Écart d’âge

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Je ne pensais pas que ma vie se déroulerait ainsi. Notre rencontre a bousculé l’ensemble de mes rêves et de mon imagination. La réalité peut être parfois plus belle que les fééries de l’enfance. Depuis que je le connais, tout a changé, tout est devenu plus beau.
Dans la vie, certaines choses sont difficiles à prévoir. Il y a des rencontres qui se terminent en un échec et d’autres reçoivent le succès si toutefois nous pouvons parler en ces termes. Je l’ai rencontrée, il y a cinq ans. Au début rien n’aurait pu prévoir qu’un jour nous serions ensemble et prêts à se marier.

Cinq années plus tôt, je venais de terminer mes études de communication et marketing. N’ayant pas trouvé d’emploi pour le mois de septembre, j’ai fait appel à plusieurs entreprises ayant un service de communication pour réaliser un stage. Une seule a répondu à ma demande. C’est ainsi que j’ai rencontré Maxime, chef du service de communication. Quelque chose s’est tout de suite passé. Le feeling était au rendez-vous mais ce n’était pas un coup de foudre. Le flux qui nous traversait était purement professionnel. Les conversations en étaient de même. Puis une confiance s’est installée.
Maxime est un homme plutôt taciturne en ce qui le concerne et plus encore sur son lieu de travail. L’exception se fit sentir à travers la relation que nous avions commencée à bâtir. Plus le temps passait, plus il se confiait à moi ce qui m’a donné l’occasion de mieux le connaitre. Un jour, il me confia sa difficulté au sein de son travail bien qu’il aime ce qu’il fait. Cela est même une passion. La preuve en est, il est capable de travailler en restant aux bureaux jusqu’à vingt-deux heures. Il n’a aucune vie privée véritable. Seul, il s’est endurci alors qu’il a un cœur sensible. Et j’ai eu cette chance qu’il m’ouvre sa carapace.
Sa coquille bien verrouillée, il m’en a donnée la clef. Le soir après le travail, nous prenions une heure bien à nous. Les collègues partis, nous restions aux bureaux dans la salle de détente où nous prenions un verre. Son cœur chargé se déversait peu à peu. Il me partageait sa difficulté avec son patron qui n’avait pas la même conception de communication. Celui-ci avait de bonnes idées, selon Maxime, mais pour les concrétiser, il n’en avait pas les capacités. Sa formation était celle d’une chef d’entreprise et non de chargé de communication.
Maxime vivait une frustration importante et ne se sentait pas valorisé dans ce qu’il pouvait donner à son entreprise. Brimée par la conjoncture, la communication prenait une dimension plus fade et moins créative. Un aspect qu’il avait besoin d’exprimer et qui se retrouvait comme censuré. Ce malaise s’ajoutait à des blessures profondes antérieures qu’il ne m’a pas exprimée par son caractère privé, mais qui se ressentent.
Il n’était pas celui que l’ensemble de ses collègues ou personnes de l’extérieure voyaient. Il donnait l’image de quelqu’un de rigide où toute chose de travers était l’occasion pour lui d’exploser. De quelqu’un d’inaccessible et de bizarre. Son ouverture que le métier de chargé de communication exigeait n’était pas la première vision qui paraissait quand on l’apercevait. Certains allaient plus en profondeur et voyaient son humanité, mais pour beaucoup il était quelqu’un de froid.
Il est vrai qu’il avait fait table rase autour de lui. Il n’avait personne à qui se confier. Il ne voulait plus souffrir et préférait donc la solitude totale dans sa sphère privée. Mais en me rencontrant, une brèche s’est faite dans sa coquille. Pourquoi moi et pas quelqu’un d’autre ? Je n’en sais rien, d’autant plus que j’ai quinze ans de moins que lui.
Six mois se sont écoulés. Mon stage s’est terminé. Malgré cela, nous continuons à nous voir régulièrement. Le week-end, une fois par mois, nous sortions en forêt et partions pour de longues marches entrecoupées de temps de discussion et de silence. Celui-ci favorisait une autre forme de partage. Un regard, un sourire, un véritable canal d’émotions et de sensations passaient sans aucune nécessité de poser des mots. L’amour que nous pouvions nous porter était le poids d’un respect d’une valeur inestimable. Nous avions des convictions plus ou moins différentes. Certains sujets auraient pu être conflictuels si nous n’avions pas eu cette attention qui s’était glissée entre nous.
Les sujets de foi en faisaient partie. Bien qu’élevé dans une famille catholique et ayant pratiqué, de nombreuses blessures ont fait de Maxime, quelqu’un se retrouvant à la périphérie de l’Église. Cependant il acceptait pleinement mes convictions et ma pratique. Il avait compris mon chemin et la nécessité que cela représentait pour moi. Les points de convergences se trouver au niveau de la doctrine. Il aimait me dire que je jouais sur les mots lui qui aime jonglait avec eux.
Et un jour, les sentiments ont été le théâtre de notre relation. Lors d’une de notre traditionnelle marche en forêt, Maxime me frôle la main à plusieurs reprises par inadvertance comme cela arrive souvent lorsque l’on marche au côté d’une personne. Mais à de nombreuses reprises ce n’est plus de l’inattention mais un geste prémédité. Je finis par le lui saisir la main. Et pendant une bonne demi-heure, à cadence plus réduite, nous marchions main dans la main comme si plus rien n’existait autour de nous. Seul témoin de cet élan de cœur réciproque, la cathédrale naturelle que formait à cet instant la forêt.
