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De RHUE en RHUE,

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Gérard Sanchez

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Mi-juin, l’Eté approche à grand pas, les champs regorgent de couleurs, la barrière naturelle que forment les Pyrénées, garde encore quelques draps de lit sur les versants Nord. Cette neige éternelle attendra les frimas de l’hiver dans ces combes abandonnées du soleil.
Les équipes fêtent aujourd’hui la fin d’une belle opération sur un ouvrage d’EDF, le Comminges a été pendant ces 3 derniers mois leur lieu de résidence.
Les prochains opérations sont d’ores et déjà programmées, une partie de l’équipe de Louis va dès la semaine prochaine rejoindre le Massif Central pour préparer et organiser un chantier d’envergure qui doit débuter dans une quinzaine de jours. Mais pour l’instant, c’est l’heure du repas de fin de chantier et toutes les équipes sont réunies autour du méchoui, qui a été préparé par Momo, le chef d’équipe des projeteurs de béton. Aussi doué en cuisine que derrière sa machine avec son équipe.
Lundi matin (6h30), c’est l’heure du départ, au siège de l’entreprise où se trouve aussi le dépôt, un petit groupe s’affaire derrière un fourgon de chantier, Louis fait le point avec Antonio, ils se donnent rendez-vous en début d’après-midi à Borg les Orgues en Corréze.
Louis termine le point administratif et quitte Toulouse. La RN 20 va lui permettre de rejoindre Brive-La-Gaillarde avant de bifurquer à l’Est vers Ussel et en fin Borg les Orgues. Presque 4h00 de route, le voilà sur la place, il arrête le moteur de la voiture devant l’hôtel-restaurant du Midi. Leur point de rendez-vous avec Antonio et son équipe, ils l’attendent depuis une vingtaine de minutes sur la terrasse profitant du soleil. Louis les rejoint et commande une boisson, toute l’équipe est contente d’être arrivée, mais il faut encore reprendre la route pour rejoindre Condat lieu de logement. L’entreprise a retenu des chambres au Grand Hôtel des Voyageurs, nous sommes accueillis avec gentillesse par la patronne et sa fille, elles gèrent cette pension de famille. Seule une partie de l’équipe logera ici pendant les travaux, l’hôtel ne disposant pas de chambre en nombre suffisant. Louis a choisi cet hôtel pour son emplacement central compte-tenu des opérations qui vont être menées au cours de cet été sur les différents ouvrages.
Les repas seront pris dans la petite salle qui fait aussi office de bar dans la journée, ambiance famille, l’équipe va être chouchoutée.
Les chambres sont spacieuses et les compagnons se répartissent deux par deux, Antonio et Louis ont chacun une chambre individuelle... et comme encore dans ces années-là, douche et WC sur le palier...
1ère nuit dans le CANTAL, au matin le givre recouvre les vallons alentours... 16 juin, l’hiver ne quitte donc jamais ces contrées. Le parfum du café nous cueille à l’entrée de la salle de restauration, grosse miche de pain de campagne, beurre, confiture maison et à la demande la patronne nous propose des œufs durs ou au plat. Va falloir éliminer dans la journée pour éviter la surcharge à la fin du chantier.
Nous quittons notre lieu de résidence pour nous rendre au point de rendez-vous avec nos interlocuteurs d’EDF. Le travail va se répartir sur trois lieux sur le lit de la Rhue. Une opération de reprise de parement amont sur un ouvrage de type barrage, un remplacement d’une tête de conduite forcée en prise directe en pied de barrage et le clou des opérations : le traitement intégral du parement intérieur d’une cheminée d’équilibre d’une hauteur de 15,00 m environ sans compter la réparation des deux conduites forcées partant de cet ouvrage vers la centrale hydroélectrique en aval.
De beaux projets, Antonio va devoir d’ici la fin du mois préparer les zones des stockages et de base de chantier. Certains postes vont faire l’objet de travaux en équipe (3x8), les compagnons de chantier sur ces postes feront l’objet d’un suivi particulier, les postes de travail étant complexes et en zone humide et contrainte.
Dix jours se sont écoulés, nous n’avons pas vu passer le temps tant les phases préparatoires ont été intenses. Quatre gaillards se sont attelés à la charge, peu de repos, mais de belles journées et le soir, moment de récupération, posés autour d’une table de bar sur la terrasse, ils refont leur journée. Louis et Antonio organisent l’arrivée des équipes en début de semaine prochaine. Le point le plus important est de répartir les compagnons dans les hôtels au plus près de leur zone de travail, surtout pour les équipes en 3x8.
