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Je refermai la porte sur mes amis, ma pendaison de crémaillère, couronnée de succès. J’avais déniché le lieu parfait ; un atelier situé à Montmartre, berceau de grands noms de la peinture. L’endroit possédait un cachet avéré : murs blancs, poutres marron apparentes, hauts plafonds, et bénéficiait d’une superficie de 100 m2.
La surface comprenait deux espaces distincts. Une partie logement, aménagée dans un style bourgeois-bohème. Une partie atelier spacieuse, dotée d’une belle luminosité, grâce aux immenses fenêtres. J’avais investi dans du matériel de qualité : chevalets, toiles, tubes de peinture acrylique, pinceaux...
Récemment diplômé de l’école des beaux-arts de Paris, je rêvais de peindre des toiles éclaboussantes de vérités afin d’atteindre la célébrité et d’être reconnu par mes pairs.
Impatient de me mettre au travail, je me levais à l’aube pour profiter de la lumière matinale. J’apprêtais mon matériel quand un objet insolite attira mon regard. Je fixai cette chose qui n’aurait pas dû se trouver là. C’était une porte antique, ouvragée avec maestria. Couleur chocolat, elle jurait étrangement avec le mur blanc fraîchement peint, et semblait appartenir à une autre époque...
Je mourais d’envie de découvrir ce qui se cachait derrière. Cependant, un doute m’assaillit. Etait-ce un passage vers un monde hostile ou le néant, sans espoir de retour ? Hors de question de laisser le mystère s’installer ! Je saisis la poignée en cuivre, fis une courte prière et tournai le pommeau.
La porte s’ouvrit sur Montmartre à l’endroit où je pensais entamer mon premier tableau. Un peu étourdi, je contemplai le paysage puis me décidai à entrer...
Emporté, je ne pouvais plus lâcher mes pinceaux. À quinze heures, je m’offris un sandwich poulet/crudités, accompagné d’une boisson gazeuse, dans la boulangerie adjacente. Le soir, je fus content de ne pas traverser tout le quartier pour regagner mon domicile.
***
Mon tableau prenait vie. J’avais reproduit avec finesse la petite place avec sa fontaine, ses bancs rustiques, ses boutiques colorées au charme désuet, les touristes qui se pressaient pour admirer ce quartier accueillant, chargé d’histoire,  territoire des peintres, écrivains, artistes confirmés ou en herbe.
La nuit, la porte s’évanouissait vers dix heures pour réapparaître le matin au lever du jour. Anxieux à l’idée de son départ, j’avais recherché sur internet un article mentionnant ce phénomène, et en étais ressorti bredouille. Ma curiosité était attisée. Les anciens propriétaires avaient-ils bénéficié de la même surprise, ou étais-je le premier ? Je contactai l’agent immobilier à l’origine de la transaction. Je compris à son silence qu’il me prenait pour un fou. Mon impression se confirma quand il me demanda si la porte principale ne me suffisait pas ! Je détournai la conversation en parlant de l’aménité des voisins, puis mis fin à l’appel.
***
J’avais brossé plusieurs quartiers, chers à mon coeur. J’étais épuisé mais comblé par l’éclat de mes toiles. A chaque tableau, la porte m’avait transporté à l’endroit désiré. Efficace mais déconcertant !
Un samedi, j’invitai des amis à dîner. J’appréciai la fusion avec mon art mais j'affectionnai tout autant les soirées amicales, indispensables à mon équilibre personnel. J’étais impatient de dévoiler mes oeuvres et de présenter la porte.
J’avais passé commande chez le traiteur asiatique habituel et tenais les boissons au frais. Le repas s’annonçait convivial mais singulier. Ils allaient être bluffés par la porte !
***
Un coup de sonnette festif me sortit de mes pensées. Je jetai un regard amusé à ‘mon assistante’ qui semblait m'espionner du coin de l’œil, et partis ouvrir.
