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Des extraits de mon journal intime

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Olessya

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Je bosse dans la banlieue proche de Haïfa, dans la zone industrielle de Tirât Carmel. C’était d’ailleurs, le premier quartier bâti dans la région par les nouveaux émigrés, et avant il appartenait à Haïfa. Aujourd’hui c’est un endroit tout à fait indépendant, avec sa propre mairie. La vie bouillonne ici entre les israéliens zabarim (ceux qui sont nés dans le pays), les religieux, les caucasiens.

Avec moi, dans le bus qui arrive de Haïfa, il y a quelques femmes qui descendent au même arrêt et s’avancent dans la direction, identique à la mienne. On traverse la route, les voitures s’arrêtent impatientes, car on prend le long de tout le chemin. En général, je les laisse me distancer et je les regarde. Belles femmes dans leur 40 ans avancés et peut-être, plus. Toutes aux jupons fermant leurs genoux, les talons aux aiguilles, minces. Je ne sais pas où elles travaillent, je ne peux que supposer que dans une de ces usines des environs qui produisent les chaussures orthopédiques ou bien des produits pharmaceutiques. Elles enlèvent leurs belles habilles et mettent les robes de travail afin de soutenir la hygiène. On remarque les visages fatigués, ridés du travail, de la famille, de mari, des gosses et de mille et une chose qui cernent et trainassent dans leur tourbillon.

Je viens ici tous les matins, à 6:40h environs, je prends toujours un bus à l’avance pour ne pas venir directement au travail, mais s’asseoir pour quelques instants sur le banc, avec mon sandwich, riche en crème d’amande ou des caroubiers. Derrière le banc il y a une clôture qui longe la rue.

Attraper un peu de temps pour écrire ces quelques lignes. Il me fait du bien par-dessus de tout quand-même.

J’aime bien de venir ici de temps à l’autre, car il fait bon et chaud à l’intérieur. Et je peux écrire tranquillement sans se laisser désirer d’aller en cuisine préparer un thé ou de me laisser séduire par ce passage de livre.

On a tous des rencontres dans la vie. Parfois, les rencontres deviennent même l’amitié.

Ce monsieur de l’âge moyen, je ne me souviens plus, où j’ai rencontré et comment. Nos chemins se croisaient quand j’avais 18 ans. Lui, était d’un âge indéterminé et vu la négligence à son apparence il faisait beaucoup plus. Mais à l’époque je ne posais même pas la question. Je l’appelai « mon prof’ de littérature » car il était un, en effet, pas en Israël, à Moscou. En Israël, il nettoyait des grandes espaces, vivait dans une petite deux pièces, avec sa mère vieillissante, dans un quartier religieux. Les appartements là-bas sont moins chers. Dans l’appartement je n’étais qu’une seule fois, avec un autre élève – un garçon très joli et très intelligent de 12 ans. Son aspiration à lettres et à la culture s’alimentait fortement par ses deux parents. Je les ai vu un jour, dans le hall de théâtre à Kiryat-Haim, avant le spectacle, où le garçon et moi étaient invités par notre prof’. Un joli couple, intelligent, dans leur approchement à quarantaine, ravis que leur fiston s’approche à la culture.

...L’appartement, malgré la présence de maman, se trouvait négligé. « Maman est partie à Moscou, voir notre maison de campagne », - annonçait le prof’. Ou, peut-être, elle n’a pas supporté cette nonchalance, construit des vieux livres, journaux dont dans les années 80 ans chaque famille qui se croyait intelligente était abonnée.

On est venu tous ici afin de célébrer notre réussite dans le domaine littéraire. On a fait des gros progrès. Moi, j’étais à moitié de ma liste, bigarrée des titres de livres que j’avais déjà lu et ceux-là qui attendaient encore leur tour.

