Eméritude Jean Cassagne

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AMICXJO prononcer amite-chiot Retraité, jeune (ou presque : couvée de 1950). Agnostique mais avec des idoles : Jacques Brel, Vincent de Paul et ses réincarnations : Henri Grouès, Madeleine  [+]

Véritable hauteur de la thèse sur la désynchronisation du boson de Higgs.
Il avait pris sa retraite depuis 5 ans et avait été réintégré au titre du travail obligatoire des moins de 73 ans.
Mais l'ignoble Nicolas El Genuo qui lui avait piqué sa thèse directement sur son micro pendant qu'il présentait ses hommages au docteur Sylvia Bonfuko médecin du travail et jolie Africaine au tempérament de feux.

El Genuo avait bien sûr repéré les absences quotidiennes de Jean et le zèle du médecin du travail. Heureusement, le voleur n'avait pas piraté le dernier fichier, celui qui contenait les paramètres essentiels.
Jean s'aperçut tout de suite de la copie : le gestionnaire de fichier étant resté ouvert, le fichier copié avait été supprimé et le pirate n'avait pas vidé la corbeille ! Un amateur !
Il rentra dans le bureau de son pote Patrice.
- Tu as vu quelqu'un entrer dans mon bureau.
- Bien sûr Nicolas le fourbe, j'ai pensé que tu avais sympathisé avec lui !
- Jamais avec les ordures à cause de l'odeur, je vais aller lui casser la tête il m'a piqué une sauvegarde de ma thèse du mois dernier.
- Ne te précipite pas c'est le tonton du ministre de l'industrie, tu sais celui qui a vendu son âme au premier ministre pour une médaille et un poste ministériel.
- et alors.
- Si tu n'avais pas remarqué on est en dictature, viens fumer une petite clope dans le parc avec moi...
Jean ne percuta pas rapidement, Patrice ne fumait pas, ni lui d'ailleurs.
Patrice lui expliqua rapidement qu'il devait se méfier. Il avait entendu que certains s'étaient intéressés à ses échantillons d'uranium qui pesaient mois du quart de leur poids. C'est ce qui expliquait la manœuvre de El Genuo...
- Si tu pensais un peu moins au corps de ton petit caramel de toubib, tu aurais pu t'en apercevoir !
- Il n'a pas les paramètres.
- Il peut les trouver ?
- Trop con.
- Tu crois.
- Le boson est la seule particule non quantique et je ne l'ai dit à personne.
- Tu viens de me le dire.
- Ah zut, tu m'as eu !
Dit-il en riant !
Quand ils eurent fini de faire semblant de fumer leur brin d'herbe. Jean rentra directement chez lui. Il n'alla pas fermer son ordi qui de toute façon ne contenait pas les paramètres de la particule de Dieu. En passant il s'arrêta dans une boutique réservée aux riches de la nouvelle société. Il acheta deux belles tablettes de chocolat noir, pour sa fille. Le prix exorbitant lui permit, sans honte, de demander un paquet cadeau puis un sur-paquet kraft ordinaire. Il paya en liquide et rentra chez lui.
Il prépara une longue lettre pour sa fille. Il ouvrit son microperso et copia le contenu de sa clé sur une toute petite mémoire flash. Il la colla sur la lettre d'instructions à sa fille. Il avait l'impression d'emballer son testament. Il plaça sa lettre entre les deux tablettes de chocolat. Les feuilles d'alu d'emballage feraient un écran efficace au rayon inquisiteur de la police politique. Il refit le paquet puis sur le dessus calligraphia l'adresse de sa fille. Il revint sur internet et ouvrit ses comptes en banque et bascula tous ses avoirs sur le compte épargne de sa fille qu'il gérait pour elle.
Elle allait être riche. Jean mit la carte bancaire correspondante dans la poche qu'il mettait sous sa chemise avec son portefeuille. Depuis l'avènement de la dictature les rues n'étaient pas sures !
Il détruisit ensuite toutes les cartes de crédit qu'il possédait.
Il se coucha après une bonne douche.

