Eméritude Jean Trugarez

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AMICXJO prononcer amite-chiot Retraité, jeune (ou presque : couvée de 1950). Agnostique mais avec des idoles : Jacques Brel, Vincent de Paul et ses réincarnations : Henri Grouès, Madeleine  [+]

JEAN avait été heureux. Angèle était une femme charmante, belle, passionnée. Lui était passionné de tout : de son métier, il avait été agrégé, puis reçu docteur en philosophie puis devint simple prof, dans un lycée des beaux quartiers de Toulouse. Et surtout, il était passionné d'Angèle. Ils avaient eu deux filles Océane et Marine.
Un cancer emporta très brutalement Angèle. JEAN fut désespéré. Heureusement Dieu lui tendit la main. Il passa un an au séminaire, au lieu des trois ans prévus. Ses formateurs le trouvaient doué. Pourquoi retarder celui que Dieu avait choisi malgré une vie d'homme marié, forcement impur. Puis il fut ordonné prête.
Ses deux filles furent très déçues, elles rêvaient de voir accompli le vœu de leur mère qui leur avait demandé, un peu avant de nourrir, de veiller à ce que leur père se trouve une compagne et de l'adopter comme mère. Elles avaient juré.
Elles n'assistèrent pas au remariage de leur père avec l'église, JEAN ne leur en voulut pas.

JEAN 'remonta 'la paroisse qu'on lui confia et le secours catholique du coin qui périclitait à cause de luttes de pouvoir fratricides.

Il frappa à toutes les portes et fit restaurer la douzaine d'églises où il officiait, d'une à l'autre, pour maintenir la présence divine sur son territoire. Ses homélies, ancien philosophe oblige, passionnaient son public et ramenaient bien des fidèles égarés aux messes du dimanche.


Le cardinal Gaston Malfido regardait le tableau derrière Jean, son regard fuyait...
- Mon père, vraiment j'apprécie votre travail mais...
Il y avait donc un 'mais'pensa Jean. Le 'mais'qui gâche tout hélas ! Il ne comprenait pas. Il exerçait son sacerdoce avec passion et toutes ses 'brebis'l'adoraient. L'éminence reprit...
- Vous commettez beaucoup d'erreurs de théologie.
- Par exemple ?
- Hé bien, entre autres, vous professez que la bible présente une genèse qui ne correspond pas à la vérité. C'est presque un blasphème, êtes-vous inconscient ? Adam et Ève, le péché originel, la création, vous les niez ? Vous osez contredire notre sainte Bible. Êtes-vous communiste mon père ?
- J'ai lu l'encyclique ERUDITUS de notre saint et érudit pape Pie XII de novembre 1951, à la suite de ses entretiens avec le chanoine George Lemaître, au nombre des créateurs de la théorie du Big Bang. Pie XII, rapprochait le fiat lux de notre sainte Bible et l'explosion originelle qui est aujourd'hui un fait scientifique incontestable. Puis notre défunt Pape Benoît XVI confirma que Dieu est à l'origine du Big bang...

Il avait parlé d'un trait. D'habitude... L'éminence en eut le souffle coupé.
- Je sais, je sais.
Il ne savait pas. Le plus discrètement possible, il réveilla le micro-ordinateur devant lui. En route pour Wikipédia le plus en faisant semblant de faire autre chose.
- Comment vous le dire, excusez-moi quelques minutes, un mail urgent.
Il se mit à lancer une requête de survie 'église big bang'. Et soudain toute sa foi en une bible omnisciente s'effaça brutalement.
Oui l'église reconnaissait le big bang. L'évolution, du diable-Darwin et des trucs horribles sur la sexualité etc....

Une demi-heure s'était passé le cardinal n'avait pas vu le temps s'enfuir.
- Bon bien sûr, vous avez raison mais parfois trop de modernité nuit à notre bon peuple.
- Vous avez raison trois quarts de siècle, c'est un peu court pour divulguer les enseignements officiels de l'église.

Il se mordit les lèvres : il s'était laissé emporter par son éloquence coutumière.
- Je vous pardonne votre insolence. Vous ferez pénitence. Et vous prêcherez désormais avec calme et retenue. Vous pouvez rejoindre vos brebis.
JEAN baisa la bague épiscopale.
Beurk le goût lui sembla plus mauvais qu'à son arrivée.
- Et rappelez-vous que l'église vous a fait une faveur de vous accepter comme prête, vous, un homme marié...

