Deux soi-disant

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S'exprimer par écrit, quelle plaisir ! Rédiger une correspondance manuscrite, une histoire courte tapuscrite ou encore écrire un message bref sur un post-it (appliqué ensuite sur le frigo) : de  [+]

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Il se prénommait Joseph ou Jean-Rodolphe selon la situation. Le prénom et ses éventuels appendices pouvaient changer au besoin. Jeune et sans le sou, « il en voulait » et « il en voulait encore ». Il expliquait sa propension à fréquenter les cercles les plus en vue par une volonté sans faille de se construire une place d’importance en ce bas monde.

Régulièrement, il réussissait à se faire inviter dans les réceptions les plus fermées en usant de subterfuges d’une incroyable variété. Ainsi, c’est parfaitement à l’aise – tout feu, tout flamme - qu’il papillonnait dans le Tout-Paris, à moins que ce ne soit le Tout-Boston ou encore le Tout-Madrid. Finalement, peu importait la capitale car c’est dans « le Tout » qu’il entendait évoluer, causer, séduire et gravir les échelons tel un Rastignac ou un Bel-Ami, en beaucoup mieux bien sûr que « ses » prédécesseurs non d’opérette mais de romans. Son seul métier : produire le vent le plus « tendance » afin de flatter les oisives girouettes – celles des châteaux, des palaces ou des « lounges », rencontrées sur sa route en escomptant - évidence - être et encensé en retour, et couvert d’or bien doré (sic).

Seulement voilà : il y avait des hauts et des bas. Plutôt des bas pour notre Jean-Louis (ou Rodolphe, André, Stéphane...) occupé, une large partie de son temps, à négocier les emprunts de la veille, de l’avant-veille ou du mois précédent.

Fort heureusement notre héros excellait à embobiner des naïfs croisés à la sortie des banques ou des bureaux de change : si, si, on se connait, c’était, mais oui, il y a deux ans chez... Non, je n’ai guère le temps. Oh, le hasard fait bien les choses ! Pourriez-vous juste me dépanner de quelques sous parce que là...

Le coup du « on se connait » figurait en tête de liste de ses classiques. Certaines cibles à haut potentiel exigeaient l’emploi d’amorces « cousues main » plus appropriées. Un seul exemple : en quête de grosses coupures car il ne disposait « soi-disant » que d’une encombrante monnaie, il envoutait sa proie par une surenchère de caresses enrobées de mielleuses fioritures. Ferré, le poisson se voyait amené jusqu’au dense marché du quartier de Grand Yoff (Dakar), ou dans les labyrinthes de Och bazar (Bishkek), ou encore ailleurs, là où se trouvait un dédale adapté à sa fuite.

« Attendez-là, toute ma monnaie est déposée dans la boutique de mon frère juste en face ! »

La victime attendra. Éternellement. Ou, plus en accord avec la réalité, rentrera chez elle affligée et honteuse d’avoir été grugée.

Avouons le, cet Ernesto – parfois Joseph – se caractérisait par une intuition inouïe : comme il les repérait et les cernait vite les indécis, idéalistes prêt à aider, adeptes de l’écoute bienveillante d’autrui, altruistes égocentrés en quête de faire-valoir, partisans de la méditation pleine conscience soumis à la propagande des puissants, bref pour résumer ; ces martyrs de la vie très satisfaits de leurs sorts en particulier lorsqu’on leur offre la possibilité de participer comme pour de vrai à des débats creux et stériles.

Revenons donc à notre bougre de Damien ou Rodolphe : s’il se retrouvait régulièrement en négociation avec ses créanciers, des courtiers (il en avait rendu fou plus d’un !) ou d’autres espèces de prêteurs, c’était bel et bien pour sa bonne cause ! Se vêtir en adéquation avec les exigences les plus élevées des meilleurs salons et flamber ostensiblement sans compter, voilà ses objectifs prioritaires !

Depuis très longtemps, il songeait au projet de ce soir : s’introduire chez la Marquise de Guérande dont le château de style néo byzantin dominait la vieille ville.

Pour se rendre sur les lieux, il lui suffisait de suivre le délicieux fumet, exhalation permanente de la réputation de la Marquise qui se répandait sur toute la ville depuis son antre. Ce soir-là, les effluves probablement mêlées à des exhausteurs de goût se firent encore plus puissants dans l’heure précédant le début d’une fête mémorable, riche en raffinements crapuleux : un signal olfactif qui excita le moindre clochard édenté des bas-fonds. Comme à chaque fois, ces derniers se gardaient bien de se présenter devant le lourd portail. Cela leur aurait valu d’être sévèrement frappés par des hommes de main sans pitié prompt à une incroyable rosserie.

