Des mots de verre sur un vécu d'acier

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A dix-huit ans, l'écriture est plus présente dans ma vie que mes amis. J'écris pour vivre, les mots me sont aussi vitaux que mon souffle. Je ne peux m'imaginer sans mon monde imaginaire dans lequel  [+]

«Sidi ! Sidi réveilles toi !»

Réveil en sursaut. Front qui se cogne contre la tête de lit. Les yeux dans le vague.

Bordel, c'est quoi ça encore?

Je me lève et vais en direction de la fenêtre de ma chambre contre laquelle s'écrasent des cailloux. Comme dans le film, vraiment ?

«Rosie ? Mais qu'est-ce que tu fiches ici à 2 heures du matin ?

Effectivement, ma voisine se tient en bas de chez moi, devant mon portail noir.

–Salut Sidi ! lance-t-elle avec un grand sourire, les mains dans le dos.

–Oui, salut. Qu'est-ce qu'il y a ? je râle, malgré moi.

–Bien, j'arrive pas à dormir alors je voulais que tu viennes avec moi. J'ai des choses à faire.

Je la regarde un instant, considérant sa question. Elle a du enfin voir La Face Cachée de Margo et elle veut faire la même chose.

–Pourquoi je ferai ça ? finis-je par dire.

–Parce que t'es mon voisin depuis un an et que tu es le seul avec qui j'ai envie de faire ça.

Sa raison est valable et je me dis qu'en une année, Rosie avait eu le temps de me faire faire pas mal de trucs délirants.

–Bon OK, soupirai-je, mais je t'en supplie arrêtes de crier tu vas réveiller mes parents.»

Je l'ignore sauter de joie en tapant frénétiquement dans ses mains comme une enfant, et referme ma fenêtre.

J'enfile un t-shirt et saisi mon portable pour me retrouver rapidement devant le portail.

Face à la tête déterminée de la blonde, j'ai un moment d'hésitation.
Je ne vais pas me dégonfler quand même, déjà que j'ai la réputation d'une ermite qui ne fou rien de ses journées, je vais pas m'enfoncer.

J'escalade le portail et me retrouve de l'autre côté, en terre hostile.

«Bon, on va où cher voisine ? demandai-je tout en enfonçant ma capuche sur mon crâne.

–Prends ton vélo, je t'explique en route.»

Heureusement pour elle que je le laisse attaché à l'extérieur, autrement elle aurai du y aller seule. Je m'éxecute et nous nous mettons en route. Enfin, nous nous lançons dans la rue un peu éclairée.

«On va aller dans les endroits qui signifient des choses pour moi. Tu me suis, tu m'écoutes et tu seras le garçon le plus adorable de la terre.

–Genial, je joue les châperons ? lançai-je afin de piquer l'ego de la blonde.

–Non, de punching-ball spirituel, crétin.»

Vu qu'elle vient de piquer mon ego, je la ferme volontier.

Nous arrivons silencieusement sur le ponton de la baie. J'ai jamais aimé cet endroit, mes cousins s'amusaient à me pousser dans l'eau quand j'étais gamin et que je ne savais pas nager.

On pose nos vélos puis je suis Rosie qui s'assoit au bout, les pieds au-dessus de l'eau. Je fais de même et observe l'immensité de l'eau calme. La respiration de ma voisine se fait bruyante mais je ne m'en formalise pas.

«J'ai reçu mon premier baiser ici, cet été. C'était un gars formidable, je l'avais rencontré dans le resto pour lequel je bossais en tant que saisonnière. Il était un chouette type. Jusqu'à ce que gros con enfonce sa langue dans ma bouche jusqu'aux amygdales.

Je faillis rire. Non pas parce que l'histoire est drôle, mais parce que Rosie affiche une mine dégoutée excellente.

–C'est moche, lançai-je tout de même pour éviter qu'elle ne se repasse les images en boucle.

–Ouais, tu peux le dire. Mais le pire, c'est qu'il se collait tellement à moi que j'avais du mal à m'en défaire alors je l'ai poussé un grand coup et il est tombé dans l'eau.

Cette fois-ci, je pouffe de rire mais me reprends rapidement vu le regard assassin que me lance la blonde.

–Pardon. Et t'as fais quoi ensuite ? demandai-je.

–Je suis partie en courant, qu'est-ce que tu voulais que je fasse, hausse-t-elle les épaules.

Cette fois j'explose carrément de rire et ignore complètement ses tapes sur mon bras.

–Désolé, c'est vraiment pas cool comme premier baiser. Le pire c'est que je suis sûr de connaître le gars, n'est-ce pas ?

