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De Grands Changements

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Michael Darcy

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C’était d’abord un fourmillement, puis une brûlure.
On se sentait attiré vers le haut, le bas, l’intérieur et le dehors, puis la douleur s’installait. Tout cuisait au plus profond, la peau, la chair, les os; les veines ne tardaient pas à se dilater, puis se contracter dans un spasme atroce, charriant tantôt trop de sang, tantôt pas assez, vers le cerveau paniqué ne sachant plus que penser. A l’étroit dans la boîte crânienne percluse de souffrance de trop se voir compressée, la machine la plus complexe de la création se changeait en une éponge nerveuse, soumise à un essorage trop puissant.
Les tympans lâchaient avant de libérer un flot de sang immédiatement projeté dans l’air. Plasma, plaquettes, érythrocytes, leucocytes , thrombocytes et cytoplasme flottaient un temps sans retenue, se réunissaient fraternellement en de nombreuses balles rouges vives à demi solides, avant de s’écraser au sol. Alors elles reprenaient leur ronde, laissant de larges traces partout sur le sol, les murs et les différents objets composant la petite chambre d’hôtel, qui n’en serait bientôt plus une, comme tout ce qui l’entourait ne serait bientôt plus un monde.
C’est ce que compris Karl Forster lorsque ce qu’il avait anticipé se réalisa, pour dépasser son imagination en tout point. Il avait su ce qui arriverait ; il savait quand et comment (sous forme de base théorique et mathématiques), mais à aucun moment son imagination par nature pragmatique n’avait pu anticiper un tel déferlement de non sens physique. Il parvenait, malgré l’intense douleur et les sensations intolérables que son corps subissait, à analyser la déconstruction graduelle de ce qui l’entourait.
Forster s’efforçait de comprendre la vitre située en face de lui, à la fois opaque, bardée de reflets, lisse et tranchante comme un milliard de rasoirs. Il tentait de saisir le fastueux canapé noir dont le cuir brillait à présent, constellé de trous noirs semblables à de minuscules bouches hurlant silencieusement. Une photographie le représentant en compagnie de sa femme – il en conçu une ébauche de haine le temps d’un instant – prit des proportions gargantuesques et menaça de l’engloutir corps et âme, comme si le cadre était à la fois devant lui, en lui et dans son dos, avant de disparaître subitement en un minuscule point qui glissa en un instant dans l’infiniment petit, puis dans le néant.
Forster savait qu’un infime instant seulement s’était écoulé depuis le début du Changement, et qu’un simple instant le séparait d’un état dans lequel toute réflexion serait anéantie – explosion, implosion, déliquescence, déconstruction, remodelage, mutation ou plongée dans le néant, il serait bientôt libéré de son état actuel de souffrance globale, pour une paix éternelle de