Le lendemain, il passa par la poste et arriva au bureau avec une bonne demi-heure de retard.
Trop tard pensa t'il en voyant les deux costauds dans son bureau.
- Monsieur Cassagne, veuillez nous suivre.
- Vous êtes qui ? Les guignols.
- sureté de l'état. Ils présentèrent en parfaite synchronisation leurs ensembles carte-médaille sur cuir. Souhaitez-vous que l'on vous passe les menottes ?
En sortant Jean croisa le regard de Patrice qui disait 'je te l'avais dit''.
On le fit entrer dans une voiture, comme il se doit, de couleur noir corbillard. Les deux costauds le mirent entre eux. Le chauffeur démarra immédiatement.

On le conduisit devant un méchant bonhomme grassouillet, l'archétype du bureaucrate borné.
- Monsieur Cassagne votre manque de patriotisme a beaucoup chagriné le Premier ministre..
- Je sais, le mois dernier, j'ai un peu mordu sur l'agglomération, j'ai dû survoler un peu la ville, mais vous savez ce que c'est : en hélico on se concentre pour maintenir la stabilité de la machine, alors la géographie, on oublie un peu... Vous n'allez pas faire sauter ma Licence ?
- Je ne suis pas de la sécurité aérienne. En plus je n'ai pas entendu parler d'incident de survol par la défense aérienne. Bon assez joué, vous n'êtes pas ici pour cela...
- Elle ne m'avait pas dit qu'elle était mineure, elle faisait l'amour comme une grande personne, je vous jure que je ne savais pas...
- Monsieur Cassagne vous vous foutez de ma gueule, vous êtes ici parce que vous refusez de faire partager vos avancées avec vos collègues.
Jean avait décidé de mentir.
- Mes théories ne sont que des réflexions, le seul spécialiste est Nicolas El Genuo. Le génial Nicolas El Genuo.
- Certes, mais les échantillons que vous avez produits semblent prometteurs.
- Je vous arrête tout de suite, le labo de métrologie n'a pas été étalonné depuis 3 ans faute de crédits. Les appareils de mesures déconnent.
- Certes, certes mais en attendant nous avons décidés de vous garder sous la main, nous allons vous munir d'un bracelet GPS que nous vous mettrons dès que ces messieurs auront installé les équipements chez vous.
- Mais c'est illégal.
- Rien n'est illégal pour l'avancée de la science française.
Il lui tendit la main pour lui signifier que l'entretien était terminé. Dans un geste irraisonné, Jean crachat sur la main tendue.
- Ça vous avance à quoi cette gaminerie ?
- À rien, mais ça me soulage, gros con.
Les gorilles l'empoignèrent.
- Arrêtez de me tripoter les tantouses, je sais marcher tout seul.
Il se retrouva dans la voiture entre les deux velus.
La route défilait vite, le chauffeur était bon, malgré la vitesse, il conduisait calmement.
Jean réfléchissait à cent à l'heure, presque aussi vite que la voiture.

Soudain, violement, il sauta vers l'avant, attrapa le volant le tourna vers un utilitaire qui arrivait en sens inverse. Le choc fut très violent. Il eut le léger avantage de la surprise en se reculant et en se mettant en boule au moment du choc. Le chauffeur reçu une masse de métal qui lui écrasa la cage thoracique. Sa tête reçu la tête du gorille de gauche, celui de droite fut happé vers le pare-brise qui éclata sous l'impact de sa boite crânienne.
Le bruit des os qui se rompent, l'éclatement des crânes lui satura l'esprit bien plus que les froissements et les chocs métalliques.

Jean se tâta : il était couvert de sang. Mais il se sentait bien malgré un froid vif qui entrait par la carrosserie broyée.
Il déplaça son voisin de droite qui geignait et se glissa sans souplesse par le trou béant du pare-brise. Il se retrouva sur ses jambes : même pas étourdi.
Il pouvait marcher, et bientôt il s'aperçut qu'il pouvait courir. Il n'aimait pas le sport mais là, il courait sans effort, il avait l'impression de se regarder courir.