Mes amis, heureux de me retrouver après mon "hibernation peinture", étaient au nombre de six : Thomas, Leïla, Aurélie, Mathieu, Karim et Stéphanie.
Après les préliminaires, je leur servis un apéritif, puis nous nous répandîmes sur les canapés autour de la table basse où étaient disposées des coupelles contenant un assortiment de chips et amuse-bouches.
Je pris la parole. Les conversations, joyeuses et nourries, cessèrent, et je vis des regards étonnés tandis que je contais l’histoire. Je les conviai dans l’atelier.
Arrivés sur place, ce fut la consternation... pour moi. La porte avait disparu et le mur s’affichait solitaire et blême sous la lumière des plafonniers.
Mes amis se moquèrent de mon imagination délirante.
En découvrant mes toiles resplendissantes de couleurs, ils s’extasièrent. On n’avait pas le droit de laisser de tels bijoux à l’abri des regards.
La pluie de compliments m’emplit de joie. Le dîner se déroula dans la bonne humeur, et mes amis prirent congé vers deux heures du matin.
Je partis me coucher agacé contre cette porte qui m’avait fait faux bond. Je dormis mal. Allait-elle revenir ? Avais-je anéanti la magie en diffusant l’information à mes proches ?
Je me levai aux aurores et courus jusqu’à l’atelier pour constater qu’elle était de retour, belle et sereine. Un message apparut :
Ne parle plus jamais de moi à quiconque. Je n’existe que pour toi !
Je fixai les mots inscrits en lettres noires, tandis qu’une peur viscérale m’envahissait. J’avais le sentiment que la porte était vivante ; elle avait le pouvoir de raisonner et de communiquer. Elle semblait me connaître et s’insinuait perfidement dans ma vie.
Je tournai le dos à cet objet infect et parti déjeuner. La faim m’avait désertée, mais je me forçai à avaler un peu de nourriture en prévision de la longue journée. Je passai l’heure suivante à faire le ménage dans la partie logement qui en avait besoin.
A l’atelier, je fus soulagé de voir que la porte avait repris son apparence normale. Enfin, je crois ! Le doute s’insinuait en moi. N’avais-je pas été victime d’une d’hallucination qui m’avait fait voir des phrases qui n’existaient que dans mon esprit épuisé ?
Une inspiration me vint. Je souhaitais peindre la porte entrebâillée sur un paysage atypique. Après réflexion, mon choix se porta sur New York où je n’avais jamais eu l’occasion de me rendre. Ma situation financière ayant ruiné ce projet.
J’étais époustouflé par la beauté du paysage qui s’offrait à mon regard ; les gratte-ciel, la mer à perte de vue et la statue de la Liberté au loin. Je voyageais sans avion, sans passeport, sans stress, avec un gain de temps. Aucune dépense de transport, pas de problème de pollution. Les écolos seraient enchantés de posséder une telle ouverture.
***
Après avoir peint une bonne partie de la matinée, je m’octroyai une pause déjeuner dans un restaurant de Manhattan. Des jeunes gens installés à la table voisine me proposèrent de me joindre à eux. Je protestai maladroitement -ma connaissance de l’américain étant limitée-, mais ils insistèrent en me disant qu’ils avaient observé mon travail...
Le repas se déroula dans une atmosphère bon enfant, et je fis connaissance avec Megan, une jeune femme qui parlait un peu français. Elle rêvait de visiter Paris, la Tour Eiffel, le musée du Louvre et Montmartre. Elle aimait les peintres, les écrivains, les poètes français. Nous passâmes l’après-midi à bavarder, assis sur un banc face à la mer. Les autres étaient repartis vaquer à leurs occupations, et nous étions seuls au monde. Nous nous découvrîmes des points communs : la cuisine asiatique (encore elle), la lecture... Mais surtout les causes chères à nos cœurs comme l’éradication de la famine, de la guerre et la préservation de la planète pour les générations futures.
