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De la lumère à l'ombre

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L’endroit était sombre, Il faisait noire, un léger brouillard montait du sol. Le jeune homme promena un regard désespéré, s’approcha d’un vieillard assis, les bras entrecroisés sur leurs genoux.
_ Où- suis-je ? Dit-il.
_ Dans le monde de la vérité, répondit le vieil.
_ Monde de la vérité !!, s’écria Salman. En enfer ? Au paradis ? demanda-t-il.
_ Bienvenue au Barzakh, tonne le vieux. C’est ici que les âmes attendent le jour de la résurrection. Le vieillard l’ile interrogeait ces termes : que s’est-il passé ? Tu es si jeune.
_ Oh la mort n’a pas d’âge mais disons que j’ai anticipé ma venue ici. Dit-il en souriant.
_ Anticiper ta venue !!, s’étonna le vieux.
_ Si tu regardes quelque chose qui ne te plait guère à la télé, que fais-tu ?
_ Je l’éteins !!, railla le vieux.
_ Voilà, c’est cela. Répondit le jeune homme d’un ton ironique.
_ Waow ! Tu compares ta vie à une télé. S’exclama le vieil.
_ J’ai eu à vivre des moments très sombres. Il valait mieux que y mettre fin sinon...Salman ne termina pas sa phrase.
_ Ah bon !! Racontes moi, cela fait un bail que je n’ai parlé avec quelqu’un. Viens t’assoir, dit le vieux.
_ Moi aussi, j’ai envie de parler ! J’ai envie que l’on m’écoute ! Sans pour autant me juge.
_ Mon fils ! Le paradis tout comme l’enfer sont des créations de Dieu et qui appartiennent à Dieu, le tout puissant. Je t’écoute !
Le jeune homme avait pris un peu de temps avant de sortir de son mutisme.
« Je m’appelle Salman. Je suis né à Dakar dans un quartier qui absorbait les saveurs dakaroises. Maman était femme de ménage. Mon père était un footballeur. Malheureusement, il n’a pas pu prétendre à une grande carrière. Il a du arrêter pour travailler au Port comme Docker sur recommandation d’un
de ces amis. Cependant, il voulait que je réalise ce qu’il n’a pas pu faire. J’étais
enfant unique. Un jour, pendant les vacances, le patron de mon père au Port
qui faisait partie des dirigeants de l’académie les Etoiles de Dakar, a organisé
un tournoi prévu pour le weekend au Stade d’Amitié pour dénicher les
nouveaux talents et en a informé mon père. Il a voulu que j’y participe désireux
que je devienne un « dompteur du ballon ». A la veille, mon père me dota un
équipement complet. Surement a-t-il utilisé une bonne partie de ses
économies car à l’époque une paire de crampon coûtait très chère. J’étais très
content et excité de pouvoir y participer. Je ne pouvais pas dormir la nuit.
J’étais très anxieux. Le lendemain, je n’ai même pas pris mon petit déjeuner
car j’étais impatient d’y aller. Papa avait pris son scooteur et m’avait pourvu de
son casque sur la tête. Puisqu’on était un peu en retard. Il roulait à vive allure.
Arrivés au niveau du pont, une voiture nous percuta projetant ainsi Papa contre
un lampadaire. Sa chute fût mortelle. Pour ma part, j’avais atterri de l’autre
coté de la route me faisant ainsi broyer le poignet de ma main droite par les
roues d’une voiture. J’ai été opéré mais malheureusement il y a eu des
complications et ma main s’était infectée. On n’a du l’amputer.
La mort de mon père avait laissé un grand vide en moi. Très vite, la situation à
la maison est devenue difficile, nous nous appauvrissions de jour en jour.
J’avais neuf ans à l’époque. Je quittais l’école à treize heures pour rentrer
manger chez moi. Ma maman préparait la même chose du riz au lait. Un jour,
dans la cuisine, j’ai vu ma mère, elle mélangeait le lait avec un peu de farine
ensuite elle y avait ajouté beaucoup d’eau. Elle secoua le tout puis me servit
mon plat. Elle souriait comme si tout allait bien mais j’avais immédiatement
réalisé. Je ne voulais pas l’attrister. J’ai avalé sans dire mot. Il y avait quelques
fois où nous n’avions même pas de quoi acheter du lait. Donc ma mère
m’envoyait chez une de ces amis. Je n’ai jamais oublié le jour où cette dame
m’a dit « vous tendez trop la main voilà pourquoi la tienne a été amputée ».
