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Des roses sous une ronce

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Yèle

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En compagnie de Francine, une ancienne camarade de classe, je feuillette un vieil album de photos. Voici toute l’école rassemblée. Les fillettes se pressent sur des bancs disposés dans la cour. Les sourires sont à peine esquissés, presque timides. Nous retrouvons avec émotion des visages oubliés. Sur la droite, au premier rang, la directrice-une maîtresse femme-affiche dans son regard toute la dignité de sa fonction : elle est fière de sa progéniture scolaire, ce sont presque ses enfants, tant elle veille à ce qu’ils soient dans les meilleures conditions de travail. De l’autre côté, deux silhouettes plus discrètes, ses adjointes. Francine s’exclame ;
— Oh ! Regarde... La Ronce ! Tu t’en souviens ?
Comment ne pas m’en souvenir ? Mais ce surnom que de mauvaises langues chuchotaient parfois dans la cour de récréation, me révolte. Je proteste :
— Non ! C’est Mademoiselle Ron-ze. Je n’aime pas que son nom soit ainsi déformé ! Certes, de ce végétal, elle avait le caractère rustique et épineux mais quelle ingratitude de n’avoir retenu d’elle que ce trait caricatural ! Elle fut pour une génération entière une institutrice remarquable malgré sa sévérité légendaire. Cheville ouvrière qui forgea l’excellente réputation de cette école privée dont les succès au certificat d’études étaient connus de tous et dont la ligne éducative correspondait aux attentes des parents.
Ce métier avait à ses yeux une noblesse tout à fait particulière et elle s’y adonnait avec courage et persévérance mais surtout avec passion. Plus qu’un travail, c’était un devoir, une vocation. Elle enseignait et elle éduquait. Une place privilégiée qu’elle n’aurait abandonnée sous aucun prétexte et qui lui imposait une ligne ferme, malgré les difficultés matérielles et une austérité de vie quasi monacale.
Elle était encore jeune quand j’entrai dans sa classe, à huit ans. D’emblée je savais que je franchissais une étape. Fini le temps de l’insouciance ! Elle nous accueillait le matin dans le plus grand silence. Une certaine beauté aurait pu être la sienne si un brin de coquetterie lui avait été permis. Des cheveux noirs, enfermés dans un chignon serré sur la nuque, encadraient un visage aux traits fins et réguliers, au teint mat. Un regard sombre, intelligent. Pas de franc sourire mais une amabilité sereine qui imposait le respect. Sa tenue impeccable mais stricte ne variait guère ; une blouse grise aux poignets serrés, boutonnée sur une jupe droite, des chaussures noires, toujours nettes. Aucun colifichet, aucune fantaisie. Sans bruit on s’installait pour la leçon de morale. Au tableau, elle avait écrit une sentence qu’elle nous commentait avec conviction. Parfois elle se basait sur un menu fait qu’un parent lui avait rapporté. Se tournant alors vers l’une de nous, elle interrogeait : « Que s’est-il passé hier à la maison ? » Inutile de nier, la maîtresse savait qu’on avait désobéi ou mal répondu à un parent ou mal fait son travail. Et alors, les coups pleuvaient... Non qu’elle se livrât à des gestes d’une brutalité quelconque mais ses paroles cinglantes fustigeaient la coupable et lui faisaient honte. On baissait la tête, on pleurait, on promettait de ne plus recommencer. Parfois, il arrivait aussi qu’en entrant en classe, on ait la désagréable surprise de trouver notre bureau vide : tout était répandu à terre ! Avec elle, on comprenait vite ce qu’était le rangement ! Car elle vérifiait tout, l’ordre et la propreté, le soin des cahiers et des livres, la façon de se tenir ou celle de parler. Rien n’échappait à l’œil vigilant de La Ronce et certaines élèves indisciplinées la détestaient...