Il rentra voir ses brebis en espérant qu'il n'y en avait pas de galeuses, genre Malfido.
En pénitence, il relit tout l'ouvrage consacré à l'abbé Lemaitre en se demandant pourquoi la sainte inquisition ne l'avait pas conduit au bûcher à l'époque. Il rit : parce qu'elle n'existait plus depuis longtemps, banane !'auraient dit les gamins du catéchisme !
Il reprit sa sainte routine.
Cinq semaines s'étaient passées. Il reçut une lettre:
Trente secondes plus tard, il ne riait plus en la lisant. C'était une lettre de réquisition. Il apprit qu'il devait rejoindre le lycée catholique privé.

Retour chez le cardinal : son secrétaire, jeune prêtre distingué et policé, quand il le vit s'approcher en colère, essaya de le calmer.

- Le cardinal Malfido ne vous recevra pas. Il a décidé de donner un avis favorable à votre réquisition, comme les nouveaux textes le lui permettent. Il pense que cette épreuve renforcera votre foi et vous rendra plus fort. Votre tâche, grâce à votre talent d'orateur, est d'évangéliser les enfants des notables de l'état pour leur rappeler que la bonté doit marquer leur vie. Qu'ils doivent diriger le peuple avec compassion mais fermeté. Vous êtes le meilleur aumônier pour ce travail !

JEAN le regarda. Son vernis d'ecclésiastique se fissura tout d'un coup puis craqua.
- Tu te fous de ma gueule ?
- Je dirai à Son Éminence que vous avez accepté votre mission avec gratitude pour sa décision.
- Je veux le voir.
- Non, allez ! Obéissez ! Vous en avez fait le serment.
- Mon cul, ouvre cette porte que je le vois.
- Non...
JEAN donna un grand coup de pied dans la porte du bureau.
La porte s'ouvrit sur un cardinal qui se leva pesamment.
- Éminence, pourquoi m'avez-vous abandonné ?
- Je ne vous ai pas abandonné, je vous ai donné une belle et grande mission.
- Je refuse, je vous quitte, je démissionne.
- On ne démissionne pas du service de Dieu.
- Non, je démissionne de l'Église romaine catholique néolibérale.
- Vous vous apercevez aujourd'hui que la tâche est trop lourde pour vous, pauvre enfant naïf.
- Naïf, mais aujourd'hui lucide, je renie l'église.
- Renier l'église, c'est renier Dieu.
- Vous n'êtes ni le maitre ni le propriétaire de Dieu. Dieu s'appelle autrement dans les autres religions monothéistes et ceux-là, les mêmes que le nôtre, ne vous appartient pas !
- Calmez-vous ! Obéissez ! Vous ne seriez pas un peu breton et têtu ?
- Mais vous ne comprenez rien. Je vous rends mon tablier !
JEAN retira son col blanc, retira sa veste, sa chemise noire et son pantalon. Il jeta le tout sur le bureau du cardinal devenu blanc.
- Je répète : je démissionne. Je me défroque moi-même.
Il sortit en caleçon et en marcel de l'évêché. La fraîcheur calma le rouge de ses joues.
Sa colère était tombée. Il avait basculé et quand il basculait, il se retrouvait vite dans un état stable, sans haine, sans regret ! Un vrai breton bien têtu comme l'avait plus que suggéré Gaston Malfido.

Puis il se laissa aller. Bonne thérapie ! Donc Il laissa aller le chagrin mais sans de trop grandes productions grandioses de ses glandes lacrymales. Il savait qu'après ce chagrin d'enfant le calme et la sérénité seraient de retour.
Il pleura donc quelques larmes de son corps, les rares qui lui restaient.
L'église de France ne l'avait pas soutenu. Il avait toujours eu le sentiment qu'on ne l'acceptait pas vraiment à cause de son passé d'homme marié, de 'sexué', d'impur. Comme s'il pouvait exister quelque chose de plus pur que la fusion amoureuse d'un homme et d'une femme.
Il rentra dans son église et se mit à prier.
- Seigneur, c'est ma dernière prière. En ton nom, ton Église ne m'accepte plus. Je demande le divorce. Je croirais toujours en toi mais je ne prierais plus. Tu m'as pris ma femme. Tu l'as laissé souffrir. Tu me laisses souffrir. Aujourd'hui tu laisses tes chiens me mordre ! Pardonne-moi. Je refuse cette épreuve. Je la trouve trop injuste.

