Dites-moi docteur, est-ce normal ?

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Depuis le fracas de sa mise en service et les polémiques qu’il a engendré, le dispositif de "l’état d’urgence" n’a pas changé ma vie, n'en déplaise aux esprits chagrins. Il ne m’a pas permis de voir débouler chez moi, le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve et les agents encagoulés du GIGN. Ceux-ci n’ont pas enfoncé ma porte, à coups de bélier, à six plombes du matin, avec la certitude d’y trouver un fusil « Mas 36 », modifié « 39 » ; deux lance-pierres de fabrication artisanale ; une boîte de Chamallows Haribo -pour attirer des enfants martyres- ; cent mille francs en petites coupures de monopoly ; deux kilos de chips (ne pas confondre avec du « chit ») ; un jouet tacky-walky des années 70 ; quelques crucifix en bois de hêtre, fabriqués par les sœurs Ursulines de la Sainte Famille et autres exemplaires d’un ouvrage littéraire satanique, prônant l’éradication du Maure et faisant l’apologie d’un protestantisme-Luthérien-Calviniste radical.

Non, rien de tout ça !

VRAIMENT DOCTEUR ? PAS UNE PETITE DÉFICIENCE, ICI OU LA ?

Tout au long de ma vie, surtout lorsque j’étais jeune, lors d’un banal contrôle routier, j’ai bien dû être arrêté deux ou trois fois par la police et une autre fois, pour avoir dépassé de 10k/h, la vitesse autorisée. Je n’ai pas le souvenir d'avoir insulté les agents de la force publique, sous prétexte qu’ils me demandaient mes papiers. J’ai bien dû m’acquitter, en tout et pour tout, de trois ou quatre « prunes » pour stationnement interdit. Je n'ai pas d'avantage agressé les pompiers venus éteindre l'incendie qui s'était déclaré dans mon immeuble, ni tabassé le médecin urgentiste, venu soigner mon voisin.

Enfant (oui, j’avoue et j’en suis encore tout honteux), avoir détalé comme un zonard de l’époque, à la seule apparition, au coin de la rue, de deux agents de la marée chaussée, la cape au vent, montés sur leur « hirondelle », sans qu’ils aient pour autant, le moindre regard pour moi... et encore moins, une amorce de reproche à me faire.

DOCTEUR ! AI-JE BESOIN D'UNE THÉRAPIE COGNITIVE-COMPORTEMENTALE ?

Mon père ne m'a jamais bercé trop près du mur. Il n'a pas non plus battu ma mère parce que la bouteille de vin était presque vide. Ma sœur n'a pas vendu son corps pour financer son rail quotidiende coke. J’ai mangé ma soupe, alors que je ne l’aimais pas. Je n’ai ni violé my english teacher, dès la montée de mes premières pulsions sexuelles d’adolescent, ni envoyé à l’hôpital, mon prof de math qui pourtant m’avait fait l’affront de me demander, combien faisait 11 et 11. Mon père n’est pas venu lui défoncer la "teuté" pour m'avoir traité d'âne.

Je n’étais pas sur les barricades en mai 68, au côté de « Daniel le rouge », à cramer des voitures et à haranguer les CRS. J’ai fait mon « sapin », pendant 18 mois. Il est vrai que je m’y suis copieusement emmer... ennuyé, mais avec le recul, je dois bien admettre qu'au sortir de l'adolescence, j'y ai plus appris de la vie en société et des rapports humains que nulle part ailleurs.

Je ne pense pas avoir commis un quelconque délit (...Ah si...une fois, j’ai fait six jours de cabanon, pour avoir fait « le mur » de la caserne. Je sais...c'est mal !).

Plus tard, j’ai travaillé 45 heures par semaine pour 900 balles par mois. Je n’ai pas contracté d’emprunts, donc pas eu à (ne pas) le rembourser. J’ai payé mes charges, mes impôts de citoyen. Bon protestant, je me suis marié à l’église apostolique et romaine, où j’ai embrassé (respectueusement) le culte de ma femme, le pasteur m’ayant refusé sa bénédiction. Pour autant, je ne l'ai pas saigné comme un porc ! De même, je n’ai jamais battu mon épouse (sauf en état de légitime défense...). De plus, ensemble et d’un commun accord, nous avons fait un enfant. Un seul égoïstement ! Oui, mais un enfant de l’amour, conçu sans arrière-pensée, sans convoiter quelque subside qui nous aurait permis d’acheter le nouveau téléviseur couleur, de chez Grundig avec télécommande. Sans calculer, non plus, le montant des allocations que finalement, nous aurons nous-mêmes à payer, au profit de ceux qui en ont eu plusieurs. (Bien fait pour nous... !)

