Des Hommes et des ombres

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Petit, Ody TT. Plus grand, il a eut l'idée. Comme Newton, c'est la pomme à l'origine de l'attraction littéraire. Lui c'est la chute, moi les pépins  [+]

Niels, cartographe-typographe de métier, recherche l’emplacement des anciennes villes englouties par le sable. Il travaille avec sa compagne Hanna, archéologue. Ce nouveau monde ne produit presque plus de produits manufacturés. Les survivants fouillent ses entrailles à la recherche d’artefacts. Ou fouilles les entrailles des chanceux pour les voler...
Niels et Hanna sont suivis par une bande de puisatiers. Niels en compte cinq. Ils attendent que le couple campe pour les dépouiller. Le couple attend la prochaine dépression du terrain pour leur tendre une embuscade. Les puisatiers cherchent plus les points de discorde que les points d’eau. Chez ces sanguinaires, les deux sont source de plaisirs. Personne ne sort vivant de ce genre de rencontre, même les crotales en savent quelque chose.
La contrée est sous tension. Le bidonville que l’on nomme Néocamp est en effervescence. Ses squatteurs sont nerveux. Un escadron de miliciens Nordiens aux ordres d’une diablesse surnommée la Veuve Noire écume la région. Elle porte aussi le nom de Raven. Tous les êtres vivants sont sur le qui-vive. La route de l’escadron est jalonnée de cadavres torturés. Beaucoup de mâles, peu de femmes. La glousse, ils l’appellent à Néocamp.
Niels et Hanna la connaissent. Hanna la connaît un peu mieux. Elle lui a troqué un lot de cartes de la région contre de l’eau et du tabac bleu. Maintenant avec sa réputation à faire frémir un vieux puisatier, ce jour de transaction est à noter d’une pierre blanche. C’était la première fois que Niels rencontrait une personne qui lui foutait autant la frousse. Tout en elle respirait la Mort.
A la première dépression du terrain, Niels et Hanna font tomber sur leurs genoux les deux dromadaires, maintenant hors de vue de leurs poursuivants. Ces vaisseaux du désert transportent une fortune en artefact de l’ancien monde. Niels et Hanna se saisissent de leur Fant98 et d’une cartouchière avec différents types de munitions et se positionne côte à côte, en haut de la crête de sable, un chapeau de camouflage sur la tête. Dans la ligne de mire parfois des formes mouvantes. Il faut attendre, se calmer, les laisser se rapprocher au plus près. Et les tuer. Tomber entre leur main serait l’Enfer sur terre pour Hanna et le Paradis pour Niels.
« - Niels c’est toi ? »
Niels sursaute surpris d’entendre cette voix pas très loin d’eux et d’apprendre qu’ils se connaissent. Néocamp est une ville pourrie mais une ville Asile. Un lieu ou tous ses habitants sont en sécurité. Un lieu ou déroger à la règle signifie la mort immédiate. Un lieu de tolérance tant que l’on ne s’aventure pas en dehors de sa juridiction, bien sûr. Raven va-t-elle respecter cette loi orale ?
« - Ouais ! T’es qui toi ? « 
« - Un ami ! Laisse-nous les chameaux.
« -Ceux ne sont pas des chameaux mais des dromadaires, ignare ! « 
Niels fait un signe à Hanna lui demandant de surveiller son côté et d’éviter de se faire déborder.
« -Pas gentil Niels, tu énerves mes amis. »
« Laisse-moi réfléchir deux minutes. »
« -Ok ! »
Niels sait très bien ce qui va se passer s’il donne les dromadaires. D’abord, ils perdent une fortune, leurs armes et leurs moyens de locomotion dans ce monde lunaire. Ensuite Niels va perdre sa vie au bout d’une séance de torture prélude aux réjouissances que peut offrir une femme sans défense au milieu de ces bêtes assoiffées de sang et de sexe.
Hanna jette un œil à la dérobée sur son compagnon, en attente de sa décision.
« -Promets moi de me tuer si cela tourne mal, susurre-t-elle. »
« T’en mets du temps pour répondre ! Tu baises ta pute ou le chameau ? »
Rires gras en cascade...
« -C’est le moment de mettre en pratique notre entraînement aux tirs, chuchote-t-il. »
Pour toute réponse, d’un geste déterminé, elle arme en douceur son FANT98, s’affale à plat ventre du mieux possible et prend sa position de tirs. Les lèvres pincées, elle règle sa lunette de visée.
Et Niels poursuit sur le même ton :
« -A moins de 20 mètres, en face, ils sont cinq têtes de pioche à vouloir t’emmancher. Penses-y avant d’appuyer sur la gâchette. »
