Entomophobie !

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Auteur de 4 romans au déroulement surprenant publiés aux éditions du Net. Ces livres content l’histoire extraordinaire d’une ouvrière en confection qui vous ressemble  [+]

Victime d’une peur terrible des guêpes, sur les conseils de ma femme, je dus un jour me résoudre à consulter un hypnothérapeute. Comme son nom l’indique, c’est un praticien qui soigne par l’hypnose. J’ai, par conséquent, fini par prendre rendez-vous et je me suis rendu chez l’un de ces spécialistes.

Vérifiant le nom du praticien sur la plaque dorée fixée près de la porte d’entrée du cabinet, je sonnai et pénétrai dans la salle d’attente. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’il apparut sortant de son cabinet pour m’inviter à y entrer. Le praticien portait un costume de mouche avec de fausses pattes qui pendaient sur son thorax. Elles étaient toutes velues. Il portait un casque de mobylette équipé vraisemblablement d’un soutien-gorge symbolisant des yeux à facettes et un masque muni d’un tuyau d’aspirateur en guise de trompe. Cela aurait pu être effrayant si ces ajouts n’avaient été faits main, mais pour le coup, c’était passablement ridicule.

— Entrez dans mon cabinet, je vous en prie, me dit-il chaleureusement sans battre de ses ailes en polycarbonate souple nervuré.
Interloqué, je vérifiai tout de même s’il ne s’agissait pas d’une erreur.
— Excusez-moi de vous déranger. Vous partez pour un bal costumé ?
— Non, rassurez-vous, cela fait partie de la thérapie. Asseyez-vous.
Il prit place derrière son bureau. Il ne semblait pas à son aise.
— Pourtant il me semble bien avoir précisé que j’avais peur des guêpes et non des mouches, précisais-je quelque peu circonspect.
— Malheureusement, j’ai dû prêter mon costume de guêpe à un confrère.
— C’est dommage, vous me l’auriez dit plus tôt, je serais venu avec mon costume de bombe insecticide.
— Parce que vous en possédez un ?
— Non, je disais ça comme ça. Mais dites donc, vous n’avez pas l’air très à l’aise sur votre fauteuil ?

Il se leva et s’approcha de moi pour me montrer son costume :
— C’est à cause de cet abdomen en mousse. Touchez ! Voyez comme elle est dense. Forcément, ça me gêne. Je voulais en retirer un peu, mais je ne parviens pas à faire glisser la fermeture éclair. Le costume de guêpe que j’ai prêté est équipé d’un abdomen articulé. Vous verriez, c’est un véritable bijou mécanique. On pourrait dormir avec.
Le sérieux avec lequel il me décrivit le reste de son costume grotesque m’étonna. Il retourna s’asseoir pour griffonner je ne sais quoi sur une feuille de papier. Il me regarda à nouveau, du moins le supposais-je parce qu’il leva la tête car avec ce soutien-gorge noir faisant office d’yeux à facettes, il m’était difficile de voir où se dirigeait son regard. Constatant ma moue dubitative, le praticien déconcerté et vraiment mal assis à cause de l’abdomen proéminent de son costume de mouche chercha à me convaincre :
— Rassurez-vous, monsieur. Je pratique depuis des années et ma technique est infaillible.

Deux questions me taraudaient cependant. Aussi, je lui demandai :
— Mais dites-moi, pour vos patients qui craignent de prendre les ascenseurs, vous vous habillez en cage d’ascenseur Otis ? Et pour ceux qui ont peur du vide, vous disparaissez en les laissant seuls ?
Ne saisissant pas le trait d’humour dont j’essayais de faire preuve, sa réponse fut très déterminée :
— Non ! Chaque thérapie est différente. Maintenant commençons si le voulez bien.
— Excusez-moi encore, mais je ne vois pas bien le rapport avec l'hypnose.
— je suis une mouche, une grosse mouche, mais vous ne la craignez pas.
— Ah en effet, maintenant que vous le dîtes, ironisais-je.

Je cherchai encore à le tester :
— Faites donc bzzzz, juste pour voir.
— Bzzzzzz.
— Non, pas bzzzzzz, mais juste bzzzz, insistai-je.
— Bzzzz. cela vous impressionne-t-il ?
— Ah non, pas du tout par contre j’ai du mal à me contenir.
— A vous contenir ?
— Oui, pour ne pas exploser de rire.