Partis en excursion dans la ville mythique, j’étais surpris de fouler cette terre si éloignée de Paris et pourtant si proche. La présence de Megan à mes côtés était irréelle. Son visage s’animait tandis qu’elle parlait et je percevais l’amour qu’elle avait pour New York. Ses cheveux blonds, ses traits fins, et sa silhouette gracile m’attiraient irrésistiblement. Je sentais que je ne lui étais pas indifférent.
Après l’échange de nos coordonnées, nous nous quittâmes à regret vers dix-neuf heures en promettant de nous revoir le lendemain. Je me dirigeai d’un pas joyeux vers la porte. Je touchai le bouton et me brûlai les doigts à son contact. Je poussai un cri et lâchai l’objet. Étonnant ! Je sortis un mouchoir de ma poche, enveloppai ma main et tournai la poignée.
Tandis que je faisais un peu de rangement, un message se présenta :
C’est la dernière fois que tu vois cette Américaine. Tu lui diras que tu ne souhaites pas poursuivre la relation. D’ailleurs, elle n’est pas terrible cette fille !
Je fixai les mots qui dansaient devant mes yeux. La porte ne supportait pas que je fréquente Megan. Voilà l’explication du pommeau brûlant.
Le téléphone sonna. Karim m’invitait à prendre un café. Je filai sous la douche tout en songeant à cette porte détestable qui écrit des messages aussi tordus. Certainement le prochain film de Science-Fiction de Spielberg. Un film à gros budget avec deux célèbres acteurs américains pour les personnages principaux. Quant à la porte, elle pourrait camper son propre rôle ! Elle était exécrable, mais convaincante à souhait.
Karim m’avait donné rendez-vous « Au café des Artistes », situé non loin de mon atelier, et je le rejoignis à pied. Installé à la terrasse, il se contenta de me "checker" la main en guise de bonjour. Il avait sa mine des jours de bonnes nouvelles, et ne tarda pas à m’expliquer la raison de cette entrevue surprise. Il avait croisé un galeriste qui cherchait de nouveaux artistes à exposer et il lui avait parlé de moi... Le marchand d’art, brûlait d’envie de me rencontrer.
Je demeurai muet. Karim demanda si je n’étais pas froissé par son initiative et je dus le rassurer. J’étais content mais craignais d’être déçu. Peintre néophyte, je trouvais mes toiles belles, mais je doutais que mon travail soit à la hauteur... Cela dit, une rencontre avec le galeriste ne signifiait pas une exposition, ou des ventes assurées. Pourtant, c’est un oui enthousiaste que je donnai à Karim. La conversation dévia sur son métier. Graphiste publicitaire, il venait de décrocher un contrat en or pour assurer la promo d’un nouveau parfum. C’était mon meilleur ami, et j’étais heureux pour lui. Je le quittai en promettant de passer dîner un soir.
J’avais été à deux doigts de lui reparler de la porte, de mes voyages, de Megan, mais m’étais abstenu. Qui pourrait avaler un truc pareil ? Même moi, je n’y croyais pas. Seuls mes tableaux attestaient son existence. J’aurais pu penser que j’étais fou, sinon !
***
Je revis Megan. Ce n’était pas à la porte de me dicter ma conduite. Pour qui se prenait-elle ! On aurait dit une épouse jalouse. Nous passâmes des heures à discuter autour d’un verre, d’un bon repas... Grâce à elle, j’avais découvert une autre facette de New York ; la ville du farniente, du plaisir, devenue pour moi la capitale de l’amour. J’étais heureux, amoureux et affligé. La femme de ma vie partait un mois à Los Angeles. Megan, directrice des ventes d’une grande enseigne de prêt à porter de luxe, devait choisir la collection pour la saison prochaine.
Affectés par la séparation, le temps allait nous paraître long. Je la pris dans mes bras pour m’imprégner de son odeur et de sa chaleur. Elle cacha son visage pour ne pas montrer qu’elle pleurait. Je la serrai contre moi et lui murmurai qu’elle comptait beaucoup. Elle releva la tête et me fixa de son regard azur, brillant de larmes. Je hochai la tête et elle me sourit.
