Dure matinée...

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J'ai toujours aimé lire. Je suis addict depuis l'âge de 7-8 ans... Puis, avec les années, j'ai découvert qu'écrire procurait aussi bien du bonheur. Oh je me sens bien modeste, n'ayant pas de don  [+]

7h du matin... je rafle mes clés de contact à la va-vite sur le meuble de l’entrée et suis mon mari parti le premier en voiture...
Pas la peine de mettre le GPS puisque je connais la route jusqu’à l'entrepôt de son boulot... on a rendez-vous avec une société d'archivage dans le 91, je ne pose pas de questions sur cette virée à l'entrepôt, il y a longtemps que j’ai appris à ne pas poser ces sempiternelles questions que nous avons toujours nous, les femmes, mais qui énervent tant nos hommes, encore plus quand ils sont impulsifs et nerveux. C’est que, toutes, nous aimons savoir le pourquoi du comment. Volonté de sécurité ? Souci du détail ? Besoin de dominer les situations pour y faire face et agir en toute connaissance de cause ? Sûrement un peu de tout ça...
En le suivant, je réfléchis : je fais la revue de mon sac, j’ai bien mon téléphone, mon porte-monnaie, mon GPS dans le vide-poche. Trop tard pour y réfléchir, c’est sûr, mais pas grave, je passe quand même tout en revue.
Nous voilà arrivés. Sans encombre. Je l’attends dans ma voiture. Il me dit :
-tu fais quoi là ? Gare-toi et prend ma voiture !
Ah bon... Il ouvre le portail, et en sort le gros Mercedes. Tiens ? Mais que fait-il ? Je l’entends me crier par sa fenêtre ouverte
-on va Porte de Versailles !
Tiens... qu’est-ce qu’on va fiche Porte de Versailles... je sais qu’il y travaille également. J’ai un mari qui a tellement de kms dans les pieds, à tournoyer dans tous les coins et recoins de Paris pour les deux entreprises qui lui restent, que je ne m’étonne qu’à moitié : bon, il aura sûrement quelque chose à voir là-bas avant qu’on se rende au rendez-vous.
Je suis le gros bahut qui s’enfile les rues comme un gros scarabée, bien droit sur ses pattes, massif, indestructible et qui avance, avance... Je le colle, j’ai l’habitude, je l’ai collé toute ma vie, à l’écouter, et essayer de ne pas trop le mettre en rogne, 30 ans qu’on fait la paire : lui, le décisionnaire, l’investisseur, l’intelligent, le meneur d’hommes, et moi, celle qui suit, l’élément stable qui s’occupe de la maison et des enfants en plus de son propre travail, la sensible, la compréhensive, le tampon de la loco quoi... Mais parfois, celle qui suit, a ses propres coups de gueule quand les choses vont trop loin, qu’elle crie au scandale à l’écoute de paroles injustes, quand le « fonceur » devient insupportable car trop fatigué, voulant toujours tout faire lui-même. Mais, je suis, je suis, sans relâche...
Zut, un idiot vient s’intercaler entre nous, c’est qu’ils sont habiles les automobilistes du matin, à se faufiler à gauche à droite sans forcément mettre leur clignotant. Et le feu, le feu qui vient de me passer au rouge ! alors que la petite voiture est là, devant moi. Il est où le Mercedes ? Comment j’ai pu ne pas voir où il était passé ! Ca y est, les bêtises commencent, comme me dirait mon mari... Combien de fois il m’a appelée « Pierre Richard »... Je suppose que c’est un peu aussi ce qu’il aime en moi, même si sur le moment, il a sûrement envie de m’étrangler !
Il fait nuit encore, et moi, n’ayant pas le sens de l’orientation, il y a deux choses que je déteste pour conduire : la nuit et la pluie ! Bon, je l’appelle. Tiens, ça sonne dans la voiture ?? Ah l’idiot, il a oublié sa veste dans la voiture, et le téléphone s’y trouve évidemment...
Tout de suite, je me sens oppressée... Déjà, conduire une voiture qui n’est pas la mienne, je n’aime pas beaucoup, j’assume mais je ne n’aime pas (comme la fois où il m’avait mis le « Renault Traffic » dans les mains en plein parking souterrain à Cergy :
-allez, c’est toi qui conduis maintenant
J’avoue qu’un tel mari n’est pas de tout repos, mais ça aide à évoluer dans la vie. Et en fait, oui, pourquoi pas ? OK, je vais te le conduire ton camion... (par la suite, ça aura été « ma voiture » pendant 3 ans...)
Donc, nuit noire, des voitures dans tous les sens qui jouent du klaxon autour de moi, je me mets en double file, warning, je branche le GPS. Fichu GPS qui refuse « Porte de Versailles »... Je demande mon chemin, c’est OK. Je réfléchis, qu’est-ce que je fais : j’attends un peu dès fois que je le vois revenir ? ou je file droit vers le périph sud ? et s’il m’attendait lui ?...angoisse, angoisse, quand tu nous tiens... Je dois décider : ok, va pour Porte de Versailles puisqu’on était pressés d’y aller... Je croise les doigts, invoque tous mes chers disparus, même ceux que je n’ai jamais connus mais beaucoup aimés (Balzac, Zola, Voltaire, Montaigne, oui Montaigne, un sacré vivant celui-là, enfin, si je puis dire,... tous tous tous, aidez-moi !).
Et pourquoi il ne m’appelle pas d’un café ? ou qu’il s’appelle, même... bon ok, pas facile avec le Mercedes à stationner. Je décide de l’attendre à la sortie, côté Aquaboulevard... pas évident, on me klaxonne, m’en fous...allez tous vous faire voir... j’attends mon mari ! mon mari qui doit se payer 18 de tension et dois me traiter de tous les noms à l’heure actuelle...
J’appelle l’un de nos fils pour parler à quelqu’un, pour me libérer. Il me conseille d’appeler une responsable du travail sur son portable (j’ai le numéro) et la chaîne fonctionne, elle appelle le site et tout à coup : Dring... coup de fil de mon mari, très calme (tu m’étonnes, il a eu le temps de monter en pression et de redescendre..j’imagine la courbe..) :
-va Porte D !
Grands remerciements à mes anges gardiens là-haut, très loin dans le ciel, mais qui doivent avoir de grands yeux et de grandes oreilles pour parvenir à nous, petites fourmis, qui ne les oublions pas.
Zut... Porte K (je me refais l’alphabet dans ma tête.. mince, j’ai loupé la Porte..). Un gars de son équipe m’appelle et me dit « ne bougez pas, j’arrive, avec votre mari ».
J’attends, échouée, vidée, attendant le couperet... Je me suis déjà mise sur le siège passager pour que l’Homme saute au volant et passe la première... Mais je ne lui en veux pas à cet Homme, que j’aime et que je comprends... et qui me demande toujours si je viens déjeuner avec lui depuis que je suis « jeune retraitée » !...
Ne dit-on pas que l’Homme et la Femme sont complémentaires... ?

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