Il fit le dernier signe de croix de sa vie.

Il retrouva dans sa sacristie. Il prit le vieux jeans qui lui servait au jardinage puis un polo vert. Sans regret, sans haine et sans joie. Il rassembla les fringues qui le déguisaient en curé. Il en fit un paquet pour le cardinal Malfido et une lettre, de démission et d'adieu, à l'Église catholique. Si jamais sa démonstration n'avait pas assez claire pour Gaston Malfido, il alla jeter le paquet sur le bureau du secrétaire !
Jamais il ne regretta sa décision violente, épidermique mais juste ! Il connecta l'ordi de la cure. Il tapa une déclaration pour ses ouailles. Puis l'imprima en une dizaine d'exemplaires pour affichage.
' Adieu mes enfants, mes amis, mes frères. Aujourd'hui le diocèse m'a vendu moins que trente deniers. Je ne suis pas digne d'une somme pareille. Je suis obligé donc de vous quitter. Mon cœur saigne. Accueillez mon successeur avec confiance. Il vous guidera, mieux que moi, vers la rédemption, en ces temps de dictature sauvage. Soyez tous bénits'

Il se connecta sur son imel et propagea son texte à tous les correspondants de son répertoire. Il fit une sauvegarde sur sa clé usb. La mit dans sa poche et lança le formatage du disque dur. Il quitta définitivement la cure.

Il alla passer la semaine qui le séparait de sa convoc chez sa fille ainée à Paris.
Elle l'accueillit sans commentaires. Réveilla son petit-fils qui dormait et le lui mit dans les bras puis l'embrassa comme s'il était parti la veille.
Le bébé se rendormit dans ses bras. Son gendre arriva. Il ne dit rien non plus mais l'embrassa pour la première fois. Une explosion d'émotion...
Dans la famille de JEAN, les hommes ne s'embrassaient pas. JEAN se sentit bien. Il se laissa tomber dans ce bonheur simple et imprévu. Ses ronflements ne réveillèrent pas le petit.

Il lui fallait partir travailler pour ne pas être une charge pour la famille de sa fille, en se cachant. Son gendre gagnait bien sa vie mais rare étaient les français qui arrivaient à vivre correctement sauf ceux de la race des actionnaires.

Son gendre lui dit de rester. Que le petit aurait besoin de lui qu'il pouvait le prendre en charge. Il le remercia en l'embrassant et s'emparant de sa maigre valise, une relique en carton témoin de son voyage de noce aux temps heureux d'avant la dictature !

Il frappa à la porte du proviseur ou plutôt du PDG du LCPCI. On lui répondit d'entrer. Son interlocuteur s'avança pour lui tendre la main. JEAN la regarda comme s'il s'agissait du serpent tentateur du jardin d'Éden.
- Bonjour mon Père, asseyez-vous je vous prie.

JEAN le regarda droit les yeux, son humour caustique revenait, alimenté pas la haine toute neuve qu'il ressentait pour le catho-libéralisme dont il mesurait la cupidité à la hauteur du luxe de l'établissement !
- Votre père ? Monsieur le proviseur, j'ignorais ce lien de parenté. Votre mère ne m'a jamais parlé de vous... Je comprends quand je vois votre tête : elle avait honte. Désolé fiston de t'avoir fait si moche.

Le proviseur, trop surpris pour s'offusquer décida qu'il se trompait que c'était juste un problème de compréhension du type d'humour de son vis-à-vis ou même un petit problème d'audition. Le cardinal l'avait prévenu du caractère de Trugarez, mais quand même !