Ce n'était pas raisonnable, mais il rentra chez lui.
Il prit une douche rapide. Lava ses cheveux pleins de sang. Il se rhabilla de neuf. Il cacha toutes ses clefs USB sauf une, derrière la grille d'aération de sa cuisine.
Depuis quelque temps il les avait préparées. Elles étaient pleines de films pornos, avec des noms de fichier qui ressemblaient à des codes secrets espionito-morphes ce qui distrairait la police qui y rechercherait en vain des informations essentielles.

Il ne fallait pas trainer. Il prit le sac à dos qu'il avait préparé la veille pour le soir et sortit de l'appartement.
Il coupa le chauffage. Jeta les ampoules des éclairages au vide-ordure et ouvrit les fenêtres en grand. C'était puéril mais ça emmerderait les barbouzes qui viendraient fouiller son appart !

Il sortit du bâtiment sans se retourner, en ayant une pensée très émue pour la belle Sylvia et son corps de rêve.
Il s'arrêta chez son coiffeur.
- Salut figaro, ma belle chevelure qui t' a permis de te faire des couilles en or, tu la coupes !
- Je te coupe quoi ?
- Les douilles avec un 'd'comme désespoir.
- Qu'est ce qui t'arrive ?
- J'ai décidé de me faire moine, je commence par la chevelure qui plait tant aux femmes, dépêche-toi j'ai hâte de me trouver dans ma cellule à prier pour ton âme s'il t' en reste une.
- Tu es sérieux.
- Laisse 1 centimètres mais grouille-toi !
- La mort dans l'âme, j'obéis mais tu es devenu fou et Sylvia ?
- Elle se consolera avec un plus crépu que moi, aller bourreau fait ton office.
Le susnommé Figaro fit son ouvrage en pleurant et refusa que Jean le paye.
- Jamais, je ne ferais payer pour un travail de tondeur de chien, que dis-je, de caniche ; Ne dit jamais à personne que j'ai fait ça, c'est à mourir de honte !
Il était bouleversé par la désinvolture de son ami. Jean le quitta rapidement.
Il rechaussa ses vieilles lunettes qu'il avait remplacées par des lentilles de contact depuis quelques années pour paraitre moins vieux. Il se regarda dans une vitrine triste : il était méconnaissable.
Il se dirigea vers la gare Montparnasse sans hâte sans passer par le métro, il était resté, à son âge, bon marcheur comme il était bon dragueur !

Il entra dans la gare et prit un billet pour Bordeaux.
A Bordeaux, il prit un billet pour Toulouse et à Toulouse il avait prévu de prendre un autre ticket pour Marseille. Cette avalanche de billets lui permettant de brouiller les pistes !
Dans le TER pour Toulouse il choisit de s'assoir à côté d'une jeune fille de son âge, une gamine de tout juste la soixantaine...
- Vous permettez Mademoiselle.
- Merci pour la Demoiselle mais je suis grand-mère !
- Les générations sont courtes par ici : grand-mère à moins de 40 ans et toujours charmante.
- Vous êtes galant, Monsieur l'étrange étranger ?
Jean continua la conversation.
- Vous êtes de la région ?
- Non, je suis africaine je descends à Bamako et vous ?
- Vous pourriez me faire visiter, je viens de France.
- Le pays du tyran fou ?
- Celui même qui bouffe de la chair humaine au petit-déjeuner.
- Oui, je suis venu demander l'asile politique au Mali.
- Et bon en géographie en plus ! Nous acceptons les réfugiés qui savent que notre belle capitale est celle du Mali.
Ils se mirent à rire. Elle avait de l'humour la grand-mère mais surtout elle pigea vite, très vite.
- Vous êtes un réfractaire au travail obligatoire et vous fuyez droit devant vous !
- Ça se voit tant que cela ?
- Bien sûr ! Vous n'avez pas de point de chute ?
- Non.
- Venez du côté de l'Aveyron, c'est la terre promise des évadés.
- Où.
- Au milieu légèrement à gauche.
- Vous y allez ?
- Non, notre idylle aura été de courte durée, je vais vous donner une adresse, mon neveu est électricien, il cherche un ouvrier. Vous vous y connaissez en électricité.
- En physique nucléaire surtout, mais c'est pareil depuis la pénurie, on bricole souvent les tuyaux électriques, nous-même !
Elle rit, sourit, sembla soudain absente.
Jean en profita pour s'absenter lui aussi, quelques minutes pour aller soulager sa vessie. Les toilettes étaient occupées. Il décida de remonter le train pour aller tenter les toilettes du wagon d'amont. La vision lui sauta à la figure. La gente dame téléphonait fébrilement. Le regard de ses voisins était ravagé de honte.
Jean comprit instantanément. Il attendit un peu puis retourna aux toilettes où il s'était cassé les dents. Elles étaient libres... Il revint à sa place.
- Tenez voici l'adresse de mon neveu, il vous attend je l'ai prévenu.
Le regard des autres passagers criait "menteuse".
Jean cligna imperceptible des yeux pour les remercier. Puis il les remit dans ceux de la dame.
- Merci.
- On dit : merci Judaëlle.
- Merci Judaëlle, joli prénom mais je dois y aller...
- Restez avec moi jusqu'à Toulouse, nous avons plein de chose à nous dire sans doute.
- J'en suis sûr, mais j'ai vu un de mes collègues dans le wagon d'à côté, je lui donne un dossier, je reviens, gardez ma place, jolie jeune fille.
Il prit son sac et adressa un sourire enjôleur à la dame. Il retourna vers le wagon des toilettes.
Il essaya de se maitriser, il commençait à paniquer. Quand le hautparleur du wagon lui sauva la mise.