Tout à coup, le praticien se leva de son siège et commença à faire le tour de la pièce en agitant les bras comme s’il s’agissait d’ailes en répétant des bzzzzz, bzzzzz, bzzzzz très convaincants.
— Alors ! me lança-t-il en mimant l’atterrissage de la mouche, comment vous sentez-vous à présent ?
— Moi ça va plutôt bien. En revanche, vous concernant, j’émets quelques réserves.
— Et pour votre phobie des guêpes ?
— Le problème est que vous êtes vêtu en mouche. Peut-être qu’avec un gilet jaune, on y croirait un peu plus.
— Vous croyez ? me demanda-t-il avec tout le sérieux qu’un praticien de son rang peut prétendre.
— Oui, absolument.

Le voici qui disparut soudain derrière une porte pour revenir un peu plus tard avec, par-dessus son costume de mouche, un gilet orange dans lequel il avait découpé à coups de ciseaux deux passages pour ses ailes.
— On avait dit un gilet jaune, non ?
— Je n’en n’ai pas, me répondit-il. Et en y réfléchissant bien, cela ne vous évoque-t-il pas un frelon asiatique ?
— Si, si, grimaçai-je, je suis totalement convaincu. Attendez ! Puis-je vous filmer tandis que vous battez des ailes ?
— Oui, bien sûr. Si cela peut vous aider à guérir.

Tu parles que ça va m’aider à guérir, pensais-je. On va surtout se payer une bonne tranche de rire avec les amis en regardant la vidéo de ce déjanté. Ah, le voici qui, épuisé, s’assit sur le carrelage, puis finit par s’étendre de tout son long.
— Maintenant, je vais simuler le frelon asiatique en train d’agoniser. Je vous suggère de venir près de moi et faire comme si vous m’écrasiez d’un simple coup de pied.
— Vous êtes sûr que ?
— Allez-y ! Croyez-moi, c’est efficace. C’est pour cette raison que la séance coûte 135€.
— Quoi ? Mais vous m’aviez annoncé 50€ au téléphone.
— Ah oui, mais ça c’était avant le confinement. Désormais, il y a des règles d’hygiène qui coûtent cher.

À cet instant précis, ni une ni deux, je me levai et m’en allai lui écraser les abdominaux avec toute la générosité que de tels honoraires puissent provoquer.
— Ça va ? lui demandai-je. Je n’y suis pas allé trop fort ? Non, par ce que je ne me sens pas tout à fait guéri.
— Ne vous inquiétez pas, j’ai encaissé le coup, c’est mon métier ! Poursuivez si ça peut vous faire du bien.
Mais je vois qu’elle gigote encore la sale bête, me dis-je insatisfait. Tiens, encore un autre coup de pied. Et je lui demandai :
— Combien m’avez-vous dit déjà pour la séance ? Je n’ai pas bien entendu tout à l’heure.
— Arrrgh. Disons 120€. Je vous fais une remise pour la première séance.
— Ah, parce qu’il y en aura d’autre ?
Je lui recollai aussitôt un autre coup plus magistral. Il remua un peu moins vivement.
— Excusez-moi encore, mais j’ai vraiment mal compris le tarif.
— Ok pour 100€. Je crois qu’on va s’arrêter là.
— Mais non, lui dis-je encore en insistant. Je crois qu’il faut que je piétine encore cette sale bête de frelon asiatique pour guérir plus vite.
— Aaaaaah ! D’accord ! 50€, comme c’était convenu.
— Allez, un petit dernier pour la route. Je vais sauter à pied joint sur vous pour être certain que la névrose qui me hante est bien en train de disparaitre.
— 25€ ! Mais par pitié, arrêtez de me frapper.
— Ah, ben voilà. Je le savais qu’on y arriverait. La prochaine fois, je reviendrai déguisé en tapette à mouche. Je suis sûr qu’on va bien s’amuser tous les deux.
— Non, non, rétorqua le pauvre homme en se levant. Je peux vous assurer que vous allez beaucoup mieux. Si ça recommence, je peux vous envoyer chez un confrère. Vous savez, celui qui m’a emprunté le costume de guêpe. Mais je dois vous prévenir, il est encore plus cher que moi.
— Très bonne idée. Je crois que je vais me mettre à chasser la guêpe avec une batte de baseball.
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