Il ne bougeait plus tétanisé par l'incompréhension, le sentiment de ne plus être dans le bon univers.
Le silence cria dans la pièce. Le proviseur se reprit.
- Vous commencez demain avec les deuxièmes années. N'oubliez pas en début de cours la prière.
- Vous me prenez pour un curé !
- C'est le règlement.
- Je m'en fous, guignol !
Le proviseur blêmi. Mais dans le fond l'injure n'était pas graveleuse au moins ! Encore une fois, il ne dit rien.
JEAN prit le programme et les horaires.
- Au fait, je couche où ?
- Vous n'avez pas de logement ?
- Si, l'évêché voulait me fournir un appart de 200 mètres carrés sur les champs Élysée. Mais il y a trop de ménage à faire !
- Une chambre de surveillant ?
- Ça ira ! Et pour les repas.
- À l'internat et quoi encore ?
- Pour le reste j'avais fait vœu de chasteté mais maintenant que je les ai rompus. Vous avez quoi à me proposer ?
- Sortez !


Salle 318 au 3e étage. Au boulot se dit JEAN.
Un étrange silence se fit. Les étudiants n'avaient jamais vu de prof dans leur prestigieuse école, aussi mal habillé.
Certains étaient choqués de voir que le célèbre père Trugarez ai l'air si vieux et si misérable.
- Asseyez-vous jeunes gens. J'ai une petite mise au point à faire.
Tout le monde se posa sur sa chaise, en faisant le moins de bruit possible.
- Bonjour, je remplace, votre ancien prof de philosophie Monsieur Marvet qui était comme moi un requis retraité et qui est mort de vieillesse le mois dernier. Contrairement à ce qu'annonce la note de service, je ne suis plus prêtre. J'ai quitté l'Église catholique romaine, il y a une dizaine de jours. Je suis un laïc stricto sensu. Pour votre gouverne, j'ai conservé la foi mais je ne crois plus dans cette église. Qui peut affirmer que Jésus était catholique !
Aujourd'hui nous parlerons d'un auteur célèbre. Un auteur que je qualifierai de très noir : Geoges Orwel. Qui connaît cet auteur ?
.
- J'ai lu 'la ferme des animaux'.
- Qu'est-ce que cela vous a inspiré ?
- La révolte des animaux contre les humains, lorsqu'ils deviennent intelligents.
- Bien. '1984'?
Un élève attrapa la perche au vol.
- Le totalitarisme " big brother ".
- Bien, bien, ça vous rappelle quelque chose ?... rien apparemment ! Bon maintenant je vais vous mesurer, pour connaitre votre sens de l'analyse et de la critique. Je vais d'abord vous résumer ce chef-d'œuvre

Il leur dépeignit le monde de '1984'l'omniprésence de " big brother ", les enfants qui dénoncent leurs parents, la pauvreté, la misère, la torture, la semaine de la haine, la peur.
Pendant une demi-heure, il les trempa dans l'atmosphère délétère d'Orwel. Beaucoup frissonnèrent.
Un grand silence, il savourait son retour en philo.
Il trouva un feutre à côté du tableau blanc. Il écrivit :
Peut-on faire un parallèle entre la politique actuelle de la France et le monde décrit par G. Orwel dans son roman '1984'
.
- Vous avez deux heures, soit jusqu'à l'heure de notre humble repas !

Le lendemain, il aborda, avec une autre classe, Voltaire. Tiens, pensa-t-il, curieux que l'on aborde autant les mal-pensants, donc ennemis de l'église, dans une école catho !

Le weekend arriva vite. Le dimanche il décida de faire une grasse matinée. À 8h, on frappa à sa porte. Il se leva. Ouvrit. Un élève de fin d'étude, boutonneux, avec une tronche de séminariste pas possible.
- Mon père, on vous attend pour la messe.
- Vous n'avez pas besoin de moi.
- Mais c'est vous le prêtre.
- On ne vous a rien dit, je ne suis plus celui que vous croyez. J'ai rendu mon tablier, pardon ma soutane !
- Mais il y a plein de parents d'élèves depuis qu'il manque de curés à Paris. Ils viennent à l'office ici. Il y a plein de fidèles qui vous attendent.
- Hé bien dite leurs de prier pour qu'un nouveau prêtre arrive, et s'ils ne prient pas assez fort qu'il rentre chez eux. Il y a la messe à la télé. Bonne journée, à mon âge je dois me reposer !
- Je vous en supplie au nom de Dieu, venez !
- Non !.... bon ! Faite les patienter.