- Par suite d'un encombrement sur la voie notre train et stoppé, veuillez rester à votre place, la société commerciale des transports ferrés vous remercie de votre patience.
Jean regarda autour de lui. Personne ne le regarda. Il s'approcha de la porte. Il l'ouvrit calmement, raffermit sa poigne sur son sac et sauta sur le ballast. Un buisson lui tendit les bras. Il s'y glissa. Il devait attendre que le train se remette en route, pour qu'on ne le voit pas courir à découvert. Le temps d'enlever les bottes de pailles perdues ou abandonnées sur la voie, le train redémarra lentement. Arrivée presque à sa hauteur, la porte de son wagon s'ouvrit. Des bras, beaucoup de bras avaient empoigné Judaëlle et la précipitaient dehors. Sa petite valise suivit puis son portable. Une voix cria.
- La prochaine fois tu seras tondue, salope...
Elle faillit récupérer sa valise au moment où la roue du wagon la broyait.

Déjà la dernière roue donnait le coup de grâce à la valisette. Elle ramassa son portable. Elle composa rapidement le numéro de la gendarmerie. Jean lui prit l'appareil des mains.
- Vous avez déjà prévenu la police.
- Mais non, nous sommes perdus au milieu de nulle part !
- La police politique que vous avez prévenue va arriver.
- Je n'ai prévenu personne.
Jean manipula le portable et entra dans le journal.
- C'est quoi les 4 minutes et 28 secondes au 177.
- Les passagers me regardaient bizarrement, j'avais peur qu'ils me volent ou pire qu'ils me violent.
- Mais le 177 parce que vous avez craint un viol politique, c'est comment un viol politique ? Ils étaient vraiment méchants ? Ils voulaient peut-être même vous tondre.
Elle ne répondit pas.
- Vous tondre comme une collabo !
- Qui êtes-vous pour me juger, vous trahissez la France en n'aidant pas le gouvernement à éponger la dette.
- Et à assoir la dictature du Premier ministre.
- Il fait cela pour nous sauver !
- Une convaincue mais en plus vous êtes très conne !
- Dommage que je ne m'appelle pas jésus on aurait fait un beau couple Judaëlle, votre prénom vous va très bien !
- Vous m'insultez et il y a 5 minutes vous étiez prêt à me sauter, sale porc de gauche.
- surement pas ! Tant qu'on n'a pas inventé les capotes contre le sida intellectuel dont vous êtes atteinte. Bon, on ne va pas rester là, à se geler.
- La prochaine gare est à quelques kilomètres, il n'y a qu'à suivre les voies.
- Et se jeter dans les menottes des flics que vous avez appelés. Salut fillette, bon vent...
Jean se mit à marcher vers les bois proches. Il se mit à couvert. Il attendit.
L'accorte dame se mit en route sur le ballast. Dès qu'il fut sûr de ne plus être vu, Jean sortit du bois et se dirigea plein Nord. Il retraversa la voie de chemin de fer et se mit à courir sans hâte. Décidément il se sentait très en forme.
Il trottinait sans fatigue avec toujours le sentiment de se regarder courir, il se sentait spectateur de lui-même.