Adolphe (pour faire court, un « Michel » eut pu convenir), arrivé devant le palais et face au vigile, se contenta d’extraire de sa poche une invitation froissée parce que pliée et repliée mille fois, indiscutablement tombée dans l’eau par mégarde comme il l’affirmera de manière assurée. Un faux indéniable sur lequel subsistaient des caractères d’imprimerie allégés d’une partie de leurs encres ainsi qu’une misérable signature dégradée par un malhabile décalquage. Mais faux ou vrai voire vrai faux, ce n’est guère l’affaire du gardien qui d’un sourire engagea notre zèbre à entrer, tendant la main pour un pourboire.
« Monsieur est trop généreux ! Que Monsieur passe une excellente soirée ! Monsieur... »

Ainsi notre « Michel-Raymond » coiffé de sa perruque, se vit gravir crânement un monumental escalier, très élégant dans son habit d’aristocrate du XVIIIème siècle riche en ornements dont les noms sont enterrés dans d’obscures grammaires des styles (parfois consultées par d’inutiles étudiants en deuxième année de design option « mode »). Lors de cette ascension éclairée par au moins une douzaine de lustres tout en cristaux suspendus à vingt mètres du sol, il dépassa un individu en armure à la peine. Bref échange de politesses, confusion de l’homme en boîte trop conscient d’avoir endossé une tenue peu amène et Albert-Louis-Rodolphe se retrouva au sommet en présence d’un deuxième agent de sécurité.

Il fut dévisagé pendant trois interminables minutes par cet homme froid portant un uniforme d’apparatchik soviétique.

Derrière le lourd rideau, ultime frontière à franchir, filtrait la rumeur des nombreux invités mais aussi la musique d’un clavecin et des sonorités émises par des centaines bouteilles de champagne qu’on débouchait avec frénésie.

« C’est bon ! Vas-y !»

Louis-Rodolphe De Segonzac oublia très vite la rudesse de cette parole devant le spectacle qui s’offrait à ses yeux, une fois passé le rouge rideau rehaussé d’ors.

C’était proprement incroyable ! Un salon rococo de dimensions hors normes, son mobilier d’un raffinement exquis, plusieurs fontaines de champagne autours desquelles se pressaient des meutes bigarrées assoiffées et surexcitées. Dans des plats iridescents ornés de pierres précieuses enchâssées avec art, des mets en tout genre ; cailles rôties entourées d’œufs du même volatile, sangliers farcis baignant dans leur jus, faisans (des becs desquels s’écoulaient des cascades de saucisses fumantes) mis en scène dans d’indescriptibles pièces-montées. Toutes les catégories de nourritures – de l’entrée au dessert, semblaient avoir été convoquées là afin qu’elles procurassent les plus vifs plaisirs aux invités. Ces derniers forts nombreux évoluaient à leurs aises au milieu d’un ahurissant va-et-vient de serviteurs affairés à bien maîtriser des plateaux de comestibles salés ou sucrés, dans une ambiance tout en baisemains et pour certains, en bakchichs ostensiblement assumés. Dans une telle cohue mondaine, ne pas renverser une crème anglaise, heurter un vaisselier ou perturber un bain-marie en action près d’une statue de marbre relevait de la gageure.

Sans conteste, la Marquise ne faillait pas à sa réputation. A son sujet, se répandait une flatteuse comparaison qui la jaugeait comme le pendant féminin du Comte Anne d’Orgel, personnage réinventeur des fêtes du fameux roman de Radiguet. D’autres bruits l’assimilaient à un Gatsby, en plus magnifique. Les récits les plus fous circulaient sur son passé et sa fortune, même au sein de son propre palais.

Heureux de son entrée chez cet amphitryon, Luis-Rodolphe saluait à tour de bras, se présentait comme le prince héritier d’un lointain royaume, un chargé d’importantes affaires qu’il ne pouvait juste qu’évoquer, secret oblige. Alors que son regard s’attardait sur une domestique gavant une oie, une main lui caressa l’épaule. Il se retourna ; la Marquise se tenait devant lui ! Elle abandonna les laisses de ses quinze chiens miniatures à un laquais.

- Un nouveau ! On vous dit Prince, est-ce exact ?

