Du rêve à la réalité

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Mon incroyable aventure au delà des frontières du réel a commencé le 23 novembre 2011.

À cette époque, j’habitais à Joinville le Pont, dans un modeste appartement doté d'un petit balcon qui me permettait de profiter d'une vue imprenable sur la Marne.

L'immense pylône bardé d'antennes en tous genres qui avait été érigé à proximité du bâtiment, malgré les protestations des riverains, altérait quelque peu le paysage, mais j'ai fini par m'y habituer.

Beaucoup, dans les environs, craignaient pour leur santé, du fait des ondes électromagnétiques émises par cette forêt d'antennes. Certains prétendaient souffrir, depuis l'installation de ces équipements, d'acouphènes, de maux de tête, de troubles du sommeil ou de problèmes intestinaux. Le site était en permanence gardé par des militaires armés, ce qui enflammait l’imagination de beaucoup.

Il avait été question de faire circuler une pétition réclamant le démantèlement de cette antenne.

Pour ma part, encore sous le choc d'une déception sentimentale récente, je n'avais pas le coeur à entrer dans ce genre de débat.

Revenons donc à cette fameuse soirée du 23 novembre 2011.

Après avoir absorbé rapidement un frugal repas et procédé à mes ablutions vespérales, je me suis installé confortablement dans mon lit pour poursuivre la lecture d'un ouvrage sur Galilée. Mais, épuisé par une dure journée de travail, je me suis laissé emporter par le sommeil, me retrouvant ainsi, dans le monde des rêves. Dans ce monde, je me déplaçais dans les air. C'était plus pratique et plus amusant que de marcher comme le commun des mortels. J'avais appris à voler vers l'âge de 8 ans. Voler n'est pas le terme exact.

En effet, pour m'arracher au sol, je pliais légèrement les jambes, puis les dépliais rapidement en même temps que mes pieds, effectuant ainsi une sorte de « saut à la Massaï ». Avant que la pesanteur ne me ramène vers le sol, je battais frénétiquement des bras pour continuer mon ascension. Arrivé à une hauteur que je jugeais suffisante, je penchais mon corps en avant jusqu'à l'horizontale, puis entamais une nage indienne qui me permettait de me déplacer librement dans les 3 dimensions: très pratique pour passer d'un trottoir à l'autre sans avoir à tenir compte du flot de voitures qui obligeait les gens ordinaires à attendre que le feu passe au rouge. En cas de besoin, pour aller plus vite, j'effectuais, sur le dos, une sorte de "brasse papillon".

Pour rejoindre le plancher des vaches, je plongeais vers le sol, la tête la première. A quelques mètres du sol, je me redressais à la verticale. Enfin, je maîtrisais ma descente en battant des bras, pour atterrir en douceur sur les deux jambes, au grand étonnement des "rampants".

Ainsi donc, dans la nuit du 23 au 24 novembre 2011, après avoir longtemps parcouru le ciel, mon attention a été attirée par une sorte de « vortex ». Au moment où j’ai commencé à m’en approcher, je me suis senti aspiré par cet espèce de tourbillon qui m’a projeté sans ménagement dans l’espace. Quand j’en suis sorti, je me suis retrouvé en train de planer au dessus d’une zone côtière merveilleusement belle. J’ai décidé d’atterrir, sur cette plage « de rêve ». Le soleil était sur le point de se coucher. Le sable dégageait sous mes pieds nus la douce chaleur accumulée au cours de la journée. Je savais que rien de tout cela n’était réel. Malgré tout, je prenais plaisir à me promener sur cette plage, créée par mon cerveau dans la phase M.O.R. de mon sommeil.

Et puis, j’ai senti une main prendre la mienne pour faire route avec moi sur cette plage paradisiaque. Au contact de cette petite main, d'une douceur chaude, qui venait combler mon sentiment de solitude, mon organisme avait réagit en synthétisant une bonne dose d'endorphines. Sous l'effet de cette drogue naturelle à effet immédiat, je me suis senti envahi d'un bonheur frisant l'extase. Au bout de quelques minutes, j'ai tourné la tête. Elle était là, étrangement belle. Ses yeux noirs légèrement bridés me fixaient avec une expression troublante qui semblait vouloir me transmettre un message. Une dose supplémentaire d'endorphines a augmenté ma sensation de bonheur. Et puis son visage, légèrement cuivré, a commencé à se déformer, comme l'image sur un écran de télévision lorsque le signal est en train de se perdre. Il y a eu un bruit de verre cassé, accompagné d'une lueur jaune intermittente. Puis, je me suis retrouvé dans l'environnement familier de ma chambre. La lumière jaune clignotante du camion benne qui procédait au ramassage des bouteilles et objets divers en verre, filtrait à travers les volets à claire-voies.

