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Du charivari à l’horizon

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Papypik

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Depuis combien de temps étais je installé chez Marianne? Quelques mois déjà, les plus beaux de ma vie, c’est incontestable. Entre nous au début ce ne fut pas vraiment le coup de foudre. Elle m’avait proposé de m’héberger peu après l’abandon de mon premier foyer. Parler de Lydie reste encore douloureux, malgré le temps. Je n’aime pas le mot « maîtresse » mais avec elle, ce terme fut loin d’être galvaudé.
Lydie, mon si bel amour ! Dès notre première nuit, j’eus accès à son lit. Il fallait que je sois constamment blotti contre son corps. J’adore ta chaleur me disait-elle, tu me réchauffes moi qui avait toujours si froid. Je nageais littéralement dans le bonheur. Je me souviens comme elle s’occupa de moi après l’opération que j’ai dû subir.
La première année passée, elle devint beaucoup plus distante alors que moi j’étais toujours aussi demandeur de câlins. Plus de mots tendres de sa part, moi je la suppliais du regard. Sitôt couchés, souvent elle me repoussait, se plaignait que mes moustaches lui irritent la peau. Le plus dur fut le jour où elle m’annonça que dorénavant je ne partagerai plus sa couche. Je dus m’installer sur le canapé. Les premières nuits, quand son souffle devenait régulier et que j’étais certain qu’elle se fut endormie, je me glissai dans ses draps. Parfois je réussissais ainsi à rester une bonne partie de la nuit. Dès qu’elle se réveillait, elle se mettait en colère, me repoussait d’abord assez doucement puis, au fil du temps, de plus en plus brusquement.
Un matin, alors qu’une fois encore, je m’étais installé contre elle, elle me rua de coups. Je fus poussé hors du lit et tombai sur la moquette. Comme une furie, elle se précipita de mon côté pour me donner un violent coup de pied dans les côtes. Je ne la reconnaissais pas, ses yeux étaient injectés de haine. Paralysé par la déception bien supérieure à la douleur, je crois qu’elle aurait pu me tuer sans que j’ose me défendre. Notre relation devint vite un enfer. Quand j’avais le malheur de l’effleurer, j’écopai au mieux d’une gifle, le plus souvent d’un coup de poing voire même d’un violent coup de pied.
Un jour n’y tenant plus, sans même savoir où aller, je décidai de fuir. Oh je ne suis pas allé bien loin, non. Je m’installais sur un banc dans le parc situé en face de sa résidence. Oserai-je l’avouer, j’espérais qu’elle pourrait m’y retrouver. Je restais prostré, ne faisant que quelques pas dans la journée pour me dégourdir les membres. Comment admettre que notre histoire puisse s’arrêter ainsi.
Le troisième jour, dans mon sommeil, je rêvais toujours de ses caresses. Elles paraissaient si réelles que j’ouvris les yeux. Aussi incroyable que cela fut, même éveillé, je sentais toujours l’empreinte de ses doigts sur ma tête. Comme j’avais bien fait de ne pas m’éloigner ! Elle regrettait, je lui manquais, tout allait recommencer comme avant! Je me retournai prêt à baigner mon regard dans le sien. Quelle déception, c’était une inconnue. Je m’écartai brusquement, décidé à rompre ce contact.
N’ai crainte me dit cette femme, je ne te veux aucun mal. Je la regardai, intrigué par son comportement. Elle était bien différente de Lydie, beaucoup plus petite, plus âgée aussi. Jolie ? Oui mais d’une beauté discrète, très légèrement maquillée, un sourire radieux illuminait son visage. Je restais immobile, toujours prêt à partir. Pendant plusieurs secondes, nos yeux ne se quittèrent plus puis brusquement elle se leva. Elle commença à s’éloigner pour sortir du parc, s’arrêta, se retourna puis lentement repris sa progression. Je la vis franchir le portillon pour disparaître à mes yeux.
Pris d’une impulsion soudaine, je me précipitai moi aussi vers la sortie. Je l’aperçus à quelques dizaines de mètres sur ma gauche entrer dans sa voiture pour démarrer aussitôt.. Comme elle arrivait à ma hauteur, elle s’arrêta, ouvrit la fenêtre de mon côté et me dit :

« Tu t’es décidé à faire le premier pas ? »