Comment je l’ai rencontré donc, ce monsieur d’un âge indéterminé, mais, peut-être, pas plus que 50 ans. Comme je l’ai déjà dit, je ne me souviens plus. Mais il y est rentré comme un ouragan, fort de son intelligence littéraire et culturel, mais aucunement adapté à la vie réelle. Entourée par ses bouquins comme par les enfants, il a retrouvé son répit avec nous, les adolescents, assoiffés à apprendre. Il dépensait ses sous sur les rares ouvrages, sur les billets de théâtre. Et en même temps, il n’a pas rendu visite chez le coiffeur depuis 6 mois au moins. Il ne parlait bien que de la littérature, s’il ouvrait la bouche c’est pour les injures aux hommes de politiques, la structure gouvernementale, les gens en général. Que la littérature avait cette grâce, recevait les mots doux et bienveillants.

Grâce à lui, j’ai fait l’Université, la fac de littérature sans y être. Peut-être, il ne fallait pas me demander deux fois. J’ai accompli la tâche avec plaisir. Et après ce n’était que pour lire, mais aussi pour discuter suite la lecture. Développer la pensée. Réfléchir. Se poser des questions. Je lui dois ça, à monsieur.

Et un jour il a décidé de partir en Russie afin de trouver la femme de ses rêves. Les israéliennes ne comptaient pas. Il est venu nous rendre la visite en nous laissant un héritage. Tous ses livres, ses chers êtres à qui il tenait tellement. Trois grosses valises prenaient leur place dans le couloir. Le littéraire était parti, et il n’est jamais revenu.


La pâtisserie c’est ma faiblesse, donc je passe régulièrement afin de me provider de pitot ou des petits gâteaux secs aux goûts diverses.
Je viens souvent dernièrement aussi grâce à mon nouveau travail à Beit-Gefen – faire des visites guidées aux étudiants et touristes. Ça s’appelle « Le musée sans murs » puisqu’il n’est pas clos dans 4 murs, mais il est à l’extérieur, étendu devant nous sur tout le quartier.

Cet après-midi je suis avec ce groupe de 20 de personnes, j’écoute des explications du guide et je suis bien parmi eux, où, pour un court instant nos chemins se croisent, se mêlent pour ensuite se repartir. Ici dans le quartier il y a des ruelles, des trottoirs pavés.

Chacun a son chemin. Tous les jours j’emprunte un autre pour voir que-ce que ça donne – être différent ?

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Ils sont arrivés de l’Afrique. Par les vagues. Et peu à peu ils ont inondé le pays, surtout le centre. C’est logique – il y a plus de travail sur Tel-Aviv qu’à Galil ou Beer-Shev’a. Je crois qu’en 2012 c’était l’apogée à laquelle on est arrivé en quantité de personnes venant de Retraie. On pourra les croiser facilement dans les marchés, bars et restaurants, des hôtels – ce sont les endroits de travail répandus pour les personnes qui se trouvent souvent sans papiers en règles. Les personne que l’on peut tromper plus facilement car ils ne maitrisent pas bien la langue du pays. Ils n’ont pas le temps de l’apprendre puisqu’ils doivent bosser énormément d’heures afin de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles en Afrique. Les personnes à qui l’on peut donner le salaire minimale et ils ne diront rien. Parce qu’ils ont besoin de ce travail. Ils sont déjà partis de leur pays pour trouver mieux car chez eux il n’y a pas de travail. Alors, ils restent ici. Ces personnes-là que l’on peut injurier facilement, de leur parler mal puisqu’ils ne vont rien dire. Ils vont se taire pour toujours avoir ce travail. Et encore ils seront reconnaissants. Puisque chez eux ils n’ont même pas cela. Moi, j’ai rencontré quelques-uns. C’était dans un des hôtels où j’ai occupé le poste de représentante de réservations. C’est un endroit plutôt familial, pas grande, faisant partie d’une chaine.

Les postes principales occupaient évidemment les personnes de la famille. Les moins importants étaient pris justement par deux personnes de l’Afrique. Ils se ressemblaient quelque part par un simple fait étant africaines, ils étaient noirs tous les deux. Un est costaud et l’autre – plus petit, mais les muscles se voyaient quand-même derrière son t-shirt. J’ignore leurs vrais prénoms, mais ici, en Israël, ils avaient des pseudos : Efraim et Indaka. Ils n’étaient pas juifs même qu’à force de vivre dans un pays, on prend sûrement de ses couleurs et de ses habitudes...