JEAN s'habilla en hâte et fonça dans le bureau du proviseur en espérant qu'il n'était pas fermé. Il poussa la porte : ouverte. Personne. Mais oui, le proviseur attendait à la chapelle surement pour faire patienter les brebis. JEAN se dit qu'il n'avait pas pris pour sincère son renoncement. Décidément tout le monde le croyait, juste en colère. Qu'il reviendrait bisser pour son public comme un chanteur vaniteux : les nuls !

Il fouilla le bureau du proviseur et trouva vite ce qu'il cherchait : Son répertoire. Il chercha : rien à cardinal. Rien à Malfido. Tant pis pensa-t-il en cherchant un plan 'B'.
Il commença à battre en retraite du bureau mais... Il revint se jeter sur le petit répertoire à 'G'comme Gaston, Gaston Malfido. Il nota le numéro sur un " post-it ", le perso bien sûr. Il prit un kleenex qu'il posa sur le combiné du téléphone et son pouce dans la bouche. Il composa le numéro.
A l'autre bout on décrocha au deuxième bip.
- Oui ?
- Gaston c'est Raymond, venez d'urgence à la chapelle du LCPCI !
- Que se passe-t-il de grave ?
- Du très grave venez !

Il repartit se coucher.

Vers 10h, on frappa à sa porte.
- La messe est terminée vous aviez dit que vous veniez... Vous m'entendez... C'est vous qui avez appelé le cardinal ?
- Le cardi quoi ? Laissez-moi ! C'est le jour du seigneur. Je ne travaille pas !

Le lundi, il fit une étude comparative sur la théologie.
- Citez-moi des religions !
- Catholiques ?
- Presque, mais oui c'est une secte de chrétien intégriste !
- Bouddhiste ?
- Oui.
- Musulman.
- Encore.
- Intégriste.
- C'est un état, par exemple aujourd'hui le monde est dominé par les intégristes libéraux.
- Athéiste ?
- Très très bien c'est une religion qui professe que Dieu n'existe pas, mais c'est une vraie religion, sans dieu !
- Juifs ?
- Ce n'est pas une religion mais un peuple.
- Si, quand même.
- Admettons, une autre ?
- Agnostique.
- C'est plus intéressant donnez-moi la définition.
En brandissant son téléphone surement connecté, un fils d'archevêque lut :
- L'agnosticisme est la position philosophique selon laquelle la vérité de certaines propositions théologiques, concernant l'existence ou non de Dieu ou autre divinité est inconnaissable.
- Vous le téléphoniste, vous êtes quoi.
- Catholique.
- Pratiquant ?
- Comme mes parents.
- Vous êtes croyant ?
- Comme mes parents.
- Et vous existez ?
- Comme mes parents.
- Maintenant répondez par vous-même ! Vous avez la foi ?
- Je ne sais pas si j'ai la foi.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas si Dieu existe.
- Savez-vous si Dieu n'existe pas ?
- Pareil !
- Et si Dieu existe, est-il possible que nous ne puissions le concevoir. Voici la théorie du poisson rouge : un poisson rouge dit à son compagnon, dans l'aquarium : 'tu crois que Dieu existe ? Oui, qui crois-tu qui fait pleuvoir les daphnies ?' .
- Objection, votre honneur ! Se rebiffa le téléphoniste. Si le poison adopte une réflexion scientifique même très bas niveau : policière. Il verra la main et l'homme à son extrémité. Il a des yeux pour voir. Un cerveau pour comprendre !
- Bien descendons dans le règne animal : théorie de la puce plate : '
Cette parabole est souvent utilisée par les physiciens : des puces absolument plates vivent sur une boule lisse, genre boule de billard. Un jour, une de ces puces dit à l'autre : j'ai l'intuition qu'il existe une autre dimension'tu es folle dit l'autre c'est incompréhensible !'
Ce qui signifie que l'essence de Dieu, peut nous être inaccessible tout simplement parce que nos sens ne peuvent le comprendre.
- Certains physiciens travaillent sur plusieurs dimensions.
- Cela ne signifie pas qu'ils comprennent. Ils alignent des formules mathématiques mais ne peuvent imaginer, ni prouver ce qu'elles représentent. Vous avez manipulé les imaginaires en seconde. 'Racine de moins un'n'existe pas dans ce monde pourtant cette impossibilité permet d'effectuer des calculs, en électricité, insolubles, avec des applications tangibles dans notre vie courante. En résumé un agnostique admet que Dieu est inconnaissable parce qu'il ne peut le comprendre. Et c'est, non pas que Dieu n'existe pas, mais qu'il n'est pas accessible à ses sens ou à son intelligence.
Bien l'heure se termine. Je vous propose un devoir de réflexion pour la prochaine fois : 'Dieu est - il catholique ? Le récitant sera tiré au hasard !