Pourquoi donc n’ai-je jamais senti naître en moi une telle rancœur ? Parce que je l’admirais. J’aimais l’école. Depuis toujours, j’avais compris qu’elle m’offrirait des clés pour l’avenir. Un avenir que j’envisageais différent de celui de ma famille paysanne. Et avec cette enseignante, j’allais découvrir quelque chose d’unique : le goût de la langue française !
Tout d’abord il fallait savoir écrire, non pas à la va-vite, de façon négligée, non ! En dessinant de belles lettres. Au sortir de la guerre, les fournitures scolaires étaient réduites, le papier précieux. Aussi récupérait-elle des enveloppes usagées ou des feuilles déjà écrites sur lesquelles, en sens inverse, elle traçait des lignes pour nos essais. Je revois la scène : la plume trempée dans l’encrier, le buvard rose, le modèle magnifiquement tracé au tableau avec les boucles arrondies du B ventru, les lignes élancées des M et des L. Je sens le frottement de la pointe métallique qui s’applique à reproduire les majuscules dans l’heureuse harmonie des pleins et des déliés. Concentration, application, en veillant à ce qu’aucune tache d’encre ne vienne engloutir ces efforts. Ensuite seulement, on pouvait écrire sur le cahier.
Mais mon souvenir s’arrête sur la séance du vendredi, celle que je préférais : l’apprentissage de la rédaction. Tout d’abord elle nous lisait une courte histoire. Un moment très agréable. La voix de la maîtresse se pliait au rythme de la phrase, en marquait la ponctuation, se faisait douce et retenue, joyeuse puis mélancolique, s’étonnait ou, au contraire, s’amplifiait de peur ou de colère. Bouche bée, j’écoutais la musique des mots et laissais leurs émotions se graver dans ma mémoire. Puis venait le moment de l’écriture collective. L’une de nous écrivait au tableau les phrases que nous avions retenues. Toutes nous devions participer à l’exercice : retrouver le mot exact, rectifier une construction malhabile, corriger les erreurs d’orthographe, trouver une phrase de conclusion. La récompense arrivait sous forme d’un bon point à chaque intervention juste. Je collectionnais ainsi des trésors qui se transformeraient en images et permettraient peut-être d’obtenir en fin de semaine la fameuse croix d’honneur, réservée aux élèves studieuses. Le lundi suivant, chacune devait écrire son propre texte sur l’ardoise. J’entends encore le doux tapotement des mines, je goûte la saveur âcre du porte-crayon métallique que je suçais en cherchant l’inspiration. J’allais montrer mon texte dans l’espoir de voir naître sur son visage un sourire de satisfaction puis le recopiais avec soin sur le cahier.
C’est ainsi que je vécus les deux années les plus marquantes de ma scolarité. J’y expérimentais ce plaisir d’écrire qui ne m’a pas quitté depuis. Aujourd’hui l’ordinateur a remplacé le crayon et la plume, la pratique des ateliers d’écriture a fait éclore sur ma page une fantaisie bien différente des rédactions de jadis. Mais une Muse m’accompagne dans cette tâche, une Muse qui m’a enseigné les contraintes de la langue et permis d’exprimer à travers elles ma part de créativité. Une Rose au parfum subtil, fleurie sous les épines. Merci Mademoiselle Ronze !

