquant le chemin menant tout droit au taudis du village. Qu'est-ce que je disais! C'était si prévisible.

Je me présente au taudis, la puanteur semble émaner des couches encrassées et même des murs, quel endroit austère, qu'elle condition scandaleuse. J'aurai préféré les doux draps d'une bourgeoise après le levé du soleil et une nuit de débauche. On me refile une paillasse dégueulasse, je me demande combien de personnes on étalées leur transpiration dessus, et je m'empresse de la balancer dans le coin qu'on m'a réservé. J'observe malgré tout curieusement les lieux insalubres, tiens il y a de quoi écrire et rédiger des lettres. Quel luxe. Dans mon élan, je prend la plume pour écrire au tribun parce que le vieillard qui moisit dans un coin m'a soufflé de son haleine vinasse qu'il était ce que je devais faire. Bon sang, mais je me fond dans la masse et prend la plume pour laisser là un mot.

"Ferré,

J'aurai préféré me prélasser dans le stupre après avoir ramené mes pieds bottés dans la ville qui m'a vue naître, mais il paraîtrait que je dois vous écrire, à des fins qui me sont totalement inconnues. Ne sommes-nous plus libre de circuler sans devoir rendre des comptes?

Dans mon infinie bonté, je vous adresse ces quelques mots en prenant la plume ici bas, pour me créer un contre-temps.

Acèrbement,

Ephialtès "


Je me réajuste, ce n'est pas comme si j'avais trop de matière à, mais en attendant de mieux je me donne l'illusion, et je me casse faire un tour. Je ne vais pas rester ad vitam aeternam et me rend à la mairie puis m'en voir sur les étales du marché pour trouver de quoi me mettre sous la dent. Avec un peu de chance on me refilera un truc et si ce n'est pas le cas, j'en emprunterai un. La chance n'a pas été avec moi sur ce coup là et je retourne donc à ma piaule où je remarque que le Tribun m'a laissé une lettre et de quoi bouffer. Je n'ai pas à me fatiguer pour le coup, tant mieux. Je lis et j’apprends qu'en tant que nouvel arrivant installé dans le village, j'ai le droit à quinze écus si j'écris au Maire. L'aubaine! Tout me tombe tout cuit, c'est presque parfait. Pourquoi attendre? Je reprend la plume en ricanant, ce n'est pas comme si j'avais grand chose à faire en l'instant, en même temps.

"Maire,

Par cet écrit, je viens réclamer mon dû. Pour mon retour dans cette ville qui m'a vue naître, vous me devez quinze écus.
Nous pouvons nous retrouver dans une ruelle pour la transaction.

Acèrbement,
Ephialtès "

A cet écrit, il m'aura fallut attendre un jour et la nuit tombée pour recevoir une réponse. Pourtant j'ai été cordial mais le Maire n'a visiblement pas l'envie de me rencontrer. Crasseux d'avoir du aller travailler à la mine pour m'intégrer, je rejoins ma piaule et y découvre son mot ainsi une petite bourse. Ah, tiens, j'ai l'immense honneur d'avoir une chandelle en cadeau de bienvenue. Aurait pu mieux faire, une femme pour la nuit m'aurait plus convenu. Je devrais pouvoir la revendre à un prix correct, voir même à un pas correct ce qui serait bien mieux. La chandelle, pas la femme, quoi que... Ça me fera plaisir et il y a toujours un nigaud pour acheter à plus que les choses ne valent. Les ignorants. Je lis le petit mot et la preuve que la bourse m'est donnée. J’apprends par les lettres faites de la main de l'édile, qui me tutoie pour me rappeler ma condition, qu'il espère que cette aide me sera profitable pour progresser socialement dans la belle cité d'Antwerpen. Un sourire en coin se dessine alors sur mon visage face à ces mots à l’arrière goût amer. Je me sens comme Bélial et sa réflexion. Cependant il n'a pas tout à fait tors, j'ai aspiré mes premières bouffées d'air ici, la ville ne peut être que belle. Un azur sur le reçu et l’annotation me demandant si je suis certain de mériter et je me marre.
Oui, j'en suis certain même.

Sous ma couche je glisse le tout et m’affale. Si viens à l'idée d'un misérable d'y glisser ses doigts, je les lui arrache avec les dents. Un œil clos et je me demande en quelle quantité je vais pouvoir ripailler avec ces clinquants écus tiens. J'attrape la miche qu'on m'a refourguée et comprend alors pourquoi c'était gratuit quand j'y croque. Du pain rassit que je mâche sans grande conviction, mais j'ai la dalle. Scandaleux, me donner du pain rassit, à moi. Tiens, je ne suis pas le seul dans le taudis tant que j'y pense. Hm, intéressant à savoir, ça. Est-ce que les autres on reçu la même bourse que moi?

