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Dernier vol pour New York

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Manoir D’Ombreville, Lozère, le vendredi 13 décembre 2015

Chère personne qui lit ce journal, apprêtez-vous à entrer dans le royaume de l’étrange...
Tout commença un soir de septembre comme tant d’autres. Je m’endormis vers minuit ce soir-là, entendant les cloches lointaines de l’église du village carillonner les douze coups de minuit, me signifiant qu’il était grand temps de dormir. Je fis un rêve étrange cette nuit-là, le même qui vint me hanter ensuite pendant des mois. Je me vis dans un hall d’aéroport, attendant que le Boeing 658 du vol 268 d’Air France à destination de New York arrive, la mine anxieuse, une barbe de trois jours et les yeux rougis par la fatigue. Je réalisai que je n’étais pas dans mon corps : je voyais la scène comme si j’étais une autre personne, un être invisible, témoin du spectacle de mes actes. Je me vis avancer vers un Starbucks pour commander un café, et c’est alors que je m’en rendis compte. Du silence. Il n’y avait pas un bruit, pas un chuchotement. C’est alors que tout devint noir. Panne de lumière ou effet de mon imagination? Je ne le saurais probablement jamais. Mais le problème, ce n’était pas la probable panne de courant. Le soleil écrasant qui oppressait et faisait transpirer tous les êtres humains présents dans cet aéroport, celui-là avait disparu. Plus aucun rayon ne filtrait. Alors, un froid glacial s’empara de moi. Puis, tout à coup, la lumière et le soleil revinrent. Je sentis un indescriptible étau serrer ma poitrine, des frissons me parcoururent tout le corps. Alors, impuissant, je regardai mon avatar se rendre au comptoir d’enregistrement, présenter sa carte d’identité et son billet numéroté 1203-HO-1792. Il choisit sa place en première classe presqu’au hasard, absorbé par de sombres pensées. Ensuite, il courut déposer ses bagages dans la soute puis entra dans l’avion. Il s’assit à sa place, à côté d’un quadragénaire obèse, soûl comme un polonais, une bouteille de vodka à demi vide à la main. Je me souvenu alors comment j’avais pu acheter ce manoir, le bien le plus cher d’une longue lignée familiale, les d’Ombreville. Ils étaient morts. C’était la seule information que j’avais obtenue de leur majordome. Cherchant à posséder davantage d’indications concernant la mort de la famille toute entière, je suis d’abord allé me promener, à la recherche de ménagères bien informées. J’eu ce que je désirais auprès d’un boulanger du village, situé à quelques kilomètres du manoir. Il était un proche de Louis d’Ombreville, le patriarche du clan le plus puissant du sud de la France. Ce dernier avait accompli une dernière lubie avant sa mort, qu’il savait proche car il était rongé d’un cancer du poumon depuis deux ans. Il décida de partir à San Francisco avec son clan au grand complet : tantes, cousins, fils, petits-fils, oncles, sœurs, frères... Pour cela, il piocha dans la fortune considérable que le clan avait amassé en bourse, en actions... Ainsi, Ils partirent le 11 septembre 2001 de chez eux et embarquèrent à bord d’un jet à destination de l'aéroport international Liberty de Newark au New Jersey. Ils y arrivèrent puis, après une courte pause, prirent le vol 93 United Airlines à destination de San Francisco. Cet avion de ligne n’arriva jamais à destination. Il fut détourné par des terroristes puis s’écrasa, ne laissant aucun survivant. Cela fait donc 14 ans que j’habite dans ce manoir, que le temps passe vite ! Ce souvenir, pour je ne sais quelle raison, me terrorisa. Je continuai d’observer mon personnage qui, pour passer le temps, feuilletait un magazine ou écoutait de la musique puis finit par s’endormir. Tout à coup, j’entendis des hurlements. Mon personnage se réveilla brusquement de sa courte sieste, et je vis le canon d’un Glock 22 pointé sur sa tempe. Puis je me réveillais, en sueur, la gorge nouée, la chair de poule et les muscles paralysés. Inlassablement, ce cycle se répétait pendant des mois. J’allais consulter des psychologues, des médecins, des psychanalystes, des voyants, des charlatans : personne ne trouvait de remède ni ne savait quel mal s’était emparé de moi. Tous, cependant, avaient soumis l’idée que j’étais peut-être somnambule. Je ne savais pas, je n’étais sûr de rien, peut être que j’étais somnambule, mais cela n’expliquait en rien les rêves ! Je n’allais plus à mon bureau (j’étais PDG de Gucci, ce qui m’avait permis d’acheter ce manoir.) D’ailleurs, en allant sur Internet, je vis que le billet 1203-HO-1792 existait bien et n’était pas encore acheté : cela me troubla car il était à destination de new York ! Je me dis que je devais l’avoir vu quelque part, puis ferma l’ordinateur et alla me coucher, anxieux, le cœur battant à tout rompre, lorsqu’une terrible idée s’empara de moi : était-il possible que les fantômes du clan d’Ombreville me hantaient ? Je refoulais ces horribles pensées mais, tenaces, elles se réfugiaient dans un coin de mon cerveau, revenant chaque soir, chaque matin, chaque midi. Je n’allais pas devenir superstitieux! Puis, le lendemain, en me réveillant d’un de ces affreux cauchemars, je vis, stupéfait, le billet numéroté 1203-HO-1792 sur ma table de chevet, et une valise contenant le strict nécessaire pour un voyage, posée au pied de mon lit.
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