Rodolphe s’inclina :

- Oui chère Marquise. Je me suis trouvé en ville à la faveur d’un indispensable déplacement et m’efforce d’effectuer cette mission dans la plus grande discrétion.

La peinture qu’il fabriqua sur sa supposée personne et de ses tribulations fut un chef-d’œuvre.
Cela valut à notre William – oh, peu importe son prénom, désormais ! – tous les éloges de l’aristocrate, ni vieille ni jeune sous les couches superposées des meilleurs fards.

Engouement sincère ou simulé – comment savoir dans ce grand théâtre d’illusions, elle se déclara éblouie par la vie et les « authentiques » aventures de son jeune invité. Comme tout imposteur qui se respecte, Will (ou Ernest) ne fut pas insensible aux flatteries envoyées à l’endroit de son entregent qu’il travaillait quotidiennement avec la patience du prétendant virtuose. Par ailleurs, une décision toute spontanée de la Duchesse, de la Comtesse, Marquise ou Héritière (elle portait autant de titres qu’il portait de prénoms !), consista à le présenter – LUI ! - de manière méthodique aux convives les plus influents et prestigieux. « Ceux qu’il faut absolument connaître ». La noble agissait avec une hardiesse de stakhanoviste, comme stimulée par une mystérieuse urgence : peut être était-elle, au cours de ses soirées, pareille à un paparazzi toujours à l’affût de la nouveauté.

- Laissez-vous faire, je vous en prie ! Point de modestie hypertrophiée ! Cette nuit, je serai la maîtresse de cérémonie de votre « introït » au sein des cercles les plus prisés et aussi, sachez-le, les plus secrets !

La personne d’Alexandre-Rodolphe De Toutes Façons fut alors happée dans un vertigineux manège enchanté de présentations réciproques auxquelles succédèrent moult prétentieuses postures, occasions saisies à point pour plastronner en débitant des discours ampoulés d’usage, truffés de remarquables formules passe-partout.

Au cours de ce curieux papillonnage, en un clin d’œil, « Marquise » transforma son perdreau de l’année en confident. Elle lui parla pêle-mêle, de soucis, serrements de cœurs, chagrins existentiels mais aussi projets, espoirs et rêves. En réponse à ces aveux touchants, preuves, et de confiance et d’affection, Edouard évoqua timidement d’insignifiants embarras de trésorerie.

Le visage de la Patronne s’illumina subitement :

- Coquin ! Pourquoi n’avoir rien dit ? Oh, mon Dieu ! Il faut réagir ! Permettez, Monsieur, mon ingérence afin de mettre un terme à vos manques.

La parade redémarra de plus bel : elle exhiba son jeune pigeon à des centaines de nouveaux visages et arrangea de manière compendieuse des prêts d’argent. Le succès devint vite démesuré car tous se pressèrent furieusement autour de lui, distribuant à qui mieux mieux espèces sonnantes et trébuchantes. Bernard-Edouard Qui-Vous-Savez encaissa ainsi un véritable petit « trésor » et ce, en un temps record.

Ployant sous la charge de ses quatre gros sacs bourrés de numéraire, il découvrait le principe fondateur du Capital : faire fortune avec l’argent des autres ! Par l’entremise de la Comtesse, il embaucha des porteurs sur le champ et ne cessa d’envoyer de doux regards de remerciements en direction de sa bienfaitrice.

Malgré ce bonheur inespéré, quelque chose n’allait pas. N’était-ce pas trop beau pour être vrai ? Ou encore : trop beau pour être faux ?
Certes, même si Robert-Louis ne rêvait pas, il restait sur ses gardes. Il pressentit distinctement la suite des évènements et ce qui devait arriver, arriva.

Une ample vague sonore traversa soudainement toutes les salles et alcôves du palais. Une stupéfaction hystérique saisit l’ensemble du public. Il y avait eu comme un inexplicable moment d’inattention collective pendant lequel la Duchesse s’était – quelle surprise ! - proprement volatilisée. L’alerte à peine donnée, les investigations des domestiques aboutirent à de cocasses retrouvailles : la Baronne sans connaissances, à même le sol, sous la marquise du perron (sic).

On commenta, s’étonna, spécula mais personne ne parvenait à expliquer l’incident.

Une organisation se mit en place. Des invités émergèrent médecins et vétérinaires, volontaires pour mettre en œuvre leurs savoir-faire. Une vaste chambre fut libérée. On allongea la noble sur un lit à baldaquin tandis que d’autres petites mains apportaient les sels adéquats.
Amer, un porte-parole auto désigné annonça la fin de la soirée. La Patronne avait simplement besoin de repos.