Mon regard suffisamment évocateur l’incita à m’ouvrir la portière passager. Sans attendre une invitation plus précise, je m’installai sur le siège. Sitôt arrivés chez elle, elle ne me fit aucune promesse. J’espérais toutefois avoir le temps de me remettre sur pied. Physiquement, ce fut très rapide mais pour le reste....
Je compris assez vite que la solitude lui pesait, la rendait aussi triste que moi. C’est certainement cela qui nous a rapproché, notre rencontre n’était elle pas un signe ? Je ne voulais surtout pas brusquer les choses, j’évitais tout contact qui aurait pu lui faire croire que je recherchais à tout prix de la tendresse. La situation a basculé un soir, elle m’offrit de partager son lit. Débuta alors entre nous une merveilleuse histoire. J’oubliais Lydie en me réfugiant dans les bras de Marianne.
Cette belle cohabitation s’est subitement ternie il y a une quinzaine de jours. Elle venait de rentrer précipitamment et me cria toute excitée :

« Où es tu, viens voir, je t’ai amené une amie »

J’émergeai de la multitude de coussins qui recouvraient le canapé pour découvrir ce qui la rendait si enthousiaste : une chatte. Elle la tenait contre sa poitrine serrée dans ses bras. Elle la déposa à côté de moi, je reculai contre le bord opposé du divan. L’intruse se mit à faire le dos rond puis s’allongea de tout son long ce qui me fit instinctivement hérisser le poil et siffler de colère.

« Ca ne va pas Gipsy, tu n’es pas content que je t’amène une copine ?»

Content, mais où avait-elle donc la tête? Pour qui me prend elle ? Moi, magnifique chat angora d’un gris si parfait, me compromettre avec cette chatte qui vient de je ne sais où. En plus elle puait, son poil était affreux. Je savais que cela existait ce genre de bestiole, certainement née dans la rue à vouloir s’incruster et profiter de la bienveillance de certains humains qui se laissent abuser. Moi, mes aïeux côtoyaient les nobles de Perse et ne se mélangeaient pas avec ce genre d’engeance. Et puis une copine, pourquoi faire ? Oubliait-elle l’opération que Lydie m’avait fait subir ! Cela ne se passerai pas comme cela, je ne céderai pas un coussinet de mon territoire.

« Je vous laisse faire connaissance, je vais vous préparer à manger »

Nous laissant seuls, la nouvelle venue s’approcha encore de moi, j’hésitai à battre en retraite quand elle tendit une patte vers moi. Je ne lui laissai pas le temps de me toucher, lui plantai violemment mes griffes sur le museau. Elle hurla de douleur et bondit se réfugier sur une chaise.
Alertée par le bruit, Marianne se précipita dans la pièce. Elle comprit tout de suite ce qui s’était passé. Une trace sanguinolente barrait le nez de sa nouvelle protégée.

« Tu n’as pas honte me dit-elle, comment as tu pu faire cela ! Tu oublies vite que toi aussi je t’ai récupéré dans la rue ! »

Comment lui faire comprendre que j’avais simplement voulu me défendre. L’attaque n’est elle pas la meilleure défense ? Bon OK, je suis un peu de mauvaise foi car j’oublie de préciser ce qu’elle m’avait dit en tendant la patte vers moi « ami ? ». Je me précipitai vers Marianne pour me frotter contre ses jambes.

« Ce n’est pas le moment, file, je vais m’occuper d’elle »

Près d’une heure plus tard elle revint dans le salon et reposa la chatte à côté de moi.

« Nous allons l’appeler Pretty, d’accord ? »

Pretty, oui c’est pas mal et puis tout compte fait elle aussi n’est pas mal. Marianne lui avait fait prendre un bain. Son poil d’un beau noir brillant semblait très soyeux. Maintenant visible sur son poitrail, une belle tâche blanche en forme de cœur lui donnait un attrait certain.

Pretty m’en a voulu pendant un moment. Les premiers jours, sitôt Marianne partie, sans le moindre miaulement, elle disparaissait sous le canapé. Il m’a fallu lui parler, la rassurer, la convaincre que non seulement j’acceptais qu’une étrangère vienne dans le foyer mais qu’en plus cela me rendait heureux. Et puis, je dois reconnaître, que d’attendre seul ma maîtresse toute la journée, cela me pesait parfois. Hier, en rentrant, Marianne nous a trouvés pour la première fois endormis l’un contre l’autre sur les coussins.

« Enfin, vous avez fait la paix. Promis, si un jour j’amène quelqu’un d’autre ici, cette fois ce sera un compagnon pour moi »
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