Ces deux gars donc étaient à tout faire – le nettoyage de chambres, l’installation des armoires, la préparation de repas, la réponse aux appels au cas où. Leurs heures de travail étaient très souples, c’est-à-dire ils bossaient 12h – 14h par jour, souvent, ils dormaient à l’hôtel pour rester également disponibles la nuit. Personne ne se gêna de les réveiller en plein nuit s’il avait besoin.

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La vie est belle et bien bizarre. Je suis à nouveau sans travail, je cherche qch qui va me correspondre, et en même temps je sais que la seule chose qui me corresponde c’est l’écriture et rien d’autre.

L’agence immobilier – je commence y bosser aujourd’hui suite à mon licenciement de mon job précédent. Ça tombait plutôt bien. Ce dernier temps j’enchaine des petits boulots comme ça, comme j’avais enchainé des mecs auparavant. Avec des mecs j’ai arrêté, mais avec les boulots pas encore. Je ne comprends pas trop ce qui se passe et quoi faire dans cette situation. Un psychologue a dit : « Vous n’avez jamais assez de ce que vous n’aimez pas ». Il a bien raison, je crois. Juste que j’ai besoin de fric, alors je cherche le boulot. Je le trouve, je commence, et peu de temps après je réalise (et mes employés aussi, d’ailleurs) que l’on s’est pas fait pour s’entendre. Et je recommence. Comment j’arrête ça, moi ? La seule chose dont je n’ai pas marre – c’est l’écriture, car là, il y a toujours des changements, et ce n’est jamais pareil, et on fait la preuve d’intelligence et de talent. Nulle part je n’ai pas trouvé cette satisfaction que m’apporte l’écriture.

Et donc là, c’est mon 1er jour à l’agence immobilier et j’essaie de m’y habituer. Ce n’est pas évident car c’est très ennuyant. En gros, je dois faire publier sur les sites appropriés les appartements à vendre ou à louer que les agents m’amènent. Répondre à téléphone qui ne sonne pas ; de plus je dois voir que le bureau est bien nettoyé et rangé. Et sourire. Rien de plus important.

Et si au début, quand je suis arrivée, j’étais plutôt contente, après trois heures d’affilée je me sentais déjà tout à fait envolée vers d’autres horizons, et ils se trouvaient loin de cet agence immobilier du centre-ville. Même que les gens se trouvaient sympas, ils me souriaient en disant « le bienvenu ». Ils se trouvaient disponibles pour m’aider. Mais moi, je n’avais pas envie de leur aide. Je n’avais pas envie d’être là. Alors, je pars. Je pars pour trouver mieux que ça, pour me sentir bien, pour avoir de l’argent.

Aujourd’hui, c’est le dimanche, le début de la nouvelle semaine en Terre Sainte. On peut sentir que c’est le dimanche et pas un autre jour. Comment au juste ? C’est un bruit particulier des nombreuses voitures et des bus qui commencent tôt la nouvelle journée. Les sons des employeurs du bâtiment qui continuent les travaux arrêtaient avant le Shabbat.

Les mails des années dernières que je n’efface pas – je garde les souvenirs des gens que j’avais aimé autrefois, des choses que j’avais faites. Et il faut effacer, peut-être, pour faire rentrer la nouvelle énergie dans la vie, dans ma vie.

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Des sentiments viennent et repartent, parfois ils m’attrapent si fort que je ne sais plus quoi faire. Peut-être, juste accepter ? Oui, il faut accepter tout ce qui vient.

Je ferme mon ordi. Je vais passer le shabbat sans. Bizarrement, ça ne m’évoque rien de mauvais, mais bien au contraire – je sens au fond de moi un apaisement, un calme intérieur qui me fait sentir bien. J’ai envie d’être là pour moi J’ai envie de m’entendre. J’ai envie de me parler. J’ai envie de m’écouter.
J’attrape les pensées pareilles quand je vois une femme qui m’attire physiquement et ça me choque, et je me demande si je ne suis pas lesbienne. Là, je n’utilise plus l’ordi pendant le shabbat et je me questionne si je ne suis pas religieuse ? Mais non, je ne suis ni l’une ni l’autre. Je reste celle que je suis toujours J’aime les hommes et je suis laïque et je la resterai. Le Dieu, il savait quoi faire, il était très intelligent. De rester un jour au calme – que-ce qui peut être le mieux ? De rester avec soi-même, dans la tranquillité – c’est une meilleure façon de récupérer la semaine et de commencer rechargée, avec les nouvelles forces.