- Alors, trois équipes de 4 pour la virole ;
- Non Louis, il nous faut 5 gars par équipe, il faut toujours un compagnon qui assure le relais en milieu de nuit sur le poste compresseur et évacuation.
- Ah, alors trois équipes de 5, Josiane a dit qu’elle peut loger une équipe de plus avec les chambres qui lui restent.
- Propose Joao et ses gars, il reste quoi ? 3 chambres.
- Oui c’est çà
- Alors c’est bon deux par deux et JOAO a une chambre individuelle.
- Ok c’est noté.
- Les deux autres équipes on les loge à RIOM, c’est vu avec l’hôtel et il est ok pour s’organiser avec les postes en 3x8.
- Comment on fait avec l’équipe de la petite Rhue ?
- C’est plus dur, ils ont environ 20 minutes de piste forestière avec la jeep pour rejoindre le chantier.
- Ils sont combien là-haut ?
- On est parti sur 6 avec le chef d’équipe, j’ai fait le point avec José au matos, on peut avoir les deux jeeps pour tout l’Eté.
- Et tu les loges où ?
- Josiane m’a promis de trouver une solution d’hébergement pour les repas, elle a dit qu’elle gère, il faudra juste faire deux services le soir,
- Et tu veux les faire descendre le midi...
- Non, tu vas leur organiser une salle de réfection dans l’atelier du barrage, j’ai commandé un frigo, une plaque chauffante et pour les repas Josiane les prépare...
- Et les autres sur la cheminée et les conduites forcées.
- Hum, vont pas être content mais je n’ai pas trouvé mieux que Borg les Orgues.
- Pas chez l’Emile !...
- Ben si.....
- Tu vas leur dire quand ?
- Ben lundi quand ils arrivent, je leur ai dit que je les attendrai à Borg les Orgues.
- Je te laisse tout seul pour annoncer la « bonne nouvelle »...
L’hôtel-restaurant... à l’Emile on nous avait prévenu... la patronne est connue pour sa bonne cuisine et la tenue de son petit établissement. Le seul « hic », se trouve derrière le bar... du matin au soir ce pauvre homme est pris dans des effluves d’alcool... il ne sait résister aux sollicitations de ses congénères et clients qui dans les tournées d’apéro avant les repas du midi et du soir l’invitent tour à tour à boire un verre... mais bière après bière, le pouvoir destructeur de celle-ci fait son effet, au grand désarroi de la maitresse de maison.
Peu importe, le gite et le couvert sont corrects et feront l’affaire pour l’équipe de Miguel, six compagnons. Nous aurons aussi dans cet hôtel les compagnons de notre cotraitant en charge des opérations spécifiques sur les conduites forcées.
Vendredi midi, Antonio et les compagnons prennent la route pour Toulouse, le rendez-vous est fixé pour Lundi fin de matinée chez Josiane. De mon côté, je pars en direction de l’Isère pour passer le WE.
Rejoindre la vallée du Rhône par le plateau des Milles vaches avant de suivre l’Isère, quelques heures de route au travers de beau paysage d’Eté.
Retour dans le Cantal, arrivée chez Josiane vers 9h00, je me pose accoudé au bar avec un bon café-chicoré et une belle tranche de pain de campagne beurre et jambon. Que du bonheur. Un point est prévu avec le responsable des travaux d’EDF à 9h30, je quitte la pension de famille et direction le barrage de la Grande Rhue. Nous échangeons sur l’organisation des chantiers à venir, les répartitions des équipes sur les différents sites, la gestion et l’organisation de la sécurité sur les postes en 3x8. La priorité est donnée à la cheminée d’équilibre et aux deux conduites forcées, au traitement de la virole de pied du barrage et pour finir au parement amont du barrage de la Petite Rhue.
11h30, Antonio, Miguel et Francis nous rejoignent au barrage, José a été retenu à Toulouse et son arrivée est prévue en début d’après-midi ; Miguel et Francis vont dès aujourd’hui organiser l’approvisionnement du matériel sur le site de la cheminée d’équilibre, les camions doivent être à Borg les Orgues pour 12h00, c’est TITI qui mène le convoi de matériel, deux semi-remorques et un camion avec remorque sont attendus, échafaudage, compresseurs, machine à projeter, etc...