La totalité de l’assistance se vit convoyée vers la sortie avec beaucoup d’égards.

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La saisissante palette de sensations éprouvées par les victimes d’abus ou d’escroquerie pourrait sans conteste faire l’objet d’innombrables études psychologiques. En plus du mélange de honte et de sidération, le choc entraîne une singulière accélération du temps où tout se remet rétrospectivement en place dans l’esprit de la proie qui se réalise victime - hélas, lorsque les dés sont irréversiblement jetés. Lors d’une telle prise de conscience, le sujet reste désespérément seul face à sa propre bêtise. A toute époque, arnaqueurs et aigrefins se caractérisent par une implacable cruauté en prenant pour cible les âmes les plus naïves. Et les plus faibles.

Pétrifié dans sa chambre misérable, les yeux hagards de notre héros fixaient les quatre gros sacs rembourrés de vieux journaux. Sa douleur s’intensifiait à la suite d’une nuit entière sans sommeil. Une myriade de questions envahissait sa tête, laquelle reconstituait le fil des évènements depuis sa sortie du palais. A priori, nulle négligence de sa part. Le transport des devises s’était effectué avec l’aide d’un charretier. C’est ce dernier qui lui fit remarquer qu’il se donnait bien de la peine pour tant d’anciennes gazettes sans intérêt.

L’évidence s’imposait à Rodolphe dans son entière brutalité : cette vieille bique d’aristocrate manipulait, embobinait et pour terminer ; déplumait sans vergogne. Toute une fortune lui échappait à cause d’une infâme manigance ! Pourquoi, pourquoi, pourquoi – diable ! - n’avait-il pas fait preuve de plus de vigilance ? Le contenu de ses sacs, transféré... Mais par qui ? Et quand ?

C’est qu’il était riche en complices, l’entourage de cette garce !

Qu’à cela ne tienne ! Délogeant la torpeur de son corps, il décida de retrouver la soi-disant Marquise, fausse Baronne mais vraie voleuse.

Nullement étonné de se voir éjecté manu militari du château par les vrais propriétaires scandaleusement usurpés pendant une absence, il découvrit le pot aux roses : une chute « niagaresque » de pots-de-vin avait arrosé l’ensemble du personnel. Renvoyée sur le champ, l’équipe de domestiques déboussolés errait maintenant dans les rues de la vieille cité. Joseph s’unit à eux sans même être reconnu. Il se mit à l’écoute de leurs ressentiments. A force de questions, de bavardages, les commérages des uns et des autres lui mirent la puce à l’oreille. Tous les on-dit dessinaient nettement une piste menant à la périphérie de la cité, très précisément au cœur des plus fétides bas-fonds. Qui oserait s’aventurer là-bas ? Personne ! Et surtout pas la police !

Lui se mit en route.

Arrivé au bord d’une décharge à ciel ouvert sur laquelle reposaient quelques roulottes, il fut interpellé par un colosse rougeaud surgi de nulle part. Le géant pointa son doigt en direction d’une bâtisse construite de bric et de broc.
- La Patronne t’attend, chéri ! lui lança-t-il en caressant son propre corps tout enveloppé de cuir noir moulant. Lorsque vous aurez fini, tu pourras venir t’amuser avec moi. Il fait si chaud dans ma caravane ! ajouta-il en lui envoyant des bisous.

Horrifié par cette lubricité et dégoûté par ces avances parfaitement exprimées, Roberto-Jo avança d’un pas décidé vers le baraquement. Ainsi, elle se doutait de son arrivée... Avait-elle vraiment tout prévu ?

« Madame Dolorès, voyante : tarots et boule de cristal ».

Il eut à peine le temps de lire l’écriteau au dessus de la porte de ce qui fut autrefois une espèce de remorque.
- Entre !
Jamais il n’avait imaginé retrouvailles aussi rapides ! Pris de court par l’invitation, il franchit le seuil de la porte et s’immobilisa au beau milieu d’un intérieur d’apparence luxueuse. Ce clinquant contrastait furieusement avec l’indigence extérieure de l’abri et seyait particulièrement à la spécialiste en escroqueries.

- Vous avez pu en faire le constat, je suis également voyante. Mais qu’importe ce que vous pensez de moi et je me moque de ce que vous croirez lorsque vous m’aurez entendu.