Tiens un bruit de moulin à café. Non un bruit d'hélico, l'alerte avait été vraiment rapide. Quel sang-froid cette Judaëlle. Efficace dans la répression, la dictature !!!
Il se positionna sous un pin énorme avec gros tronc, tout au moins suffisant pour le cacher.
L'hélico s'approchait. Bon, il allait connaitre les geôles profondes du tyran avec peut-être une exécution à l'aube. Avec un procès exemplaire où Judaëlle raconterait la sauvagerie avec laquelle il l'avait soumise à sa force brute d'ennemi de la nation. Et quel plaisir il aurait à cracher à la figure de l'exécuteur des basses œuvres au moment de son trépas. Pendant qu'il fantasmait bêtement, l'aéronef se posa à une cinquantaine de mètres de lui. Le rotor s'arrêta mais le moteur continuait à tourner. Quelqu'un, en casque et tenue de vol, sortit en courant un rouleau de pq à la main. Jean, en se couchant, jeta un coup d'œil. Il n'y avait personne d'autre.
Le pilote sur sa gauche, dans un creux de chemin, émettait des bruits organiques indiquant la raison de l'atterrissage en catastrophe.
Jean se mit à ramper en direction de l'hélicoptère. Il avait l'impression de courir à plat.

Le pilote à l'abri de son trou songeait que la bouffe du mess le rendait de plus en plus malade quand la turbine de sa machine s'accéléra et que le rotor s'embraya.
La machine s'éleva de 50 centimètres, puis tourna la queue vers le pilote impuissant. L'hélico semblait s'être animé seul. Devant la prise de conscience improbable de sa machine, l'homme ne songea même pas à sortir le vieux pa-mac 50 qui pendait à la ceinture de son pantalon quelque part sur les chevilles de son propriétaire.
L'hélico se pencha vers l'avant et prit de la vitesse en prenant de l'altitude. À presque un kilomètre, il mit le cap vers le nord.
Jean retrouvait ses sensations de pilote. Il faisait bon dans la cabine. La radio le sortit de sa somnolence.
- Charly oscar quebec de liaison Rodez.
- Reçu liaison Rodez., je vous écoute.
- Mon colonel, en fonction de vos réserves en pétrole, pouvez-vous rechercher un fuyard à pied dans votre secteur ; Compte rendu 119,7 cryptage 3P14 ; Bonne Chasse..
- Reçu liaison Rodez..
- Terminé charly oscar quebec...

Jean avança aussi loin que lui permettaient ses réserves de carburant. Il cristallisa sa radio puis prit le micro.
- Charly oscar quebec pour un compte rendu.
- Monsieur charly oscar que faites-vous sur la fréquence ?
- Police de l'improbable, je suis le colonel Cassagne de l'armée de l'air au bord d'un airbus de ravitaillement, on m'a demandé de signaler un suspect en fuite.
- Oui mon colonel vous avez son nom.
- Je suis à 570 nœuds et à 9000 pieds il a du mal à me parler.
- Vous êtes où.
- Dans le ciel dans mon avion vecteur 314 niveau 90, votre suspect est à 3,245 kilomètres au sud de st Sulpice à côté d'une meule de foin gris clair.
- Bien noté mon colonel je transmets au chef, merci mon colonel, vous pouvez raccrocher !

Avec des crétins de cet acabit il songea que la police du tyran ne devait pas être trop efficace.

