Employée modèle

il y a
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Slameuse aussi bien en solo au sein de Slam Tribu Reims ( Saghey ) qu'en collectif ( Drôles de Drames ) Audio pour le texte de Sarah : https://www.youtube.com/watch?v=8tGTlZk0bSI&t=85s

Image de Grand Prix - Hiver 2014
Image de Très très courts

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Les jours se suivent inexorablement. Sinistre. Mon quotidien, du lundi au samedi. Même mes dimanches sont sans saveur, identiques d'une semaine à l'autre. Sauf en période de soldes où là, j'enchaîne les heures.
Dans la boutique, j'observe les clientes, de tout âge, de tout milieu, de différentes morphologies. Avec le temps, l'habitude, je sais reconnaître les femmes qui achèteront à celles qui ne sont là que pour flâner ou en repérage.
Le monde est là sous mes yeux. De l'acheteuse compulsive amassant chapeaux, sacs, chaussures et accessoires qui s'accorderont au mieux à chacune de ses tenues, à la femme incapable de choisir ce qui lui plaît, ce qui lui va, qui demande conseil mais qui n'en croit pas un mot...
Quelquefois, certaines m'envient, je le vois à la façon dont elles me regardent ; certaines, même, me le disent clairement.
Mais si elles savaient comment moi aussi je les envie. Je subis les décisions de la direction. Cette saison, il faut vendre du tweed, hier c'était de l'écossais, du vert, demain ce sera du bleu Touareg, du jaune moutarde... Et on recommence... La mode est un hold-up orchestré, un perpétuel recommencement, où rien dans le fond n'évolue, tout n'est que stagnation... Comme les tâches qui m'incombent.
Je n'ai pas de vie privée, tout dans ma vie tourne autour de ce magasin ! C'est mon fardeau ! Combien de fois j'ai rêvé de tout claquer, de vivre une autre existence ! Mais au final, je reste là à végéter tandis que j'entends autour de moi les clientes se trémoussant devant LA robe qu'il leur faut absolument pour que leurs vacances soient parfaites ! Racontant à qui veut l'entendre que cette année, elles iront à Bora Bora, Saint-Domingue ou à Tahiti... Des contrées qui me sont étrangères.
Encore, cela je peux le supporter. Le plus dur reste ma solitude, obligée de sourire, d'être toujours tirée à quatre épingles, quand au fond de moi, je ne suis qu'un torrent de larmes, prisonnière de l'image que je renvoie.
Et cette femme qui vient dans ma direction, accompagnée de son enfant... Si seulement j'avais moi aussi un petit être à qui donner la main...
— Maman, maman, regarde, la dame elle pleure !
— Mais ne dis pas n'importe quoi ! C'est juste un mannequin !

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Guy Bellinger · il y a
Il n'y a pas que les clowns tristes, il y aussi les vendeuses.
Ce texte concentre en ces quelques lignes bien des qualités, de la compassion pour un être ordinaire et esseulé (je pense au "Poinçonneur des Lilas" de Gainsbourg), une analyse sans fard de la société de consommation, en particulier de la mode et des moutons bêlants qui la suivent aveuglément, une chute cruelle digne de Barbey d'Aurévilly.

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Sabrina Gheroui · il y a
Merci de tout cœur Guy car c'est exactement ce que j'ai voulu retranscrire à travers ces quelques lignes. Encore merci.

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