Ça devait arriver il était convoqué devant l'inspecteur d'académie, chez le proviseur. Il allait casser la tête à un inspecteur d'académie, verbalement, mais quand même quel plaisir.
- Entrez mon cher ami !
Dit le proviseur onctueux comme une motte de beurre de Poitou-Charentes.

- Mon cher inspecteur voici, le professeur Trugarez, que le cardinal Malfido nous a fait affecter depuis quelques mois.
- C'est un collègue à vous ?
La réflexion mit le proviseur devant son énorme bêtise naturelle.
- J'admire votre sens de la répartie, mais pour la visite prochaine du pape Jean-Paul III, pour 440 ième anniversaire de la naissance de st Vincent De Paul. Le Premier ministre souhaite que vous redonniez votre homélie de l'année dernière dans la petite église de la paroisse dont vous aviez la charge.
- Le Premier ministre n'est jamais venu à une de mes messes. J'aurai fait exorciser l'église, pas de diable chez moi !
- Vous ne vous souvenez pas de son aide de camps. Il vient toujours à la messe en uniforme, un lieutenant de vaisseau grand et distingué.
- Je ne me souviens pas... moi vous savez, moi les uniformes, me laissent froid !
- Vous aviez parlé du plaisir de donner, en magnifiant la vie de st Vincent De Paul et vous l'aviez fait pleurer en racontant l'épisode du remplacement du galérien et tout ce qu'il fit pour améliorer le sort de ces pauvres hères.
JEAN réfléchissait à 110 à l'heure, la vie de st Vincent De Paul l'avait passionné. Il se souvint de son discours et surtout du parallèle discret avec l'abbé Pierre.

- Et puis modestement, je suis un des rares spécialistes du grand Saint en France. Ça ne peut pas nuire à l'image tyran auprès du Pape. Bon, c'est bien pour la gloire de saint Vincent. Bien je viendrai, c'est quand.
- Tout le monde le sait, dans 15 jours à Lourdes.
- Vous savez, je n'ai pas la télé dans la petite cellule que vous m'avez si généreusement accordée !
L'inspecteur d'académie rajouta.
- Vous pourrez ensuite déposer une demande de réforme. J'y mettrai un avis favorable !

JEAN ressortit tout ce qu'il y avait sur la vie de st Vincent De Paul et quand il eut tout compilé, le diable vint lui souffler une série de blagues innocentes !


Tout le monde était assis. Le ministre de l'éducation nationale avait relu trois fois dans la nuit, le texte préparé par JEAN et il se préparait à recevoir une douche d'esprit saint du bien heureux JEAN Trugarez.


Chacun avait le texte. JEAN allait donc le lire mais il y avait préparé plein de commentaires et une bonne quantité de citations latines et autres, bien intellectuelles, et d'autres petites surprises pour mettre à l'épreuve le snobisme et la veulerie des spectateurs.