Rosie grommèle dans son coin pour finalement me lâcher le nom de l'heureux trou du cul.

–C'est Ewel Verdan.

–Oh non tu déconnes ? Celui qui mettait des frites dans son nez à la cantine quand on était en terminale ?

–Roh bon écoute cet été il était plus comme ça ! Mais ce qui m'a fait le plus chier c'est qu'il était vraiment mon premier baiser. Et je ne suis pas le genre de fille à faire tout un drame de ces trucs là en général, mais ça m'a plus qu'écoeurée...

Je reprends mon serieux et considère sa situation. Il est vrai que Rosie n'est pas la fille qui reve du prince charmant, étant plus garçon manqué qu'un garçon lui même.
Mais elle reste humaine et ce genre de chose, quand on le vit mal, bah ça peut avoir des conséquences assez lourdes.

–Je te comprends, Rosie. Mais dans quel sens ?

Elle soupire puis lève sa tête vers le néant noir qui s'étend devant nous. Je sens son regard se perdre et je me demande à cet instant pourquoi elle m'en parle à moi. Je veux dire, c'est quelque chose qui a l'air de la touché, qui est intime. Je ne suis que son voisin depuis un an même si elle et moi on se connait depuis longtemps, de vue, puisque nous avons fait les mêmes écoles de cette ville pourri. Je reste tout de même le moins évident à qui elle peut se confier.

–Dégoûtée dans le sens où je n'ose plus rien faire avec un mec. J'ai eu l'occasion, depuis cet été mais à chaque fois c'est pareil. Je panique avant même que les choses se produisent et je m'enfuie.

–Tu as l'impression qu'Ewel t'a forcé ?

–Non... Pas au début. Quand j'ai commencé à reculer ma tête il m'a vite saisie et a continué de plus belles.

–Alors il t'a forcée, encore plus si tu me dis qu'après il ne voulait pas se détacher.»

Je me sens mal pour elle, finalement.
Personnellement j'ai reçu ce foutu "premier baiser" en troisième. La fille était en seconde et elle m'avait fait un suçon juste après. J'en garde pas un mauvais souvenir.
J'ai dû moi-même donner des premiers baisers, vu le peu d'expérience que j'ai en la matière, je pense que le seul qui a suivi celui de la troisième n'a pas été trop mauvais. De toutes manières c'était à la soirée de fin d'année en terminale et la fille était complètement bourrée. Pathétique.

«Aller, on y va !»

Son entrain est revenu et elle se lève d'un bon. Je fais de même et nous repartons sur la rue. Je la suis silencieusement, me demandant quel va être l'événement qui a marqué le prochain endroit.

Sans vraiment trop de surprise, nous arrivons devant le vieux terrain de basket. Ce terrain à servi de repère pour tous les jeunes de différentes époques.
On vient tous la pour échapper aux responsabilités que tentent de nous donner nos parents, pour souffler un peu, faire des conneries et passer du bon temps.

On s'installe au milieu du jeu, bien éclairé encore à cette heure.

«Tiens, raconte un truc que t'as vécu ici.

Ouch... Étant donné que je ne fais pas parti de ceux qui sortent beaucoup, je n'ai que de peu de choses à raconter. Je réfléchis assez longtemps pour impatienter la blonde qui se met à fredonner l'air de Neffex.

–Ah ! Je sais. C'était à Noël de ma première. Je venais de rencontrer des gars qui m'avaient donner rendez-vous ici. Comme un crétin, je pensais que c'était pour regarder leur match ou jouer, à la limite.
Mais quand je suis arrivé, j'ai vu un amas de bouteilles d'alcool et d'autres trucs pas légaux. Je venais d'atterrir à une rêve party. Au final, j'ai fini sec comme un bleu à avoir fait des choses qui ont bien failli se retourner contre moi.

Rosie se moque, comme je m'y attendais.

–Comme quoi ?

–Allef courir à poil devant la mairie, heureusement les caméra ne m'ont pas filmé. J'ai aussi failli me faire tatouer un licorne sur le bras mais le gars est tombé dans le coma éthylique juste à temps. À et, on m'a filmé en train de draguer ce poteau, m'expliquai-je en montrant le poteau en question.

–Tu dois être comique quand t'es bourré, Sidi.

–Je suis exactement comme quand je suis con.

–Je savais pas que tu étais tout le temps bourré, me taquine Rosie.

Je lui ébourrife les cheveux et nous rigolons.