- Antonio, tu prends en charge les appros au barrage pour la virole, lance Louis ;
- Oui, oui et pour le matériel de la « petite », on fait comment ?
- On a rendez-vous avec un forestier cet après-midi.
- Ok...
- Tu récupères José quand il arrive et tu repartis les compagnons entre cheminée et barrage.
- D’accord, on commence le montage de l’échafaudage quand on a fini de décharger... de toute façon la nuit tombe tard et dans la cheminée on est obligé de mettre l’éclairage.
- C’est parfait, mais arrêt des postes de travail au plus tard à 18h00, les gars ont fait la route ce matin.
- Oui, oui.
- Francis, il arrive quand ton matos ? demande Louis.
- Demain matin à 8h00, avec le Jo, il doit récupérer un groupe électrogène pour les postes à souder à Mazère, il peut le charger que cet après-midi.
- Ok, donc pas de gêne pour les déchargements et les manœuvres. Super... on fait le point ce soir 18h30... chez Josiane, Ce sera notre QG.
Les heures, les jours et les semaines passent vite, trop vite. Les travaux dans la cheminée avancent les projeteurs font un bon travail, l’équipe de Francis a joué d’adresse pour réaliser les travaux dans les conduites inclinées à 45°... c’est toujours facile de descendre en rappel pour un contrôle, mais en poste de travail, il faut pouvoir ressortir facilement en cas d’urgence absolue. Quelle n’a pas été ma surprise quand le premier jour, Francis avec ses compagnons de chantier ont installé deux plateaux à roulette, comme ceux utilisés par certains mécanos, les cordes de travail et d’assurance ont été attachées sur des pitons fixés dans la paroi. Un cobra (ventilateur portable) assure le brassage de l’air dans les conduites, les trous d’homme en pied ont été ouverts pour permettre le courant d’air. Les alimentations des postes de brasure sont quant à eux montés sur enrouleur pour éviter tous pincement ou rupture. Sur les travaux de la virole, les compagnons voient le bout de leur opération, les équipes ont souffert dans cet enfer : l’eau glacée du barrage s’écoulant pour les joints défectueux, le froid en fond de galerie (10° maxi), sans oublier le bruit des marteaux piqueurs et des compresseurs pourtant positionnés à l’extérieur de la galerie. Louis a lors d’une visite en pleine nuit extrait un compagnon transi de froid et a pris sa place pour terminer le poste, il a pu de lui-même constater les contraintes et les efforts consentis par ses équipes pour mener à bien le chantier.
Fin Août, une partie des équipes a quitté le Cantal, Louis rédige les derniers rapports et prépare les relevés finaux pour le bilan de chantier, Antonio toujours fidèle l’accompagne dans ce travail, c’est son dernier chantier, l’heure de la retraite arrive. Louis a apprécié de travailler avec lui, il a appris à ses côtés... une page va se tourner, Louis va avoir un nouveau chef de chantier pour le seconder sur les chantiers, cet hiver il va partir sur un site dans les alpes ; Angel et Pedro l’accompagneront au cœur des entrailles d’un géant...
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Adjibaba · il y a
Quand on aime la littérature, cela se reflète à travers nos écrits. Très belle production et pleine d'originalité.
Vous avez tout mon soutien.
Je vous encourage également à continuer dans cette lancée car vous avez une belle plume et une manière très délicate de vous exprimer.
Je vous invite par ailleurs à consulter "Entre justice et vengeance" disponible dans la catégorie des nouvelles et de voter si cela vous plaît :https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/entre-justice-et-vengeance
Au plaisir se vous relire

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SakimaRomane · il y a
Un texte que l'on a plaisir à partager :)
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Miraje · il y a
Un récit qui a la saveur de l'authenticité.
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Gérard Sanchez · il y a
authentique sur toute la ligne, les noms et prénoms ont été changés.
et la pension de famille de Condat est fermée depuis cette époque... de très beaux souvenirs.
merci de votre lecture.

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Flore · il y a
Je suis les chantiers au fil des jours, et ce matin, c'est le jour, merci pour ce partage.
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Gérard Sanchez · il y a
merci... d'autres à venir
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Elena Hristova · il y a
en dépit du givre qui recouvre les wallons de votre écrit on sent bien la saveur du récit fait maison et on s'en délecte en se léchant les doigts,
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Gérard Sanchez · il y a
Merci... les souvenirs sont bien là et parfois les saveurs et les parfums.
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