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Dernières nouvelles d'Azkaban

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Laurie Perrault

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Debout devant la cheminée du salon, Harry attisait les flammes avec fougue, tout en écoutant sa femme parler des futurs aménagements de la maison. Il faisait chaud. La nuit était tombée depuis longtemps. Dehors la lune éclairait la véranda. Harry leva les yeux et laissa son regard se perdre vers l’horizon. Il appréciait les nuits calmes et paisibles.

Ginny abordait le sujet de la cuisine qu’elle trouvait trop petite depuis l’arrivée de leur deuxième enfant quand soudain un hibou s'engouffra par l'une des fenêtres à demi ouverte. Il portait entre ses pattes un épais manuscrit roulé. Harry détacha le document et ne manqua pas de caresser et de remercier le hibou avant qu'il ne s'envole. Depuis tout petit, le jeune sorcier s'était toujours beaucoup intéressé aux animaux et créatures magiques. Il ne put, à ce moment là s’empêcher d’avoir une pensée douloureuse pour Hedwige qu’il avait perdu il y a bien trop d’années maintenant.

Une fois la silhouette du volatile réduit à un point dans le ciel, Harry regarda de plus près le manuscrit qu’il tenait entre ses mains. Il lui était bien destiné. Même s'il avait définitivement intégré le monde des sorciers, il prenait toujours plaisir à recevoir une de ces enveloppes de parchemin jauni, avec son nom et son adresse soigneusement calligraphiés à l'encre de plume. Harry passa lentement son index sur les lettres manuscrites de son prénom. L’encre bava un peu, comme si elle n’avait pas eu le temps de sécher. Il était évident qu’on venait à l’instant de lui adresser ce document. L’écriture ne lui disait rien. Ce n’était pas une lettre de ses amis fidèles. Il n’y avait aucune trace de tampon, ni de cachet. Harry l'ouvrit soigneusement à l'aide de sa baguette. Pendant ce temps, Ginny se servit un verre de jus de citrouille, laissant son époux lire le contenu de la lettre. Elle savait l’importance des responsabilités que demandait son métier. Elle avait l’habitude de ne pas interférer dans ses affaires. Harry était chef des Aurors au Ministère de la magie. On pouvait demander son aide ou ses conseils à n’importe quel moment du jour et de la nuit. Elle était fière de ce qu’il était devenu. Un homme de courage. Un homme d’ambition. Un homme de coeur. Elle ne l’aimait que plus chaque jour.

La jeune femme sortit brusquement de ses pensées en entendant son époux pousser un cri de surprise. Il venait de lire quelque chose d’important. Les yeux dans le vide, il fixait la lettre sans pouvoir y détacher son regard. Ginny, inquiète s’approcha de son époux. Harry lui tendit la lettre. Elle lue ces quelques lignes à voix haute:

“Mon cher Harry
Comme convenu la prison d’Azkaban a été vidée de ses détraqueurs. Pas sans mal. Tu te doutes bien qu’il nous a fallu détourner de puissants sortilèges et magie noire qui les empêchaient de partir. Dans mes efforts je suis tombé sur une plume à papote. Comme tu le sais elle possède une grande mémoire et peux enregistrer des paroles orales sans forcément les retranscrire sur papier. J'ai extrait les paroles qu'elle contenait. Je pense qu’elles te reviennent de droit étant donné qu’aujourd’hui tu constitues la seule famille qu’il lui restait. J’ai prit soin de les retranscrire sur des parchemins pour que tu puisses, si tu le souhaite, les conserver.
Amitiés
Neville Londubat

Sept lettres étaient associées au mot que venait de lire Ginny. Elle les feuilleta et soudain son regard accrocha la signature en bas des pages: Sirius Black!
Aussitôt Ginny comprit l’importance du contenu des lettres et s’empressa de serrer l’épaule de Harry en signe de soutien. Il sursauta, ne s'y attendant pas, comme si la nouvelle lui avait fait perdre pied avec la réalité. Il rendit un sourire tendu à sa femme.