–Moi, j'ai deux souvenirs ici. Le premier est assez joyeux. C'est quand mon père m'amenait jouer de la trotinette. On faisait le tour du terrain, toujours dans le même sens. Il me disait d'aller toujours plus vite, pour que je puisse m'envoler vers les étoiles. Rosie sourit à cette pensée. Et je la regarde, imaginant la petite fille qu'elle devait être autrefois. Bien sûr, je n'ai jamais atteins les étoiles, mais j'y croyais tellement ! Ce que j'aimais dans ces moments-là, c'était la complicité qu'on avait tous les deux. La lueur dans ses yeux qui brillaient. J'étais pas très grande et pourtant je m'en souviens encore.

Je lui adresse un sourire qui se fait malheureusement triste. Parce que c'est beau, mais c'est du passé. Le père de Rosie ne vit plus avec elle. J'ignore ce qu'il s'est passé mais un jour, en seconde, Rosie est revenue au lycée en robe rouge, maquillage noire et elle affichait un air grave qu'on ne lui connaissait pas. Elle n'a parlé à personne de la journée et pendant la dernière heure de cours, elle avait tagué en rouge : «Tous les hommes sont des salauds.»

On ne voyait plus son père aux repas organisés par mes parents. Je n'ai jamais su pourquoi, mes parents en parlaient à voix basse dans la cuisine.

–Rosie... Je ne t'ai jamais demandé ce qui était arrivé avec ton père... Non pas que ça m'intéresse ou que je veuille absolument commérer, mais ça a l'air de te prendre à coeur, avouai-je.

Le visage de la blonde se referme et je sais que c'est douloureux pour elle.

–En rentrant chez moi ce fameux soir, j'ai trouvé ma mère en larmes sur le canapé. Je lui ai demandé des explications, et elle m'a dit que mon cher père avait vidé leur compte commun pour aller vivre avec sa nouvelle femme et ses deux fils de mon âge. Toute ma vie, j'avais eu un faux père.

Je me souviens très peu de son père à vrai dire. Je ne lui prêtais pas beaucoup d'attention (je ne prête pas attention à beaucoup de choses d'ailleurs). Mais il me semble qu'il était un homme serviable, courtoi, toujours le mot pour rire. Je crois que le voyais comme quelqu'un qui aimait sa famille... Peut-être pas la famille que je croyais.

Je laisse le silence s'installer entre nous.

Je ne suis pas quelqu'un qui se confie à ses parents, pour être honnête, je ne leur parle peu. Ils ne comprennent rien de toutes façon, ils sont renfermés dans leur psychose sur la sophrologie, la spiritualité et leur conneries du genre. Moi ça m'intéresse pas puis, voir tout ce que je dis interprété de manière complètement tordue, non merci.
Mais ils sont là pour moi quand même. Jamais, je pense, que l'un d'entre eux oserait faire ce que le père de Rosie à fait. Et sincèrement, si ça arrivait je ne sais pas comment je réagirai.

–Rosie... Est-ce que tu penses qu'il était sincère dans ces moments-là ? demandai-je en désignant le terrain d'un signe de tête.

Ma voisine hausse les épaules. –Je pense que oui. Y a des trucs qui trompent pas, et l'émotion qu'il avait sur son visage, sa manière de nous créer un monde, une bulle, rien qu'à nous, prouvait qu'il était sincère.

–C'est pour ça que ça a été plus difficile pour toi?

–Oui. Il m'a déchiré le coeur, je ne sais même pas comment expliquer la douleur... Il m'a totalement abandonnée, du jour au lendemain.

Je me sens vraiment penaud. Elle a l'air si fragile. Elle n'est pas la Rosie hyper active que je connais. La fille qui vit à mille à l'heure, qui fonce tête baissée et rigole tout le temps. La fille qui se fiche de tout sauf de vivre. La Rosie de ce soir est triste, nostalgique, perdue.

Sans trop savoir pourquoi je lui prends la main et la serre dans la mienn, d'un signe réconfortant.

Elle m'adresse un sourire pour remercier mon geste.

–Et l'autre souvenir, finalement ? demandai-je, rompant par la même occasion le silence qui s'installait.

–J'ai eu ma première bagarre. C'était en cinquième. J'avais 12 ans. Ce mec avait cassé mon skate et m'avait accusée d'avoir bu de l'alcool... Pour me faire peur et me punir, ma mère m'avait emmenée faire un geste d'alcoolémie à la gendarmerie. La rumeur avait fait le tour du collège et j'avais dû l'approuver pour qu'on me fiche la paix.

J'avais vaguement entendu cette histoire. Je pensais bien que c'était faux mais à l'époque, j'étais trop concentré sur l'évolution des atomes dans l'espace terrestre pour avoir un quelconque intérêt pour les histoires de récré.