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Errances dans les ruelles


Torche à la main je marche dans les ruelles. La nuit est calme, la nuit est pour moi un moment spécial. Je ferme un instant les yeux et respire l'air frais qui me viens aux narines et écoutes ce qui se passe autour de moi. Que puis-je entendre? Je n'entend rien dans le silence de la ville endormie, mais je sens que la lune me regarde. Seul le bruit que font mes bottes et celles de mon camarade en écrasant lourdement les pavés vient fendre ce silence. Bientôt ce sera celui du crépitement du feu qui le fera, et je sentirai alors mon échine se prendre d'un frisson.

J'ouvre les yeux et regarde le blond, je lui ai laissé le soin de tout préparer pour l'ouverture du spectacle festif. Pourquoi faire alors qu'on peut faire pour moi? L’excitation me prend et je souris en coin sous mon capuchon. La torche éclaire mes pas. Lorsque un silence paisible repose, il y a toujours une perturbation à percevoir ou à créer et, cette nuit, va se rompre l'ennuyeux quotidien auquel nous sommes voués car nous avons la veille voté pour. En bonnes âmes que nous sommes, nous allons apporter la lumière sur Antwerpen.

Depuis que je suis revenu poser mes affaires dans cette ville qui m'a vue naître, enfin du moins le peu que j'ai, je n'ai rien de mieux à faire que de me gratter les valseuses. A défaut qu'on le fasse pour moi, j'aurais bien rompu mon ennuis en parcourant les remparts et en patrouillant chaque soir dans les ruelles, mais il me l'a été refusé. Un honteux délit de faciès. Pourtant lorsque je me regarde dans un miroir, j'arrive à me séduire moi même. A moins que celui qui a le monopole de pouvoir épier à travers les carreaux sous un prétexte sécuritaire ne veuille pas perdre son privilège afin de pouvoir continuer à satisfaire son vice en toute quiétude? Je penche plutôt pour cette option qui est la plus probable. Bon, j'ai quand même réussit à sortir du taudis puant depuis quelques jours et à me trouver une chaumière. Il n'était pas trop tôt, je vaux tellement mieux que ça. Je pose mes azurs partout autour de moi et en chuchotant je me penche sur le barbu.

- Avec un peu de chance, beaucoup de chance même, on verra une pucelle sortir à poil de sa chaumière.

Si je peut me rincer l’œil par la même occasion, je ne vais pas m'en priver. J'aime le gâteau, et la cerise. Assurément la cerise sur le gâteau, comprenez. D'ailleurs, les puterelles semblent même avoir abandonné l'idée de se faire écus dans le coin, c'est pour dire. Il doit y avoir une réglementation sur la passe, même la buccale. A ne pas en douter. De ma main libre je rabats un peu plus le tissu sur mon visage et aperçois des brouettes remplies de paille. Mes doigts sur le manche de la torche se resserrent et j'offre un regard malicieux au blond.

- Que le spectacle commence...

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Un p'tit feu?

Que les flammes sont belles! C'est ce que je me dis alors que je regarde cette botte de foin qui crame. Je n'ai pas pu résister, l'ennui me prend, il faut que je fasse des activités, alors j'illumine la ville. C'n'est plus Noël mais bon, ça fait de l'animation. Pas un maraud viendra me déranger dans cette ville aussi calme que l'activité intérieure de mes braies. Je peux tout flamber si l'envie me prends. J'aime le feu, je l'adore, et les flammes qui dansent me font presque bander.

On est pas très près des habitations mais des champs. Je ne sais même pas à qui appartient cette paille qui brûle. Et j'en ai rien à foutre, en plus. J'suis là et mes yeux brillent comme les yeux d'un gosse devant un spectacle merveilleux. La fumée vole dans les airs, des brins de paille crépitent et je me réchauffe en regardant quelques maïs hors de prix qui commencent à cramer.

" Fait-le", qu'elle m'a dit, cette voix que j'entends parfois. A rester dans cette ville, elle vient à me parler de plus en plus, mais c'est par moments. C'est celle d'une femme, je suis en manque, mon instinct me pousse à l'écouter. Puis elle est un peu douce, comme j'apprécie.

L'herbe noircit et la paille crépite, j'observe avec délice la scène qui me rend chose. C'est presque aussi bon que de fourrer mon engin bien au chaud. Je ne suis pas pyromane. J'aime juste les flammes et à défaut de les observer dans des iris, je les observe en pleine nature. Personne ne viendra me déranger, je peux profiter de l'instant, paisible. Je m'offre un petit moment de joie, après tout je le mérite bien.

- C'est magnifique.

Remarque, si j'ai la dalle, je n'ai plus qu'à me servir en maïs grillé. Faut pas que j'attende trop, sinon il va être carbonisé. Eh, voilà un repas gratuit. Je le vaut bien. Je m'approche, donnant des coups de bottes là où il est de rigueur, je piétine, et à l'aide de deux bout de bois ramasse un bel épis. Plus qu'à attendre qu'il refroidisse. L'aubaine!

- Trois écus quarante cinq d'économisés.
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