Et moi, j’ai besoin de causer avec ma boule dans la gorge où se trouvent les restent de ma peine qui me guettent encore. Pourquoi ? Que-ce qu’il y a encore ? Si c’est moi qui décide, alors, ça doit être parti déjà. Parce que moi, je décide d’être heureuse et en pleine forme. Toujours.

S’arrêter et écouter le silence. Autour de soi et à l’intérieur de soi.

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Mais quelle richesse et plénitude amènent les amis ! Que-ce que je me sens bien et heureuse ! C’est fou ! C’est tellement bien. J’ai passé chez Jacques quelques heures qui se sont s’envolées comme quelques minutes. Ça fait si bien de rire ensemble, de partager, de préparer la bouffe et de s’entraider. Ça fait du bien.

Et ensuite j’étais à l’église et j’ai vu ce joli bébé. Et le désir d’en avoir un ou deux et de me marier ne fait que se fortifier. La prochaine fois je leur demanderai de le tenir dans mes bras.

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J’ai senti de me libérer dans ma voix, au moment, où j’ai chanté et j’étais debout. Je me suis sentie très confortable, le son passait dans mes poumons et ma gorge sans difficulté quelconque. C’est moi qui décide de mon bonheur.
Quand j’ai parlé à mamie, j’ai senti cette délibération dans la voix et la capacité de parler de moi.

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J’apprécie énormément ces moments, passés avec ma propriétaire à la maison Ça fait chaud au cœur. Son petit royaume où elle est élevée ses trois enfants qui sont partis maintenant ailleurs. Il concerne tous les souvenirs, tous les rires et larmes, toutes les conversations intimes entre les parents, les enfants, les amis de la maison. Les dessins des petits-enfants sont sur les murs, les objets amenés des voyages par la famille et les proches, des petits souvenirs et cadeaux sur les étagères – cela fait partie de l’histoire. De son histoire, si riche et signifiante en événements.
Je la regarde couper la salade de la pomme de terre, concombres salés, carotte et la betterave à part. Je me rappelle de ma propre grande-mère en Russie et je me dis que, peut-être, toutes les bonnes mamies dans le monde se ressemblent. Elles se préparent aussi avec autant d’amour vers leurs enfants et petits-enfants les plats traditionnels de leur pays d’origine.
Dans cette maison tout a le sens. Chaque chose a son histoire, particulière à lui. Ici, il y a les traditions et les valeurs qui se gardent plus d’un siècle déjà. L’amour et le respect règnent dans cette maison.

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Aujourd’hui on va avec Jacques à Hamei Gaash ; c’est un endroit très sympathique, pas loin de la Tibériade. Je ne suis jamais venue. Et voilà que soudain il m’a proposé d’y passer un après-midi début d’automne. Le chemin était long, c’était un jeudi et les gens du pays entier se précipitaient de rentrer à la maison. L’avantage de notre terre c’est que l’on peut la traverser en 6h par train et en voiture un peu plus d’un bout à l’autre. Cet avantage permet aux gens de Naharia aller bosser à Tel-Aviv sans problème quelconque.
On rentre donc avec mon ami dans un des embouteillages les plus grands de la semaine. C’est le temps de profiter de belles vues d’Israël : de ses champs, de ses animaux (surtout les vaches et les chèvres) qui se promènent tranquillement dans la prairie ; de ses arbres et fleurs, de ses forêts...On a un beau pays en fin compte.
Un endroit sympa, avec une grande piscine thermale à l’intérieur. On dit qu’il y a tous les éléments de la table de Mendeleïev. Ça doit être à cause d’eux que l’eau devient verdâtre. J’aime cette chaleur, cette sensation de l’huile sur ma peau. Je m’assois sur le bord de la piscine et je ferme les yeux, je laisse à cette chaleur pénétrer dans mon corps. Je prends le plaisir d’être là, au moment présent.

