Destins de papier et sang d'encre

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J'ai 22 ans et la vie me semble éphémère, je cherche à faire de la poussière des grains de lumière que je sème au gré du temps. Comme vous le constaterez vous-mêmes, je m'abreuve de beaux ... [+]

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L'automne... et ses feuilles restaient blanches. Il y avait là, perdu au beau milieu de ce désert d'encre sèche, un être abandonné, qui s'ennuyait. Son auteur n'avait plus d'inspiration ces derniers temps, et avait fini par laisser son histoire en suspens, mais son héros voulait vivre, lui, et non pas rester ainsi frustré de ne pas connaître sa propre fin. Alors, pour l'occuper, l'écrivain laissa entre ses mains un ouvrage. En parcourant les lignes et les pages, le protagoniste découvrit la vie d'un autre personnage, qui lui-même faisait le récit de sa vie d'homme d'encre et de papier. Celui-là avait une existence mouvementée, et des pensées tourmentées. Il se sentait oppressé par le destin, comme comprimé sous le poids de la plume de l'écrivain. De son côté, notre humain fictif se languissait de l'absence de rebondissements dans son histoire et relevait de plus en plus d'absurdités dans son monde. Son auteur s'était remis à l'œuvre mais d'un élan un peu vif, torturant son être de lettres à coup d'hyperboles tragiques. Révolté, le petit homme commença à se rebeller. Désormais, il ne doutait plus de l'existence d'un Quelqu'un tout puissant qui le dirigeait au gré de ses envies et qui se permettait d'infliger ses fantasmes à ses créatures. Il en avait marre d'être la marionnette de ce cœur égoïste et solitaire, la victime d'un despote possessif. Il prenait conscience que le Créateur, leur père à tous, les emberlificotait dans les mailles de son texte, les gardaient captifs, figés dans des phrases fantaisistes. Et en plus, ça l'amusait. Ça l'amusait, le vieux, là-haut, de martyriser ses créations, de passer ses nerfs à travers ces petits noms propres innocents. Cela ne pouvait continuer ainsi. Il devaient réagir, se réveiller et faire valoir leur droit à la Liberté. Alors notre héros en fit appel à tous ses pairs, aux hommes qui peuplaient cette Terre, et tous se mirent à manifester ; les lettres se bousculèrent, les mots s'inversèrent, les adjectifs refusèrent de s'accorder et les noms perdirent le leur, mais l'auteur n'entendait pas toutes ces lamentations. Il avait mis son roman de côté parce qu'il s'en était lassé. Et puis lui aussi se questionnait. D'où venaient ses propres idées ? Etait-il lui-même le fruit de la pensée d'un autre ? Vivait-il par procuration, au confluent d'inspirations ? Il s'interrogeait et doutait à son tour, accusant une force supérieure de s'exprimer par lui. Alors il tapa du poing, agita sa plume, tempêta... il finit par remettre en cause toutes ses croyances, voulut révolutionner son monde. Et bien, tenez-vous, à cet instant précis, il y en avait un autre, de conteur, qui se marrait bien, lui... mais peut-être pas pour longtemps.

Note de l'auteur :
Cette histoire, un peu noire sur la fin, distraira, je l'espère, le lecteur de ces lignes. A cette heure-ci, qui sait s'il n'est pas prisonnier entre deux pages, pris en sandwich entre la table des matières et le prologue, ou bien aux prises avec l'élément perturbateur?

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