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Beren20

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Échanges (d’) Amoureux


C’était un jeudi du mois de mai, à Paris, ils étaient en terrasse, rue Soufflot, sur une petite table bistrot, leurs deux chaises côte à cote, adossées à la vitre du café, face à la rue et au soleil, leurs yeux les piquaient un peu, éblouis.
Ils terminaient leur déjeuner, ils avaient parlé de tout et de rien, et ils se taquinaient, avec un ton badin, qui parfois, portait à double sens, souvent pour lui, mais elle était trop bête pour le soulever.

Et puis il s’est rapproché un peu plus d’elle, leurs épaules s’effleuraient, il gardait pourtant la même tonalité dans la voix, rien ne laissait présager l’aveu à venir. Les cafés sont arrivés, leur voisin de table a demandé du pain, il faisait beau, on sentait l’humeur guillerette des étudiants qui passaient devant eux, sur le trottoir. Une brise légère rendait l’air délicieux. Les promesses de l’été, la fin des examens, les nouvelles aspirations se laissaient deviner avec optimisme et envie. La connivence était établie. C’était là, l’instant parfait, et il le saisi, fidèle à sa finesse de jugement. « Ce jour-là, tu m’as dit que tu m’aimais. »

Cet instant de grâce, aujourd’hui encore, 20 ans plus tard, restait intact dans sa mémoire à elle. Et souvent, tous les « et si... » qui ont fait ou défait sa vie, la ramenaient à cet instant, à cette petite table bistrot de la rue Soufflot, à cet air de printemps aux promesses d’un amour.

Sans doute avait-il attendu ce moment depuis des mois. Elle a retrouvé depuis, dans ses lettres et ses mails, ce ton badin mais équivoque qui datait déjà de leur rencontre sur les bancs de la fac, trois ans avant ce déjeuner au soleil. Si elle n’avait jamais soulevé ces sous-entendus, et si parfois, le doute l’avait saisi, la raison la ramenait sans arrêt à leur solide amitié garçon-fille qui faisait sa fierté, et dont il était, pour elle, la preuve vivante. Et puis il y avait eu Olivier, Benjamin, Antoine et les autres, envers lesquels il éprouvait toujours une inimitié non dissimulée, ce qui la faisait rire et la flattait beaucoup. Elle enchainait les histoires avec plus ou moins de discernement, lui laissant le rôle du confident qui parfois jugeait si durement ses conquêtes qu’ils pouvaient alors rester brouillés plusieurs semaines, jusqu’à ce que le plus faible des deux (toujours elle) fasse le premier pas.

Ce jour-là, rue Soufflot, elle venait de quitter Antoine dans un délire de larmes et d’hystérie qu’elle jugeait à la hauteur de cette « grande » histoire qui ne fut pourtant que petite et banale. Elle restait autocentrée sur sa prétendue douleur, trouvant que le drame lui allait bien et que sa vie méritait de telles effusions. Elle n’écoutait qu’elle, que ses mots, et cet instant parfait lui échappa sur le moment, à tel point que lorsqu’il lui fit son aveu, elle resta dans un profond étonnement. Elle ne sut que répondre, elle ne s’y attendait tellement pas...
« Comme il a dû être déçu ! Comme il a dû souffrir ? »
Car elle n’avait pas été à la hauteur, mais la vie s’était chargée de se venger depuis, songeait-elle...

Cet instant parfait pris fin avec ces mots d’amour jetés. Tout comme leur amitié. Tout comme une discussion qui ne put jamais avoir lieu.

Car à peine avait-il prononcé ces mots et elle bégayée une non-réponse, que leur ami Tito, déboulant de nulle part et ne se doutant de rien, se saisit d’une chaise de la table voisine pour s’asseoir en face d’eux.
« Alors les amis, vous êtes bien là au soleil ? »
Silence.
« Vous en faites une tête, il y a un problème ? »
Elle se souvenait encore de la gène ostensible qui s’était installée entre eux trois. Il avait fallu reprendre une conversation comme si de rien n’était, alors que Lui avait le cœur chamboulé et qu’elle était abasourdie. Surtout ne rien laisser paraître.

*****

Et voilà que ce soir, plus de 20 ans après, alors que cette douce soirée s’éternisait sur la terrasse de sa villa près de Marseille, au milieu des conjoints, des enfants, des grillons et des bougies, alors que l’on se remémorait pour la centième fois les vieux souvenirs de fac, Tito avait eu cette phrase sibylline à propos de Lui : « on sait tous pourquoi il ne s’est jamais marié ».