Les semaines suivantes, je fis des escales peinture dans les plus belles villes du monde. Je regagnais mon domicile chaque soir. Je regrettais d’être seul dans le secret et de ne pouvoir en discuter. On ne me croirait pas puisque je n’avais aucune preuve physique. J’avais essayé de filmer ou de prendre des photos, mais le résultat avait été décevant. Seul le mur se dévoilait !
Le directeur de la galerie d’art devait venir le lendemain pour examiner mon travail, et je trépignais d’impatience. Ma nuit fut tourmentée : je me levais plusieurs fois pour étudier mes toiles ou ordonner mon atelier. J’étais fébrile à l’idée qu’il trouve mon œuvre insignifiante ou en décalage total avec les attentes de sa clientèle chic.
J’avais parlé à Megan de cette visite cruciale, et elle m’avait vivement encouragée. Elle me trouvait talentueux et précurseur.
***
Un impétueux coup de sonnette me tira de mes rêves, et je sautai de mon lit en catastrophe. L’alarme de mon portable n’était pas en cause, je l’avais éteinte à plusieurs reprises et m’étais rendormi. Quel abruti ! Je me levais à l’aube tous les jours et je loupais le coche lors d’un rendez-vous professionnel ultra-important.Je passai un pantalon et une chemise propre (tant pis pour la douche), me lavai le visage en un instant et passai mes doigts dans mes cheveux courts avant de filer ouvrir.
L’homme ne put réprimer un sourire en voyant ma mine chiffonnée. Il se présenta sous le nom de Roger Paludier et m’adressa une poignée de main franche. Il avait une cinquantaine d’années, des yeux curieux et un teint olive. Je lui offris un café puis nous passâmes dans l’atelier. Le galeriste s’arrêta devant chaque tableau ; il scrutait les détails, les couleurs... Il se rapprochait, se reculait, effleurait sa barbe parsemée de fils poivre et sel, mais ne disait rien. Son expression fermée ne me permettait pas de saisir ses pensées. Le stress m’avait gagné et je faisais semblant d’agencer mes pinceaux et mes tubes de gouache pour calmer mon angoisse.
Roger Paludier s’approcha de moi, l’air inquiet. Je compris que mes toiles n’avaient pas eu le succès escompté. Je m’apprêtai à lui dire que j’étais un artiste débutant quand il me demanda :
— Quand serez-vous prêt ?
Je demeurai interdit. De quoi parlait-il ? Me demandait-il quand je serai prêt à peindre sérieusement ? Comme un vrai peintre ?
L’homme, amusé par mon silence perturbé, reprit la parole :
— Jeune homme, je suis troublé par votre talent. Depuis des années, je recherche un artiste capable de coucher sur ses toiles des scènes de vie aussi intenses en couleurs et en émotion. Vos tableaux sont authentiques, chaleureux, explosifs, et dégagent un petit quelque chose qui me plaît. Je suis prêt à vous exposer dès que vous serez prêt. Votre ami Karim était enthousiaste quand il parlait de votre œuvre, et je pensais à tort qu’il s’emballait pour rien. Je le rejoins complètement. Votre coup de pinceau, impressionnant de réalisme, a saisi l’âme de chaque paysage immortalisé sur vos toiles. Si vous exposez chez nous, attendez-vous à un raz de marée au niveau des ventes. J’ai rarement vu une peinture aussi créative !
Je bafouillai quelques mots de remerciement, tandis que le galeriste me glissait sa carte dans la main en me demandant de l’appeler sur son portable à n’importe quelle heure.
Après son départ, je restai assis sur le canapé à contempler le bristol luxueux qui indiquait "Galeries du futur", dans le seizième arrondissement de Paris. Heureux, je composai le numéro de Karim et le remerciai.
Megan rentrait le soir même, et il me tardait de lui annoncer de vive voix la nouvelle. J’avais prévu de l’inviter à dîner à Paris et de la demander en mariage. Notre séparation avait confirmé, ce que je savais déjà : je ne pouvais vivre sans elle. C’était mon âme sœur !
