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Duel entre chance et poisse au pays des dieux

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Marie Amina B

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Carole nous parlait de son voyage sur l'île de Karpathos depuis des semaines. Elle est tombée amoureuse de ce lieu, paraît-il magique, dès le moment où ses pieds avaient foulé le sol rocheux de l'île. Son départ approchant, elle nous avait invitées, une copine et moi, un soir chez elle, pour un repas « ambiance grecque ». Elle nous transmit son enthousiasme quant à ses préparatifs. Elle devait y emmener 5 amis néophytes de la Grèce, pour leur inoculer son virus, celui de l'amour de la langue, de la passion de la musique et de la danse, de l'ivresse des lieux... Et pour ce faire, elle avait même acheté des casquettes identiques rigolotes avec des rayures bleues et blanches, et où elle avait fabriqué un badge avec la photo de chacun, cousue sur la visière, de manière à ne pas les perdre. C'était sa touche humoristique pour les touristes qu'ils seraient.
L'île de Karpathos n'est pas très connue du grand public. Elle est située au sud des Cyclades entre l'île de Rhodes et la Crète. C'est une île très sauvage, authentique, encore à l'abri des envahisseurs : les touristes ! Elle nous donna ses dates de départ et de retour pour qu'on se retrouve autour d'un CD grecque et qu'on admire ensemble, les photos et les vidéos de son voyage.
Tout se passa comme prévu, ses amis venus des 4 coins de l'hexagone se retrouvèrent à l'aéroport de Roissy. Leur avion atterrit à Athènes sans trop de retard. Aucun bagage ne se perdit. Tout allait bien. Ils eurent la correspondance en bateau à l'heure. Personne ne se vit voler quoique ce soit, et personne n'eût le mal de mer. Tout le monde était aux anges. Ils arrivèrent enfin à destination au petit matin, au moment où sa majesté le soleil envoie des baisers de rayons rosés et argentés sur les maisonnettes blanches aux volets bleus, nichées dans les falaises laiteuses et verdoyantes en cette saison. Cela faisait vraiment le cliché de la carte postale. La magie tant attendue par Carole opéra de suite sur ses amis. Ils s'installèrent dans leurs chambres d'hôtes, se mirent à l'aise et allèrent de ce pas, récupérer la Jeep à l'agence de location.
Elle ne plût attendre plus longtemps, et partit à l'aventure, sac à dos, bouteille d'eau et appareil photo en main suivie de ses acolytes. A mesure qu'ils avançaient, leurs yeux s'écarquillaient de plaisir, de surprise en voyant une petite chapelle entre le roc et l'eau, en voyant un âne solitaire surgir de nulle part et les suivre à la trace. Quelle belle première journée de bienvenue. Après cette excursion riche en couleurs et vive en émotions, notre guide, les emmena boire un verre de Ouzo-le Pastis ou Ricard grec- dans une taverne typique, où seuls les hommes de l'île ont leurs place et les touristes, bien entendu. Ils furent accueillis comme il se doit par le propriétaire des lieux. Avec leur breuvage anisé, ils eurent des mézès, assortiments de salades, de poulpes grillés, d'olives. Deux hommes du village jouaient des airs connus par Carole, des airs qui ne laissent pas l'âme insensible d'une danseuse en herbe comme elle. Après s'être rafraîchi le gosier, notre amie ne put s'empêcher de se lever pour danser une « Sousta » enivrante, danse lente au début, mais qui, à mesure que la lyre et le luth s'excitent, devient endiablée. Elle se danse à plusieurs, les uns se tenant aux autres par les mains à travers les bras croisés en demi-cercle. Comme personne ne voulait l'accompagner, elle osa se lancer seule sur le petit carré de 2m2 de piste, quand soudain, toute l'assemblée entendit un claquement, comme un coup de feu. Tout le monde, y compris les habitants de l'île se regardèrent pour trouver l'origine de ce bruit insolite ! Quant à Carole, elle se demanda, quel était l'imbécile qui lui avait filé un coup de rasoir au talon ? La magie de cette première journée tomba comme un couperet sur le bas du pied de Carole qui chancela de douleur et dû s'asseoir. Comment pouvait-ce arriver ? Passer, d'une seconde à l'autre, du rêve au cauchemar, du paradis à l'enfer ! Cette douleur paralysante, n'était-ce pas un sort jeté par les Dieux de la mythologie grecque ?