A chaque fois quand mon regard tombe sur la mer dans cet endroit-là, et je vois les plancheurs refaire leurs tours, je repense à Nicolas. C’est une pensée, amicale, qui passe, remplacée pars tas d’autre. Et elles ne sont pas toutes si radieuses comme celle-ci. Je repense à lui en me disant que c’est sympa quand-même qu’il y a quelque part ce gars qui me ressemble, et même s’il est loin, c’est bien qu’il l’est.


Je reviens à moi-même. Je me suis laissée tomber encore une fois. Pourquoi ? Je ne sais pas. Mais j’ai appris des choses et je m’en sors encore une fois. Ce désir d’écriture se réveille à nouveau, c’est-à-dire que je suis sur le bon chemin – sur le mien ! Quand je m’offusquais, j’ai perdu tous mes envies : de rire, d’écrire, de faire la gym, d’apprendre le français, de vivre même. Et là, ça revient – mon Amour à la vie, mon désir de vivre pleinement. De rire !..Je m’aime, mais ce n’est pas facile. Il ne faut pas que je replonge, il faut que je continue, petit à petit.

15/6/2016
Je crois bien que c’est la première fois que je fais quelque chose de bon pour moi. Ce n’est pas qu’avant je n’ai rien fait de bon, non. Je faisais du sport, du yoga, j’allais aux psychologues. Mais aujourd’hui, c’est différent, c’est un autre niveau. Je me sens comme au paradis, une sensation légère, douce...calme.
Moi, c’est l’écriture. Moi, c’est le français. Je me suis sentie tellement bien dans cette clinique, enveloppé par un amour inconditionnel.


Le soleil arrive lentement à la ligne d’horizon et voilà que l’on ne le voit plus. Il laisse ses traces dans le ciel aux couleurs blanchâtres et il colore la mer en rose. Je m’arrête les pieds nus sur le sable, je regarde bien et je vois mon bel avenir qui est tout proche. Je prends cette bougie et j’allumine le noir pour s’en sortir.

J’apprécie ces gens qui étaient dans ma vie. Ils m’ont fait avancer ; on était une période de temps les uns pour les autres, mais c’est terminé. Maintenant, je reste comme « tabula rasa », je me nettoie au fond, je me nettoie très-très bien à l’intérieur pour ensuite mettre les bonnes choses. Construire une autre vie : pleine de bonheur et de joie. Un bon travail que j’aime et un homme qui m’aime et que j’aime, des bons amis.

Ça tombe comme une épluchure. Ces gens-là qui sont mes miroirs et je n’ai plus besoin d’eux. Maintenant, j’ai envie me voir dans les miroirs différents. Là, où je suis heureuse, tranquille, calme, prospère. C’est ça que j’ai envie de voir.

21/06/2016
Je suis encore à la mer. Je suis bien. Bien-mal. Je ressors petit à petit de cet endroit sombre qui m’a fait souffrir. C’est un endroit à l’intérieur de moi qui m’a amené de subir certaines choses dans la vie. Mais je vais ressortir gagnante et je vais tout faire pour ne plus y rentrer. Parce que moi, j’en ai assez de ces souffrances. Maintenant, que de bonheur dans ma vie !
...C’est tout au fond de moi, le sentiment qui me passe dans la gorge, descend dans le cœur ; parfois il se dissipe, parfois il est encore là, mais bientôt il va partir car je suis au bout de tout et j’ai envie de m’en sortir de tout mon cœur. J’ai envie réussir.

Ces jours-là, il faut les vivre aussi. Ces sont des sentiments qui ressortent, les sentiments qui étaient si profonds qui s’éveillent suite à ce travail intérieur que je fais. Ce matin, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, je sentais une lourdeur dans la tête et que quand je suis rentrée de la mer, je me suis sentie apaisée. C’est l’eau qui m’a prise ma détresse, ma colère, ma tristesse et elle m’a donné de la force, de l’amour, de la compassion.

Je sens parfois comme si on m’arrachait la peau de l’intérieur, tellement ça fait mal. Et je sais que c’est pour mon bien, que ça passera et je serai encore plus forte qu’avant. Je suis persuadée que les âmes qui nous font le pire mal qui en peut, nous aiment le plus, car ils nous apprennent à grandir et nous aimer.