Il est à la bourre. Sa tendance à appuyer très fort sur l’accélérateur s’en voit décuplée. Cent-vingt, cent-trente, avant que sa vieille Skoda – il se plaît à l’appeler sa Dolorean – commence à se plaindre du traitement. Il lève le pied, mais pas trop. Les essais vont commencer, et il a déjà manqué la table ronde, à moins que ses chers collègues ne l’aient attendu, ce dont il doute.
Très forts pour carotter mes projets, mais pas foutus de compter jusqu’à dix...
Il approche du CERN, et de son dôme marron trônant sur des kilomètres cubes de complexes scientifiques où se réalisait la nouvelle étape de l’humanité.
Cette putain de grosse bouse, ces cons de scientifiques ont vraiment des goûts de chiottes...
Il n’avait jamais apprécié le choix visuel du centre, et l’avait bien souvent exprimé, provoquant à chaque reprise une surprise mêlée de gêne chez ses interlocuteur à têtes d’œufs.
Alors les débiles, on s’éclate bien sans tonton Karl ?
« Bonjour à tous et veuillez me pardonner pour le retard !
Sa décontraction met tout le monde mal à l’aise, comme d’habitude..
« Je vois que vous m’avez attendu, trop aimable à vous, je vous invite à démarrer sur le champ les tests...
Quelque chose l’interpelle tout à coup dans la scène... Un détail sans doute... Forster a le souffle coupé par une terrible sensation de déréalisation. Ce sentiment ne lui est pas étranger, mais contrairement aux épisodes très passagers, sans doute liés à sa consommation décomplexée d’alcool et d’herbes exotiques, celui-ci semble persister.
T’as vraiment forcé cette nuit, tu perds les...
En bout de table, renfrogné dans son siège, le détaille d’un œil assassin Robert Kirshmann, professeur en physique des particules et abruti fini, responsable de nombre de ses coups d’éclats et beuveries de décompression.
Kirshmann, le toise un long moment, puis se lève. Son visage empourpré vomit un flot ininterrompu de paroles que Forster interprète comme mal intentionnées, au détail près qu’aucun son ne s’échappe de la bouche lippue du chercheur obèse.
Détail important, Robert Kirshmann est mort en 2011, d’un accident de voiture sur la route de Meyrin, à quelques kilomètres seulement de la Grosse Bouse Marron. On évoqua à l’époque un infarctus foudroyant, lequel semblait l’avoir tué avant même que son corps ne soit éjecté du véhicule et ne se disloque en se traînant sur une cinquantaine de mètres de bitume.
Quand à la Grosse Bouse Marron, elle avait été remplacée depuis une bonne dizaine d’années par un immense neutron d’argent – ou dans le langage Forsterien, une Chatoyante Burne Argentée.
La nausée le prend, l’impression de perdre pied le submerge. Quittant la grande salle lumineuse pour se réfugier au toilettes, son poids le trahit, il s’effondre, se relève tant bien que mal, avec l’aide d’un tentacule métallique émergeant de la chemise à manches courtes de Steve Vincent, un américain d’abord sympathique et possédant une remarquable Mustang Shelby, mais dont il n’avait jamais compris la fonction ni l’utilité au sein du CERN. Le tentacule s’enroule autour de son bras et le serre, Steve, à l’autre bout du tentacule, à l’air profondément inquiet.
« Karl, qu’est ce qui ne va pas ? Si c’est ce qu’a dit Robert, tu sais qu’il ne faut pas le prendre au sérieux. C’est un colérique, mais...
Steve s’interrompt brusquement, le visage pâle comme un globule blanc. Il fixe ce qui devrait être son bras, mais qui a désormais l’apparence d’une poutrelle de titane, douée d’une vie propre. Forster comprend qu’il ne pourra pas se dégager de l’étreinte et s’apprête à hurler quand Kirshmann, écarlate, déboule dans le couloir, toujours hurlant dans le plus grand silence, cette fois manifestement de terreur, alors que son cœur, toujours battant, émerge de sa gorge dilatée, avant de battre deux fois et d’éclater... pour instantanément se reconstituer et reprendre de force sa place d’origine.
Sentant l’emprise du tentacule se relâcher, Forster s’éloigne de Steve en l’observant se liquéfier en à peine une seconde, a l’exception des yeux, et de ce qu’il interprète rapidement comme étant des testicules.
Tout ce qui est rond est épargné ! Il y a une logique dans ce bordel...
Dans la salle de réunion, les participants sont assis sagement autour de la table, tous reliés les uns aux autres, par un bras, un cou hypertrophié ou par les yeux, deux nerfs optiques s’étant distendus sur le diamètre de la table, soit environ quatre mètres.
Au dehors, la Grosse Bouse Marron flotte tranquillement au dessus de l’horizon, portée par le vent ou par sa propre volonté, dessinant un arc de cercle gracieux, alors que Forster s’agenouille, impuissant, et que lui revient comme en rêve une image de lui-même, souriant, en compagnie d’une femme blonde qu’il n’a jamais connu...