PRIX

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Utilisateur désactivé · il y a
Nostalgique de cette époque, je ne peux qu'accorder mon soutien à votre texte. Bravo, Yèle !
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Yèle · il y a
Merci Marie
Si vous aimez ce que j'écris, voici un lien pour mon roman
http://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/767476/s/dans-le-secret-des-femmes-citrouilles-yele/
Bonne lecture

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Anne-marie Cecillon · il y a
Merci Yèle pour ce rappel de gratitude que l'on doit à tous nos "maîtres". Mais si Mademoiselle La Ronze reçoit cet hommage c'est parcequ'elle avait, sans aucun doute, l'amour de ce qu'elle faisait et donc ça ne pouvait que marcher, peu importe l'époque, ce qui compte c'est la manière dont on fait les choses. Je me suis permise de répondre à un commentaire fait sous ton texte, commentaire qui ne pouvait mieux dire qu'il ne l'a fait combien certains enseignants sont peu dignes de la mission qui leur est confier (certains mais heureusement pas tous, j'en connais de différents, aujourd'hui, oui aujourd'hui et pas il y a trente ou quarante ou cinquante ans en arrière, qui aiment ce qu'ils font et dont les classes dans quelque milieu social où elles se trouvent connaissent des vrais taux de réussite -pas des taux fabriqués en ajoutant des points pour faire mieux et voir les primes desdits enseignants augmenter- mais des taux de réussite qui correspondent à de vrais apprentissages donnés par de vrais maîtres qui ont autre chose en tête que de "faire leurs heures" et percevoir leur salaire). Amitiés. Anne-Marie
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Utilisateur désactivé · il y a
Je n'avais pas vu votre commentaire, Anne-Marie, mais je vous ai répondu. Je comprends votre point de vue, mais je vous demande de ne pas tout mélanger. Mon épouse fait très bien son métier, soyez-en assurée. Quand je m'exprime, c'est en mon nom, personne ne me dicte ce que je dois dire ou pas. Donc, quand je vois que mon épouse rentre du travail, découragée par l'attitude des parents, de sa hiérarchie, par les élèves qui se permettent de lui dire si elle a le malheur d'élever le ton parce qu'ils sont turbulents ou de simplement agiter la main en l'air : "t'as pas le droit, maîtresse, je vais me plaindre" ou des choses comme ça et bien j'en suis malade pour elle. Maintenant si ça vous amuse d'enseigner dans ces conditions, libre à vous. Moi en tant que parent, cela me révolte et je peux vous dire que quand je me prenais un coup de règle sur les doigts (ouh quelle horreur!) ou quand mon instit me tirait les oreilles ( atteinte à l'intégrité corporelle) et que j'allais m'en plaindre à mes parents, ils me répondaient : "c'est pas pour rien si tu as été corrigé" . Et bien moi je dis que le système actuel transforme ces charmants bambins (pas tous heureusement) en sales mioches, oui l'expression est crue mais c'est bon quoi, arrêtons ces hypocrisies! Et vous savez, ce ne sont pas les gosses de riches qui pâtissent du système actuel (parce quand on ne peut plus enseigner correctement, eux ils ont les parents à la maison qui soit les changent d'école, soit leur donnent des cours particuliers), mais tous les autres, livrés à eux-mêmes.
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Anne-marie Cecillon · il y a
Si le coeur vous en dit j'ai mis, en quelque sorte, fin à ce double monologue, par un petit poème, que je viens de publier "le critique bat sa coulpe" car je crois que le débat est trop important pour pouvoir être établi sur ces échanges dont, pour ma part, le seul point de départ était la violence du terme "sales mioches" qui me semblait posé comme un absolu, et que vous avez ensuite relativisé en précisant qu'ils ne le sont pas tous et je pense qu'aucun ne l'est totalement même si tous le sont à un moment donné, et tant mieux sinon ils ne seraient plus des gosses, ils seraient de simples petits adultes aussi désagréables que nous les adultes "bien pensants". Sans rancune, j'aurai gagné à ce débat d'avoir eu envie d'aller vous lire, Luc, ce que je fais tout de suite.
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Utilisateur désactivé · il y a
Bien sur Anne-Marie, nous ne sommes pas ici pour nous disputer. Vous savez quand on fait un commentaire on ne soupèse pas forcément chaque mot et puis "sale mioche" c'est une expression populaire en quelque sorte. Enfin votre réaction m'a étonné mais mon expression était sans doute un peu forte, je le reconnais. Par contre, sur le fond, je suis quand même un peu inquiet; je me demande comment il est possible d'enseigner de nos jours alors que l'autorité est à ce point battue en brèche par tous. Je vais donc aller lire ce poème et sur ma page vous trouverez plusieurs textes. Je n'envoie plus beaucoup au comité, mais j'en ai envoyé un malgré tout, il s'appelle "le rêve d'après". C'est un peu long. Sinon, je ne sais pas trop lequel vous conseiller, peut-être : "Dieu, le fils et le père à l’île des Pins" ou " la phrase" , sinon j'ai aussi de la SF mais parfois les gens aiment moins.
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Yèle · il y a
Ancienne enseignante je suis entièrement d'accord avec vous!
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JHC · il y a
+1 un peu de gratitude à l'égard de nos anciens instituteurs ne peut faire que du bien! j'espère que les générations futures connaîtront aussi ce sentiment:)
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Yèle · il y a
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Yèle · il y a
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Yèle · il y a
Merci
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Yèle · il y a
Merci!
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Tarzan87 · il y a
Nostalgie quand tu nous tiens !!!
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Br'rn · il y a
Allons donc voir si la Ronze ce matin est déclose...
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Yèle · il y a
Merci!
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Utilisateur désactivé · il y a
Votre témoignage, rempli de tendresse et très bien écrit, m'effraye un peu cependant tant le monde que vous décrivez semble loin de la situation actuelle.
Aujourd'hui les instituteurs (mon épouse est professeur des écoles) sont harassés, tiraillés entre des gosses mal élevés (pas élevés serait plus juste dans certains cas), une éducation nationale qui ne les soutient pas (les affaires par terre, si un parent s'en plaint, vous êtes convoqué immédiatement) , des parents qui veulent soit refaire les programmes, soit donner systématiquement raison à leurs horribles mioches.
Enfin, bon, c'est en tous les cas un très beau témoignage, qui prouve que tout n'était pas si mauvais avant!