Il repéra un sillon discret, proche d'une petite ville.
Malgré les quintes de rire fou qui lui tordaient encore le ventre, il posa sa machine et coupa la turbine. Le terrain descendait légèrement et il poussa sans trop d'effort l'appareil sous le couvert d'une clairière relativement étroite. Dans l'endroit où il était, il faudrait un jour ou deux pour retrouver l'hélico. À l'entrée du village il y avait un petit motel avec une caisse automatique qui acceptait le liquide.
Il demanda une chambre. Il tapa "Monsieur et Madame de Nazareth" pour raison de votre voyage "maternité imminente"
La machine demanda 70 euros. Il glissa 4 billets de 20 euros. Une avalanche de 10 pièces de 1 euros lui fit presque croire qu'il avait gagné, comme sur une machine à sous d'un casino. Au milieu des pièces : une carte de plastique avec un numéro de chambre.
Jean prit une douche bien chaude. Puis ressortit pour prendre un sandwich et une boisson au distributeur du rez-de-chaussée de l'hôtel.

Il se coucha et en essayant de ne pas penser au corps de rêve de Sylvia. Il dormit comme une souche.

7h45 : On tapa très fort à sa porte..
- Merde les flics ! Vous avez gagné, j'ouvre.
- C'est moi, je viens te chercher pour le petit-déjeuner au gras, grouille-toi le Parigot !
Rusés les flics, il ouvrit sa porte.
-... Pardon, Monsieur je me suis gouré de piaule, pardon encore.
Jean referma sa porte. L'inopportun téléphonait, tout fort.
- Gilles, je suis venu te chercher ! T'es où.
-....
- Je t'attendais, c'est le petit dej' au gras ce matin.
-...
- À la salope,
-...
- Et elle te quitte pour ce con !
-...
- Bon, j'ai compris, tu me rappelles ce soir !

Jean rouvrit la porte.
- C'est quoi le petit dej' au gras ?
- Comme tous les premiers dimanches du mois dans la grande salle municipale, du saucisson de la charcutaille, du gras quoi : que de la bonne nourriture ! Ça vous tente?
-Pourquoi pas ? Je me rase...
- Venez comme vous êtes ?
- Ok j'arrive, je saute dans mon slip,... dans mes chaussettes,...dans mon Jean, une chemise chaude,... un pull,...3 bricoles à ranger...
...ça y est mon sac est prêt tant pis je ne me suis pas lavée les dents.
- Il y a l'apéro pour ça où l'on va !
Jean s'installa dans la voiture.
- Je me présente, Jean Cassagne.
- C'est un nom du coin, Jean.
- Ah bon !
- Moi c'est Benoit Puleauvert, appelez-moi Ben et évitez de faire des jeux de mots avec mon nom.
- Promis Ben, c'est loin ?
- Moins de quelques minutes, rassurez-vous je ne vais pas vous faire le coup de la panne, vous n'êtes pas mon genre.
- C'est quoi ton genre.
- Jeune, beau et féminin.
- Tiens comme moi, mais dans le genre sexagénaire.
- Beurk, vielle quoi.
- Mais non crétin, c'est mieux ! Dans sexagénaire, il y a 'sexe'!
Leur rire dura jusqu'à l'arrivé. Ils sortirent de l'auto.
La queue était importante mais le flux était rapide.
Un petit carton demandait 10 euros et précisait que c'était le même prix depuis bien avant la dictature.
Jean paya pour son compagnon.
- Merci, laisse-moi te payer l'apéro.
- Il y a quoi ?
- Kir à la pêche, kir à la mure, kir à...
- Sinon je préfèrerais un kir.
Jean trouva le kir très bon même à 8 heures du matin.
- Ok maintenant que les dents sont propres, allons à table pour le gras.
- Rien de tel qu'une bonne dose de cholestérol pour se maintenir en forme !

Ben se mit en face de Jean. Ce dernier se présenta à ses voisins. Ils lui trouvèrent un drôle d'accent..
- Vous n'êtes pas d'ici vous !
- Je ne sais pas mais mon jeune ami dit que Cassagne est un nom du coin...
- Bon, on vous accepte exceptionnellement !
- Heu, merci.
On lui tendit un bocal de petits saucissons qui prenaient leur bain dans de l'huile.