Oui, je les aime, mes grands-parents, c’est vrai, mas parfois j’ai de la colère, parce que je me rappelle du passé et ça m’énerve.

Ça m’énerve, ce sentiment d’appartenance à cette famille qui est la mienne. Au fait qu’ils étaient malheureux et n’ont rien changé. Ils ont choisi de culpabiliser le gouvernement, leurs familles à eux, la guerre, Staline et d’abord Lénine et qui non. Sans jamais se poser la question : « Peut-être, moi, je suis responsable de ce qui se passe dans ma vie ? Peut-être, je peux changer quelque chose et d’aller mieux ? » Non, rien de tout ça. Ils ont préféré de tout soumettre au régime. Et moi, je suis née et je n’ai fait que ça. Je me posais de milliers de questions ; je cherchais, j’ai pris de responsabilités. J’avance. Je vais ailleurs. Loin d’eux.

Je comprends qu’ils ne sont pas coupables, que tout ça arrive afin que je puisse d’être là où je suis aujourd’hui, mais ça ne me soulage pas toujours.


Et voilà, je suis au cimetière. J’avais un fort besoin d’être là, dans sa présence puisque je crois que même s’il est mort, il est là quand-même. Il s’est réincarné déjà peut-être en quelcun d’autre, mais au moment où j’ai besoin de lui comme maintenant, il vient. Il est là, je le sais même si je ne le vois pas. Aujourd’hui, j’ai moins envie de parler avec lui, mais écrire ce que j’ai sur le cœur. Tout à l’heure j’avais une telle douleur dans le cœur, une peine mentale que j’ai ressenti comme physique, et j’ai crié : « Papa ! Papa ! » Je n’ai pas osé au début crier fort car les murs de mon appart’ sont fins, mais je l’ai fait en fin compte. Je l’ai fait pour moi, pour me libérer encore un peu. Et au bout d’un moment j’ai senti comme un gouffre s’ouvrir en moi, dans mon cœur, poumons, ventre. Pour quelques instants j’ai senti une telle quantité d’air rentrer à l’intérieur que j’ai commencé à m’étouffer presque. J’ai senti la nausée et l’envie de vomir, mais ça n’est pas arrivé. Quelques instants plus tard la crise passa et j’ai réalisé une simple chose : que ce n’est pas Shimon était là afin de me rappeler le passé, pour que je m’en souvienne et que je le libère totalement.

Et j’ai senti ensuite cette nécessité de venir ici, où est mon père, je ne peux pas dire enterré, puisqu’il ne l’est pas. Il n’y avait plus de place et il est dans le mur. A mon avis, 10 ans passé presque, son corps disparût, que son âme vole dans les environs pour que je sache que je ne suis pas seule.

Aujourd’hui je dis « adieu » à mon père. Je dis « adieu » également à tout ce mal qui s’est produit il y a longtemps et c’est le temps de continuer mon chemin. Il y a 8 ans je me suis séparée de ma mère. Alors, c’était Patrice ; quand il m’a quitté, je croyais que le monde va s’écrouler, tellement j’avais mal à l’intérieur. J’ai survécu. Là, c’est mon père et Shimon. La scène est jouée. Je surmonte cet obstacle aussi.

Ça fait bizarre d’être au cimetière et d’en prendre le plaisir plus qu’ailleurs. Ici, je me sens bien, calme, tranquille parmi tous ces morts qui ne me font plus peur. Je regarde sur leurs tombes qui sont faites aux différentes façons. C’est marrant puisque même après la mort on peut jouer à ce jeu : « qui est plus riche ? » Mais ceux qui sont morts ils s’en foutent.