Nous rentrâmes, ce jour-là, chacun chez soi comme si rien ne s’était passé. Comme si ce dimanche était ordinaire. Ce n’est que le mercredi soir suivant, à notre rencontre hebdomadaire que nous dénions parler de ce que nous ressentions l’un pour l’autre. Maxime avait l’habitude de me taquiner avec une éventuelle vocation religieuse. Il lui semblait évident que ma vie devait prendre ce caractère particulier dont quelques-uns sont appelés de vivre. Ce soir-là, autour d’un verre, il m’avoue qu’il y avait déjà un bon moment qu’il ressentait un amour très fort pour moi. Mais jusqu’à présent il s’interdisait de m’en parler à cause de cette conviction forte qu’il s’était forgé. Et aussi, à cause de notre différence d’âge. Quinze années nous séparent l’un de l’autre.
Mais Maxime avait fini par s’apercevoir que je ne restais pas insensible à son charme. Tout en lui me faisait frissonner. Depuis quelques semaines, il m’était difficile de parler avec lui. Les mots s’entrechoquaient dans ma bouche. Je restais plus souvent en silence qu’auparavant. Je m’efforçais à ne pas lui montrer les sentiments qui m’étaient tombée dessus. Peine perdue. À vouloir les cacher, je n’ai finalement fait que les exposer davantage.
L’un et l’autre, nous ne savions pas trop quelle décision prendre. Nous n’avions pas envie de gâcher l’amitié profonde qui s’était installée entre nous. Maxime considérait notre relation comme un trésor inestimable, peut-être plus que je ne pouvais moi-même la considérer. Changer cette amitié pour une relation de couple qui pouvait un jour se terminer avec une terrible déchirure lui était une idée insupportable. Il aurait tant à perdre si un jour la relation que nous avions bâtie se terminait. En plus de cela, il avait déjà vécu d’autres histoires d’amour qui se sont terminées par de grandes souffrances bien qu’il ne m’en ait jamais véritablement parlé. Il y avait en lui cette peur de l’échec, d’une souffrance supplémentaire. Mais en même temps, il y avait cet amour passionnel qui frappait aux portes de nos cœurs.
De mon côté, j’ai vécue certaines souffrances amoureuses mais ces blessures ne sont pas comparables à celles de Maxime qui s’est très certainement investi à cent pour cent dans ses différentes relations, tel que je le connais. Notre décision était pour l’un et l’autre lourde de conséquences. Nous décidâmes de prendre du temps et de résister à nos pulsions pour se mettre face à face à notre problématique et d’essayer de choisir avec lucidité notre avenir.
Un mois s’écoula. Nous décidâmes de donner une chance à la relation amoureuse qui s’établissait entre nous depuis des semaines. En accord avec mes convictions religieuses, Maxime accepte que nous ne vivions pas ensemble tout de suite. Mais nous essayons d’aménager des temps supplémentaires de rencontre en toute intimité afin de bâtir sur du roc l’histoire que nous venions de commencer. De nombreuses interrogations nous traversaient. Certains jours, nous étions tellement stressés de notre avenir que nous finissions par nous disputer. Rien de bien grave, mais cela nous faisait mal sur le coup. Après s’être séparés quelques heures, nous rediscutions plus calmement de l’objet du conflit. C’était ainsi que nous fonctionnons. Au vu de nos caractères, rien de bien étonnant. Il va falloir nous y faire. Ce n’est pas pour autant que nous ne nous aimons pas.
Après ce temps de découverte de l’un et l’autre sous un autre jour, nous décidâmes de poursuivre en officialisant notre relation par un temps de fiançailles. L’année passe très vite. Nous nous marions en juillet à la mairie en toute intimité avec nos témoins et nos familles proches. Quant au mariage à l’église, nous avions décidé de le vivre le quinze août, jour de l’Assomption de Marie. Que ce ne soit pas seulement Jésus qui soit au cœur de notre amour, mais aussi la Vierge Marie dont Maxime avait une dévotion particulière.
Ce jour arrive. Au moment du consentement de nos vœux, la panique me prit.
« Julie voulez-vous prendre pour époux Maxime ? me demande le prêtre.
- Non, je ne peux pas ! »
Je sors de l’église en courant. Honteuse de ce que je venais de faire, je me mis à pleurer sur le parvis. Maxime me rejoint, me prend dans ses bras dont je me détache.
« Julie, pourquoi as-tu dit non ? Tu as pris peur ? Je peux le comprendre. Mais parle s’il te plait, dis quelque chose !, me supplia-t-il.
- Maxime, j’ai honte. J’aurais dû t’en parler avant. Je t’aime mais je ne crois pas que nous sommes faits pour vivre ensemble.
- Qu’est-ce que tu racontes ?, m’interrogea-t-il en haussant la voix. Douterais-tu de mon amour pour toi ?
- Je sais que tu m’aimes profondément. Plus que n’importe quel homme aurait pu m’aimer.
- Eh bien alors ?
- Alors, ma vocation n’est pas dans le mariage. C’est toi qui avais raison. Je dois consacrer ma vie au Christ. Au moment des consentements, j’ai senti que j’allais faire une erreur. Et pourtant, Dieu sait combien je t’aime.
- Qu’est-ce que j’en ai à faire maintenant que tu m’aimes ? Que tu choisisses Dieu à ma place, soit ! Mais tu as vu ce que tu viens de me faire. Le jour de notre mariage. Cela devait être le plus beau jour de notre vie.
- Maxime, toujours en pleure, je le prends par l’épaule. Je sais que je te fais souffrir. Mais crois-moi, ce n’est pas ce que j’ai voulu. Pas toi. Tu as suffisamment été blessé dans le passé. Et tu es l’être le plus cher à mes yeux. »
Maxime ne me répond pas. Il se libère de ma main, rentre dans l’église et annonce à l’assemblée que le mariage n’aura pas lieu.
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