Digressions de salon

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écrire pour se vivre encore et encore, pour jouer avec ses miroirs et ses mémoires. Ecrire pour se voir dans l'autre, pour voir l'autre en soi  [+]

2.12.85 (au moment du 1er salon littéraire de Cognac)


Rose-Marie,


Tu as été le seul brin de lumière de ce salon « littéraire ». Ils m’ont dégoûté au point que j’ai décidé de régler mes comptes avec eux. Dans le journal, demain, on verra bien ce que les journalistes auront fait de mon insoumission aux règles du salon.
Je te raconterai en détail si on a l’occasion de se revoir un jour – je l’espère, bien sûr.
Oui, le seul brin de lumière... à un moment donné, tu l’as peut-être senti, tu m’as même intimidé... Ce putain de salon a bien failli me faire jouer un rôle aussi avec toi. Mais, tu vois, ma conscience et mon étoile ont protégé l’essentiel. Je n’ai – ce jour-là – fait semblant à aucun moment. Ils peuvent remballer leurs prix et leurs sornettes, leurs discours et leurs majorettes, mon livre n’est pas pour eux, ni ceux qui vont suivre. Le prochain salon, ils le feront sans moi.
Quand tu es apparue, c’est quelque chose de vivant – d’extrêmement vivant – qui a déchiré les voiles de nullité de la salle où on nous avait parqués. Rayonnante – unique – seule – fière – vivante – « nos vingt ans sur leurs ruines » ». Toi.
Et puis tu es partie. Je t’ai laissée partir, alors qu’on ne s’était encore rien dit. Après que tu te sois envolée vers ailleurs, je n’avais plus rien à faire au salon. J’ai bêtement attendu l’heure de la débauche – comme si je n’étais pas un homme libre.
Mais tu m’as sûrement aidé à ne pas me laisser subjuguer par la mascarade de ce salon. Toi, tu étais vraie. Le reste n’était que bibelots pour mercantiles décadents.
Tu reviendras, n’est-ce pas ?
Tu réapparaîtras, non ?...
Écris-moi vite, car je crois que je suis tombé amoureux d’une passagère du vent – de l’aventurière d’un de mes romans à venir...
Explique-moi tes dix-sept ans et interroge les trente et un miens. Je veux bien croire que nos cassures seront le maillon de la plus indestructible des chaînes.

A bientôt... toi.
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