Mais cette histoire là avait touché Rosie.

–Il s'est passé quoi ? On t'a laissée tranquille non ?

–Non, dit-elle amèrement. On m'a harcelée toute la fin de l'année parce qu'ils ne supportaient pas que je me fasse passer pour une fille plus grande que son âge. Boire, sortir, vivre. Enfin, c'est ce qu'ils imaginaient parce que je ne faisais rien de tout ça.»

Et moi qui croyait que les histoires de harcèlement n'arrivaient que dans les films...

On se lève et reprend nos vélos. Nous roulons doucement et je crois que finalement, ça me fait du bien d'être ici.

«Je le demande vraiment où j'étais toutes ces années. C'est vrai, j'ai l'impression que je ne te voyais pas, n'écoutais pas ce qu'il se passait autour de moi, dis-je alors que nous arrivons devant une maison.

–T'étais dans ton monde, Sidi. Et même si les autres te faisaient chier par rapport à ça, à t'appeler l'autiste ou le déluré, moi c'est ce que j'admirais chez toi. Ta facilité à être déconnecté de tout.»

Je n'ai pas le temps de réfléchir à ce qu'elle vient de dire, que nos vélos sont posés sur le trottoir. Elle prend place sur celui-ci, au pied d'un réverbère et comme toute à l'heure, je fais de même.

«On est presque à la sortie de la ville, remarquai-je.

–En effet. Avant toutes choses, Sidi, ce que je m'apprête à te dire à propos de cette maison juste derrière nous est un secret que personne ne doit savoir, tu me reçois ?

–Oui, cinq sur cinq, assurai-je face à son air grave.

Elle soupire et lève la tête vers le ciel, désespérée et perdue. Je lui laisse le temps de bien réfléchir et tout considérer en regardant autour de nous. Je crois que je ne suis jamais venu dans cette partie de la ville. C'est assez chic, c'est sûrement pour ça.

J'imagine la tête de mes parents s'ils savaient que je traine de ce côté de la ville. Ils seraient sûrement en train de faire appel à un être spirituel pour qu'il me soigne de ma folie. Rosie et moi on appartient pas vraiment au même milieu social. Je veux dire... Ça m'étonne pas qu'elle ait un histoire dans cette rue. Sa mère est l'adjointe au maire et directrice de la boîte de chocolat qui a un franc succès dans la région. Alors que mes parents sont tous deux commerçants.

Bref, c'est pas ces détails à la con qui nous ont empêchés de nous côtoyer, de près ou de loin.

–Alors voilà. Derrière nous, dans cette maison, sont en train de dormir mes parents biologiques.

Je manque de m'étouffer avec ma salive.

–Je... je crois ne pas bien comprendre... articulais-je tant bien que mal.

–Oh ça va Sidi, pas à moi s'il te plaît. Tu fais le crétin avec les autres si tu veux mais je sais parfaitement que t'as compris.

Vu le ton énervé de Rosie, je préfère reprendre mon sérieux et ne pas laisser le naturel reprendre le dessus.

–Vas-y, explique-moi tout Rosie.

La blonde prend toute son inspiration et se lance.

–C'est ici que je vivais, avant de devenir ta voisine de rue. On vivait ici tous les trois. Mais quand mon père est parti, on a mit la maison en vente. On arrivait pas à la vendre c'est pour ça que l'on a déménagé qu'en septembre de l'an passé.

–Qu'est-ce qui a déclenché la vente dans ce cas ?

–Et bien, un jour on a reçu la visite de potentiels acheteurs. Un couple assez jeunes, enfin dans la tranche d'âge de mes parents quoi. Ils avaient du mal à cacher leurs émotions, la femme ne cessait de me fixer. Ils venaient souvent à la maison pour régler des affaires et un jour, j'ai trouvé un bracelet dans ma chambre. Le même que j'ai toujours eu au poignet.

Rosie marque une pause dans son récit. J'avoue qu'à ce moment-la, sa vie me semblait tellement extraordinaire comparée à la mienne. Je n'ai pas vécu la moitié de ce qu'elle a vécu, on dirait que je me trouve dans une comédie dramatique. Ouais merde, quel crétin ! Je suis là à m'extasier, limite d'envier sa vie alors que depuis toute à l'heure elle ne me raconte que des trucs tragiques.

–Je n'ai pas bien compris sur le coup, reprit-elle. Mais quand ils sont revenu, la femme est entrée dans ma chambre, me réclamant ce bracelet qu'elle avait soit-disant perdu.
Je lui l'ai rendu et lorsqu'elle l'a saisit, j'ai vu une lettre sur le papillon. Un R. J'avais un D.
La femme s'appelle Delphine.