Sur le moment, elle n’avait rien dit, étonnée de cette phrase pleine de sous-entendu.
Ce n’est qu’à présent, dans son lit, alors qu’elle tourne et se retourne pendant que Philippe ronfle depuis deux heures, qu’elle y repense, que le souvenir de la rue Soufflot lui revient si nettement et que tout à coup, un véritable haut le cœur la paralyse net. Elle l’aime ! Elle l’a toujours aimé !
Après toutes ces années, après toutes ses histoires, elle pense encore à lui, à leurs 20 ans et à cette déclaration de mai au soleil de la rue Soufflot. « Et si... »

Si elle avait toujours gardé un lien assez fidèle avec Tito, elle n’avait de Lui que de vagues nouvelles par notifications Facebook et quelques rares messages échangés lors de leurs anniversaires respectifs. Ils n’avaient pas tout à fait coupé les ponts et se suivaient de loin en loin, mais il faut dire que sa vie à elle avait pris des détours parfois difficiles à suivre.

A peine un an après ce déjeuner, elle avait épousé Nicolas sur un coup de tête pour le suivre en Argentine où il commençait son service volontaire appelé alors CSNE. Ils s’étaient plu là-bas et avaient prolongé de quelques années leur séjour, loin de la famille et des autres. Elle mena à terme sa grossesse là-bas et accoucha de ses jumeaux, Léo et Pierre, à Mendoza. Mais l’éloignement et cette nouvelle vie de jeunes parents eu assez vite raison de leur couple. Et à 28 ans, elle rentrait en France chez ses parents, seule avec ses petits alors âgés de deux ans, sans boulot et sans un sou. A l’âge de 12 ans, les jumeaux avaient demandé à retourner vivre avec leur père, à Mendoza. Bien sûr, elle en avait éprouvé une vive brûlure, mais elle s’était vite laissée emporter par son boulot, par ses nombreuses aventures et par sa nouvelle liberté retrouvée. Puis elle s’était attachée un peu par hasard à Philippe, un amant plus présent que les autres, et ils avaient eu un fils, Alex, qui avait aujourd’hui 3 ans.

Philippe était facile à vivre, jamais un mot plus haut que l’autre, et les années passant, ils s’étaient apprivoisés l’un l’autre. Si Philippe refusait le mariage par principe, « une obligation hors d’âge qui avait tout lieu d’une contrainte », elle s’accommodait assez bien de ce refus gardant en elle l’échec cuisant de son premier mariage. Mais si elle était honnête avec elle-même, elle gardait le rêve enfoui d’un mariage d’amour, sincère et durable. Jamais elle ne se l’avouerait ! Ce rêve jurait trop avec sa vie comme avec l’idée qu’elle voulait donner d’elle-même.
*****

Ce soir là, dans sa chambre fraîche malgré la chaleur de la journée, elle reste donc éveillée à se souvenir du déjeuner de la rue Soufflot, à cause de l’allusion de Tito. Tout lui revient si précisément ! Se peut-il qu’il ne se soit jamais marié à cause d’elle ? Se peut-il qu’il l’aime encore après toutes ces années ?
« Tu vas avoir 43 ans ma vieille, il serait temps de ranger ce cœur de midinette ! » tache-t-elle de se raisonner alors qu’une envie irrépressible de reprendre contact avec Lui « là tout de suite » l’envahit.

Elle se leva d’un bond, ce qui ne modifia en rien les ronflements de Philippe, et apprécia la fraicheur des jolies tommettes rouges tout comme leur discrétion, car elle pouvait se déplacer sans bruit. Elle alla jusqu’à la console en face du lit où elle avait posé son portable et se mit à rédiger un message. Dans le fond, c’était facile, l’excuse était toute trouvée, « en vacances chez Tito on se remémore les bons souvenirs étudiants, que deviens –tu ? ». C’était tout à fait neutre, permettait une réponse, et s’il était déjà près de 3h du matin, cela signifiait juste que la soirée était bonne et qu’elle n’avait rien perdue de son côté fêtarde !
Avec l’âge, ce qu’elle avait perdu en revanche, c’était sa faculté à s’endormir facilement, aussi elle ne tenta même pas de se recoucher et quitta la chambre, le portable à la main, en direction du grand escalier. « Avec un peu de chance, les clés seront sur la porte », espéra-t-elle et effectivement, elle put facilement sortir et accéder à la jolie terrasse.