Il s'en réjouissait d'avance et tant pis s'il finissait aux galères. Il se marrerait une bonne fois dans sa pauvre vie.
.
- Mesdames, Messieurs, Monsieur le Pape, très saint président de la République par intérim et toutes les autres autorités autoritaires que je ne mentionne pas pour ménager leur modestie légendaire. Pour aider à comprendre ce que fut la vie de notre héros, je vais vous faire son curriculum vitae.
J'émaillerai mon récit de dictons en latin pour le rendre plus compréhensible pour les fins lettrés que vous êtes tous.
Vous vous rendrez vite compte des qualités de De Paul et si vous avez l'envie, comme pour moi, de le réquisitionner, pour le travail obligatoire : J'ai le regret de vous annoncer qu'il est mort en -132.
Eliri estas iomete morti, morti estas eliri cxiame.
Vincent est né du côté du 5 floréal an -211 environ à 5 km de Dax à une époque où les distances sont importantes, ni les bus, ni les bicyclettes ne sont encore inventées. Il est le troisième enfant d'une fratrie de 6 enfants. Sa mère est d'origine noble. Elle épousa un paysan roturier.
Vincent entre en auto apprentissage comme berger pour des vaches, des porcs, des moutons de la ferme familiale. Puis il décide de se spécialiser comme berger d'un redoutable prédateur : l'être humain et quelque chose plus vil encore que cet animal : son âme. Pour ce faire, il rentre au collège franciscain des cordeliers. Puis il est ordonné prêtre en l'an -193.
Al posedanto mono mankas nenion.
En l'an -188 suite à une imprudence, il est capturé par des pirates, vraisemblablement somaliens, pour avoir tenté de prendre un raccourci entre Marseille et Narbonne par la mer.
Cela lui provoqua un retard, important dans sa carrière, auquel il mit fin en s'évadant de Tunis au bout de 2 ans.
Puis il devient curé de campagne et ensuite précepteur de la famille Gondi de Joigny et à Villepreux.
Après plusieurs petits boulots de curé dans la Dombe à Châtillon sur Chalaronne puis à Clichy, ensuite à St Sauveur St Médard. Il reconstruit, l'église avec l'argent de l'église et des notables tous paroissiens, pendant 8 ans. En -175 il fonde les dames de la charité puis en l'an -169 la Compagnie des Filles de la Charité comme plus tard les compagnons d'Emmaüs mais avec uniquement des femmes.
Comme il avait déjà beaucoup ramé, il fut nommé aumônier des galères en -173. Là se situe la légende : Il embarque sur une galère. Vincent remarque un galérien mourant, que même le fouet ne peut soigner. Il retire le pauvre hère de son banc. Le soigne et prend sa place de douleur.
Deziru sincere, vi atingos libere.
Le 7 frimaire an -159, il fonde les Gardes des Pauvres, un peu avant la congrégation des Compagnies des Filles de la Charité. Il se retrouve souvent avec ses copains pour ses conférences du mardi dont le célèbre Bossuet, aigle de Meaux. Tous sont plus bavards les uns que les autres.
Arrive -154 Il continue de fonder, c'est son occupation préférée. Donc, nait l'œuvre des Enfants trouvés. Avec ses copains Vincent arrose toujours l'arrivé d'un nouvel enfant en le baptisant.
En -153 en Lorraine, ravagée par la guerre, puis en -141 en Champagne, Picardie et Ile de France, il organise les secours aux blessés, Henri Dunan sera une de ses réincarnations. En -152 il contacte le cardinal de Richelieu, puis le cardinal Mazarin et sa maitresse, la reine, Anne d'Autriche, en faveur de la paix.

JEAN continua à conter la vie du saint, tous ceux qui étaient là se foutaient bien de St Vincent et de sa sensiblerie à l'endroit des pauvres. S'ils étaient pauvres, ils n'avaient qu'à travailler, tous des feignants !
Mais lentement tous commençait à laisser la vie de St Vincent à rentrer dans leur âme, à le rêver, à le voir. Personne ne vit passer les deux heures de la conférence...