— Tu as une idée de ce qu'elles contiennent? interrogea Ginny doucement.
— Mon parrain est mort il y a plus de 10 ans. Comment est-ce possible de recevoir de ses nouvelles aujourd’hui. Je ne sais pas quoi faire. Il faut que je leur en parle avant.

Ginny comprit qu’il faisait référence à ses deux meilleurs amis, Hermione Granger et Ron Weasley, qui avaient toujours accompagné Harry dans ce qu’il traversait.

Sans plus attendre, Harry envoya des hiboux pour réunir ses amis. Tard dans la nuit, la fidèle troupe se retrouva dans le salon des Potter. Hermione, le visage tendu ne lâchait pas du regard Harry dans l’attente qu’il lui dise enfin ce qu’il se passait. Elle percevait l’inquiétude de son ami dans ses déplacements et son regard fuyant. Ron somnolait sur le fauteuil, encore à moitié endormi. Hermione ne manqua pas de repérer son comportement et lui donna un coup de coude dans les côtes.
Harry quand à lui faisait des va-et-vient dans la pièce, l’esprit perturbé. Sirius... il n'avait plus parlé de lui depuis des années. Sirius black... Le nom de black sonnait toujours douloureusement dans sa bouche. Ce seul parent qu'il avait connu et qu’on lui avait arraché si brutalement.

Finalement, il se décida à tendre la lettre à Hermione qui s’empressa de découvrir ce qu’elle contenait. Ron se pencha au dessus de sa femme pour lire avec elle. Au bout de quelques minutes qui parurent une éternité pour Harry, Hermione replia la lettre lentement. Elle leva les yeux vers Harry et lui adressa un regard compatissant. Elle ne pouvait qu’imaginer la douleur qui l’atteignait, lui qui n’avait connu que quelques mois son parrain et qui déjà à l’époque envisageait de vivre avec lui. Un rêve qui malheureusement n’avait pas pu se réaliser à cause de Voldemort et de ses fidèles. Hermione ne pu s’empêcher à ce moment là de penser à ses parents. Ils n’étaient pas morts mais le sort d’oubliette qu’elle leur avait lancé lui faisait comme cet effet. Elle avait cherché à effacer toute trace de son existence dans leur vie. Une lourde responsabilité qu’elle regrettait malgré tout chaque jour sur Terre.

- Est-ce que tu as lu les autres lettres Harry? Lui demanda t-elle
- Pas encore. Je voulais d’abord vous mettre au courant. Je ne sais pas encore si je suis prêt à les découvrir.
- Prends le temps qu’il te faudra. Ses mots sont les tiens à présent. Ils ne s’envoleront pas.

Harry acquiesca. Il sentait la nouvelle moins lourde maintenant qu’il n’était plus seul à la partager. Il passa une soirée plus tranquille.

Les jours passaient et Harry observait chaque matin la pile de lettre sur sa table de nuit. Il les avait déjà changé plusieurs fois de place, ne sachant pas dans quel endroit il se sentirait plus à même de les lire. Dans son bureau, sur la commode du salon, dans la véranda et maintenant sur sa table de nuit. Il pensait que la nuit l’apaiserait assez pour qu’il se sente capable de découvrir leurs contenus mais à chaque fois qu’il se réveillait, en prise avec d’affreux cauchemars où il voyait son parrain souffrir dans sa cellule, Harry n’y arrivait pas. Il avait peur de voir ressurgir son passé.

Finalement, c’est un soir et sur la terrasse, illuminée par une faible bougie qu’Harry trouva le courage de les ouvrir. Les pages étaient datées. Du premier jour de sa détention au moment de sa fuite. Les jours ne se suivaient pas pour autant, à croire que certains étaient plus difficiles à écrire. Harry se saisit de la première lettre et découvrit l’écriture bien orthographiée de Sirius. Il ne s’était jamais intéressé au parcours de son parrain à Poudlard. Était-il bon élève? Quels cours aimait-il? Son écriture était petite et tremblotante. Certains mots étaient presque illisibles, une “écriture en pate de dragon” aurait dit Hermione. Harry se lança dans la lecture.