Le cadre était juste parfait ! Dans cette ancienne bergerie provençale, la terrasse surplombait la garrigue à perte de vue, uniquement éclairée par la lune qui était pleine ce soir là. Au centre de cette large terrasse, une fontaine en pierre offrait le bruit discret et apaisant de l’eau qui coule sans fin, avec un débit régulier comme une berceuse susurrée. Les transats avaient été laissé dehors et elle pu s’installer confortablement pour profiter de ce spectacle nocturne. Au bout de cinq minutes, son portable émit le bip tant attendu d’un nouveau message. Cela ne pouvait être que Lui ! Son cœur se mit à battre la chamade « décidément une vraie midinette ! » mais elle adora cette sensation et pris le temps de la savourer avant de lire le texto.

« Comme c’est drôle ce sms à l’instant où je pensais à toi... »

Elle sentit immédiatement ses joues rougir comme cela ne lui était jamais arrivé ! Cela devenait fou, irréel, était-elle en train de rêver ? Un cadre idyllique, une solitude absolue devant cette grosse bâtisse où tant de gens dormaient, et là ce message, plein d’équivoques au beau milieu de la nuit...
Il fallait qu’elle réfléchisse un peu, qu’elle se calme, qu’elle trouve une réponse judicieuse. Et si elle l’appelait directement ? Non, rester dans l’écrit, pas la voix...
« Tu ne dors pas à cette heure indue ? »

Elle ne pouvait en rajouter plus, se sentait dépassée, excitée, avait une folle envie de le voir...

« Je suis à Aix, viens me voir... »

Elle était abasourdie... Quasiment vingt ans de silence ou de rares banalités, et là tout à coup, au beau milieu de la garrigue, une invitation déraisonnable, injustifiable, improbable, impossible, irréalisable - elle égrenait ses synonymes- mais tellement excitante...

Un instant elle fut tentée de répondre « J’arrive ». C’était tellement grisant, tellement fou, « tellement Elle ! ». Mais si elle en brûlait d’envie, ses presque 43 ans la ramenèrent vite à la réalité, triste et matérielle, et elle songeait qu’elle n’avait aucun moyen d’aller à Aix à cette heure, n’ayant même pas son permis ! « Comme toute parisienne qui se respecte ! » aimait-elle à dire devant l’incrédulité des gens sur ce « handicap social ».

Plongée dans ses dilemmes et sa folle envie, elle n’avait rien répondu et eu de nouveau un message.

« Alors ? »

Cette fois elle s’appliqua à répondre vite.
« Pourquoi ne viendrais-tu pas demain nous rejoindre chez Tito ? »

A peine envoyé, elle trouva cela sec, trop distant, or elle voulait garder cette excitation et ce brin de folie entre eux, et réécrivit dans la foulée :
« Te rejoindre OUI mais sans permis... Envie Folie... »

« Tu fais des rimes à présent ma belle ? »

« Tant d’années... où étais-tu ? »

« Je t’attendais qui sait ? ! Je veux vous parler, je serais là demain. »

« Je t’attendrai, demain est déjà trop loin »

« Bonne nuit, à demain ! »

*****

Après ces échanges instantanés, elle éteignit son portable d’un coup sec. Elle avait besoin de réfléchir, cela en était trop. Elle était à la fois très excitée par la tournure des événements, mais aussi un peu mal à l’aise.

Que se passait-il ? C’était complètement dingue.
Il y a encore à peine une heure, elle repensait avec une paisible nostalgie à un amoureux de ses vingt ans, et voilà qu’il allait débarquer le lendemain, comme si de rien, dans leur semaine de vacances familiales, avec Tito, sa femme, leurs trois enfants, leurs copains. Et Alex ! Et Philippe ! C’était fou ! Et ce n’était même plus si drôle ni excitant maintenant qu’elle y repensait, en allant se rafraichir le visage à l’eau de la fontaine.

Qu’est ce qui lui avait pris ? Elle était folle !
Pourquoi cette instabilité chronique, ce besoin de plaire permanent ? Elle avait Philippe, il était stable, posé, ils avaient trouvé une vie accordée ensemble. Certes ce n’était ni la folie ni la passion, mais peut-on vivre d’une passion ? Et puis Alex, pouvait-elle l’emmener vers l’instabilité sentimentale de sa mère, comme elle l’avait déjà fait avec ses jumeaux, qui n’avaient alors eu de cesse que de vouloir vivre avec leur père ?

En étant honnête avec elle-même, elle se moquait un peu de la réaction d’Alex, après tout il n’était qu’un enfant, et « un enfant, ça s’adapte », se persuadait-elle. Ce ne sera ni le premier ni le dernier dont les parents se séparent ! Ca y est, elle avait lâché le mot, la séparation ! Elle l’envisageait déjà, après trois sms échangés avec un vieil amoureux !