Moi je considérais un handicapé comme celui qui avait deux mains, deux
jambes et un cerveau et qui ne travaillait pas.
Quand j’avais commencé à grandir, l’école me stressait. Le directeur de l’école
ne voulait pas me prendre. Ma mère lui avait mis la pression en lui disant :
« Soit vous prenez le gosse comme il est, soit vous ne le faites pas. Son
handicap est la preuve de son histoire « Mon fils a survécu... ». En classe, mes
camarades me regardaient d’un drôle de façon comme si j’étais un monstre,
j’étais stigmatisé. De fois en pleine nuit, assis dans le noir, je pleurais tout seul.
Je ne pouvais plus supporter ces regards donc j’ai du abandonné l’école.
Notre seuil de pauvreté avait atteint ses limites. Lorsque Je rentrais le soir, tout
était noir, pas d’électricité ! Je voulais prendre un bain mais il y’avait pas d’eau.
J’étais obligé de parcourir des ruelles pour aller chercher l’eau.
Malgré tout, j’ai voulu être footballeur ne serait-ce que pour honorer la
mémoire de père. J’ai repris l’entrainement et je faisais pas mal de test
malheureusement, j’étais toujours recalé à cause mon handicap. Je n’ai pas
laissé tomber pour autant. Un jour, je jouais à la plage avec des amis, un
homme est venu à moi. Il s’appelait Nicolas et était agent dans le milieu du
football. Il m’a abordé en ces termes : « ton talent se sent à des kilomètres... »
Après un long échange, il me fit part de son désir de vouloir réaliser mon rêve
en m’emmenant en Europe. Et il l’a fait. C’était un rêve d’enfant.
Ce rêve, malheureusement, une fois en France s’était éteint. J’avais fait des
tests à Sedan mais je n’ai pas eu de suite favorable. On m’a demandé de
rentrer au Sénégal. Mais je ne pouvais pas car je n’étais pas prêt à affronter les
railleries des gens. De plus, qu’est ce que j’allais dire à ma mère ?
J’étais resté alors en France chez monsieur Nicolas pendant des mois Il y’avait
pas beaucoup d’espace donc je dormais à même le sol. Il m’avait beaucoup
aidé. Nicolas, c’était une personne qui m’aimait énormément. C’était mon
tuteur, mon père spirituel, même s’il était toujours un peu dans l’excès. C’était
un bon vivant qui transmettait des émotions positives.
J’avais mis en stand-by le foot. Je travaillais parfois comme ouvrier dans un
bâtiment. Mais un coup de pouce du destin allait lancer ma carrière. Un jour,
mon bienfaiteur avait invité à diner un ami à lui. C’était le recruteur du FC
Sochaux. Comme que le club était instable financièrement, il pouvait recruter
que des joueurs amateurs. Je n’ai pas laissé ma chance passé. Le lendemain je
suis parti faire les tests et ça s’était plutôt bien passé. Ils ont accepté de me
signer. J’étais fier de signer mon premier contrat professionnel à Sochaux à 22
ans. J’en avais informé ma mère, elle était aux anges.
Une semaine avant notre premier match en championnat, j’avais appelé ma
mère comme tous les jours. On était au téléphone et je lui ai dit : « Oui, je vais
bien très bien. J’ai bien travaillé pendant la semaine et c’est fort probable que
je sois titulaire samedi ». Je parlais avec une telle excitation. D’habitude, elle
voulait toujours que je la raconte comment ça se passait au foot, les
entrainements. Mais cette fois-là elle était bizarre. Elle a dit « Oui Salman, Oui
c’est bien mais est-ce que tu peux me faire une faveur ? »Je lui ai
répondu : « Oui, laquelle ? » Elle m’a dit « Prends soin de toi s’il te plaît ». Je
me souviens que j’étais perplexe. Genre, qu’est ce que Maman voulait dire ? Je
lui ai répondu : « Maman ? Oui, ça va. Je vais bien ». Il m’a dit : « Non, prometsmoi.