***
Le taxi déposa Megan devant notre endroit de rendez-vous officiel : le banc qui faisait face à la mer et à Ellis Island. Je payai la course et donnai un pourboire au chauffeur. J’avais vite compris que ma carte bleue, pourtant internationale, ne serait d’aucune utilité aux vendeurs de hots dogs, de glaces... Heureusement, le bureau de change du coin de la rue avait résolu le problème.
Megan était plus belle que jamais, et je la serrai contre moi. Grâce à la magie du décalage horaire, Il faisait encore jour à New York, et nous nous établîmes sur notre banc. Elle me demanda comment j’avais fait pour revenir si vite de Paris. Elle s’inquiétait pour mes finances et proposa de m’héberger pour que j’économise le loyer. Je souris et détournai la conversation en l’interrogeant sur son séjour. Avait-elle bouclé sa prochaine saison ? Elle hocha la tête et se lança dans les premières explications. Elle me questionna sur mon rendez-vous avec le galeriste, et je lui narrai toute l’affaire. Folle de bonheur, elle se jeta dans mes bras.
Je décidai de lui avouer mon secret et l’implorai de m’écouter. Je jetai un coup d’œil à la porte, mais celle-ci était sereine. Alors que je parlais, je vis peu à peu l’expression du visage de Megan changer. Elle semblait affolée par mes propos. Je la rassurai et lui jurai sur ma peinture que tout ce que je disais était vrai. D’ailleurs, je projetais de l’emmener dîner ce soir à Paris ; elle pourrait dormir à la maison et on passerait le week-end à visiter la capitale. Un sourire éclaira le visage de la jeune femme, tandis qu’elle me disait que ma blague était amusante mais qu’elle avait assez duré.
Frustré de ne pas être cru par la femme que j’aimais, je sortis mon téléphone portable et lui montrai les dernières photos avec les dates et les lieux. Megan comprit que je ne pouvais pas me trouver en Australie le matin et au Canada l’après-midi...
Je la pris par la main, me dirigeai vers la porte, et lui demandai ce qu’elle voyait. Elle m’annonça qu’elle ne voyait absolument rien, si ce n’est le cadre habituel, avec les passants, les voitures... Je serrai sa main et touchai le bouton avec prudence. À mon grand soulagement, il était froid. Impatient de lui faire découvrir Paris et mon univers, j’ouvris la porte sur mon appartement...
Au moment de franchir le seuil, une force démesurée m’attira à l’intérieur et m’arracha la main de Megan. Je fus projeté au sol où je me cognai la tête. Le temps de me retourner, la porte claqua, et je me retrouvai seul dans mon atelier. Megan avait disparu.
Affolé, je me levai et me dirigeai d’un pas furieux vers la porte en hurlant : « OU EST MEGAN ? »Je stoppai en voyant une phrase se former :
— La pouffe est restée à New York. Elle est très bien là-bas !
— Comme oses-tu me faire ça ! Tu es ignoble.
— Et toi, tu t’es vu ? Qu’as-tu fait pour moi ? As-tu cherché à me connaître ?
— C’est une plaisanterie ? Tu n’es qu’une porte !
— Oui, je suis une porte et je t’ai offert le monde à peindre. J’ai pris soin de toi. Et que m’as-tu donné en retour ? RIEN ! Tu ne sais même pas qui je suis. Pour ta gouverne, je me prénomme DOUNIA. En arabe, Dounia a plusieurs sens : il peut signifier "richesse", "source de vie" ou "le monde". Je m’aperçois que je me suis trompée sur toi, et que tu ne me mérites pas. Tu es égoïste et sans cœur !
Je m’apprêtais à répliquer mais la porte s’évapora dans un bruit de sanglots.
Je parlais à un objet qui me reprochait des choses. Et pour couronner le tout, cette maudite ouverture avait un prénom. On aura tout vu ! Comment en étais-je arrivé là ? Je songeai à Megan et tentai de la joindre. Elle devait être affligée, la pauvre. Maintenant, elle me croyait puisque je m’étais évanoui sous ses yeux...
