En feu

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Nous étions en plein hiver d'Alaska, Frederick contemplait sereinement les montagnes imposantes, elles étaient comme des remparts, des gardes du corps, prêtes à protéger cet endroit si paisible et placide. Il finissait tranquillement sa cigarette en contemplant son lieu de travail; tout était beau. Cela pouvait paraître étrange de dire cela, mais le petit homme frêle aimait ce paysage, ces structures enneigées. Tout était enclin à être pur et authentique. Il piétina sa cigarette sur la route recouverte de neige et entra dans l'établissement de son travail. Il s'occupait de la clientèle et vendait même des affaires de skis si besoin; il aimait cela, aider les personnes, les conseiller, être utile envers autrui. Il enleva son blouson et se dirigea vers ses collèges, ceux-ci étaient en pleine conversation, il n'aimait pas interrompre un début de discussion, mais aujourd'hui, il en avait bien besoin. Michel, son meilleur ami, se retourna pour lui faire face, tout en oubliant pas son fidèle sourire. Michel était toujours positif et enclin à faire rire les autres, toujours là quand Frederick en avait besoin; il était un fort allié et pilier dans la boîte.

-Tiens, Fredo! Comment ça va ? Je ne t'ai pas vu hier !

Frederick mit plusieurs secondes à choisir intérieurement ses mots, il devait être clair et concis, ne pas s'emmêler les pinceaux afin de ne pas semer le doute.

-Hey MicheMiche ! Oh et bien ça va... j'étais occupé hier...

Frederick ne savait aucunement mentir, Michel le savait, mais il attendit soigneusement que ses autres collègues partent pour lui parler franchement. Il s'inquiétait beaucoup pour lui. Tout en choisissant lui aussi bien ses mots, il caressa sa moustache ajustement bien taillée.

-Me mens pas Frederick, je sais que quelque chose ne va pas ! Je t'ai vu quand tu fumais, tu étais ailleurs ! C'est à cause de Agathe ? Vos disputes ne se sont pas arrêtés ? Tu penses toujours qu'elle te trompe ?

Frederick regarda intensément son meilleur ami, il souffla un bon coup pour se donner du courage, en effet, il n'aimait pas beaucoup parler de lui, mais il devait faire un effort pour que cette situation change.

-En effet. Rien ne va plus. Agathe s'est barrée hier. Je n'ai pas eu de nouvelles. Je crois que c'est définitivement mort.

-Mais non, ne dis pas ça, je suis sûr que ça va s'arranger ! Et je suis sûr aussi qu'elle ne te trompe pas, en t'en fais pas ! Il souriait franchement.

Le petit homme frêle regarda une nouvelle fois intensément le grand gaillard en face de lui, celui-ci avait l'air sûr de lui : aucun doute. Il posa une question qui troubla Michel :

-Tu es bien sûr de toi ?

Sa question avait l'air dangereuse, dans le sens où, rien ne pourrait changer après cette réponse. Miche en se fit pas prier, toujours souriant, il lui dit :

-Je suis sûr mon petit Fredo ! Agathe t'aime et toi aussi, alors tout va s'arranger entre vous.

Frederick le regarda, lui sourit et le prit dans les bras. Il avait sa réponse. Il le remercia et partit travailler, en effet, il lui restait quelques heures avant de terminer sa journée. Il conseilla quelques clients, dont une vieille femme impossible à se débarrasser.

-Vous êtes sûr monsieur, celle-ci me conviendra ?

-Oui, oui. Répétait-il, lassé.

Michel lui vint en aide, il arrivait mieux à ''manipuler'' le client avec son vocabulaire, il fallait le reconnaître, il avait un don pour mentir ou manipuler les gens aux contextes qui étaient propices à cela. Frederick le remercia et rangea les vêtements qui trainaient un peu partout dans la boutique. L'horloge sonna : sa journée était terminée. Il aida néanmoins son meilleur ami à laver la boue ou le restant de neige sur le sol. Quelques minutes après, ils se posèrent sur le sofa et buvaient un café ensemble, avant de partir. C'était leur rituel à eux deux.

-C'était une rude journée aujourd'hui ! Tu fais le café ou je le fais ?

-Je vais le faire !

Il se dirigea vers une petite pièce, il sortit les doses de café, commença par préparer le sien, puis prépara le second en rajoutant du sucre et un supplément.

-Je te rajoute ton médoc dedans ?

-Oui, oui comme d'habitude ! Lui cria-t-il.

Il revint avec les deux tasses de café fumantes. Frederick commença par boire sa boisson chaude, il en avait grandement besoin. Frederick s'offrit une petite cigarette pour se détendre, il n'avait pas le droit dans le magasin, mais il savait que son meilleur ami ne dirait rien.
Fais gaffe juste avec ta clope, parce que l'autre fois quand j'ai voulu fumer, le patron m'a vu et m'a engueulé en disant que ici, vu que c'est tout en bois, c'est inflammable et dangereux.

-J'ai le goût du risque. Plaisanta Frederick.

-T'as raison, faut ça pour profiter de la vie haha ! Sinon, comme je te le disais tout à l'heure, Agathe en te trompe pas ! Tout ça c'est dans ta tête je pense, au fil des années, c'est légitime de se poser des questions. Mais je suis ton meilleur pote, et je suis sûr que tu te fais des films.

-Oui, tu as sûrement raison. Si tu savais quelque chose tu me le dirais sinon.