« Tu es le pire de tous les sombres enfoirés que j’ai pu croiser dans ma courte vie, et crois moi, Karl, j’en ai vu défiler, des lâches, des idiots, des violents, des fous, des perdus, des impuissants, des alcooliques...
Elle parlait comme elle écrivait, froidement.
« Mais tu es le seul à réaliser l’exploit de réunir toutes ces qualités. Je me demande encore comment j’arrive à supporter chaque seconde en ta compagnie.
Karl n’avait jamais pu lui tenir tête. Elle pouvait continuer des heures, des jours à déverser sur lui sa haine comme autant de coups de fouets, il demeurait silencieux. Il n’était que trop conscient du fait que, malgré la violence des attaques, chacune était justifiée.
Florence plaçait les coups avec science.
« Regarde moi dans les yeux et dis moi que tu n’as pas bu toute la nuit avec ta pute et que tu t’es retenu de la baiser par respect pour moi. Dis le moi dans les yeux et je te jure que je te tue sur le champ.
Elle ne plaisantait pas, alors il se tut, comme le gamin qu’il n’avait jamais été, pris la main dans le sac par la mère qu’il n’avait jamais eu.
« Florence... bafouilla-t-il maladroitement.
Il ne s’était pas attendu à la voir s’effondrer dans un sanglot. Elle se reprit très vite et disparu dans la salle bain. Il entendit les sons étouffés des sanglots, et il crut deviner des vomissements.
Une partie de lui était fascinée par l’intensité émotionnelle déclenchée par ses actes. Il analysait avec une froideur clinique l’effet des cercles concentriques de son existence sur un autre être humain. Comment le fait que lui, son corps, à un endroit donné de la nuit précédente, en compagnie d’un autre exemplaire des cent-huit milliards d’humains ayant existé sur Terre, pouvait-il amener à tant de souffrance ? Cela lui échappait totalement.
Il aimait cette femme, même s’il était parfaitement incapable de comprendre une seule seconde sa souffrance. Il ne pouvait que la théoriser, la modéliser, croiser les nombreuses données, psychologiques, sociologiques, biologique, et s’incliner devant l’évidence des réactions de sa compagne.
Il avait compris et accepté depuis bien longtemps le fonctionnement de son propre esprit. Après des années à se persuader qu’il en était dépourvu, il avait décidé de s’en construire un. Ainsi, dans chaque facette de sa personnalité et la façon dont les autres le percevait, rien n’était à proprement parler « naturel ». Il connaissait l’impact d’une intonation, d’un haussement de sourcil. Dans l’enchaînement des réactions humaines face à son comportement, il prévoyait plus de coups que le meilleur des joueurs d’échecs.
Le plus dur dans l’affaire était de ne pas se prendre pour Dieu. Mais il avait trouvé la parade : une bouteille de whisky le ramenait en général à des considérations humaines, la béatitude absolue étant pour Karl de ne plus trouver sa queue pour pisser.
Les machines aussi se délectent d’animalité... pensa-t-il, devant le spectacle de sa femme, défigurée par des rivières de mascara courant le long de ses pommettes saillantes.
« C’est terminé, Karl. Je te souhaite le meilleur.
Le mascara continuait de couler le long de ses joues, il atteignait son cou à présent. En réalité, de longues traînées noires se formaient sur le visage de Florence, et sur son corps. Ses mains présentaient des tâches, elles aussi parfaitement noires, qui grandissaient à vue d’œil.
Il pensa un instant à un retour d’alcoolémie, peut-être une crise de delirium à retardement.
Puis Florence commença à hurler.
Le cri ne s’était pas encore interrompu alors qu’elle finissait de se recroqueviller en une minuscule poignée de cendres noires, sifflant comme un escargot sur le grill.
Devant l’immense miroir du séjour, Karl Forster contemplait son propre corps, noir brillant de la tête aux pieds.Quand la matière organique noire commença à se contracter, il hurla à son tour.
Autour de lui, dans l’immeuble et dans la rue en contrebas, de multiples voix s’élevèrent en cri puissant de douleur partagée.
Dehors, le monde se dévorait lui-même.

*

Il a quarante et un an, et son corps en a neuf. L’immensité d’une friche industrielle l’entoure. Il aime cet endroit, il l’avait aimé si fort, il allait chercher désespérément la solitude et le calme au milieu des blocs de bétons et des enchevêtrements de poutres tordues enlacées les unes aux autres. Une végétation grise avait repris ses droits et envahissait lentement chaque espace libre. Le lierre-fauve s’entêtait à escalader le mur rongé de l’usine désaffectée, et Karl, désorienté, s’assit sur la terre.
La sensation étrange d’habiter à nouveau un corps d’enfant le fascinait, et tout lui revenait par bribes, l’accélérateur, le désespoir hargneux, Florence, sa propre auto-destruction. Combien de temps avant que le monde change à nouveau autour de lui, que son corps commence à se tordre et à muter, combien de temps avant d’être à nouveau projeté dans le temps, avec une partie de ses souvenir, ou aucun. Il savait avoir commis un terrible, un définitif faux-pas, sans espoir de retour en arrière. Il avait voulu en finir mais s’était plongé dans un enfer intime et sans fin.
Les voix derrière lui, familières, pré-adolescentes, se rapprochaient, et il savait à qui elles appartenaient ; il connaissait l’issue de cette scène, le drame à l’origine du reste de sa vie, l’humiliation responsable de sa coupure du monde des hommes pour un dialogue intérieur, riche de possibilités, auto-suffisant, comme un autisme volontaire ayant marqué son enfance, avant qu’à la fin de l’adolescence, il apprenne à faire semblant et construise un personnage à la fois attachant et détestable, que les autres connaissaient sous le nom de Karl Forster.
Les trois adolescents arrivaient à sa hauteur, et il n’aurait pu réagir autrement qu’à l’époque, il se recroquevillait déjà, comme l’enfant qu’il était, en attente des coups, des insultes, de la terre et des éclats de béton dans la bouche, et enfin le pire, la douleur, la peur, la paralysie totale sous le choc de la violence de son corps profané et souillé.
Cette fois, le monde ne changea pas.
Ce n’est que bien après, allongé à plat ventre à demi-nu, dominé par le bâtiment plus sombre que le ciel étoilé, qu’il ravala ses larmes et se redressa, comme trente ans auparavant. Il marcha, droit vers le fossé envahi de ronces et plongea pour se perdre, dans l’obscurité rassurante de l’ancienne bouche d’évacuation désaffectée.
Soudain il se senti à nouveau lourd et rouillé, et sut qu’il était de retour dans le corps adulte qu’il avait, toutes ces années, malmené et torturé, dans un rappel inconscient de son martyre originel.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, il était dans une chambre d’hôtel. La pièce lui était inconnue, mais il reconnu la rue, sans pouvoir toutefois mettre un nom dessus. Spartiate, la pièce comportait un canapé de cuir noir manifestement convertible en lit d’appoint, une table ou trônaient une lampe de faible intensité et un cadre, encadrant une photographie étrange.
Il souriait et une femme le regardait.
Florence...