Megan ne décrocha pas. Je laissai de nombreux messages sur son répondeur et la suppliais de me rappeler. Et s’il lui était arrivé malheur ?
J’appelai la porte de toutes mes forces, mais mes implorations demeurèrent vaines. Elle était offensée.
Plus tard dans la soirée, je réchauffai un plat de lasagnes surgelées et me forçai à manger un peu. L’inquiétude me rongeait et j’avais bu des litres de café. Je parlais tout seul et je regrettais de ne pas avoir pris la dimension de cette satanée porte.
Pour une raison inconnue, celle-ci avait une âme, un cœur, des sentiments... Elle n’avait pas tort. Je n’étais qu’un égoïste. Je n’avais pas pris la peine de la connaître, de l’aimer ou de la remercier. Elle était là depuis le début de l’aventure et, le premier étonnement passé, j’avais pris les choses avec détachement. J’aurais dû voir qu’elle souffrait à travers ses messages. Je ne savais rien d’elle ; d’où elle venait, son histoire, ses tourments... Maintenant il était trop tard. Je la voyais mal réapparaître le lendemain matin, comme si de rien n’était.
Sur internet, je cherchais des informations sur une ancienne porte qui aurait un lien avec la peinture... Après deux heures de prospections, ma peine fut récompensée. Une légende racontait qu’au Moyen Orient, Dounia, une belle princesse, était tombée amoureuse du peintre qui faisait son portrait. Le roi, hors de lui, avait fait exécuter l’artiste et avait ordonné à un mage de chasser cet amour du cœur de la princesse. L’enchanteur s’était trompé de potion et avait transformé la jeune femme... en porte. Pour se libérer du sort, la porte était condamnée à hanter les ateliers sans révéler son secret. Le charme serait rompu lorsqu’un peintre tomberait amoureux d’elle...
J’étais désolé pour Dounia, mais ce n’était pas mon problème ! J’avais déjà trouvé "ma princesse". Elle n’avait qu’à chercher un autre artiste...
En temps normal, cette histoire aussi atypique qu’intrigante m’aurait captivé. Mais pas ce soir, où mes pensées étaient focalisées sur Megan.
Le matin me trouva épuisé. Je m’étais endormi à l’aube après avoir cogité toute la nuit. J’avais fait cauchemar sur cauchemar et je ne voyais pas d’issue à mon problème. J’avais pris la décision de me rendre à l’aéroport afin d’attraper le premier vol pour New York. J’étais inquiet pour Megan et je voulais la retrouver. C’était la seule chose qui importait à mes yeux !
Je me levai comme un somnambule et pris la direction de la salle de bains. Mes pas me menèrent instinctivement dans mon atelier, et je vis la porte entrouverte sur New York. J’étais follement heureux de son retour et la remerciai d’avoir changé d’avis, mais elle demeura silencieuse. Je me rendis dans ma chambre, enfilai un jean, un tee-shirt, me coiffai avec les doigts et saisis mon blouson sur la chaise.
Fébrile, je revins dans l’atelier et m’aperçus avec soulagement que la porte n’avait pas bougé. Je m’engouffrai sur la place et me retrouvai devant Megan. Elle était couchée par terre, recroquevillée, et paraissait souffrante. Je m’agenouillai à ses côtés. Elle était consciente mais ne pouvait parler. Que lui était-il arrivé ? Je baissai les yeux et découvris une plaie sur son abdomen qui laissait échapper un filet de sang.
Épouvanté, je jetai un coup d’œil autour de moi pour demander de l’aide. Non seulement j’étais seul avec la jeune femme mais, en plus, New York s’était volatilisée pour laisser place à la savane Africaine dans toute sa splendeur.
Horrifié par la tragique situation, je tournai la tête vers la porte et aperçus le mot « fin », qui se formait en lettres rouges, tandis qu’elle se dématérialisait lentement dans un grand rire méphistophélique. Deux lions qui semblaient affamés firent ensuite leur apparition...
 