Jean en prit un. Il attrapa son canif pour achever le saucisson qu'il avait pêché et le dévorer après lui avoir arraché la peau...
- C'est quoi votre canif, ce n'est pas un Robinel, montrez voir... c'est un espagnol... bon ça ira comme cela !
- Merci...
Après les saucissons glissants, il y avait les pieds de porc grattés donc sans les os, gras et délicieux...
- À part ça que faites-vous dans la vie ?
- Je suis en retraite, j'ai fait un peu de physique nucléaire rien de terrible ! Sinon je tutoie tous mes amis...
- Bien, je te sers encore un peu de pieds de porc grattés.
- Merci, merci
La ration était bien copieuse.
C'était du gras tout pur mais c'était bon comme disait la callipyge docteur Bonfuko mais tout ce qui est gras est bon sauf pour les tuyauteries cardiaques !
À peine finit, Jean se hâta de se servir de la tête de veau avant que ses voisins ne le servent.
- Tu ne prends pas assez de gras avec la tête de veau !
Jean se remit une petite louche de gras et rajouta de la sauce à l'ail et au persil surtout pour la fraicheur que suggérait le persil ! Le téléphone de Ben sonna, il blêmit...
- On a perdu les eaux.
- Où ça.
- Ma femme à la clinique.
- Vas-y !
- Je ne vais pas te quitter comme ça.
- Va faire ce bébé ne t' inquiète pas, je vais me débrouiller, il y a bien une gare dans ce coin ?
- Bien sûr ! Merci, heureux de t' avoir connu.
- Tu embrasseras très fort ton bébé pour nous tous. Jean se leva son verre bien haut. Il fut suivi par ses voisins...
- À la santé de la future Maman et du futur Papa.
Ben ému sera la main à tout le monde et partit presque en courant.
Il fut applaudi par une bonne partie de l'assemblée, y compris par beaucoup qui ne surent jamais pourquoi !

Pour éviter de continuer sur les sujets gastronomiques un peu trop ardus pour lui, Jean lança une question agricole.
- Il y a eu une grosse sècheresse cette année ?
- Pour l'instant nous gérons bien avec tous les lacs artificiels que nous avons installés un peu partout, en étant un peu économes on y arrive plutôt bien.
Son voisin intervint.
- Si le patronat en avait fait autant avec les commandes, on aurait du travail régulièrement. Enfin je ne m'inquiète que pour les jeunes, moi je suis en retraite à la fin du mois...
- Sauf si le travail obligatoire te rattrape !
- Et toi il ne t'a pas rattrapé.
- J'ai couru plus vite que lui.
- Ici on ne pose pas de questions !
De fait, le sujet sur la culture et l'élevage revint. Le sujet nouveau pour lui qui intéressait beaucoup Jean.
Le temps passa trop vite.
Le digestif arriva. Le gâteau arriva. Le café arriva. L'heure de la fin du petit dej-gras sonna. Jean était plein.
- Vous pouvez m'indiquer la gare.
- Tu tournes à gauche à la gendarmerie, ce n'est pas loin, bon retour...
Le froid saisit Jean. Il accéléra le pas pour se réchauffer et consommer toutes les calories en trop. Devant la bâtisse grise il frémit, il songea qu'il devait être recherché et que son portrait devait être épinglé dans la brigade.
La gendarmerie était derrière lui, il regretta de s'être inquiété pour rien.
Au loin la gare. Encore quelques sauts de puce il se rapprocherait de l'Italie, puis gagnerait la Suisse il avait des copains là-bas, passés du côté Suisse. Il essaierait d'avoir la discrétion d'un neutrino pour rejoindre ce pays toujours neutre.
Il entra dans la gare s'approcha d'un automate acceptant l'argent liquide pour commander un billet.
Il tapa sa destination puis choisit son mode de paiement. Il commença à introduire un billet et fouilla son portemonnaie pour les pièces manquantes.
- Je peux vous prêter un ou deux euros Monsieur Cassagne ?
Jean sentit que la foudre l'avait frappé. Il se retourna. Un gendarme il compta ses galons 1, 2, 3, 4, rien que ça : un commandant !
- Venez donc boire un café à la brigade ça vous réchauffera. Oh ! Pardon mon gendarme va vous mettre les menottes, c'est juste pour le folklore, pardonnez-nous.
Les gendarmes étaient sympas, Jean était juste en colère de s'être fait gauler bêtement !
Après une petite heure de formalité et interrogatoires divers, on l'introduisit dans le bureau du vaillant commandant qui l'avait interpelé.
- Alors vous avez fauché l'hélico de mon pote Bernard de l'armée de l'air, en profitant de la débâcle de ses intestins.
L'officier le regarda un bon moment sans rien dire.
- Vous vouliez sans doute passer en Suisse pour rejoindre la colonie de savants qui trahissent notre mère patrie.
Jean trouvait que la conversation sonnait faux. Le gendarme appela...
- Major... le parquet vient d'appeler, ils veulent Monsieur pour lui parler, je m'en charge. Conduisez Monsieur dans ma voiture avec de jolis bracelets. Je rentrerai dans l'après-midi, je vais me faire payer le resto par le proc.
- Bien mon commandant.
Jean trouva bizarre il n'avait pas eu de coup de téléphone dans le bureau ou peut être avant?

