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Derrière la ville - Roman - Le scénario

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Luc Michel

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LE DECOR

La Seine a débordé de son lit ; elle s'étale, telle un immense fleuve amazonien jusqu'à la mer. Là, sur ses rives, se concentre une population misérable, vivant dans une humidité permanente, dans une sorte de mangrove. C'est ici qu'est née et a grandi Gwandaa, fille du chef vénéré, disparu lors de la révolte de la guerre du fleuve.

Paris est une ville cosmopolite où l'on ne travaille plus de ses mains. Seules s’exercent des activités intellectuelles. Les robots sont partout, ils ont remplacé les hommes dans absolument toutes les activités physiques : taxis, serveur, éboueurs, caissières, professeurs etc...Ce bouleversement a entraîné le repli sur soi de toute la couronne parisienne. La paupérisation a gagné les trois quart de la population. Une élite demeure dans Paris, possède les immeubles, règne sur les robots, verse des subsides à cette armée de miséreux chassée aux alentours de la ville. Cette élite bénéficie d'une longévité exceptionnelle, appelée la longévité remarquable. Elle a renoncé aux enfants. Un seul enfant par couple tous les cents ans environ. Un processus long, compliqué. Les mères n'enfantent plus. En dehors, on vit encore comme avant. L'approvisionnement en nourriture est assuré par d'immenses barques vers un entrepôt unique. Des robots sont chargés ensuite de gérer les commandes. Plus personne ne se rend dans les magasins. Les commerces n'existent plus, sauf les cafés, les bars et restaurants.
L'informatisation des esprits a gagné toute la société. Les gens ne raisonnent plus que de façon binaire. Il n'y a plus place pour la nuance, la subtilité, tout est 1 ou 0 . Le raisonnement mathématique a gagné. La tolérance zéro s'applique à tout : probité, idées : aucune déviance n'est possible. Chaque année un comité définit les axes de la pensée. Cela est accepté par tous. Dans un souci d'efficacité, de clarté aussi.
Les gens sont des Kids, des éternels adolescents, rivés à des écrans, n'ayant plus de contact avec la nature ou très peu.
Ils se déplacent de ville en ville, tout le reste est devenu trop dangereux, est peuplé des gueux ( le terme est revenu à la mode mais n'a plus son sens péjoratif, il désigne le peuple tout simplement, la masse de ceux qui vivent en périphérie)
Quelques îlots de villégiature demeurent.

Et puis, au dessus de ça, il y a les dix-mille. C'est encore autre chose. Un monde à part, ils ne se fréquentent qu'entre eux. Ils dirigent tout.

Deux mondes s'ignorent.

Parfois des soulèvements font trembler les habitants des villes, notamment à Paris.
Cela se produit généralement après des épisodes cycloniques, en été, après que les cyclones successifs aient dévasté les habitations, ruinés les récoltes. Pourquoi n'installent t-on pas des robots sur les exploitations ? On a essayé mais ils ont été détruits, on y a renoncé. La dernière révolte a eu lieu alors que Gwandaa était toute petite. Son père, un colosse en était l'instigateur. Depuis, après une répression sans précédent, les choses sont rentrées dans l'ordre. Mais lorsque s'ouvre ce récit, la révolte gronde à nouveau.









L'HISTOIRE

PREMIERE PARTIE

Kroos est tout en haut de l'échelle, son père est administrateur du club des cent, l'élite de l'élite. Cette petite caste dirige le pays, c'est un réseau structuré, en dehors du pouvoir officiel. Il a grandi dans un luxe inouï, son père était absent, sa mère le laissait aux robots, s'en occupait peu. Un jour, à l'âge de dix-sept ans, il s'est enfui, il est parti seul en direction de la mangrove, a rencontré après avoir été pris en otage par des gueux, Gwhandaa, la fille du chef. Elle l'a libéré, s'est enfui avec lui, lui faisant découvrir un monde extraordinaire. Mais la police, mandatée par son père, a fini par le retrouver. On l'emmène de force. Il promet de revenir mais ne le fait pas. Il est taraudé ensuite par cette fille, cette promesse d'adolescent. Elle même est sévèrement punie.