FIN



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De margotin · il y a
Très joli conte

Je vous invite à découvrir Nilie au concours du Prince oublié. Merci beaucoup

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Ratiba Nasri · il y a
Merci pour votre passage !
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Artvic · il y a
Un très bon récit Ratiba, bravo pour votre imagination, c'est que je suis en suspens avec cette fin ! une suite ! ggrrr ! mon vote
Je vous invite sur un air d'accordéon !

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Ratiba Nasri · il y a
Merci Artvic pour ce beau commentaire touchant. La suite est déjà dans la boite (cranniene) ;-) Je l’ecrirai dès que mon emploi du temps sera un peu plus libre.
J'ai lu, apprécié et voté pour 'sur un air d'accordéon'. A bientôt sur nos pages !

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michel jarrié · il y a
On se laisse en ''portée'' par votre histoire surréaliste. On aurait tant voulu une issue comme dans les contes de fée...Imagination hors du commun. Un excellent moment.
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Ratiba Nasri · il y a
Merci Michel pour ce joli retour.
Je voulais une fin heureuse, mais Dounia n'était pas d'accord ;-) Trop fâchée contre Romain. A bientôt sur votre page !

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jusyfa *** · il y a
La fertilité de votre imagination n'a pas de limite, formidable fiction construite de main de maître. Le style entraîne le lecteur au coeur de l'histoire, séquences après séquences.
Bravo Ratiba ! Pourquoi cette nouvelle n'est-elle pas en compétition ?Je suis certain que vous seriez dans le groupe de tête cette fois encore.
À bientôt.
Julien.

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Ratiba Nasri · il y a
Bonsoir Julien,
Merci pour ce superbe commentaire qui me touche beaucoup.
Oui, je pourrai la proposer pour le Grand Prix. A voir si elle peut être acceptée par le Comité des lecteurs.
A bientôt sur votre page ! Ratiba

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Cathy Grejacz · il y a
Découvert par hasard
Un conte pour ma lecture du soir
Un très bon moment
À bientôt peut-être sur ma page

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Ratiba Nasri · il y a
Merci Cathy pour votre passage. Au plaisir de vous lire 😊
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Sally hanari · il y a
Super réécriture de conte. J'ai beaucoup apprécié les interventions de dounia la porte parlante 😊
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Ratiba Nasri · il y a
Merci Sally pour votre lecture.
Ce conte n'est pas une réécriture. Pure invention de ma part. J'ai laissé parler mon imagination ;-)
Bonne soirée !

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Teddy Soton · il y a
Bonjour Ratiba,
Un récit comme à son habitude bien mené et qui nous tient mystérieusement jusqu’à la fin, toujours un plaisir de vous lire :)
Je suis en finale avec Frénésie 2.0 merci pour votre soutien :)

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Ratiba Nasri · il y a
Merci Teddy pour ce beau retour. A bientôt sur votre page !
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Chorouk Naim · il y a
C'est joli
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Ratiba Nasri · il y a
Merci beaucoup. A bientôt sur votre page !
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Adjibaba · il y a
Très belle histoire!
Vous avez du talent Ratiba!
Je vote et je m'abonne avec plaisir.
Un petit saut dans " Entre justice et vengeance " : https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/entre-justice-et-vengeance

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Ratiba Nasri · il y a
Merci Adjibaba pour ce joli retour touchant. Mon prénom, c'est Ratiba :-)
Je viendrai vous lire avec plaisir !

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Adjibaba · il y a
Merci pour votre soutien.
"Entre justice et vengeance" est finale. Je vous invite à me soutenir encore.

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