Jean faillit s'endormir pendant le trajet. D'ailleurs cela lui sembla loin ce tribunal, ils n'y en avaient peut-être pas de proche dans ce bled. Autant continuer à cuver le ptit dej' gras !

La voiture s'était arrêtée, on le secoua.
- Debout là-dedans, je ne vais pas me farcir la route jusqu'en Suisse, vous savez piloter un hélico vous devez pouvoir piloter ma voiture.
- On ne va plus au tribunal.
- Si, mais à G'nève pour demander l'asile politique !
- Écoutez, ce n'est pas drôle comme blague.
- Si si, je me tire avec vous!
La situation était folle en plus d'inespérée.
.
- Voici le scénario : Le commandant Pol de la Gateaudière s'évade avec le dangereux terroriste Jean Cassagne. On peut se tutoyer entre dangereux terroristes ?
Jean réfléchissait à toute vitesse, c'était fou où alors c'était lui qui perdait la raison.

- Bon : j'explique, la gendarmerie m'emmerde, la France de la dictature m'emmerde, ma femme : pareil..., je me tire mais comme un héros, je vous sauve... Tenez : les clés de vos menottes et au volant ! Moi je prends votre place, vous êtes nommé chauffeur du commandant de brigade et un chauffeur civil pour un officier supérieur de la gendarmerie ça fait plus chic ! Il se fendit d'un rire gras comme le p'tit dej !

Comme dans un rêve Jean se retrouva au volant.
Jean conduisait prudemment, doucement, surtout à une époque où la moindre infraction conduisait à des travaux forcés, en toute simplicité !

- Jean, tu peux rouler plus vite ou faire le fou mais sans nous tuer, tu conduis une voiture de la gendarmerie, les PV seront pour moi !
Il se remit à rire. Jean commençait à se détendre. Il avait le sentiment de vivre l'instant présent encore à côté de ses pompes.
Le voyage se déroula sans problème. Ils couchèrent le soir dans un mess de garnison. Jean ne dormit pas de la nuit sursautant à chaque bruit.
Le matin son commandant était en pleine forme.
- Salut Jean, tu as mauvaise mine, moi je suis en pleine forme, je suis en train de me gaver de liberté.
- Nous ne sommes pas encore en Suisse !
- Presque ; soit plus cool, tu es avec Pol le magnifique. Tu ne risques rien !
Avant la frontière Suisse Pol demanda à Jean de passer derrière et de remettre ses menottes.
Le douanier ne s'étonna de rien, même pas que la gendarmerie Française livre des malfaiteurs à la Suisse. Il écrivit sur sa main courante avant de quitter son service "RAS"
Pol rejoignit les autres gendarmes qui étaient devenus des flics Suisses libres et Jean, les savants évadés de France, ensembles ils furent heureux et eurent plein de petites découvertes scientifiques.
Sa fille le rejoignit plus tard avec la tablette de chocolat que les douaniers dédaignèrent superbement en ricanant.
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