Elle finit par me raconter qu'en fait, ses parents biologiques n'étaient pas prêts à avoir un enfant alors ils ont fait appel à un couple. L'abandon a été difficile et rapidement ils se sont mis en tête de la retrouvé. C'était chose faite. La maire adoptive de Rosie n'a pas voulu en entendre parler alors elle leur a interdit de la voir.

– Et tu aimerais les connaître, terminai-je.

Elle acquiesce. Elle soupire bruyamment et pose sa tête sur ses genoux, les bras sur celle-ci. –Pourquoi tout est compliqué, Sidi ? marmonne-t-elle.

–Je ne sais pas, Rosie... J'en sais rien.

Dans un élan de bonté, je passe mon bras derrière ses épaules et l'attire contre moi. Elle se laisse tomber et je la serre un peu contre moi, comme une petite sœur que je veux protéger.

Je lui caresse le dos, mon menton posé sur son crâne. Je ne sais pas combien de temps nous restons ainsi mais au bruit de sa respiration qui se fait plus calme, je sens que ça lui fait du bien.

Et à moi aussi finalement. Parce que ce soir, j'ai arrêté d'être le gars égoïste, au-dessus de tout ce qui lui apporte peu d'importance. Ce soir, j'ai tenu compagnie à une amie qui en avait besoin, je l'ai écouté et je crois que pour certaines personnes, c'est déjà beaucoup.

–Tu sais, on pourrait venir les voir tous les deux. Dès demain, on passe et tu leurs parle. On dit à ta mère qu'on doit bosser au parc et roule.

Elle se dégage de mes bras, un sourire immense et sincère aux lèvres.

–Tu ferais ça Sidi ?

–Oui, Rosie.

Elle me saute dessus, ses bras entourant mon cou. Nous tombons à la renverse sur le trottoir et rions aux éclats. –Merci ! Merci, merci merci !»

Je souris. Puis je lui demande de se relever afin qu'on parte avant de réveiller tout le quartier. Elle s'exécute puis nous quittons ce terrain inconnu..

Alors qu'on arrive au carrefour, je prends la voie de droite.

«Sidi, tu vas où? Notre rue est de l'autre côté ! s'exclame la blonde.

–Suis-moi !» me contentai-je de dire, un sourire aux lèvres. L'adrénaline de la nuit, l'air dans mes poumons. Je me sens vivant et je compte bien vivre jusqu'au bout ce soir, avec Rosie.

Nous arrivons au ponton, le même où nous nous trouvions plus tôt dans la soirée. Je lâche mon vélo au début du pont et cours jusqu'au bout, Rosie sur mes talons.

«Sidi ! Mais Sidi qu'est-ce que tu fiches bon sang ? alète la blonde.

Elle retrappe et nous voilà debout, face à face sur ce ponton.

Nos respirations sont rapides, nos sourires sont collés sur nos lèvres.

–Rosie, tu m'as raconté avoir reçu le premier baiser le plus horrible du monde juste ici. Laisse-moi y remédier. Laisse moi te faire oublier ce moment et en recréer un nouveau. tu mérites tellement mieux ! Tu mérites d'être aimée comme il se doit Rosie. Et je ne prétends pas être la personne qu'il le fera parfaitement, mais je veux bien commencer par ce baiser.

Et je me sens idiot, de tout lui avoir balancer, parce que j'ai simplement réfléchis à ça quand on traversait la route de la déchetterie. Mais c'est fait. J'ai envie d'être là pour elle comme elle le mérite.

–Vas-y. Sois le crétin qui me fera oublier l'autre crétin.

Un peu maladroit, je fonds mes doigts dans ses cheveux et approche doucement ma tête. Je regarde ses yeux une dernière fois avant de fermer les miens et de poser mes lèvres sur les siennes.

Je la sens se crisper mais lui caresse les cheveux, afin de la rassurer. Je tente d'être le plus doux possible. À la fin (car il faut bien un peu d'oxygène), je la vois sourire.

–Merci pour tout, Sidi.»

Nous arrivons finalement chez elle et je lui assure que tout ira mieux, et que dans deux jours on remet ça, pour que je lui raconte mes péripéties.

La veille, je m'étais endormie seul. À l'aube, j'avais une amie sur qui compter, un lien créé avec une personne qui serait là pour moi.

Vous voulez connaître le pire dans tout ça ? c'est que ça n'a rien de romantique, parce que Rosie et moi ne sommes même pas ensemble. Elle est ma meilleure amie et elle reparle à ses parents biologiques.
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