- « Niels ta réponse ! « 
« -Mike, on les crève puis on prend ce que l’on veut. »
« -Peter à raison. »
Un coup de feu retentit. Un homme vient de mourir. Sa tête de pioche vient d’exploser. Le sable alentours se couvre d’os crânien, de lambeaux de cervelle, de sang.
« -Ils ont eu Jack. »
« -Les salopes ! »
« - Tu vois ce manche d’outil ? Dit-il en brandissant un gourdin. « -C’est avec ça qu’on va vous enculer !!! « Crie-t-il.
« -On va vous crever !!! « Rage Mike.
« -Niels ?! Ta pute on va la noyer dans le foutre... (Gloussement hystérique)
Sous un soleil de fin d’après-midi, par 50° à l’ombre, sur un sable brûlant, à l’abri de la dune, Niels et Hanna essuie un tir nourri d’armes de tout calibre. Ils changent de place et riposte, jamais au même endroit. Des traînées de poussières siliceuses, les impacts, balisent la zone des combats. La mort joue au Ping Pong à balle réelle. Soudain, un dromadaire blatère. Un flot de sang sort d’une artère. La bête s’écroule. Ses pattes s’agitent dans le vide.
Un puisatier a contourné le couple et tire sur Niels. Le cri du dromadaire alerte ce dernier et tire à son tour. L’homme hirsute dévale la dune qui l’éclabousse de son sang, déjà mort avant de s’arrêter contre le cadavre de l’animal.
Hanna tire en rafale de trois balles et vide son chargeur au jugé.
Mike pousse un cri.
« -Ils m’ont eu, je suis blessé à l’épaule. »
« -Hans ? Hans ? Hans ? Merde Hans ne répond plus. »
« -Merde de merde, ils l’ont eu. »
« -Butez-moi ce connard de Niels, pas la fille. Je ne suis pas nécrophile. »
« -Ok Mike, ça va ? "
« -Oui, je pense que la balle a traversé, je ne saigne presque pas. »
Le silence reprend ses droits.
Peter rampe. Il rampe comme un vers, le nez dans le sable. L’action des rayons solaires libère de lourdes effluves ptomaïnes, comme si chaque grain de quartz recelait un cadavre en décomposition. Ce qui pouvait être le cas. Mais, Peter, l’odeur de la mort, ça l’excite. L’adrénaline est au taquet. Sa progression reptilienne l’amène à moins de dix pas du profil gauche de Niels. Et pas loin de lui, le cul de la pute, il le voit, elle aussi se tortille. Dans quelques secondes, il va exploser le crâne rasé de cet enculé de Niels en lui vidant son chargeur et se vider les couilles dans le con de la pute. Peter sourit à l’avenir. Son sourire s’élargit. Un homme en tenue militaire vient de surgir en silence derrière lui et l’égorge de gauche à droite d’un geste sûr, l’autre main bâillonne sa bouche. Peter avait rêvé de se vider, mais pas de son sang. Il s’endort pour l’éternité surpris du flot de sang qui gicle sur cette terre aride.
Jonas essuie sa lame sur les vêtements de sa victime encore tressaillante. Niels assiste à la fin de la scène impuissant, l’inconnu lui intime le silence. Il acquiesce. Le militaire lui fait comprendre qu’un ennemi tente de les contourner par la droite. Il acquiesce une deuxième fois. Niels jette une poignée de sable sur Hanna pour attirer son attention. Il lui fait signe qu’un puisatier se déplace vers elle. Puis se rapproche prudemment avant de lui parler à voix basse.
« -Un puisatier nous contourne par-là. Et un inconnu vient de me sauver la vie en égorgeant un de nos ennemis. »
La surprise fige le visage buriné d’Hanna.
« -Encore un. »
Les deux mots la rappellent à la dure réalité du moment.
Le couple prend position et se couvre mutuellement.
Larsen contourne ses adversaires par la droite. Sa progression est facilitée par le terrain sableux. Le choix tactique de Larsen, si au départ il est moins risqué, il est beaucoup plus long au final. Les derniers mètres pour atteindre la dépression, il les fait en rampant, guidé qu’il est par le dromadaire qui blatère de plus en plus fort, sûrement à cause du cadavre de son congénère. Il est arrivé dans leurs dos. La chance lui sourit. Il va se payer un doublé. Niels un bastos dans sa sale tronche de bâtard. La môme un pruneau dans le ventre la rendra plus sociable. Ça doit être délirant de baiser une pute trouée du bide. Il suffira d’appuyer sur la blessure de temps en temps et elle remuera son cul comme une danseuse orientale. Il se dit qu’elle était peut-être vierge du cul. Mais cet l’ascendant scorpion qui l’a emporté.