Plus tard, plus tard...
Alex donc, que deviendra-t-il ? Elle devait s’avouer qu’elle n’avait jamais vraiment connu ce sentiment maternel vanté par tant de femmes ! Pour elle, les grossesses avaient été un enfer (et encore heureux, elle n’en avait mené que deux !) et un nourrisson (a fortiori des jumeaux) bloquait plus qu’autre chose la vie d’une femme qui voulait se consacrer à son travail ou à tout autre activité, mais loin des couches et de la maison.

Mais dans les deux cas, ses enfants avaient eu de la chance, car Nicolas, tout comme Philippe, étaient d’excellents pères, aujourd’hui décrits comme « modernes ». Ils savaient changer les couches, donner le biberon, et avaient instauré avec leurs fils des relations affectives très fortes qui remplaçaient parfaitement l’absence régulière de leur mère. Non, cela ne servait à rien de penser à Alex maintenant...

Mieux valait réfléchir à sa venue à Lui demain, et à son attitude à elle. Comment devait-elle réagir ? Qu’allait-elle dire à Tito ? Et à Philippe ? Comment un de leurs vieux copains de fac allait se pointer là devant eux ? Après tout, c’était à Lui de gérer sa venue, elle imaginait qu’il allait appeler Tito et se débrouiller pour se faire inviter. Mais comment devait-elle alors réagir s’il venait réellement ?

Il était à présent presque 5h du matin, le ciel commençait à s’éclaircir, et elle savait que cela ne servait plus à rien de se recoucher, aussi elle alla discrètement à la cuisine, ferma les portes, et entreprit de ranger le diner de la veille, qui avait été débarrassé de la terrasse, mais posé en plan sur la table de la cuisine. Cela lui demanda plus d’une heure et plongée dans cette corvée domestique, elle y trouva une sorte de calme et de fatalité.
« On verra bien quand il sera là, tant pis ».

Soulagée par ce nouveau mantra, elle prépara un biberon de lait pour Alex et monta dans la maison toujours silencieuse, par le grand escalier pour rejoindre sa chambre. Alex dormait sur un matelas au pied du lit de ses parents, et l’arrivée de sa mère le réveilla en douceur. Il lui fit un grand sourire qu’elle lui rendit en tendant son biberon, et se dirigea vers la salle de bain attenante pour prendre une douche.

*****

« Cette maison est aussi jolie que confortable », songeait-elle, appréciant le confort moderne de la salle d’eau qui contrastait avec sa chambre provençale typique au style un peu désuet. Elle aimait cette semaine de vacances ici, qui était devenue une sorte de « tradition » au fil des ans.
Elle s’entendait bien avec Audrey, la femme de Tito, qui la réinvitait chaque année avec gentillesse, sans la juger sur les différents amants qu’elle avait amené au cours de ces 10 dernières années. Elle qui était souvent perçue comme une briseuse de ménage, n’avait jamais senti la moindre animosité de la part d’Audrey mais plutôt une certaine connivence du fait de l’ancienneté de leur amitié avec Tito, qu’elle avait rencontré lorsqu’ils étaient encore au lycée à Marseille. Audrey l’acceptait telle qu’elle était, et si elles n’avaient pas une réelle complicité de « filles », ce qu’elle n’avait d’ailleurs avec personne, la semaine de vacances se passait en douceur, malgré les contingences matérielles et le nombre de couverts, qui variaient en fonction des invitations de Tito. Car Tito était le type même du bon vivant, du bon copain, qui s’entendait bien avec tout le monde et ouvrait aussi facilement son cœur que sa maison !
C’est pourquoi elle ne doutait pas une minute que si Lui l’appelait pour s’inviter, Tito dirait oui sans aucune hésitation.

Et voilà qu’elle repensait à Lui, ce qu’elle s’était interdit jusqu’à nouvel ordre, ou plutôt jusqu’à son éventuelle apparition.
Elle sorti de sa douche, s’habilla avec sa jolie robe bleue à pois qui mettait sa silhouette en valeur, et se maquilla avec soin. Elle se dédouanait de vouloir en faire trop, spécialement aujourd’hui, puisqu’elle avait prévu dès hier soir en se couchant, de mettre cette robe qu’elle avait suspendue pour la défroisser, bien avant les sms échangés...