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Anne-marie Cecillon · il y a
Quelle horreur, je comprends que les gosses puissent être perturbés entre des parents qui les prennent pour des dieux et des enseignants qui écrivent (par conjoint interposé) qu'ils sont "d'horribles mioches" ! Comment peut-on oser être professeur des écoles avec un tel ressentiment ? Ne vaudrait-il pas mieux changer rapidement de métier ? Que deviendront ces enfants, adulés,transf ormés en objets de consommation pour leurs parents et haïs par ceux qui osent prétendre se donner titre de "professeur des écoles". Désolée pour ma virulence, je n'en ai pas l'habitude mais là je bondis ! Votre épouse Luc pourrait aller voir un conseiller d'orientation, il l'aiderait certainement à trouver une profession où elle déverserait sa rancoeur sur des objets plutôt que sur des enfants !!! Mais votre commentaire m'éclaire quant àux échecs à répétition d'enfants dont rien ne pourrait prédire qu'ils soient plus pire que d'autres, il suffit qu'ils aient eu pour "maître" ou "maîtresse" quelqu'un qui pensait qu'ils n'étaient que d'horribles mioches !!! Désolée pour ce coup de gueule mais je ne pouvais pas me retenir !
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Utilisateur désactivé · il y a
Le conjoint interposé vous pardonne votre coup de gueule. Mais le conjoint interposé précise que comme il est interposé ses propos n'engagent que lui. Il ne sait pas ce que pense son épouse sur le sujet, simplement qu'elle en a marre. Donc le conjoint interposé, qui ne connait absolument rien au monde de l'enseignement, a tendance à voir ces enfants adulés par des parents irrespectueux et souvent déboussolés comme d'horribles mioches. Vais-je être dénoncé à la police politique de l'éducation nationale pour ces propos quelque peu excessifs ? J'aurais dû dire "enfants parfois agités ayant du mal à trouver leur place dans le champ sociétal" ? Peut-être...Comme je vous le dis je maîtrise mal les codes chez vous mais ce que je sais c'est que je n'approuve en rien l'évolution actuelle de cette maison plus que centenaire, Etat dans l'Etat, qui n'est plus cet ascenseur social qu'il pouvait être autrefois et pourquoi ? Parce que avant quand un gamin se comportait comme un sale mioche et bien on le lui disait et ça lui faisait du bien, voilà ce que je pense, alors arrêtons de s'offusquer pour des bêtises, s'il vous plaît!
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Yèle · il y a
En effet les choses ont bien changé mais à cette époque on acceptait l'autorité! On ne s'en portait pas plus mal et au moins on apprenait le français et on savait l'écrire! Merci
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Dolotarasse · il y a
Un bel hommage à cette mademoiselle Ronze !
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Yèle · il y a
Merci Dolotarasse
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Joëlle Brethes · il y a
Quels jolis souvenirs ! Merci pour le partage !
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Yèle · il y a
Merci Joêlle
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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour cette belle peinture nostalgique d'un passé plein de beaux souvenirs? Mon vote!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ete-en-flammes

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Yèle · il y a
Merci de votre soutien
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