MON CHAT
Il est là aujourd’hui, et il est venu tout seul. C’est dingue. C’est un chat que je connais depuis un an presque. On a fait connaissance sur les escaliers qui mènent vers ma rue. On s’est sympathisé réciproquement et on est devenu amis petit à petit. Au tout début, à chaque fois que j’ai passé par là, je me suis arrêtée pour un peu de temps et je l’ai caressé. S’il n’était pas là, je l’ai appelé : « Kiss-kiss » ! Et s’il se trouvait dans les environs, il apparaissait devant moi. Au bout d’un certain temps il a commencé à me reconnaitre, pas seulement d’après la voix, mais aussi d’après le son de pas, et, soudain, de nulle part il submergeait devant moi. Il y a trois mois, j’ai décidé d’acheter de la nourriture pour les chats et je lui en ai donné. Au début, sur les escaliers-mêmes, à chaque fois que l’on s’est rencontré ; toujours j’avais le petit sachet dans mon sac. Ensuite, j’ai décidé de le faire à la maison, donc je l’appelais et il venait avec moi. Il avait la trouille de tout : un bruit léger, une voix inconnue, ça le mettait en terreur et il s’enfuyait rapidement. Je lui mettais la pâture, il mangea vite, tournant souvent la tête à gauche et à droite pour voir s’il n’y a personne qui peut lui être dangereux. Parfois il allait plus loin et revenait de finir son assiette. Une fois il terminait, il repartait aussitôt, m’accordant une caresse en signe de remerciement. Parfois, j’ai fait expérimentes : j’ai fermé la porte pour voir comment il va agir. Il venait alors à la porte, l’a reniflé, monté sur deux pattes, allait tout autour en cherchant la sortie...A la fin, en ne la trouvant pas, il s’assoyait devant la porte, me regarda avec ses yeux verts, gris et commença à miauler très fort. Bien sûr, on ne peut pas enfermer un animal sauvage dans quatre murs. Il ne supportera pas, il a trop d’habitude de sa liberté, de la nature dont à l’intérieur il vit. Là-bas il suit ses instincts : il se trouve à manger quand il en a besoin pour ne pas mourir de faim ; il se bat pour avoir sa place, il défend ses droits pour cette femelle puisqu’il suit son instinct de reproduction.

Voilà que nous, les êtres humaines, les donnons à manger, et les pauvres animaux perdent petit-à-petit leurs instincts car ils savent maintenant qu’il y a ceux qui les nourrissent et il ne faut plus faire des efforts. Mais après, si cette personne s’en va, que-ce qu’ils vont faire, ces chats ?

Moi, j’en fais pareil avec celui-ci, mais hier je me suis rendue compte que pour la première fois. Après m’avoir suivi jusqu’à l’appartement, en révélant que sa nourriture se termina et il faut attendre jusqu’à ce que je n’achète pas, il est parti, mon chat. J’ai fermé la porte derrière lui, mais quelques instants plus tard j’ai entendu des miaous et j’allais chercher la source. Il se trouvait que mon chat découvrit ma terrasse. Il se balança sur quatre pattes afin de se tenir sur la rampe étroite. Je lui ai ouvert et il a fait reverse et sauta à l’intérieur avant d’hésiter quelques instants. J’étais étonnée de le voir comme ça, d’essayer de rentrer chez moi par sa propre initiative.
Il resta chez moi tout ce temps que j’étais à la maison, près de moi, en me suivant si j’allais ailleurs. Je l’ai regardé par terre, se reposer, mais en alerte : s’il percevait un bruit à l’extérieur, directement il traversa le mur pour me voir de l’autre côté de la maison. Moi, en le contemplant je m’abandonnais à l’idée de la vie d’un chat, celui-là en particulier. Maintenant, il est dans mon appart’, il se repose, il sait (enfin, je l’espère) que personne ne le touchera, il se prend la confiance petit-à-petit. Une demi-heure, une heure, deux heures - et après ? Que-ce qu’il y aurait après pour ce chat ? Je partirai, je ne le laisserai pas à l’intérieur. Parce qu’il est sale, il a des puces, il est farouche. Je ne sais pas que-ce que l’on peut attendre d’un chat de rue. Et lui, s’il s’attache, il va souffrir.
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Artvic · il y a
Des sentiments viennent et repartent, parfois ils m’attrapent si fort que je ne sais plus quoi faire. Peut-être, juste accepter ? Oui, il faut accepter tout ce qui vient...🌹 Merci pour ces petits morceaux de vie que tu présentes comme un journal ! Je trouve cela très bien présenté et on sens que cela provient de l'intérieur 🌟 bravo
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