Le 1er février 1981
“ Je t'écris harry depuis ma cellule d’Azkaban, où l’on m’a enfermé comme un vulgaire rat. Je ne cherche pas du soutien, ni même a ce qu’on me plaigne, j'ai vécu bien pire rien qu'en portant le nom des “Black”.
Je t’écris Harry bien plus pour moi que pour toi en faite. Tu apprendras bien vite les atrocités que l’on raconte sur Azkaban. Les gens deviennent fous et suicidaires. Je ne veux pas devenir comme eux Harry alors je cherche à me protéger tu comprends, à maintenir un peu de beauté dans ce que je vois, dans ce que je ressens, pour ne pas sombrer à mon tour dans la folie. Les détraqueurs sont des créatures de terreur. Ils aspirent les souvenirs heureux pour ne laisser que le malheur et la tristesse. Je ne veux pas qu’ils me privent de mes moments de bonheur et encore plus de la vérité que je détiens car oui Harry, je ne te mens pas, je suis innocent du meurtre de tes parents.

Tu dois te demander “pourquoi moi ?” Tu ne me connais pas ou du moins pas depuis assez longtemps pour qu'on ai partagé des souvenirs ensemble. Moi j’en ai de très beaux de toi. Je me raccroche à tes yeux qui sont si proches de ceux de ma Lily. Elle me manque tellement tu sais. Et James, ton père. Son absence crée un tel vide en moi. J’ai perdu une partie de moi dans ce drame.

Je ne sais pas si tu auras un jour ces lettres en ta possession. Je garde l'espoir fou que oui. Mais je veux que tu saches qui je suis. Laisse-moi te raconter la vérité Harry, pourquoi je suis arrivé ici. Je veux que tu détiennes ma vérité. La seule qui existe vraiment, pas celle que l’on te racontera plus tard de moi. Je ne veux pas partir en coupable, en assassin de tes parents. Mon cher James je l’aimais tant. Nous étions amis, les plus grands amis du monde. Avec Remus et Peter nous avions créé le groupe des Maraudeurs. On était fier. On était arrogeant à certains moments mais tellement heureux.

J’ai eu la chance d’assister au mariage de tes parents. Si beaux. Si heureux. Ils étaient faits pour être ensemble. Un couple modèle. Je les admirais. Peu de temps après tu es né et James m’a choisi comme parrain. Ces moments de joie ont été écourtés par la guerre qu’à déclaré Voldemort à ta famille sous prétexte qu’une prophétie lui aurait annoncé que toi Harry tu provoquerais sa mort. Tes parents se sont cachés, ils voulaient te protéger contre sa cruauté. Ils m’ont choisi pour être leur Gardien du secret mais je redoutais de ne pas être assez efficace devant “tu sais qui”. Alors j’ai choisi de mettre notre ami Peter dans la confidence. Mais je me suis trompé Harry. Je n’ai pas choisi la bonne personne. Peter, ce lâche, a trahi tes parents en dévoilant leur cachette. J’ai participé à leur perte en croyant Peter de notre côté. Alors je suis partie à sa poursuite. Nuit et jour je l’ai traqué. Il méritait de périr d’une longue et douloureuse mort. Je l’ai coincé dans une rue pleine de Moldus. Mais Peter s’est mit à crier que j’avais tué James et Lily attirant des dizaines d’inconnus. Puis il créa une explosion et tua ceux qui se trouvaient autour. De lui il ne restait qu’un vulgaire morceau de doigt tranché.

