Douce Neige

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Je m’ennuie toute seule dans cette tombe...C’est pourquoi j’ai décidé de vous raconter ce qui m’est arrivé au moment même où je l’ai vécu.
« Plus qu’un jour et c’est les vacances ! » Je me lève, je regarde ma tête dans le miroir et j’hausse les épaules, ça ne sert à rien de se faire belle, je n’ai personne à impressionner. Je m’habille en vitesse, un pantalon, un pull et c’est parti. Je prends mon chemin habituel pour me diriger vers la faculté.
Il fait froid dehors en plein hiver et les rues sont silencieuses. Il est encore tôt, le jour se lève à peine et le brouillard ne semble pas vouloir se dissiper. Je vois au loin un homme avancer dans ma direction, je n’y prête pas spécialement attention jusqu’à ce qu’il s’arrête devant moi. Il a l’air gentil, il m’aborde calmement et me demande la direction pour aller vers la gare. Je réponds machinalement : « Vous allez tout droit puis au supermarché à droite et vous y êtes ! ». Il hoche la tête marmonnant un merci dans sa barbe mal entretenue. Je réponds que ce n’est rien, voulant continuer ma route le plus rapidement possible. Mais tout d’un coup son expression est devenue sombre. Je lui demande donc si tout va bien, mais pas de réponse.
Je n’ai pas eu le temps de tracer mon chemin qu’une main m’empoigne le bras pour m’emmener avec elle. Je me décide à crier au bout de quelques mètres, échec, la rue est vide et sombre. Il m’embarque dans une ruelle, je distingue au loin une camionnette et j’ai l’impression de voir quelqu’un dedans. C’est peut être mon jour de chance, j’essaye de crier une nouvelle fois mais rien. Aucun mouvement.
L’homme qui me traîne se retourne brusquement: « Arrête de crier sale truie ou je t’en colle une ! » me hurle-t-il au visage avant de reprendre sa route en me tirant.
C’est lorsque qu’il s’arrête devant la camionnette que je comprends que je suis perdue. Son acolyte ouvre la portière et me dévisage grossièrement des yeux. Mon ravisseur me pousse à l’intérieur en me claquant les fesses au passage. Je me retrouve seule à l’arrière, j’essaye de trouver un moyen de sortir mais comme prévu, tout est fermé. Ils entrent enfin dans la voiture, une vitre nous sépare mais je les entends distinctement.
« Alors ma belle, contente d’être en notre compagnie ? On t’emmène dans un endroit de rêve tu vas voir ! », m’adresse le conducteur alors que son collègue hurle de rire.
Je décide de ne rien répondre, j’essaye de rester calme et de trouver une solution. Que puis-je faire pour me sortir de là ? J’en profite pour déchiffrer leurs visages, histoire de m’en rappeler si besoin. Celui qui conduit est blond, les cheveux gras, une dent cassée et sans pouce à la main droite. Son collègue, celui qui m’a amené ici a des cheveux noirs corbeau, des bagues en or à tous les doigts et une barbe négligée. Ils sont monstrueux dans tous les sens du terme.
Ils jactent dans la voiture en direction d’un endroit qui m’est inconnu et la peur commence à s’emparer de mon esprit. Vais-je revenir chez moi un jour, et surtout, en vie ?
Après trente minutes de route environ la camionnette s’arrête nette. Je ne vois rien au loin à part des champs enneigés et c’est à cet instant que je comprends que ne rentrerai jamais chez moi. Ils ouvrent l’arrière et ils essayent de m’attraper à nouveau mais je me débat, mettant un coup de pied dans l’œil du brun. « Salope, chienne va, tu vas payer de m’avoir fait mal comme ça ! », me crache-t-il au visage en se cachant l’œil. C’est alors qu’il me prend par les cheveux, m’extirpe de la voiture et me traîne par terre pour m’emmener dans une grange. Etrangement, je ne ressens pas de douleur mais seulement de la peur.
Il me jette contre un mur, je n’ai pas le temps de retenir ma nuque et je me le prends de plein fouet. J’ai mal et j’ai la tête qui tourne, je sens mes yeux se fermer et d’un seul coup, plus rien.
Je me réveil sûrement quelques heures plus tard, j’ai froid et mal au crâne, j’ouvre délicatement les yeux pour me trouver nez à nez avec mes kidnappeurs. Ils sont là à me regarder, le regard avide de chair fraîche.
