Drake Mattews

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Je...Pardon, la bienséance veut qu'il y ait un minimum de politesse avant de démarrer une lecture.

Je reprends donc correctement :

Bonjour/Bonsoir chère/cher lectrice(-eur).

Je m'appelle Drake MATTHEWS, Maire de la petite ville que j'ai fondé - Drake City - en 1810, dans un lieu perdu du Montana (USA).

Une forêt dense encercle la ville.
C'est tout juste si la route qui rattache notre coin au reste de l'humanité ne disparaît pas tant la végétation est inextricable, même en plein hiver.
Si vous n'avez pas de chèvre, vous n'irez pas loin ici.

Ainsi, à mon époque, j'avais lancé un grand élevage de chèvres.
Cela procurait aux habitants de ma ville d'alors nourriture, chaleur et paix.
Oui, j'ai bien dit "paix" car un indigène - avec qui je m'étais lié d'amitié - m'avait remis une statuette d'Aersavalis, un Dieu protecteur des villages et petites cités. L'idole, représentant un homme-bouc, sertie de pierres précieuses et recouvertes de feuilles d'or, exposée en tant que pièce maîtresse au sein de notre cabinet de curiosités, a été dérobée en 1880 - très exactement le 9 Janvier dans les environs de midi.

L'aborigène m'avait averti - s'il arrivait malheur à cette statuette - qu'une terrible malédiction s'abattrait sur notre bonne ville.
Effectivement, exactement un jour après la disparition de l'objet, le temps s'est mis à changer en à peine quelques heures.
Nous avons d'abord eu une brusque et insupportable canicule, puis, tout aussi soudainement un froid mortel venu lui aussi du sol et pour finir un brouillard argenté opaque, émergeant de la forêt environnante, a recouvert la ville.

Les habitants qui n'avaient pas fui ont alors été attaqués par des loups aux yeux de braise, surgissant de ce brouillard.
C'est en tout cas ce qui m'est arrivé ainsi qu'à la poignée de colons qui étaient encore présents. Depuis lors, la ville a été oubliée et abandonnée de tous.

A chaque pleine lune, un léger brouillard apparaît et traverse Drake City.
Les victimes du brouillard argenté, dont moi-même, répètent alors leurs plaintes déchirantes poussées au moment de leur mort.

Cette histoire aurait pu se terminer là mais non.

Tout "récemment", il y a tout juste 50 ans. nous sommes alors en 1930, une jeune femme a découvert ma ville. Après avoir parcouru de long en large et en travers les ruines, elle s'est mise à psalmodier. J'ai reconnu des mots de grec ancien (j'ai de la culture, non mais !) et du latin dans sa mélopée.

Je me suis à cet instant senti arraché telle une plante que l'on transvaserait d'un pot à un autre et puis PLONK ! Le noir total et une douce sensation de chaleur m'a alors enveloppé. Cela faisait des années que je n'avais pas ressenti ce sentiment de confort et de sécurité...J'ai ouvert les yeux et j'ai vu une géante ! C'était Claire (j'ai appris à la connaître par la suite) qui me fixait de son mètre soixante-dix. Là-dessus, elle m'attrape et colle pratiquement son visage au mien. C'est là que je m'aperçois que je vois tout en vert et rouge, avec tout un tas de nuances dans ces deux couleurs.

Ma surprise est telle que je ne peux m'empêcher d'ouvrir la bouche pour lui demander ce qui se passe. Un miaulement interrogatif s'échappe alors de mes lèvres. Hein ? Je me tortille entre ses mains et TONK ! me voilà par terre, le ventre traînant dans la poussière.
Il y a une flaque d'eau à côté de moi et me penche vers elle pour découvrir mon visage. Un chat m'observe. Je retire ma tête puis, après quelques secondes, je regarde de nouveau. Toujours ce même chat, gris, avec es moustaches tombantes, une tache blanche entourant mon oeil droit et un petit trou rond bien net à mon oreille gauche (le résultat d'un duel en 1820 mais je ne vais pas vous raconter ici cette aventure-là...quoique peut-être plus tard). Je me retourne vers Claire et sursaute car je constate qu'elle s'est mise à ma hauteur, autrement dit accroupie.

Elle passe ses mains autour de mon corps de félin et, au bout de son troisième passage au-dessus de ma petite tête, je sens un bourdonnement en moi.
Le temps que je réalise, celui-ci s'évanouit. J'ouvre la gueule et, fixant Claire, dis (parfois, je me demande vraiment ce qui me passe par la tête) :
N'aurais-tu pas un verre de Whisky sous la main ?
Claire cligne des yeux plusieurs fois, stupéfaite, et après une courte hésitation détache de sa ceinture une petite fiole dont elle verse quelques gouttes de son contenu dans la main gauche. A l'odeur, je peux dire que c'est un très bon whisky. Je n'hésite pas une seconde et lui nettoie si bien la main, au passage, qu'elle se met à rire, la chatouilleuse.

Après cette consciencieuse toilette de main faite, elle m'attrape de nouveau et m'installe sur ses épaules. Moi qui ai toujours eu le vertige, j'ai eu peur de tomber mais non, mon nouveau corps de félin s'est mis en mode automatique et m'a permis de rester bien planté sur ce belvédère inhabituel au combien agréable pour les sens (celui de la vue, notamment, car une aussi généreuse poitrine - de celle qui deviendra par la suite ma compagne - invite irrésistiblement à y fourrer son museau et à chatouiller dans le même temps avec les moustaches).

Ma Claire et moi-même, à partir de cet instant, ne nous quittions plus.

Sous nos efforts redoublés de ténacité alliée à des variantes de magies (c'était loin d'être de la tarte, je peux vous le dire), la vie a refleuri à Drake City.
Dès les 5 000 habitants atteints, en 1960, nous nous sommes fondus dans la masse. Plus personne n'a alors entendu parlé de nous jusqu'en...2018.

Ma bien-aimée a à présent 113 ans mais paraît toujours avoir ses 25 ans affichés lors de notre première rencontre.
Votre humble serviteur a - quant à lui et pour ceux qui ont bien suivi jusqu'ici -
238 printemps. Incroyable, non ? Je pète la forme et me suis peu à peu habitué au monde dit "moderne et civilisé". Il me reste cependant à assimiler certaines subtilités telles que demander son âge à une dame et apporter son aide au premier venu étant dans le besoin. A mon époque, ces deux "notions" ne choquaient personne. Bref...


*A bientôt pour de nouvelles aventures !
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