Après tout devient flou. Je me souviens vaguement avoir aperçu le visage de Cornelius Fudge et ne plus pouvoir bouger. Je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait. Je n’ai pas résisté. Je me suis surpris à rire alors qu’au fond de moi tout explosait. On m’escorta ensuite directement jusqu'aux rives où quelques reporters avec leur plume à papote et leurs baguettes immortalisaient les moindres détails de mon arrestation. C’est à ce moment là que j’ai volé l’une des plumes que j’ai conservé secret derrière une pierre dans ma cellule. On m’installa sur une large banquette en bois qui flottait au dessus de l’eau. On me laissa seul ainsi, naviguant doucement, douloureusement vers le lieu de ma sentence. Le ciel disparut dans mon champ de vision. L’obscurité se faisait plus pesante. Aucun bruit, aucun souffle ne se manifestait. C'était comme si j’étais à présent seul au monde, naviguant au milieu de nulle part.
La prison m’apparut au bout d’un long moment. Perchée sur un rocher elle était sinistre, ténébreuse, imprenable. Ses murs recouverts de pierres ébréchés semblaient héberger toute la cruauté du monde. Des rangées serrées de petites fenêtres crasseuses donnaient sur l’océan et encerclaient le bâtiment.
Je mis pied à terre, traversa le mur d’enceinte et passa la porte d'entrée de la prison. Ce fut un silence d'abord, pesant, terrible qui raisonnait entre les murs et qui prenait toute la place. Puis ils arrivèrent. De nulle part et de partout à la fois. Les détraqueurs. C'est monstres hideux. Sans âme. Sans visage. Ils s’approchèrent et soudain il y eut ce désespoir qui me happa comme un appel d’air rempli de mauvais présages. J'avançais vers ma cellule. Ils étaient trois autour de moi. Ils planaient et chacun à leur tour me passaient devant le visage. La douleur était insupportable, c'était comme si me forces me quittaient pour ne laisser place qu'à la peur et le regret. La suite je ne m’en souviens pas. Le noir m’a envahit.

Le 6 mars 1985
Je reprends ma plume pour t’écrire de nouveau Harry. J’ai besoin de ta lumière, de ton insouciance, de ta joie de vivre. Je suis en train de perdre le peu de bonheur que j'ai en mémoire. J’ai peur que me souvenirs ne tombent dans l’oubli.
Depuis ma cellule j’entends les sanglots. Si bas pourtant mais je les perçois quand même. Ces sanglots de désespoir qui vrillent les tympans. Ces sanglots retenus pour éviter de les attirer. Les détraqueurs cherchent le moindre signe de vie et quand ça arrive, quand ils perçoivent la détresse ou la joie, ils volent et aspirent ce que la personne à en elle. Les détenus ont appris à faire attention à leurs sentiments. Ils redoutent le baiser et le souffle de ces monstruosités cruelles.

Le temps passe ici. Si lentement. Et je sais que cela va durer encore longtemps. Azkaban est un monde à part, hors du lieu et du temps. Je prends mon mal en patience mais je n’abandonnerais pas. J’ai la chance de pouvoir me transformer en chien lorsqu'ils passent près de moi. Mon odeur les perd et me laisse un peu de répit. Parfois des mélodies fredonnées s'échappent des barreaux et je retrouve un peu d’espoir. Je pense à toi Harry dans ces moments là, toi qui grandit et qui continue ton chemin. Je me rends compte alors que je ferais tout pour être près de toi. Quelle injustice que celle de devoir endurer la pire peine alors que je ne la mérite pas. Je vois ma vie s'enfuir. Je reste prostré dans un coin durant des heures, les genoux près du coeur. J’ai gravé dans la pierre mon nom et d’où je viens. Je passe souvent mon doigt sur le contour des inscriptions. J'ai peur d'oublier qui je suis. Les murs autour de moi sont toujours glacials, même lorsque les rayons du soleil passent à travers les barreaux en pleine canicule. Rien ne les réchauffe jamais, tout comme mon cœur gelé d’amour. Avec les années Harry on en fini par se croire coupable. Coupable de vivre. Coupable d’exister. Je maudis chaque être sur cette Terre. Même toi mon filleul. Je vous déteste car personne ne fait rien pour réanimer mon cœur, pour lui retirer toute cette tristesse, tout ce froid qui le cristallise, qui le fissure, qui le brise.