À Paris dès -126 il fonde les l'Hôpitaux de la Pitié, de Bicêtre pour les malades mentaux, de la Salpêtrière pour les pauvres et du Saint-Nom-de-Jésus, première maison de retraite.
Nenio pli grandan mizeron prezentas, ol se sano mankas kaj ŝuldoj turmentas
Il quittera notre vallée de larmes le 5 Vendémiaire an - 132, pour rejoindre les rares vrais saints, catholiques ou non.
De Paul est un grand bonhomme. Il a su protéger, soigner et nourrir les plus pauvres. Il a réinventé, avant beaucoup, la bonté, la compassion et l'amour du prochain.
Le grand Coluche est une autre de ses réincarnations, avec l'abbé Pierre, sœur Emmanuelle et Mère Thereza. La meilleure preuve des réincarnations de Saint Vincent De Paul est que le Vatican ne canonise plus les bienfaiteurs de l'humanité ayant bien repéré que le facétieux Vincent se cachait derrière leurs enveloppes charnelles pour faire le bien. On ne canonise pas deux fois, un réincarné ! La sainteté ce n'est pas comme la Légion d'honneur, on ne la donne pas au premier ou au dernier venu !
Comment ne pas voir st Vincent De Paul déguisé en Coluche pour créer les restos du cœur.
Ne naskiĝu riĉa, naskiĝu feliĉa.
Aujourd'hui st Vincent De Paul se retourne dans sa tombe. Le malin a envahi le monde. Le diable se cache sous un autre non : le néolibéralisme, sa bible s'appelle 'la loi des marchés'
Et vous qui m'écoutez bêtement sans comprendre, sans me comprendre. Vous êtes aussi les démons serviles qui massacrent, de privations, de douleurs et de mépris notre peuple et le rend esclave pour assouvir votre cupidité sans bornes. Serviteurs des marchés, de la spéculation la plus odieuse et de votre soif de pouvoir. Tremblez : la fourche du démon se retournera contre vous...

Soudain il se rendit compte que son micro avait été coupé...
Les spectateurs après avoir applaudi discrètement se retournaient et partaient, en papotant entre eux. Il se baissa enleva une chaussure. La lança avec rage. Elle manqua le président et le Premier ministre de peu. Un gorille goguenard lui ramena l'ustensile pédestre.
- Vous avez perdu votre chaussure, mon révérend.
- Vous regardez trop les séries américaines pour le 'révérend'. Je ne suis qu'un laïque comme vous.
JEAN se retrouva en prison pour insulte au président de la République. Pas pour ses paroles, il n'y avait pas de procureur suffisamment malin pour rédiger un acte d'accusation à la mesure de son éloquence. Donc on l'embastilla pour le jet de sa chaussure qui avait failli décapiter tout l'état présent à la conférence.

Le directeur de la prison commit l'erreur de laisser Jean, faire une conférence. Trois jours plus tard gardiens et détenus se révoltaient et ouvrirent les portes de leur prison.

Après une réforme d'urgence et une prime imprévue mais bienvenue. JEAN se retrouva chez le cardinal.
- Je vous avais promis La réforme, j'ai réussi.
- Ah oui ? Vous en êtes sûr ?
- Vous en doutez.
- Oui.
-Passons, bon, vous voilà libre, j'annule votre démission. L'église vous pardonne. Votre paroisse vous attend vous n'y avez pas été remplacé faute de curés disponibles...
- Monsieur le cardinal, j'annule votre annulation. J'ai quitté la secte catholique pour toujours. Je vous prie de bien vouloir m'accorder l'excommunication...
- Pardon ?
- Le bannissement, éviction, exclusion, expulsion, radiation, l'excommunication.
- Vous êtes devenu fou. Hors de notre sainte mère l'église, c'est l'enfer assuré pour vous.
- Et pour les bouddhistes et les petits africains qui ne sont pas catholiques pas de paradis non plus ? Voyez-vous, Monsieur l'ecclésiastique, je viens de m'apercevoir qu'il y a peu de chance pour que Dieu soit catholique !
- Blasphème ! Sortez de mon bureau. Votre âme est aux mains de Satan... 'vadé retro'!

JEAN trouva un petit appart 'près de chez sa fille. Il se consacra à son petit-fils. Dans le jardin public, il rencontra une grand-mère qui promenait sa petite fille. Il lui sourit. Elle lui sourit.
6 mois plus tard JEAN, la présenta à ses filles. Impossible de dire qui était le plus ému. Elles s'approchèrent, un lac dans les yeux. La promesse qu'elles avaient fait à leur mère, mourante, trouvait son aboutissement.
- Madame, voulez-vous de nous comme filles ?
Elles se jetèrent dans les bras les unes des autres.

Le gendre de JEAN passa le reste de la soirée à essorer les serpillères. Il n'arriva pas à étancher le flux liquide des émotions.

JEAN et sa nouvelle compagne vécurent heureux et eurent beaucoup d'arrières petits enfants.
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