Au même moment, mon radio réveil me rappela à mes obligations. Une dure journée de travail m'attendait.

Mais avant toutes choses, le rituel du petit déjeuner : café noir, jus d'oranges,  tartines grillées, confiture d'abricots. J'étais incapable de commencer ma journée le ventre vide. Je suis ensuite retourné dans ma chambre pour l'aérer, et suspendre ma couette sur le balcon, le temps de me livrer à mes ablutions matinale. Puis, après avoir soigneusement refait mon lit, et balayé la sable qui s’était échappé de ma couette, je suis parti au travail. Sur le moment, je n’ai pas été interpelé par la présence insolite de sable au fond de ma couette.

Arrivé au bureau, l’état d'euphorie provoqué par les endorphines dont mon organisme avait été imbibé commençait tout juste à s’estomper. Ce n’est que vers midi que j’ai retrouvé mon état « normal » Impossible, toutefois, d'oublier la sensation du contact de cette petite main qui avait égaillé ma solitude et ce regard troublant, presque suppliant, qui semblait avoir tant de choses à me dire.

Si seulement possibilité m'avait été offerte de ramener cette créature de rêve dans le monde réel..... Mais c'était chose impossible.

J'en avais fait l'expérience quand j'étais petit. Je tenais entre les main un joli crayon de couleur. Quand le réveil a sonné , j'ai serré très fort ce crayon entre mes doigts, avec l'espoir de le ramener dans le monde réel. Je me suis réveillé les doigts crispés sur.... rien du tout. Quelle déception !

Ce souvenir d’enfance à l’esprit, il m'est venu une idée folle. S'il était impossible pour cette "créature de rêve" de venir me rejoindre dans mon monde, il était à ma portée de la retrouver dans le monde des songes. Certes, elle ne demeurerait qu'une illusion, mais elle m'avait déjà procuré un tel bonheur que j'aspirais à en renouveler l'expérience, et à ressentir l'extase provoquée par une bonne décharge d'endorphines.

J'aurais pu obtenir le même résultat en me livrant à un exercice physique intense. Mais je n'en avais ni le temps ni le courage. Provoquer ce phénomène par le biais d'un rêve délicieux était une solution plus séduisante.

Le soir même, je me suis couché tôt et, épuisé par tant d'émotions, le sommeil m'a rapidement emporté. Même scénario que la veille : je me suis laissé emporter par le vortex, toujours présent, vers ce monde parallèle créé par mon subconscient durant la phase de mon sommeil qualifiée de "paradoxal".

J’y ai retrouvé avec la même émotion cette superbe créature qui en me voyant a laissé exploser sa joie. Je me suis approché d’elle. Elle a commencé à me parler dans une langue inconnue. j’ai fini par comprendre qu’elle me souhaitait la bienvenue et qu’elle se nommait « Mateata ».

Au moment où j’allais me présenter, je me suis senti emporté par une sorte de tourbillon. J’ai compris que j’étais sur le point de quitter le monde des rêves. Par réflexe je l’ai attrapée et serrée dans mes bras avec l’espoir insensé de la ramener dans le monde réel.

Au milieu de la tourmente j'ai aperçu une légère lueur qui s'est accentuée au fur et à mesure que s'amplifiait le son d'une voix masculine annonçant la météo du jour. Mon radio réveil venait de me ramener à la réalité, et je prenais progressivement conscience de la lumière du jour qui filtrait à travers les volets.

J’étais euphorique. La chaleur de son corps qui sentait bon la vanille avait déclenché en moi une bonne décharge d’endorphines.

Métro, boulot, et enfin.........dodo. Quand j’ai attrapé mon pyjama, tout excité à l’idée de retrouver Mateata pour la 3ème fois, il s’en est dégagé une forte et agréable odeur de vanille. J’en ai conclu qu’il s’agissait là d’une hallucination olfactive. Dans le même temps, je me suis souvenu du sable qui s’était accumulé au fond de ma couette. Une idée m’a effleuré l’esprit. Se pourrait-il que....,? Non! C’est impossible.....! Le monde des rêves est un monde virtuel créé par l’activité naturelle du cerveau lors de certaines phases du sommeil. Impossible d’en ramener quoique ce soit.......