-Bien sûr, je vois souvent Agathe, donc si j'avais un doute, je te le dirais immédiatement. T'es comme un frère pour moi, tu le sais. Frederick sourit face à son ami.

-Je sais, et je te considère comme tel aussi. Tu as sans doute raison.

-J'ai toujours raison haha !

Une heure passa, Frederick sortit du magasin et referma la porte derrière lui. Il regarda tout autour de lui; plus personne n'était présent, il était seul. Il regarda sa montre : 20:00. La nuit lui tenait compagnie, avec l'aide de son portable, il pu repérer où était garer sa voiture. Il était pressé de rentrer chez lui.

Le petit homme frêle et à présent fatigué s'arrêta devant chez lui, il rentra dans sa demeure et quelques minutes plus tard il ressortit avec un sac remplit. Il avait du mal à le soulever, car celui-ci était assez lourd et difficile à transporter. Il arriva néanmoins à le mettre dans le coffre de l'autre voiture, celle de sa femme. Après ce petit désagrément, il reprit la voiture pour aller à une direction bien précise. Il avait tout prévu. C'était à environ deux heures d'ici. Bien qu'il était fatigué, il reprit le volant. Il arriva à destination un peu plus tôt que prévu, ce n'était pas pour le déplaire. Il porta l'énorme sac et le jeta par terre, il prit la bouteille d'essence juste à côté et le posa aussi. Frederick pris le temps d'ouvrir le sac non sans un sourire.

-Comme on se retrouve !

Un gémissement se fit entendre. Il mit un coup de pied pour faire taire celui qui avait osé faire cela. Il empoigna de longs cheveux et lâcha cette masse violemment dans le coffre. Cette jeune femme devait avoir environ quarante ans, elle pleurait sans s'arrêter. Cela devait faire une bonne journée quelle était enfermée là-dedans. Elle avait du mal à respirer. Tout était confus.

-Les calmants t'ont fait effet, hein ?! Rigola amèrement Frederick.

Elle se contenta de le regarder dédaigneusement. Elle n'avait plus la force de bouger, de se débattre. Elle était vaincue.

-Bon ma petite Agathe. Tu vas sagement rester ici. Tu vas crever.

Elle supplia son mari, mais il en faisait plus attention à elle. Il déposa beaucoup d'essence sur elle, puis, il finit brièvement par sa voiture.

-Tu sais, la première fois que je t'ai vu, j'ai eu le coup de foudre, le coup de cœur, comme tu veux. Tu m'as enflammé le cœur. Et je pensais que c'était toujours le cas pour toi. J'ai dû me tromper. A toi de t’enflammer maintenant.

Il sortit sa dernière cigarette qu'il avait en stock et fuma avec dédain. Agathe voulait dire quelque chose, il lui enleva le scotch pour qu'elle puisse parler.

-Si tu veux crier, fais-le, il n'y a personne.
-Pitié...Juste...P-pourquoi ? Demanda la victime, à moitié endormie par les calmants.

Frederick la regarda quelques instants. Il pensait qu'elle essayait de lui faire payer. Comment osait-elle lui poser la question ? Se moquait-elle de lui ? Après tout ce temps, elle n'avait même plus de respect envers lui ?

-Tu oses me poser la question ? Tu sais avec qui tu me trompes.

Soudain, il la regarda avec cruauté. Il en l'aimait plus, il l'a haïssait. Ce n'était qu'une femme frivole qui se moquait de ses sentiments, il n'aurait jamais dû se mettre avec, il se sentait floué, trompé, déchiré.

-Avec qui ? Avec qui Frederick ?

Il ne répondit pas, il prit une dernière bouffée de sa cigarette et regarda sa femme avant de dire, sereinement :

-Michel.

Puis, il lança la cigarette sur la femme attachée, tout s'embrasa d'un coup. La femme essayait de s'en dégager, mais c'était peine perdue, elle était piégée et enflammée. La voiture prenait feu, la femme prenait feu, elle criait avec acharnement. Frederick en la voyait plus, il s'en alla à pied et en revint que quatre heures après chez lui. Cette nuit-là, il dormit paisiblement, avec un petit sourire. Il était enfin heureux.

Le lendemain, il se leva vers dix heures, il savait qu'il n'allait pas avoir de travail. Pourquoi ? Il le savait. Il descendait petit pas par petit pas ses escaliers, non sans oublier de chanter un petit air de La vie en rose, de Edit Piaf. C'était une bonne journée qui s'annonçait. Il allumait la télévision, sur une chaîne locale et savoura ce moment. Une journaliste était sur le lieu de son travail.

-Nous sommes sur la chaîne local de Alaska-Oranka. Des pompiers ont été appelé il y a déjà plusieurs heures, en effet, un important feu s'est produit dans la station de ski de Oranka. Le magasin de ski a pris feu, nous en savons pas si c'est quelqu'un qui a déclenché cela intentionnellement. Les différentes pistes seront citées plus tard. Tout ce que nous savons, c'est qu'un homme se trouvait là-bas, en effet, sa femme nous a appelé pour nous dire qu'il n'était pas revenu de chez lui, et comme nous pouvons le constater, la voiture de Michel Savara est toujours ici. La question est : Pourquoi le magasin était-il fermé alors qu'il était encore là ? Est-ce un meurtre?

Frederick sourit, éteignit la télévision et s'alluma une petite cigarette comme un hommage.
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