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E-magie-née

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Yourstruly

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E-magie-née...



« Bonne nuit Audrey !

Mon entrée in petto provoque une sorte de réaction en chaîne. Les murs seront-ils décorés de plantes de pieds taille 32 dès lors que notre gymnaste a perdu le fil et que sa figure part en quenouille ? Ouille ! Voilà que ma canaille, prise sur le fait, se lance dans une simagrée de nage indienne. Une sorte de ramassé-jeté de sous-vêtements usagers, filant bille en tête dans le panier à linge. Comme si de rien n’était, plus rapide qu’un éclair décidé à trouver la terre, Audrey, pose une tête un brin démêlée au fond de l’oreiller. Dans l’air, il y a ce parfum capiteux d’une rose tout juste éclose.

- Bonne nuit, ma chérie !
- Oh non Mamie ! Pas tout de suite. Raconte-moi d’abord une histoire, notre histoire. Tu sais, celle de la princesse au petit pois.
- Voyons Audrey, j’ai encore tant à faire. Tu en connais la moindre des virgules. C’est notre petit refrain du matin lorsque nous faisons la course après ces galets qui fuient nos escarpins sur le chemin de l’école.
- Oui ; mais... Tu m’abandonnes toujours devant le portail alors que la pauvre fille prépare sa fuite loin de ce fiancé à qui son père si sévère l’a promise. Je l’imagine avec autant de verrues sur le visage que les années lui ont creusé de rides. Elle sera bientôt perdue dans une forêt pleine de loups aux dents si longues ! J’ai si peur pour elle, je t’en supplie !
- Oh tu sais combien je déteste quand tu te donnes des airs de donzelle effarouchée ! Bats des cils tant que tu veux.
- Mais, Mamie, juste quelques mots pour me rassurer. Tu sais combien je crie fort quand mon sommeil est habité de cauchemars. C’est toi qui me l’as dit.
- Promis, demain je t’emmènerai au pays de l’E-magie.
- Non, tout de suite, assieds toi là, tout contre moi. Ta voix va me bercer...»

Mon popotin de grand-mère un brin fourbu, se satisferait bien d’une courte escale sur ce matelas dont je connais l’invite moelleuse. Ici, c’est un peu comme si tous les soirs se couchaient au printemps. Avec ses fleurs qui semblent vouloir grimper au plafond et semblent prêtes pour un bouquet imaginaire. Un arc-en-ciel tient lieu de ciel de lit et sur ma droite la lune s’invite et joue à saute-mouton avec le soleil histoire de prendre sa place. Enfin, après ce court silence, la nuit mange les dernières lueurs du jours tandis que je chuchote :


  
«  Il était une fois... De toute façon, mon histoire ne va pas te plaire ma petite fille un tantinet possessive !
- Possessive ? Tu veux dire jalouse, mais jalouse de qui ?
- J’ai rencontré une petite fille.
- Comment, quelle petite fille ?

Dans un sursaut, Audrey s’arrache aux plumes de son nid et je sens des griffes enserrer mon poignet.

- Dans un mail.
- Un mail de qui ?
- Juste un message, une petite attention d’une amie qui a le pinceau poète. Donc, dès l’ouverture, elle est apparue, seule, au milieu de son cadre en vert pétant. Qu’elle était mignonne ! Juste le temps pour mon regard de saisir sa silhouette gracile tant elle crevait l’écran. Puis elle a ouvert ses prunelles turquoises et rien que pour moi elle a lancé le plus coquin des clins d’œil. Oui, oui, j’imagine déjà ce que tu vas me dire : tu l’as rêvée ! En fait c’était un cadeau de Véronique, le bébé qui était en elle, est né, a grandi, puis elle l’a peinte. Soudain, voilà que notre demoiselle se lance dans une roulade. Tout le monde sait que les petites filles n’aiment rien tant que d’aller d’arbre droit en roue, de roulé-boulé en pirouettes... Une petite chose, ronde, rose et mauve a traversé le moniteur. Elle a atterri entre mes doigts, devant le clavier. Elle était toute moite et chaude, très chaude. J’ai bien entendu son souffle, aussi pressé que la musique du torrent lancé dans sa course vers l’océan. »

  