Tu peux me promettre ? » Je lui ai dit : Oui Maman, Je te le promets.».
Trois jours plus tard, elle mourait et j’avais compris ce qu’elle avait vraiment
voulu dire. Cette pensée me chagriner profondément car j’aurai voulu que mes
parents vivent encore des années pour me voir jouer à la télé, que mon père
puisse voir que j’avais réalisé son rêve.
Il m’avait fallu quelques mois avant de débuter la saison. Au début je jouais
avec tellement de rage en moi tant les événements de ma vie me
bouleversaient. Ma première saison en tant que professionnel, c’était
l’explosion. J’avais marqué 16 buts et participé à la remontée du club en ligue 1
française. Malheureusement, des retards de salaire ont coupé court mon
aventure à Sochaux. J’avais résilié mon contrat et me suis engagé avec Bastia.
En corse, j’étais le chouchou du public. On me surnommait « la main de Dieu ».
En quelques matchs, j’avais mis le public dans ma poche. J’étais le préféré des
tifosi sudistes. J’avais été désigné meilleur buteur de la saison, je faisais
chavirer toute la France qui me réclamait en sélection. Il fallait faire un choix
entre la France et le Sénégal. Pour moi, ce n’était pas une question de choix
mais une question de reconnaissance. Il me voulait quand personne d’autres ne
me voulait. Donc j’ai joué pour la France. En sélection, j’ai côtoyé de très
grands joueurs. Malheureusement, je n’ai pas pu participer à la coupe du
monde 2002 car j’étais blessé. Ce fut une grosse déception. Je commençais à
être inconstant sur le terrain, les tentations du milieu me dominaient. La
richesse attirait des amis. Je fréquentais des gens de mauvaise moeurs, je
commençais à boire, je passais mes nuits dans les boites de nuit d’ailleurs c’est
dans ces endroits que j’ai rencontré ma femme Rosalie. De fois je manquais
l’entrainement du matin et finalement on m’avait écarté du groupe même si le
club avait tenté de me couvrir en déclarant comme blessé. La vérité était bien
plus sombre : je buvais, j’étais obnubilé par l’alcool. C’était le seul moment où
je me sentais heureux. L’alcool avait ruiné ma carrière. J’avais chuté au
moment où le monde pensait que j’allais devenir l’un des plus grands joueurs
au monde. Finalement j’avais du mal à me trouver un nouveau club et j’ai du
arrêter. Mais je n’étais pas au bout de mes peines.
L’argent que j’avais eu à amasser se trouvait dans le compte de ma femme
Rosalie. Elle m’avait accusé de l’avoir violenter. Ce qui était totalement faux.
Elle a demandé le divorce. Ce qui me dégoûte au plus haut point dans cette
histoire est que c’était moi qui courait sur le terrain, qui me blessait, qui avait
des fractures et qui allait dans les salles d’opérations etc...Au final, c’est mon
ex-femme qui ramasse tout le pactole !!! Même à un esclave, on ne lui faisait
pas cela !
Bref, ma vie, je l’aurai intitulé Tarzan égaré en Europe. Je me suis donné la
mort, c’est pathétique mais j’étais fatigué, j’étais fatigué de toute la peine et la
souffrance que je me suis infligé. La culpabilité conduit à des remords
insupportables !!! Insupportables ! J’étais dans le noir».
Le vieil demeura silencieux un moment avant d’élever la voix :
_ Tu lances un cri en plein désert mais sache que faire une erreur est humain,
pardonner est divin.
Fin
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Image de Chahata Mahamat Brahim
Image de Marie Juliane DAVID
Marie Juliane DAVID · il y a
Waouh!
Une très belle aventure.
Mon soutien.
Merci d'avance de passer lire mon texte en cliquant sur mon nom tout en haut de ce commentaire. Le petit Junior vous attend pour vous faire part de ses mésaventures nocturnes.