« -Mais qu’est-ce qu’ils foutent ces connards, vocifère Mike, le visage tordu de douleurs. Un simple mouvement en tenaille ne nécessite pas deux plombes. Merde ! Ils jouent à Rommel, ou quoi ? « 
« -Un coup de main, l'ami ? « 
Mike sursaute, surpris, il ne l'a pas entendu venir.
« -Qui êtes-vous ? « 
« -Je suis Jonas. »
« -Mike. »
« -Blessé ? »
« -Oui, à l'épaule, je pense que la balle à traverser. »
«  -Ceux sont les coups de feu qui m'ont dirigé vers vous. Bougez pas, j'ai un kit de soin sur moi. »
« -Merci. C'est rare la solidarité dans ce pays désertique. »
« -Ça ajoute une plus value. » Jonas commence par nettoyer la blessure devant et derrière. La balle n'est pas ressortie. Il saupoudre la plaie d'antibiotique. « -J'ai besoin d'un renseignement, ou puis-je trouver la Veuve noire, aussi connu sous le nom de Raven ? « 
Dans sa main, Jonas tient une piqûre de morphine
« -Dans moins d'une semaine, elle prendra le contrôle de Néocamp. D'ailleurs, elle recrute des mercenaires en vue d'unifier le pays. Elle campe à la source chaude Varm var. Sans cet incident, nous serions en route vers le camp. Joignez-vous à nous, faisons un bout de piste ensemble. »
« -Avec plaisir, dit Jonas, le tient ne tardera pas, ajoute-t-il, tout sourire, en agitant la morphine de sa main droite et en le poignardant de sa main gauche. Ambidextre Mike, pas de gauche, pas de droite et pas de centre. Pas de cœur, non plus.
Larsen crie. Il roule sur le dos. Un scorpion vient de le piquer au ventre. Larsen connaît bien cet espèce. Elle fait partie des plus dangereuses et paradoxalement, les espèces les plus dangereuses ne donnent pas les piqûres les plus douloureuses. Le scorpion est là, l'aiguillon en érection. La douleur attendue est absente. Larsen est inquiet, il sait que la benzodiazépine est rare et chère. Une ombre se profile, une de plus, Hanna, FANT98 en main. Une deuxième ombre s'approche, le désert s'assombrit, Niels. Une troisième ombre surcharge le décor surchauffé, le dromadaire.
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Image de Felix Culpa
Felix Culpa · il y a
Je suis au cinéma et je regarde un film ! Les images suggérées par votre récit sont fortes, tant la narration est maîtrisée. Je vous invite découvrir : La légende des étoiles :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-legende-des-etoiles

Image de michel jarrié
michel jarrié · il y a
Une vraie séquence de film d'aventure ! Même pas besoin d'images.
Merci Ody pour la séance.

Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Du fantastique ... ténébreux.

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