Entre-deux...

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Eclectique, chaotique, poétique  [+]

Moiteur et étouffement.
Coincée entre verre et béton, elle ignore à quelle heure l'ouverture automatique de la porte blindée laissera entrer un rayon d'oxygène et permettra à son corps de se glisser vers la lumière extérieure. Son reflet est invisible à l'oeil nu. Seule l'ouverture automatique peut encore quelque chose pour elle.
Accroupie dans un entre-deux trop étroit pour un corps humain, elle suit le soulèvement de son dos qui frôle le béton à chaque inspiration. Ce contact occupe l'attente. Le béton finit par lui sembler plus froid, l'air moins épais.
Elle joue avec l'air qui sort de sa bouche. Elle crayonne des motifs géométriques en faisant de légers mouvements de tête. L'air et sa tête dessinent un mandala géant sur le mur étroit. Des dessins invisibles et son dos contre le béton. C'est tout ce que la situation lui permet comme mouvements.

Le lever du soleil approche.
Dessiner puis respirer.
Sans se laisser déranger par la panique qui lui tient la gorge.
Dessiner puis respirer.
Ne pas penser au nœud qui épaissit sa salive.
Un clic discret puis une eau fine remplacent le silence.
Surprise, elle ferme les yeux et crispe les épaules.
Son dos ne sent plus le mur. L'eau teinte le béton de gris sombre.
Soleil levant et gris sombre se font la guerre quelques instants.
Elle ne dessine plus.
Elle ne respire plus.
Les yeux fermés, elle laisse l'eau l'arroser de gris foncé. L'eau fine est lourde et ses épaules retrouvent leur place sous le poids. Elle ne pense plus à la porte automatique. Elle cherche à comprendre la raison de l'eau. Elle cherche aussi un nom à l'espace où elle est enfermée : cavité - caveau - abîme - alvéole - creux - galerie - crevasse...
Tout pour échapper au noeud dans la gorge.
L'eau s'arrête.
La cavité va retrouver son gris-béton du début.
Cette fois elle tente de peindre des spirales rose-peau avec son oreille droite, puis avec son oreille gauche. Une mèche de ses cheveux bruns est le pinceau qui remplit les spirales roses de gris.
Le noeud de sa gorge se serre d'un tour supplémentaire.
La galerie se couvre latéralement de chefs-d'œuvre roses et gris. Elle attaque le mur le plus loin d'elle. La galerie s'étend sur une dizaine de mètres.
Malgré le noeud, malgré la gorge et l'air qui manque, elle peint des fresques dont le gris fait toujours partie. Elle peuple le mur et son esprit d'arbres cette fois. Elle peint une forêt bétonnée, une végétation grise où quelques taches du sang qui commence à vibrer jusque dans ses cheveux apparaissent.
L'odeur de la peinture invisible qui sèche lui occupe un sens de plus.

La crevasse ressemble à un biotope adapté aux corps recroquevillés, où les corps économisent leurs gestes, où les sens luttent un à un contre les gorges qui se serrent. Le soleil est levé. Ses yeux éblouis ne voient que du rouge qui fleurit par-dessus le béton.
Toujours la gorge serrée.
Elle fixe la porte recouverte d'arbres, elle fixe le voyant rouge. Elle tente de le peindre en vert en faisant de petits cercles du bout de son nez.
Lorsque le voyant sera vert, la porte s'ouvrira.
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