«Salut beauté, tu te réveilles enfin, tu en as mis du temps !, commença le blond
- Tu nous en veux pas, on a commencé à jouer avec toi pendant que tu faisais un somme... », ricane le second.
Mes yeux s’affolent, je regarde mon corps de haut en bas pour tout vérifier, commencer à jouer ? Mais avec quoi ? Je remarque que je suis attachée avec des fils en plastiques coupants et très serrés. A force de bouger pour m’observer, je commence à ressentir une douleur en bas, je grimace, quelque chose me gêne et je ne sais pas ce que cela peut bien être.
« Tu la sens hein ? Alors tu aimes ?, glousse le barbu
- On la mise pendant que tu dormais, histoire de pimenter notre jeu...», proclama le blond en se léchant les lèvres.
Bon sang mais que m’ont-ils mis entre les cuisses ?
«C’est une petite lame de rasoir...Tu devrais rapidement commencer à apprécier !, dit-il d’un sourire malsain
- Tu vas voir, ça picote un peu !», termina le brun.
Mon visage se décompose. Le blond s’approche de mon visage pour y lécher sans douceur ma joue. Il me donne envie de vomir, pourquoi souiller mon corps ainsi ?
Ensuite vint le brun, avec un cutter il découpe mon pull en passant entre mes seins, laissant une marque sur ma peau de son passage. Je serre les dents, la douleur commence à se faire vive. Je n’ai déjà plus de bas, me voilà à nue, devant deux hommes qui ne me veulent que du mal. J’ai de plus en plus froid. Je n'ai plus de force.
« Bah alors, ça ne te plaît pas notre petit jeu ? dit le brun en souriant
- Il faut la punir si elle ne s’amuse pas... », insiste le sans pouce.
Me punir ? Tout d’un coup le brun éclate d’un rire saccadé. Le blond se lève, me prend par les seins pour m’emmener dehors dans la neige et me lâche dans un champ.
« Tu vas voir, ce jeu est encore mieux ! », dit-il en se frottant les mains.
Le brun nous suit avec un seau d’eau fumante, sûrement brûlante. J’ai tellement froid maintenant, j’ai les seins en feu et je brûle entre les cuisses. C’est à cet instant que le premier seau d’eau bouillante se retrouve sur mon corps. La différence de température me fait crier de douleur. Je suis brûlée par le chaud et par le froid. Je ne tiens plus, mes larmes coulent le long de mon visage pâle et gelé. Alors qu’eux rigolent face à ce spectacle qui les régale. Pendant plus de deux heures mon corps a subi ces tortures. Je n'arrive même plus à crier. Je n’ai plus de force et la neige commence à tomber.
Ils sont partis, me laissant dans ce pré glacé. Je regarde le ciel et les flocons se posent délicatement sur mon visage. C’est la chose la plus douce qui me touche depuis des heures. Je continue de pleurer, me disant que le paysage de ma mort ne sera pas aussi dégoûtant que les hommes qui me l’auront donné. Le ciel est blanc et immense et je me sens encore plus seule face à ce vide. Je sais que mon corps ne tiendra plus très longtemps, je m’allonge alors dans la neige, priant pour que ma fin arrive avant qu’ils ne reviennent.
J’ai dû avoir de la chance pour une fois dans ma vie, puisque me voilà maintenant sous terre, sans avoir revu leurs visages après avoir contemplé celui du ciel enneigé. Ils ont peut être joué avec mon corps sans vie cependant cela n’a plus d’importance. Je ne suis plus personne dans ce monde et je suis désormais le fantôme de cette femme torturée pour le plaisir de deux hommes. Je ne saurai jamais comment on m’a retrouvé ni si ces hommes ont pu être arrêtés. Et puis de toute façon, je ne suis sûrement pas la première, ni la dernière.
Et pourtant, aujourd’hui, j’aurais dû avoir vingt ans. Et suis là, enterrée six pieds sous terre depuis bientôt plus de trois mois. Plus personne ne vient me rendre visite et je me sens seule ici. Pourquoi maintenant, pourquoi si jeune ? Pourquoi moi et pas une autre ? Tout allait si bien dans ma vie, un petit ami charmant, une famille présente, des amis fidèles et une réussite scolaire sans faille. Il n’y avait aucune raison pour que cela m’arrive, pour que je devienne un fantôme, un corps inanimé que l’on enterre et que l’on oublie à jamais.
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