Ecrire n'est pas sorcier!

il y a
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Je me suis mis dans la tête de faire des excercices d'ecriture. J'ai 45 ans, je suis expatrié au coeur des Alpes, en Autriche, depuis bientôt 24 ans. A quinze ans, j'ai lu la saga complète des ... [+]

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Rien ne vient, ma créativité est au point mort. Le thème choisi, quoique passionnant, ne me suscite aucune inspiration. J'ai cherché des sujets qui traitent de sorcellerie : des comptines, des chansons, des poèmes, des articles de presse, des livres. Du matériel, on en trouve et le sujet est tellement vaste, que j'ai passé des heures à lire tout un tas de choses tellement enrichissantes. Pourtant, fort de mes nouvelles connaissances en la matière, j'ai beau rassembler mes esprits, faire le vide et inspirer profondément, ma page reste blanche et c'est l'angoisse totale !
 
J'ai sans doute besoin d'échauffer mon muscle cérébral, de m'assurer du bon fonctionnement de mes neurones. Je dois trouver le moyen de créer une bulle créative en expurgeant toutes les mauvaises idées. Je commence par taper sur mon clavier des touches au hasard. Les lettres se mélangent en onomatopées et forment un bla-bla illisible. J'aligne des azerty a n'en pas finir, jusqu'à ce que finalement, au milieu de ce brouhaha textuel, des lettres s'ordonnent, puis miraculeusement des mots. Mis bout-à-bout, ils forment une phrase simple : « je ne suis pas inspiré ».
 
Aie! Ouille!
Me voilà encore bredouille.
 
En quelques mouvements de souris et cliquetis, la page redevient blanche. C'est à me demander si les commanditaires, marabouts ou sorciers eux-mêmes, n'ont pas caché un maléfice derrière l'intitulé du thème, qui tiens en onze lettres : « S-O-R-C-E-L-L-E-R-I-E ».
 
Pour vaincre le sortilège de la page blanche, il me faudra user de beaucoup d'astuce et trouver le contre-sort.
 
N'étant ni latiniste, ni philologue, ni « logue » de quoi que ce soit d'ailleurs, je décide de procéder de la même manière qu'un professeur bienveillant avec son élève ou un père pédagogue avec son enfant. Je prends du papier scolaire format A4, un crayon et une gomme. J'écris le mot en gros caractères, en haut de la page, en prenant soin d'utiliser toute la largeur de la feuille, puis, je le souligne deux fois à la règle. 
 
S--O--R--C--E--L--L--E--R--I--E 
 
Bien. Le problème est posé. Voyons maintenant comment le résoudre.
 
Après quelques minutes de réflexion, je note la correspondance ordinale de chaque lettre du mot sur mon papier et en fait la somme. En voilà une affaire bizarre, docteur Watson, me voici en train de devenir numéro-logue...
Le résultat est, toutefois, on ne peut plus intéressant. Chers lectrices et lecteurs, faites le calcul. La somme de 19+15+18+3+5+12+12+5+18+9+5 donne 121. «Cent-vingt-et-un». Un «un», un «deux» et encore un «un», soit deux «un» et un «deux». A ne pas confondre avec le «deux en un» des marketologues ou le «de deux choses l'une» des rhétoriciens. Le nombre «Cent-vingt-et-un», que j'inscris sur un bon quart de la feuille en jolis caractères, ici à la verticale, là à l'horizontale, plus loin en diagonale laisse apparaître son caractère particulier. Il se lit de gauche à droite et inversement, donc, c'est un nombre palindrome. En voilà une découverte déconcertante. Le mystère s'amplifie, lorsque je pousse l'analyse numérologique plus loin. Mon raisonnement vous paraîtra un peu brouillon, du reste, je bouillonne et ma feuille prend chère : ratures, gribouillis et barbouillages psychédéliques. Taillage de crayon. Craquage de plomb.
 
Je calcule la racine-carrée de «Cent-vingt-et-un» et note énergiquement le résultat sur ma feuille puis le met au carré. Deux «onze», quatre «un». En partant de deux «un» et un «deux» on obtient quatre «un». Carré d'as, combinaison gagnante. «Quatre» multiplié par «un» est égal à la somme de «un» plus «deux» plus «un», soit «quatre». Revenons au nombre «onze», hormis le fait qu'il soit premier, c'est aussi le nombre de lettres que contient le mot «sorcellerie». Ne sont-ce pas les signes d'un sortilège ?
 
Fort de ces renseignements, je mets «cent-vingt-et-un» au carré pour constater que je suis sur une fausse piste. «Quatorze-mille-six-cent-quarante-et-un» ne m'inspire rien de bon, son écriture en toute lettre exigence de gros efforts d'orthographe. Manquant de place sur ma feuille noircie, il faut donc simplifier. La somme des chiffres me donne «seize». Je vois bien que la racine carrée de «seize» fait «quatre». Mais, puisque chaque lettre a une correspondance chiffrée, vous aurez deviné que «seize» correspond à la lettre «P» de notre alphabet. Ma démonstration avance périlleusement. Pour connaître la suite du raisonnement, continuons la simplification. L'addition du «un» et du «six» fait «sept». Nous y voilà, la septième lettre de notre alphabet est le »G«.
 
Mes savants calculs ne me révèlent rien d'autre que la formule magique du « Point G ». Pour en être sûr, je relis l'intitulé de mon problème, écrit en gros caractères, sur tout le haut et la largeur de ma page, et souligné deux fois à la règle : 
 
S--O--R--C--E--L--L--E--R--I--E. 
 
Effectivement, il y a bien un lien avec la chose. Cela ne m'étonne qu'à moitié, lorsqu'on sait que les sorcières connaissent toutes sortes de plantes, celles agissant notamment sur les feux de l'amour, en conséquence les recettes des philtres d'amour. Notre thème me fait perdre le fil de ma démonstration et, de surcroît, la tête. Une pause s'impose.
 
Voilà ma page blanche saturée de coups de crayons, remplie de signes mathématiques et de réflexions comico-mystiques. Je n'irais pas par quatre chemins. De deux choses l'une, soit c'est de la sorcellerie, soit écrire n'est pas sorcier, même si c'est un torchon !
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Les Histoires de RAC · il y a
Bien vu & bien mené ♫
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Marie-Pierre HUSSON · il y a
Merci pour le tuyau, inspirant pour d'autres jours sans inspiration..
On pourrait voir la page ?!

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JL DRANEM · il y a
Un texte décalé mais dans le thème !
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Phil Bottle · il y a
J'évite toujours la lettre P! Parce que Patatras! Quant à la G, je me méfie des Gamelles*!
Très bonne approche cependant.
* À la lettre G (Phil Bottle)
:-)

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Alexandre Sonntag · il y a
Tiens, je crois que, si vous me le permettez, je vais reprendre votre commentaire dans mon texte. Voilà la note d'humour qui me manquait !
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Phil Bottle · il y a
Mais oui... Sans souci...
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Aldo Rossman · il y a
On est p!us près des chiffres que des lettres, mais pas très loin de la Kabbale, le point G du mysticisme. C'est intéressant. Pour retrouver l'inspiration, peut-être demander au diable.
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Annabel Seynave- · il y a
C’est toujours une bonne méthode…
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J.A. TROYA · il y a
Un bel exercice de style, bravo Alexandre !