Ne pas y penser... Philippe était en train de s’étirer et elle s’approcha de lui pour l’embrasser affectueusement. Alex n’attendait que ce signal pour sauter dans leur lit et Philippe accueillit son fils avec effusion et force de câlins, elle se mit donc en retrait et sortit leur annonçant qu’elle allait préparer le petit-déjeuner pour tout le monde.

« Attends une minute, j’enfile mon pantalon et je pars acheter les croissants » lui dit Philippe, qui avait toujours le geste, et faisait de lui un hôte charmant à recevoir.
Mais elle était déjà dans l’escalier et ne s’attarda pas, trop contente de laisser à Philippe le soin d’habiller Alex.

Quand elle arriva dans la cuisine, Tito était en train de lancer le café et d’empiler les bols sur un plateau afin d’aller sur la terrasse.
« Te voilà fée du logis ? Merci d’avoir rangé la cuisine, j’imagine que c’est toi ! »
« Eh oui, voilà à quoi me réduise mes insomnies, te rends tu comptes, moi, une femme d’intérieur ?! »

Tito se mit à rire, toujours bon public. Alors qu’il soulevait le plateau pour sortir, son portable sonna.

« Tiens j’ai un message ! Qui peut m’écrire à cette heure-là, un dimanche en prime ?! »

Son cœur à elle se mit à battre.

« Ça alors ! Tu ne devineras jamais qui c’est ! C’est dingue ! »
« Quoi ? Qui est-ce ? »
« C’est Julien ! Julien Minal ! C’est incroyable ! Et tu ne sais pas le plus dingue ! Il est à Aix en déplacement, passe tout près d’ici et demande si par hasard je suis dans le coin pour venir me saluer ! »
« Ah oui c’est incroyable dis donc, en plus on parlait de lui pas plus tard qu’hier soir ! »
Elle tentait une allusion à la phrase de Tito, mais il était tellement dans l’étonnement de ce message reçu qu’il ne souleva pas et ne compris même pas l’allusion.

« Que lui réponds tu ? »
« Eh bien de venir évidemment ! C’est trop drôle, on va se retrouver comme à 20 ans, tous les trois ! On ne peut pas rater ça, c’est marrant quand même ! »
« Oui, c’est marrant... ».

Là encore, Tito ne nota pas son ton peu assuré et ironique, tout occupé à la nouvelle organisation pour le déjeuner.

« De mémoire, il avait le palais très fin, tu te souviens comme il était difficile ! Je vais sortir un gigot d’agneau, il ne pourra qu’aimer, et pour le dessert, on passera au village prendre deux tartes au citron, tu aimes toujours autant ça ? »

Comme il était gentil, et attentionné. Comme sa vie semblait simple et facile à vivre ! Pourquoi elle ne l’avait jamais regardé autrement que comme une sorte de grand frère. Elle aurait été si bien dans cette maison après tout, la vie aurait été si douce, profiter de la terrasse, de la fraicheur de la maison, de la boulangerie du village...
Au lieu de cela, elle avait l’impression d’avoir eu mille vies, et tout à coup, elle se sentait très lasse. Lasse des assauts de son cœur, lasse de ses perpétuelles envies et de son instabilité chronique et notoire...
Mais voilà qu’à peine envoyée son invitation, le portable de Tito bipait de nouveau.

« Incroyable ! Il est à 3 kilomètres et arrive avec les croissants ! ».

*****

Au bruit des graviers dans l’allée, alors qu’ils s’étaient déjà installés sur la table de la terrasse au milieu des confitures et du café fumant, tous se retournèrent pour voir le coupé cabriolet se garer sous les platanes.

Elle était tétanisée, assise en face de Philippe qui se servait en café sans aucune expression particulière. Que devait-elle faire ? Se lever pour l’accueillir ? Non c’était à Tito d’y aller, ou à Audrey, d’ailleurs le voici qui se dirigeait déjà vers la petite allée qui menait au parking des voitures.

Lorsqu’ils revinrent, ils étaient trois. Tito, Julien qui n’avait pas tellement changé à part ses tempes grises, et un homme plutôt mûr, au look très étudié, veste de costume beige, chemise bleu ciel, jean rouge, pieds nus dans ses mocassins de marque.

Elle se leva, et Julien s’approcha vivement d’elle pour l’embrasser chaleureusement. Puis, en prenant sa main dans la sienne, il se retourna vers Tito et l’homme qui l’accompagnait.

« Ça tombe bien que vous soyez là tous les deux Tito et toi, cela fait des années que je voulais vous en parler... je vous présente Gilles, mon compagnon ».


FIN

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