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Lescroart Daniel

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L'excitation est à son paroxysme ce matin au sein de la maison d'édition lilloise " L'Ecrit du Cœur". Une conférence de presse extraordinaire est prévue pour présenter le premier roman de Paul De Slager. Une délivrance pour celui-ci après trois longues années d'écriture.

Trois longues années seul, sans aucun son exprimé. Trois longues années à revivre, jours et nuits, l'enchaînement diabolique de tous ses malheurs. Trois longues années à se sentir coupable, puis victime, puis coupable... Désormais tout est écrit, en quatre vingt deux pages, tout est acté.

Lilly, la stagiaire a répondu à toutes ses requêtes avec un professionnalisme aveugle, elle n'a oublié personne dans sa liste d'invités et s'est garanti de la présence de chacun .C'est une condition sine qua non à la présence de Paul; ils font partie de son histoire. Sinon, il ne reparlera pas.

Lilly n'a pas eu de mal à convaincre Jean Charles Lepeintre de venir. Repérant dès ces premiers mots de la suffisance hautaine, elle a titillé son orgueil. Ce professeur de français au lycée avait inscrit en rouge sur le bulletin de Paul : " Ce jeune homme se prend pour un écrivain, c'est tout sauf un littéraire, réorientation nécessaire. On manque d'artisans en France... "

Simone Dassonville, assistante sociale de son état, a accepté par curiosité, voire pour mettre un peu de couleurs dans sa vie morose. Pourtant c'est bien elle qui a mis du noir dans l'existence de Paul, étant à l'origine de son incarcération dans un foyer après le décès accidentel de sa mère. C'est bien dans ce lieu maudit, qu'il s'est fait maltraiter, abuser.

Michelle Lajoie ne s'est pas posé de questions, pour elle c'est l'occasion de voir du monde. Elle vit seule depuis trop longtemps....

Enfin l'éminent commissaire Lejard, guidé par un sixième sens hyper-développé, sera là lui aussi. Il sent qu'il y a anguille sous roche. Par professionnalisme il a déjà creusé un peu les dessous de l'invitation. Il a hâte de savoir qui peut bien se cacher derrière Paul De Slager, qui n'a aucune existence administrative. Prendre un pseudonyme pour un écrivain est certes monnaie courante, mais s’assurer de la présence d’un commissaire pour le lancement de son livre l’est nettement moins...

A l'heure prévue Paul entre et fait un clin d'œil à Michelle . Celle-ci sourit et se met à trembler d'excitation.
Le commissaire le reconnaît de suite, il se rappelle avoir arrêté ce jeune homme. C’était un graçon paumé, coupable de meurtre sur son tortionnaire. Le malheureux non content de s'en prendre régulièrement à lui, avait osé lever la main sur sa partenaire. Il l'avait poignardé ; et était resté assis près de sa victime jusqu'à l'arrivée de la police.
Le commissaire a sa réponse; le changement d'identité allait de soi vu le calvaire subi à l'époque par le jeune homme. Après s'être défendu toute sa jeunesse contre son handicap patronymique, le dénommé Moitou n'avait rien pu contre la déferlante nauséabonde des journalistes. Mehdi Moitou n'avait plus prononcé un mot depuis.

Paul De Slager s'assied et prend la parole calmement : « Merci d'être venus. Ce livre intitulé « Circonstances atténuantes » est un livre d’anticipation, de science fiction. »
Le commissaire se frise la moustache, pas déçu du déplacement. Michelle pleure de joie. Elle retrouve enfin son Medhi, devenu assassin par amour.
« Page dix sept, on retrouve un professeur au verbe haut, pendu à un croc de boucher, tel une vulgaire chipolata. Pardon, j’ai oublié de vous signaler que grâce à Mlle Lilly, vous pouvez visualiser les acteurs principaux de mon histoire, en effet ils sont ici parmi nous. Page quarante deux, l'assistante sociale entend un bruit de verre brisé provenant de sa cuisine. Deux minutes plus tard, elle fait connaissance avec son violeur. »

Paul se lève et se dirige lentement vers le premier rang, et hausse le ton : « Mme Dassonville et Mr Lepeintre, vous ne vous êtes pas reconnus ? »
Ceux-ci se lèvent, apeurés, et se précipitent vers la sortie. "Vous voudriez peut-être des droits d'auteur ? " hurle Paul.

Reprenant son calme, il salue le commissaire, lui murmurant de ne pas s’inquiéter, cela restera de la fiction. Celui-ci sourit, convaincu. Paul prend Michelle par la main et se dirige à son tour vers la sortie, prêt à ouvrir un nouveau livre...
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Sandi Dard · il y a
Supercherie?. .. En prison, on écrit aussi... Merci et au plaisir de vous lire sur ma page...

https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/eventail-ouvert

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