On l'aida à remonter dans la voiture tout terrain et à se coucher avec un Efferalgan. Le lendemain matin, son pied était normal, ni enflé, ni bleu, ni rien d'apparent, juste totalement, archi douloureux. Carole est infirmière, elle en a pensé des blessures, elle en a vu des chevilles foulées, des entorses, mais rien de semblable !
Dans sa malchance, elle eut une sacrée veine ! Une équipe médicale, connue sous le nom de « Amadaèguèo » -l'équipe d'Egée- et, composée de spécialistes en tous genres (pédiatre, dentiste, cardiologue, gynécologue, ophtalmologue, orthopédiste, dermatologue + infirmières pour les soins et la vaccination), tous volontaires, partaient d'Athènes pour faire la tournée des îles des Cyclades, du Dodécanèse, de Rhodes et de Karpathos pour dispenser des visites gratuites aux habitants de l'île. Cette expédition sanitaire a lieu, une fois par an seulement, et devinez quoi ? Le tour de Karpathos tomba au moment où Carole séjournait sur l'île ! Vous parlez d'une chance inouïe, incroyable, mais vraie !
Branle-bas-de combat pour l'équipe en arrivant sur l'île ! Comme chaque année, le petit musée est transformé en dispensaire pour la vaccination de la population, la petite chapelle en cabinet de consultation, et comme à chaque fois, les résidents viennent des quatre coins de l'île, dès l'aube, et attendent patiemment leur tour. Lorsque le spécialiste examina notre blessée, elle tenta tant bien que mal de lui expliquer le comment du pourquoi de sa blessure invisible, le tout en anglais, sous l'objectif d'une caméra ! Oui, un journaliste faisant partie de l'expédition, demanda à notre blessée, l'autorisation de la filmer pendant la consultation dans le cadre de son reportage sur l'intervention de cette équipe très prisée de bénévoles. Elle accepta volontiers.
L'orthopédiste diagnostiqua une rupture du tendon d'Achille ! C'était le comble, il fallut que ça lui arrive en Grèce ! Ils lui proposèrent un transfère par hélicoptère, illico-presto pour l'hôpital d'Athènes, mais elle préféra se faire rapatrier chez elle par Europe Assistance. Elle ne se laissa pas démoraliser pour autant, et se fit aider par ses amis pour profiter une dernière fois, d'un bain d'eau de mer avant de s'envoler pour Marseille où l'attendaient Mr Bistouri, Mlles les Compresses, et Mme la botte de Goldorak, comme elle l'a surnommée, botte servant d'attelle et de protection complète après l'opération. Elle avait pour consigne du chirurgien : interdiction totale de poser le pied à terre pendant au moins 3 semaines ! Elle troqua sa jeep contre un fauteuil roulant, et ses chaussures, contre une paire de béquilles.
Je tombai des nues, lorsqu'elle me raconta, interloquée de fous rires, son périple. Pour finir son histoire, elle me dit avec une touche d'humour nostalgique : « Eh oui, on a beau dire, mais la danse grecque est un sport dangereux, et puis que veux-tu, j'ai été victime de ma passion ! »

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Tom Bouville · il y a
La Grèce c'était là son talon d'Achille ... de l'aventure au repos forcé, il n'y a qu'un (mauvais) pas ?
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Se rompre le tendon d'Achille en Grèce ! Heureusement que les amies étaient là !
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Marie Amina B · il y a
Oui, c'est un comble ! !!
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