« Bonjour !
- Que te voilà jolie habillée ainsi.
- Normal, ce matin, au réveil quand le pinceau s’est posé sur ma jupe, je lui ai demandé d’être tendre mais vif assez, et le rose est tombé sur le fil. Quant à mon pull, le violet me tentait mais une petite voix m’a murmuré qu’une nuance de pastel accrocherait mieux les regards. J’ai bien fait, je le lis dans tes yeux.
- Dis donc, comment t’appelles-tu ?
-Ah ; Véronique ne m’a pas encore donné de nom.
- J’e-magie-ne bien Émilie.
-Oui, Emmy lie ou Emmie lit, aussi !
-Eh bien ma belle, mon petit doigt me dit que si tu viens ici comme un bébé coucou, c’est que tu cherches de l’aide. Je sens qu’à deux nous aurons plus vite le dernier mot.
-Oh c’est vrai, tu veux bien dit ? Tu sais c’est tout simple, je m’ennuie. Juste un peu. Très souvent... J’ai envie d’un joli lapin, rien qu’à moi. Un lapin qui serait assorti à mon humeur.
-Humm , pas simple ton histoire. Un garenne qui te ressemblerait, je suppose ? Rose et mauve. Je n’en connais aucun, mais j’ai un ami bien placé pour accomplir ce genre de miracle. Lui, saura nous le trouver. Puis j’ai saisi notre drôlesse par les bretelles qui retenaient son cotillon. Sans lui laisser le temps de protester, je l’ai posée sur mon épaule. J’ai vite compris que notre petite péronnelle s’avérait bien plus lourde que je ne le pensais. Elle ne se privât pas, dans l’instant, de me lancer des coups de talons très aiguillés au creux de l’omoplate. J’ai bien crû entendre, dans le même temps quelque chose comme :
- Na ! Ça t’apprendra !
Des deux mains j’ai rapproché l’écran pour que s’y noie l’azur de son regard. Dès lors, une once de vanille gourmande me chatouilla les narines.
- Bien, très chère, maintenant, tapons Google...
-Non, Google n’est pas un humain, c’est un moteur de recherche. Un bidule qui à une mémoire de milliards de milliards de gigaoctets. Autrement dit : il a dans sa petite tête tant d’idées, de trucs et de trocs qu’il pourra nous trouver tout et n’importe quoi !
- Regarde, si je tape : je veux un lapin rose et mauve. Suis la flèche de ma souris Émilie !
- Vois, là ! Je lui montre de l’index qui danse, monte et descend sur des mots, des tonnes de mots au garde à vous, des colonnes à n’en plus finir.Je m’arrête sur: chapeau... magicien...
- Mais, oui ! Un presti-digi-ta-teur ! Il nous fera bien ce présent... Sur-ce, je clique sur le lien fluorescent. Il y a foule sur l’écran : d’abord les pages jaunes, ensuite les blanches. Puis nous découvrons toute une ligne de drôles de papillons, volant là où même les curieuses que nous sommes ne s’y attendent pas. Nous ne résistons pas l’une et l’autre et les suivons. Je laisse la main gracile de ma compagne s’approcher de l’imagier tactile nous faisant face.. A présent, nous avançons sur un tapis irisé, parsemé de bonbons brillants comme autant de diamants. La petite prend mon auriculaire, nous cheminons sur la pointe des pieds pour ne rien déranger.

L’illusionniste nous reçoit sans chichi, dans un costume avec de jolies épingles dorées aux quatre coins. Ils nous écoute perdu dans son sérieux. Ses mains se promènent sur les bords d’un chapeau haut de forme, d’un noir profond, il est haut, si haut... Soudain,il y plonge, tout entier ! Et voilà que sort de son obscurité : un lapin, mauve et rose. Plus mauve que prévu, mais doux, si doux.. Il n’a du rose que sur ses joues ! Émilie s'en saisit et lance son joli minois dans un nez-nez-cancan très mutin. Imagine une boule de poils qui s’étouffe ! Puis elle en partage un second qu’elle pose au creux de sa paume et dans un souffle tendre l’envoie en guise de merci à l’élégant gibus.

De peur que notre précieux ne nous échappe, nos souliers s’enfuient plus vite que nos ombres.


  

- J’ai sauvegardé le message et son tableau. Pas plus tard que ce soir, je m’y suis rendue. Toujours arc-boutée, à peine plus grande, notre Aime s’y lit comme à vélin ouvert. Cela n’a rien d’une promesse en l’air, Audrey, elle a vraiment l’air heureux ! Le violet la met en valeur et le fushia, n’en parlons pas ! Depuis s’y sont mêlés du brun pour le teint. Du rouge pour l’amour de son lapin et le myosotis de ses yeux qui a déteint. J’entends ses rires quand elle se laisse rouler en bas de la colline. Je sais qu’elle aime l’odeur fine et fraîche de l’herbe où son corps laisse son emprunte. S’y joint aussi celle plus musquée de la terre humide qui lui pique le nez lorsqu’elle est arrivée. Parfois sa peluche chérie cherche la chaleur de son corps où leurs battements s’entremêlent. Un garenne rit-il plus fort qu’une gamine ? Ah... Mais il se fatigue plus vite et il n’aime pas les bleus que les cailloux impriment à sa peau. Alors dans ces instants-là, il l’attend. Ses moustaches frémissent au rythme de la joie qu’exprime sa petite maîtresse. De part et d’autre, des larmes habillent leurs joues.

- Et sur le tableau pour ceux qui s’y arrêtent, promis, Audrey, cela se voit. Pour ceux qui savent tendre l’oreille, cela s’entend aussi. »

  

Je perçois le coucou du séjour qui finit par s’étrangler à égrener l’heure d’hiver alors que de nombreux orages de chaleur maquillent les nuits estivales de zébras noirs de colère. Participerais-je du conte de fée ? Sûrement à devoir telle une princesse engourdie par un long sommeil, m’arracher au conte que j’ai crée. La rivière de la pendule s’éteint dans un chant cristallin, j’ai compté dix coups, mais oubli de ma part je dois en ôter un. Il est vingt et une heure. Toute cette histoire m’a mise en retard.

J’ai bien failli laisser en suspens notre petit rituel de tendresse du soir...

« Audrey, mais tu dors déjà ! »

De peur de réveiller ma jolie tigresse, j’oublie nez-nez-cancan. Mon index se contente de redessiner l’arête de son nez. Au creux de mon autre main, pelotonnée bien au chaud, une douce fourrure mauve et rose avec des oreilles qui n’en finissent pas de pousser. Je rends le doudou à sa moitié. Je suis certaine que d’ici peu elles ronfleront à l’unisson. La mélodie du bonheur ?

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Yourstruly · il y a
Merci beaucoup
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Keith Simmonds · il y a
Bonsoir, Yourstruly ! Vous m’avez soutenu une première fois! Puis-je
vous inviter à vous imbiber de lumière encore dans
“Rayons de soleil” qui est en Finale ? Merci d’avance !

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Patricia Burny-Deleau · il y a
C'est adorable !! Un vrai hommage à toutes les mamans et grands mères imaginatives (E-magie - natives ?). Un très joli conte qui aurait sa place au rayon jeunesse !
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