Huit années ont passé. Gwhandaa navigue sur une pirogue en direction de la ville, elle a un enfant dans ses bras, un enfant de sept ans. Elle est refoulée après avoir livré sa marchandise. Elle veut retrouver Kroos. Elle ne lui en veut pas. Gwhandaa n'en veut à personne. Elle est comme ses habitants de l'autre monde, elle accepte son sort, le sort des déshérités de la terre. Seule la faim, les cycles insoupçonnés de la nature les font parfois se révolter, à la manière des bêtes traquées mais c'est tout. Elle ne sait pas qui il est, sauf qu'il vit de l'autre côté.

Lui, à trente cinq ans, il fait partie désormais du club des cent, en compagnie de son père, qu'il évite. Il ne s'est pas marié mais mène une existence de luxe et de plaisirs. Il a de brusques accès de désespoir, des fulgurances.

Elle parvient enfin à savoir qui il est, où il vit mais il la repousse, la fait écarter de sa vie. C'est un type méprisant, hautain.
Il existe en effet à Paris, une survivance du monde ancien. C'est un quartier, situé au cœur de la capitale, mais refusant depuis toujours de se soumettre aux règles communes. Il est peuplé d'artistes, de gens un peu bohèmes, d'amoureux des livres, c'est là que l'on peut trouver quelques librairies (cf prologue). On lui explique ce qu'est le monde de Kroos. Qui est Kroos. Où il vit. Il est impossible qu'elle puisse un jour l'approcher.
Elle essaie plusieurs fois, sans succès : en bas de son immeuble, à la sortie de son bureau, en se présentant à l'hôtesse, mais elle est à chaque fois repoussée sans même que Kroos ne s'en rende compte ou n'en soit informé. Ce type de personnage établit une si grande barrière entre eux et le monde qu'ils n'en n'ont plus aucune notion.
Elle finit par se jeter sous sa voiture tandis qu'il démarre mais tandis qu'elle est emmenée à l'hôpital, lui ne s'est pas seulement déplacé.
La police le convoque. Question de procédure. Il doit déposer c'est la loi. Dans le bureau du commissaire, un petit collier en or. Un cadeau de Kroos, l'autre Kroos, celui d'avant à sa Gwhandaa adorée. Kroos reconnaît ce collier, demande où est Gwhandaa et se rend à son chevet, à l'hôpital.


SECONDE PARTIE

Gwhandaa se rétablit, Kroos l'amène vivre avec lui et découvre sa fille. Il s'en suit l'une des périodes les plus heureuses de sa vie. Kroos change, s'humanise. Gwhandaa lui parle de ces gens qu'elle a connu, ces gens qui refusent le monde tel qu'il est.
Kroos évolue, surprend son entourage, prend des décisions étonnantes telles que ne plus employer de robots à la maison, se rendre en des lieux où les gens de sa caste ne vont pas. Kroos commence à déranger.
Pendant ce temps, la révolte gronde. Quelques escarmouches, vite réprimées. Des lieux de villégiature sont détruits, les gens ont peur. Le conseil des cents veut agir, détruire une fois pour toute cette humanité de seconde classe, les remplacer par des robots. Définitivement. Mais Kroos s'y oppose, il détient un pouvoir de véto au sein du conseil des cents, mieux, il parvient à fédérer autour de lui, à insuffler un élan, quelque chose qui permettrait un partage des richesses. Il découvre le Christ, un ouvrage oublié appelé le nouveau testament.

La fin du récit retrace cette lutte entre Kroos et son propre camp. Il se retrouve isolé au sein même de sa famille, sa femme fait l'objet de menaces à peine voilées et puis un jour toute sa famille est assassinée.

Kroos prend alors la tête de la révolte, mais c'est un acte désespéré car en réalité il apprend que la caste dont il fait partie ne fait plus partie de l'humanité ; ce sont des robots. Des robots capables d'enfanter, de donner la vie mais fondamentalement des robots. Rien ne peut être laissé au hasard, le club des cent est infaillible car c'est l'exécution d'un programme très ancien et qui se poursuivra indéfiniment.

Les robots ont définitivement pris le pouvoir sur la terre.

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