Le sommeil a fini par l’emporter. Mateata m’attendait. Elle s’est approchée de moi. Elle avait piqué dans ses cheveux une petite fleur blanche au parfum subtil. Elle a soigneusement détaché cette fleur pour la glisser délicatement dans la poche de mon pyjama. J’ai réalisé à ce moment là que ma tenue n’était pas des plus élégantes. Dans le même temps, elle a dénoué l’écharpe en soie rouge que je portais autour du cou, (une habitude de vieux garçon ), et m’a demandé l’autorisation de la garder en souvenir. J’allais lui répondre quand, une fois de plus, son visage s’est évaporé. Le sol s’est ouvert sous mes pieds et je suis tombé dans un trou sans fin pendant qu’une odeur de café me ramenait progressivement à la réalité .

Et là, j’ai eu un pressentiment. Avant même d’ouvrir les yeux, j’ai porté ma main à ma gorge . Mon foulard n’était plus là. En plongeant la main dans la poche de mon pyjama, comme je le pressentais, j’y ai trouvé la fleur déposée par Mateata. L’inquiétude a commencé par m’envahir. Ne suis-je pas en train de devenir fou ?

Pendant les jours qui ont suivi, j’ai été partagé entre l’euphorie provoquée par mes rencontres régulières avec Mateata, qui, même si elle n’était qu’une illusion, me procurait d’ineffables émotions, et l’angoisse face à une situation qui échappait à toute logique.

Et puis un soir, en revenant du travail, j’ai croisé mes voisins en pleine discussion. Les militaires avaient abandonné les lieux, emportant avec eux antennes, et paraboles, laissant en place l’immense pylône vert kaki qui, par la suite sera transformé en œuvre d’art moderne. Je les ai écouté poliment, mais ayant d’autres préoccupations, je me suis discrètement éclipsé, pressé de me réfugier dans le sommeil. Les journées tournaient au cauchemar tant j’étais tourmenté par ce qui m’arrivait. Oui, tout portait à croire que je dérivait vers la folie.

Épuisé par le stress, je suis passé sans transition de l’état de veille au sommeil profond. Cette nuit là, j’ai cherché en vain le vortex qui menait vers cette plage de rêve ou Mateata me faisait oublier les angoisses du jour. Le lendemain, puis le surlendemain ma quête fut aussi vaine. Ce phénomène (le vortex), ou plutôt son absence, avait-il un rapport avec le démantèlement de cette forêt d’antennes qui avaient suscité autant de polémiques ?

Aéroport Charles de Gaule. 9 janvier 2012

Tandis que l'appareil commençait a prendre de l'altitude, je regardais s'estomper, dans la brume matinale, les champs parsemés d'îlots d'habitations aux toits rouges, qui bordent l'aéroport de Roissy. Dans une trentaine d’heures j’atterrirais à Papeete d’où un petit avion me déposera sur l’île de Raiatea, une toute petite île de 175 km2 située à 200 km de Tahiti, d’où je partirais à la recherche de Mateata. Idée saugrenue ? Pas tant que cela. En effet, lorsque j’ai pris conscience que je ne reverrais plus jamais Mateata, cette illusion créée par mon esprit sous l’influence de cette antenne mystérieuse, j’en ai été tellement affecté que m’est venue une idée étrange: et si elle existait vraiment ! Si c’est le cas, elle devait être désespérée par ma disparition ! Peut être est-elle à ma recherche ! Je me suis alors livré à une minutieuse enquête sur la base des éléments en ma possession : une fleur blanche, quelques mots d’une langue qui m’était inconnue, et un prénom. 

J’ai très facilement découvert, grâce à Internet, que Mateata était un prénom polynésien qui signifiait «ciel sans nuage ». Les quelques mots qui revenaient souvent dans la bouche de Mateata et dont je me souvenait faisaient partie du vocabulaire utilisé dans un dialecte polynésien. Quant à la fleur, il s’agissait d’une fleur de Tiare Apetahi qui, selon Wikipedia, est « endémique de l'île de Raiatea en Polynésie française. Cette plante ne pousse que sur le plateau du mont Temehani. ». Grâce a Google, j’ai pu retrouver sur une carte cette plage mystérieuse.

Dans quelques heures, je foulerai de nouveau cette plage de mes rêves .

Île de Raiatea, 13 janvier 2012.
Le soleil était sur le point de se coucher. Je distinguais, au loin, vers l’aérodrome, la silhouette familière d’un immense pylône  couleur kaki.  Le sable dégageait sous mes pieds nus la douce chaleur accumulée au cours de la journée. Soudain, j’ai senti une main douce et chaude prendre la mienne pour faire route avec moi sur cette plage paradisiaque. Je me suis retourné. Elle était là, le visage radieux. Elle dégageait une délicate odeur de vanille et portait autour du cou un foulard de soie rouge.

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