Le 22 décembre 1987
Je pousse ma couverture. Le froid des courants d’air me saisit et me fait frissonner. Je la retire complètement et la jette un peu plus loin, entre la poussière et les déchets. Le vent glacial engourdit mes membres. J’aime cette sensation. Je me sens vivant. Je suis épuisé mais je me sens bien car j’ai pu rêver cette nuit. Ces voix que je perçois dans ma tête, tels des fantômes qui torturent mon esprit fatigué, n’ont pas existés cette nuit. Ils ont été chassés par un visage. Un magnifique visage de jeune fille me souriant. Je l’ai reconnu tout de suite. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu son sourire. Ses joues rouges et bombées. Lilly. Ma belle Lilly.

J’ai envie de te parler de ma rencontre avec ta mère Harry. Avant, il faut que tu saches que les gens ne m’ont jamais vraiment aimé. Cela remonte à mon enfance. À l’école, j’étais toujours seul dans la cour de récréation. En classe, lorsqu’il fallait se mettre par deux pour réaliser un travail, personne ne me choisissait et tout le monde m’ignorait. J’étais toujours celui qui se retrouvait, par défaut à faire équipe avec la maîtresse. Je me rappelle une fois d’un petit garçon qui s’est approché de moi. J’en étais presque ému et flatté. Il voulait que je lui donne un de mes personnages que j’avais confectionné de mes propres mains. A cinq ans, mes pouvoirs commençaient à apparaitre et ma mère, pour ne plus que je l’embête à me trouver un cadeau pour mon anniversaire, m’avait appris à modeler grâce à quelques formules magiques les figurines que j’affectionnais. Le personnage ne ressemblait pas tellement à l’image du Mage noir que j’avais dans la tête mais j’étais plutôt fier de l’amas de plastique que j’avais entre les mains. Cependant, rien ne remplaçait ma volonté d’avoir un ami et c’est sans regret que je troquais volontiers ma figurine pour sa compagnie. Après cela, il m’évita. A plusieurs reprises je le surpris à lancer des sorts dessus, l’abimant et la transformant en un animal agonisant. Lorsque je lui réclamais mon jouet il refusait de me le rendre et me méprisait devant toute la classe. Finalement, je suis allé le récupérer de force. Les jours qui suivirent, il disparut. On n’entendit plus jamais parler de lui.

Les années sont passées et rien ne s’est arrangé. A croire que je n’étais pas fait pour être aimé. Tu peux te douter que mon caractère s’est renforcé: puisque l’on ne m’aimait pas pourquoi alors faire des efforts pour être aimé. Et puis un matin alors que j'attendais le Poudlard express pour la première fois, elle s'est pointée devant moi et m'a regardé en souriant. Imagine ma réaction devant une telle arrogance. Encore quelqu’un qui se moquait de moi. Je me suis adressé à elle avec le ton le plus méprisable que j’avais.

— Pourquoi me souris-tu ?

Elle me regardait toujours, sans rien dire, comme si j’étais fou. Elle avait un joli sourire et ses yeux pétillaient de joie. J’ai relancé ma question sur un ton plus méchant.

— Pourquoi me souris-tu?

J’étais en rogne, je n’aimais pas qu’on se moque de moi. Elle était petite, mince, très jolie. Elle flottait dans un épais manteau rouge. Elle portait un pantalon de velours bleu. Je trouvais son style douteux. Les couleurs n’allaient pas ensemble. Elle avait une drôle d’allure, vraiment. Elle avait des plaques rouges sur les joues, le menton et le front. Elle me faisait penser à une petite fille peu sûre d’elle.

— Qu’est-ce que tu veux ?

Elle m’énervait vraiment avec son sourire. Et, en même temps, j’aimais bien. Ça faisait longtemps que personne ne s’était arrêté pour moi. Alors je ne savais pas trop quoi faire : la pousser pour effacer son sourire ou au contraire le lui rendre. J’étais perdu. Elle m’intimidait. C'est à ce moment là qu'elle prit la parole:

— Je te trouve bizarre! Tu vas où, comme ça ?