...OU ALORS, UN SCHIZOPHRÈNE QUI S'IGNORE ?

Du délit de faciès, je n'ai point succombé. Il est vrai qu’on a le faciès et la stature que l’on peut ! Et que l’on a probablement plus de chance de se faire respecter dans la vie, en s'appelant David Douillet que" Moktar Abdelaziz". Il est vrai aussi que la couleur de ma peau est aussi rose que celle d’un écossais shooter au bêta-carotène. J'ai le cheveu châtain clair et une coupe très éloignée de celle du Mohican, modèle footballeurs. Mon corps n'est pas tagué de messages, exhibant mes haines, mes souffrances, ou mes états d'âme ! Je n’écoute pas du Rap, à fond les décibels, dans ma BMW noire décapotable, dernier modèle. Ma femme me donne son avis, quand bien même, je ne le lui demande pas. Et je l’écoute quand même. L’été, elle se baigne, en maillot deux-pièces, dans des lieux où se côtoient hommes, femmes et enfants. Le seul masque qu’elle s’autorise, est une crème hydratante et un léger maquillage. Dans la rue, elle marche à côté de moi et non pas à trois mètres derrière. Elle achète elle-même ses sous-tifs. Elle ne dissimule pas son visage pour obéir à un improbable précepte religieux ou pour se soustraire à la convoitise libidineuse des hommes autres que celle de son époux. Elle consulte un gynécologue qui est du sexe masculin et cela, sans que j'exige d'être présent. De même, elle ne lui demande pas de fermer les yeux et de mettre des moufles lors de l'auscultation. A table, il nous arrive de manger une ou deux tranches de sauciflard et de temps en temps, nous ne crachons pas sur un petit coup de rouge.

Et malgré ces comportements de mécréants, typiquement occidentaux, les mâles de ma famille n'ont pas tenu conseil avant de décider, de laver l'affront, par la lapidation !

Cela dit et hormis le cas ci-dessus exposés, je reconnais à celui qui, par idéologie religieuse, ou du fait de sa culture (et non, par provocation), n'adhère pas à ma façon de vivre. A l'inverse, si je peux admettre et tolérer ses pratiques -à défaut de les comprendre-, j’entends bien qu'on ne me les impose pas.

Quant à mes goûts, mes opinions, ils m’appartiennent et n’obligent personne.

Y compris dans mon propre espace, je suis de ceux qui pensent que « l’étranger » a droit de cité. Je reconnais à ce dernier, la légitimité de vivre sa vie, ailleurs que dans son pays d’origine, comme bon lui semble, avec ses différences, sa culture, sa religion.

Cependant, cette option ne pourra être recevable que dans la mesure, ou le candidat aimera son pays d’accueil ; qu’il respectera ses lois, ses coutumes, ses principes fondamentaux ; qu’il mettra tout en oeuvre pour s'y intégrer, sans retenue et sans que cela soit un crève-cœur pour lui, mais surtout qu’il ne m’imposera pas, par la crainte, le mépris, la haine, d'adopter son mode de vie et de pensées.

Le jour où ce profil, certes louable de « l’autre » se dessinera et si malgré cette avancée, je continuais à l’ignorer, j’accepterais alors d’être taxé de raciste, avec toutes l'ignominie que le mot suggère.

UN DÉLIRE MONOMANIAQUE ALORS !...

J’ai probablement manqué quelque chose. Ma vie finalement a été bien banale, bien monotone. J’ai accepté. Comme le manichéen Mouton de Panurge, je suis le troupeau ; le corniaud privé de bon sens et qui, comme les autres qui le précèdent, saute du bateau pour se précipiter bêtement dans la mer.

Comme beaucoup, malgré les vociférations que l'on entend ici et là, je suis rentré dans le moule de la morale commune et de la tolérance bienveillante.