Elle développa un long discours, tout en arguments ad hominem, dans lequel elle confessait une irrépressible admiration pour sa personne et ce, autant pour sa propension à changer de pseudonyme toutes les trois minutes que pour son incontestable vaillance. Elle insista sur le fait que de toute son existence, aucun homme n’eut l’audace ou le courage de venir la chercher dans ce repère, souvent décrit en ville comme un enfer peuplé d’êtres démoniaques. Enfer ? Antre du péché sur terre ? Sottises et on-dit éhontés d’esprits débiles, évidement !

Loin de lui couper la parole, Jacques-Josué l’écoutait avec attention. Vraie ou fausse voyante, la soi-disant tenait des propos d’une grande cohérence. Elle lui décrit toute la démesure d’un monde dont pratiquement personne ne parvenait à cerner le caractère réel ou illusoire. Elle évoqua une société d’imposture, de bassesses et de mensonges, régie de surcroît par les plus vils intérêts. Mais il fallait bien y prendre part, de préférence de manière malhonnête. C’était, selon elle, un devoir.

- Vous n’avez certes pas été convoqué à un vulgaire entretien d’embauche. Joignez-vous à moi si vous le souhaitez et bien que je sois vieillissante, je reste en mesure de vous transmettre tout mon art. Je vous montrerai les ficelles, genres de leviers invisibles susceptibles d’agir sur la nature humaine. Mais pouvons-nous encore parler de « nature humaine » face aux enveloppes bouffies de fatuité de nos contemporains qui prétendent s’appeler « hommes » ?

Roberto demeurait bouche bée. Faire équipe avec la fausse Marquise, une soi-disant Duchesse ? Lui, soi-disant Prince mais véritable petit apprenti escroc ?

Son déplacement résultait d’un désir de vengeance.
Or, face à la prétendue bonne grand-mère, il recevait une offre inespérée propre à lui faire oublier son orgueil blessé. Faire équipe, donc. Une proposition sincère ou un baratin de plus ? Faisait-elle preuve de lucidité en affirmant, philosophiquement, l’impossibilité de démêler vérités et mensonges ? Était-elle loyale et franche lorsqu’elle déclarait que les sacs bourrés d’argent, là, à portée de main, restaient à son entière disposition ?

De toute évidence, lui et lui seul pouvait prendre la décision saugrenue d’accorder sa confiance à une usurpatrice chevronnée. Mais finalement, courir le risque de la crédulité, c’était toujours mieux que crevoter sur des coups minables.

Épilogue

Il se prénommait comme il l’entendait. Selon lui, prénoms et noms faisaient figure d’outils ; simples déguisements à revêtir à l’occasion d’une belle soirée. Jeune et déjà très riche, « il en voulait » et « en voulait encore plus ». Il pouvait toujours compter sur sa « vieille » complice, véritable infatigable amie et fausse Comtesse réellement vieille.

Tous deux adoraient s’immiscer dans les cercles les plus richissimes avec pour seul objectif d’en ressortir les mains pleines d’argent, d’or ou de titres de propriété. Pour y parvenir, ils usaient des biais les plus variés avec une admirable habileté : séductions, mensonges, tromperies, tours de passe-passe, entourloupes sans queue ni tête... Dans cette vie tourbillonnante de fêtes perpétuelles, ni elle, ni lui n’avaient le temps de bedonner contrairement à leurs innombrables victimes.

On relatait leurs aventures réelles ou supposées – « tout est faux, tout est vrai » - dans des journaux illustrés à la mode que des lecteurs fascinés s’arrachaient. Insaisissables, ils captivaient à chaque fois qu’ils sévissaient. Annoncés morts pour toujours, ils revenaient soudain pour frapper dans le Tout-Paris ou encore dans le monde entier.

Jamais, à cette vie mondaine et clandestine, ils ne renonceraient. Certes, le poids de leur routine pourrait un jour les affecter. Fort heureusement, ils le savaient, face à ce genre de difficultés, une large gamme de thérapies existait. L’efficacité de ces dernières résultant dans la plupart des cas d’un souhait sincère de dépassement dénué de complaisance à son propre endroit. Assurément, un bien maigre prix à payer !
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M. Iraje · il y a
Deux soi-disant valent mieux qu'UN averti 😀😀😀 !
Un RÉabonnement et un RE-vote pour RElancer la bécane ...

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Raymond De Raider · il y a
La bécane, c'est trop bé, c'est trop cane.

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