Quel toupet ! Elle faisait comme si on été amis. Elle ne connaissait rien à l’amitié. Ça se mérite. Maintenant, quand j’y repense Harry, c’est moi qui n’y connaissais rien. Les histoires commencent parfois bizarrement mais ça ne veut pas dire qu’elles ne sont pas vraies et sincères. J’ai jamais répondu à se question. En même temps, elle avait du voir mon billet avec l’inscription « Quai ¾ » serré dans ma main. Elle a continué à me suivre jusque dans le wagon et s’est assise en face de moi. J’avais décidé de l’ignorer jusqu’à ce que James apparaisse à son tour en s’engouffrant subitement dans la cabine. Je n’ai jamais compris de quelle bêtise il essayer de se cacher mais finalement c’est à partir de ce moment là que l’on ne c’est plus jamais quitté.

Le 12 novembre 1983
La torche faiblit. Comme chaque nuit maintenant. Toutes les trente secondes elle perd en luminosité. Puis, ça revient à la normale. Je le sais parce que toutes les nuits sont les mêmes. Je me lève et tente de l’atteindre. Je sais que si je la touche, elle va me cramer les doigts. Mais je sais que si elle s’éteint elle plongera la pièce dans l’obscurité et je ne le supporterais pas. La présence des détraqueurs est encore plus terrifiante dans le noir. A la lumière je peux les voir arriver et me transformer en chien pour qu’ils me laissent tranquille. Je tends le bras, me met sur la pointe des pieds. Mais rien à faire. La lumière est trop haute. Même si je saute, je ne pourrais pas la toucher. Je m’approche de la porte, frappe. J’ai déjà frappé tellement de fois. Mes mains en sont endolories. Je frappe mais personne ne vient. La nuit on est toujours seul, seul pour mourir. Je ne crie pas. J’ai la bouche bien trop sèche pour ça. On nous autorise à boire qu’un verre d’eau par jour, lorsque les tireurs de baguettes d’élite tournent pour nous amener les repas et vérifier qu’aucune baguette et objet magique ne sont camouflés dans les cellules.
Je ne reste pas longtemps près de la porte. Ils pourraient arriver sans que je les vois et m’aspirer encore un peu de souvenirs heureux. Alors je me recroqueville contre le mur d’en face. Je suis fatigué d’attendre Harry. Souvent je pense à m’endormir et ne plus me réveiller. Ce serait bien plus facile que de vivre dans l’angoisse de les croiser encore. Il m’arrive d’en vouloir aux tireurs de m’apporter cette purée et ce morceau de pain rassi. Ça ne fait que prolonger encore plus mes souffrances. J’ai déjà essayé de refuser mais la faim l’emporte toujours. Et puis si tu ne manges pas, les tireurs d’élites appellent les détraqueurs. Ils ne veulent pas avoir de morts sur les bras, tu comprends. Alors je ferme les yeux et j’attends. Je me dis que tant qu’à travers mes paupières closes, je perçois la lumière, alors tout va bien.

Le 25 janvier 1985
Aujourd'hui j’apprends que l’un des détenus enfermés en face de ma cellule a reçu le baiser du détraqueur. Il avait déjà atteint la folie depuis plusieurs mois maintenant. Il s’accrochait encore un peu au souvenir de sa fille. Mais aujourd’hui il a succombé. Ils ont enterré son corps dans un coin de terre derrière la prison. J’ai pu observer la scène entre les barreaux. Maintenant il nourrit les herbes grasses, tel un compost humain à moitié oublié. Ce n’est que quelques jours après que je l'ai vu. Son fantôme. Il était transparent, silencieux. Il se tenait derrière la porte de ma cellule à me regarder avec un air triste. Bien sûr, j'étais mort de trouille au début. Je pensais qu’il était venu pour me hanter ou me pousser au suicide. Mais il est resté là, sans rien faire, pendant plusieurs jours avant de disparaitre. Définitivement.