Mais, au fil des ans et depuis peu, j’ai amorcé ma lente révolution culturelle que certains qualifieront probablement de régressive et cela, jusqu’à retrouver l’ADN de mon ancêtre, l’homme de Cro-Magnon qui lui, (le rustre), ne connaissait qu’une loi, celle du gourdin. Comme mon aïeul, je suis tenté de ne plus être "politiquement correct ", et de conserver, à mon côté un argument dissuasif, puisque sans succès, tout a été dit. Argument qui lui, saura me défendre et peut-être, me maintenir en vie, n’en déplaise aux adeptes inconditionnels du stérile et éternel dialogue social, aux béni-oui-oui et autres bisounours moralisateurs qui prônent les valeurs de l’acceptation, de la fraternité et de la justice, comme le faisait grand-papa, -communiste-de-la-première-heure-le-poing- levé-et-qui-au-nom-des-peuples-opprimés-s’érigeait-en-justicier-défenseur-inconditionnel-de-la-classe-ouvrière-laborieuse.

Devant l’adversité incontrôlée, comme mon lointain aïeul, je crains ne plus pouvoir adopter un comportement civil et intelligent, où la raison supplanterait des pratiques d'un autre monde. Je ne tenterais même plus de raisonner l’agresseur. Je ne lui laisserais plus dire que ce que je fais et ce à quoi je pense, c’est pas bien ! Que c’est même mal ! Je ne me déclarerais pas d'avantage, porteur avisé d'un dogme pompeux empreint de certitude pour tenter de lui dire ma façon de penser qui, en tout état de cause, ne sera jamais la sienne et inversement.

Avant de mourir, si j’en ai le temps, j’aurais asséné mon gourdin sur la tête de celle ou de celui qui constituera une menace imminente pour tout ce à qui et à quoi, je suis humainement et culturellement attaché.

Comme disait Michel Audiard : «Dans les situations critiques, quand on parle avec un calibre bien en pogne, personne ne conteste plus... ».

Aucune idéologie dans cette perspective. Aucune incitation à la violence. Aucune haine. Aucun racisme, dont je me défends et dont pourtant, on m’accuse à longueur de journée. (Le racisme et l'intolérance ne sont pas toujours là où l'on croit...!). Comme Cro-Magnon, un banal réflexe de survie uniquement pour rétablir les règles d’un jeu où les dés sont pipés et qui voudraient que les antagonistes n’aient pas les mêmes armes, les mêmes méthodes, les mêmes valeurs, leur permettant de cohabiter en toute sérénité. Peut m’importe désormais que l’on dise -« voilà un raisonnement abscons, un handicapé de la solidarité, un déficient du raisonnement.

Finalement, un parfait imbécile...! Oui, peut-être ! Mais, à la réflexion, ni plus, ni moins que ce chef d’état qui n’hésiterait pas, à dézinguer un avion de ligne, avec 350 innocents passagers à bord, au motif que les terroristes qui l'ont détourné, ne répondent plus aux injonctions et dirigent l'appareil tout droit sur une centrale nucléaire classée "Seveso".

J’ai visité quelques pays étrangers et je ne pense pas avoir porté atteinte aux mœurs et aux usages de ceux qui m’ont accueilli sur leur territoire. Je ne pense pas d’avantage avoir hérité de lointains croisés fanatiques sectaires et sanguinaires, fossilisés depuis des siècles et avoir une quelconque réminiscence de suprématie religieuse et dominatrice. De plus, j'ai nulle raison, ni l'envie de m'y établir, d’autant que je n’ai aucun espoir de voir ce pays m’offrir des avantages substantiels et iniques que le mien serait incapable de me procurer. Et quand bien même, pour des raisons de survie tant économiques que politiques, je devais y être contraint, je ne chercherais pas à imposer à la terre qui m'accueille, ma façon de vivre et de penser et cela, à l'instar d'autres cultures qui ont eu recours à l'exode et qui se sont parfaitement intégrés dans ce pays, sans qu'ils n'aient jamais eu à renoncer à leur propre aspirations.

Comme des milliards d’individus sur cette terre, je n’aspire qu’à vivre en paix et je refuse qu’une poignée de pseudos guides d’une idéologie radicale incontrôlée, dont le Dieu prônerait la haine, la violence et la mort, me dictent par la force et la soumission ce que, chez moi, je dois faire et ne pas faire.

ALORS, DOCTEUR, DITES-MOI FRANCHEMENT, EST-CE VRAIMENT GRAVE ?
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