Suite à ça j’ai fais un cauchemar. Enfin je crois. Je n’arrive plus à distinguer la réalité de ce qui ne l’est pas. Et comme ici chaque jour ressemble à un cauchemar, je pourrais presque croire à ce que j’ai vu.
Je suis dehors. Il fait nuit. Le froid se propage à travers mes vêtements. Je sens sa présence. Il approche. Je l’aperçois au bord d'une route, traînant derrière lui sa lourde cape. Son visage est effacé par une imposante capuche. Il a le dos voûté. Je sens la tension dans l’air, les tracas dans mon cœur. Je me cache précipitamment. La peur glace mes os, ma chair, mon cerveau. Soudain il se dresse devant moi. Sa bouche grande ouverte semble vouloir se projeter sur la mienne. Il souffle le malheur sur ma figure défigurée par la douleur. Il s'approche encore jusqu’à me toucher et me vide petit a petit de mon âme. Lorsque tout s’arrête mon corps se relâche, sans vie sur le sol. On y lit la douleur et le désespoir. J’ai l’impression d’être hors de mon corps et d’observer la scène sans pouvoir réagir. Soudain des sanglots déchirent le silence. Le monstre tourne lentement la tête. Il repère le landau d’où s’échappent les pleurs et pose un regard atrocement immonde sur le nourrisson à l’intérieur. Je remarque la cicatrice encore rouge sur le front et comprend qu’il s’agit de toi mon filleul. Tes pleurs s'amplifient. Il vole vers toi, le visage défiguré d'un rictus épouvantable. Le bébé, toi Harry, hurle sa terreur. Mais le monstre disparaît. Et je me réveille en sursaut. Etait-ce juste un rêve? Une prémonition? La réalité? Ces images me laissent dans la peine et la désolation.

Le 4 juin 1990
Je repense à mes 16 ans. Cette année là, j'ai quitté le 12 square Grimmaurd, à la lune descendante. Cela fait dix ans maintenant. On me traitait comme un parasite chez les Black. Alors j'ai claqué la porte. James a insisté pour que je vienne habiter chez lui. Ses parents m’ont accueilli à bras ouvert. Je n’avais jamais reçu autant d'affection depuis ma naissance. J’en étais presque gêné. James était un bavard de nature. Moi plutôt discret je pesais mes mots lorsque j'ouvrais la bouche. C'était son assurance qui m'a plus chez lui et qui a fait que nous sommes devenus amis. Dans la maison des Potter, j’ai trouvé un intérêt pour le jardinage. C’était une occupation qui m'apaisait, la seule compatible avec mon état de tension permanente que m'apporter le fait d'être un animagus. Le petit carré d’herbe chez eux me permettait de prendre l’air et de m'isoler. J'étais fasciné par les plantes qui, sous des dehors de douceur et de beauté cachaient la dangerosité et la férocité. Je me souviens d’une espèce, la “Volubilis”. Grande fleur bleue, magnifique, que tous les insectes courtisaient. Elle était particulièrement sournoise. Elle s’enroulait autour de tout ce qui se trouvait près d’elle, absorbait son énergie et la faisait disparaître. Comme ça. Pour rien. Si facilement.

La botanique avait fait germer en moi une idée délirante: celle de m’attaquer au fouineur Servilus. Je détestais Severus Rogue à tel point que j’aimais le ridiculiser. Je ne supportais pas qu’il fourre son nez dans nos affaires de Maraudeurs. Je crois qu’il était jaloux qu’on soit autant apprécié et admiré par les autres élèves à Poudlard grâce a nos petites manigances. Ma passion pour les plantes me donnait le moyen de le faire souffrir. Durant ma première année à Poudlard, j'avais déniché dans la bibliothèque de l'école un vieux grimoire. Le livre proposait des vieilles formules de grand-mère pour dompter les plantes les plus coriaces.

Au début du printemps, je me décidais à passer à l’action et de lancer ma farce à Servilus. Je laissa alors trainer la carte du Maraudeur non verrouillée sur la table du réfectoire. Il nous suivait à la trace et ne manqua pas de tomber dessus. Il repéra nos noms et notre emplacement et se précipita dans le piège. Il arriva à la cabane hurlante. Devant l’entrée se trouvait un arbre ensorcelé qui permettait de protéger l’endroit de toutes intrusions. Grave au vieux grimoire j’ai pu endormir le Saule Cogneur et ouvrir la voix à Servilus. La nuit tombait et la pleine lune commençait à apparaitre. A l’intérieur je savais que ce trouvait mon vieil ami Remus qui avait pour habitude d’utiliser la cabane pour se cacher lorsque débutait sa transformation en loup garou. Je voulais terroriser Servilus et voir où se cacher son courage et sa virilité. Par malheur James m’avait suivi, se doutant que je préparais quelque chose de sournois. Il trouva l'idée stupide et se précipita dans la cabane pour sortir Rogue. Mon plan tombait à l’eau mais j’en n’ai jamais voulu à James. J’avais beaucoup d’autres occasions pour recommencer.

Le 18 janvier 1993
Harry tu es en danger! J'ai découvert une abomination! Une véritable terreur qui me glace le sang! Ce matin le journal est arrivé. J’ai demandé à le lire pour me changer les idées et là mon regard s'est figé! Page 3, la photo d’une famille de rouquin en Égypte et dans les mains de cet ado un rat, ce rat! Je le reconnaîtrais parmi mille rats! C’était lui. Ce traite! Cette vermine! Peter Pettigrow! Lui vivant. Lui qui se dissimule dans sa crasse, dans sa laideur, dans sa pourriture.
Dans l’article ils expliquent que le jeune garçon est avec toi à Poudlard. J'ai peur soudain. Ça m'enserre la poitrine et me coupe la respiration. Ce traite est si près de toi et je deviens soudain responsable de ta propre vie Harry car je suis le seul à pouvoir le reconnaitre. Il est si près de toi. J'ai essayé de prévenir. J'ai cherché autour de moi un témoin à qui passer lâchement le flambeau de ma sinistre découverte. Mais personne n’a répondu. Je suis terrorisé qu'il amène "tu sais qui" jusqu’à toi. J'ai envie de crier, de courir te rejoindre, d'effrayer les tireurs et les détraqueurs en leur hurlant qu'un meurtre se prépare. Je ne veux pas être responsable de ta mort Harry. Pas encore. Pas comme celle de tes parents.
J'essaye de modérer ma colère, ça ne m'apportera aucune solution. Alors je m'approche de la porte de ma cellule et je réfléchi. La situation est grave, tout indique sur la photo que Peter est en alerte: il veut terminer sa mission. Il faut que je prenne ma décision. Il faut que je te rejoigne Harry. Pour James. Pour Lily. Pour réparer l’erreur que j’ai faite Il y a 12 ans. Je vais m'évader.
Au loin, dans l'autre aile de la prison, les bruits caractéristiques des détraqueurs me rappellent qu’une erreur dans mon plan me sera fatale. Je me mets debout, dandinant d’un pied sur l'autre pour me dégourdir les jambes. Il me reste encore un peu de force pour la transformation. Il faut que je retienne ma haine et ma détresse pour me concentrer sur ma respiration. Finalement, je sens la magie m'envahir et mon corps rétrécir. J’arrive Harry, je viens t’aider! Who clic wha grr clic...

Harry stoppa la lecture. Les derniers mots étaient incompréhensibles. Il s’étonna puis comprit: la plume avait traduit Sirius en pleine transformation. Elle ne captait plus que des aboiements puis comme des claquements de griffes sur le sol. Harry referma les lettres et leva les yeux. Le soleil se levait à l’horizon. Il frissonnait. Il serra un peu plus les mots de Sirius entre ses doigts et laissa couler la larme qui se formait au coin de ses yeux. Jamais son parrain ne lui avait autant manqué.

PRIX

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Merlin28 Legrand · il y a
C'était poignant... pauvre Sirius
Je vous invite à lire, voter, commenter et partager "flegme grand ducal" et mes autres histoires si le coeur vous en dit.

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EileenLilyLuna · il y a
J'adore !!! Super histoire
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