Ce fut d’abord un fourmillement, puis une brûlure...

*

Steve Vincent fixait la porte de l’accélérateur de particules. Il venait régulièrement depuis l’incident, et se recueillait, conscient de l’étrangeté de la chose. Contrairement à la plupart des chercheurs, il avait aimé Karl Forster. Les autres, guidés par leur Ego, n’avaient su reconnaître, du moins à haute voix, le génie du chercheur.
L’immense salle était vide, et Vincent serrait les dents. Pourquoi avait-il fallu que Karl en arrive là ? Évidemment, il avait toujours eu un comportement atypique, tantôt fermé et circonspect, vociférant l’instant d’après pour une raison futile, mais son génie s’exprimait sur les tableaux noirs, où ses équations interloquaient systématiquement l’ensemble des chercheurs par leur complexité.
Vincent, lui, l’avait toujours suivi, et l’exactitude des calculs finissaient toujours par s’imposer à lui. Il avait compris très vite où allait Forster, et malgré la folie apparente du projet, Vincent avait compris qu’il était sur la bonne voie, et avait suivi son travail, sans pour autant entrer réellement dans le développement.
Forster ne travaillait pas en équipe. Il allait bien trop vite.
Alors, quand les équipes avait rejeté son projet pour de vagues raison éthiques, mais surtout pour des motivations personnelles, Forster avait craqué. Lorsque Kirshmann était mort, foudroyé par une attaque, tout le monde au CERN s’était empressé de mettre ça sur le compte de Forster. Ses provocations étaient allées trop loin, plus personne ne voulait le suivre. Vincent, lui, l’aurait suivi, mais un chercheur ne pesait pas lourd quand trente autres validaient un ostracisme.
Le jour où sa femme l’avait quitté, Forster avait appelé Vincent. Surpris, le jeune chercheur avait tenté de lui parler, mais très vite, l’évidence s’imposa à lui : Forster était fini. Saoul et désespéré, il avait réussi à ouvrir l’accélérateur, programmer la fermeture de la porte et l’activation du collisionneur. Vincent ne pouvait qu’imaginer sa dernière seconde de conscience avant que les conditions du Big Bang ne l’atomise.
Mais ses particules, éclatées et pulvérisées, étaient en théorie toujours dans la machine, qui n’avait pas été ouverte depuis. Forster était encore en quelque sorte prisonnier, le tube étant d’une étanchéité quasi absolue. Vincent serra les dents.
Ils allaient voir ce qu’il en était de pulvériser les génies. Eux, dans leur médiocrité, avaient refusé au monde la possibilité pour l’humanité entière de se libérer de la faim, des contraintes d’énergie. L’Homme aurait pu voir au-delà de son atmosphère, abolir les distances, lancer de fascinantes explorations, s’installer dans d’autres biosphères ou dans le vide de l’espace, et devenir d’autres humanités.
L’Homme avait failli répondre à la Question Ultime et trouver Dieu.
Mais Forster avait brûlé ses travaux, réduit l’intégralité de ses disques-durs en miettes. La moindre de ses clés USB avaient été retrouvées en bouillie ou brûlée, elles aussi, et irrécupérables.
Vincent entra dans le poste de contrôle et programma l’ouverture de la porte.

*

Au volant de sa Ford Mustang Shelby, Steve Vincent regardait le paysage défiler. Cent, cent quatre-vingts, deux-cent dix kilomètres heures sur l’A43 déserte, un beat rock poussé à autant de décibels, il chantait à tue-tête sans entendre sa propre voix. Des larmes coulaient le long de ses joues, mais il était heureux. L’humanité était libre, grâce à lui, grâce à Karl Forster, libre de ses lois physiques, libre de sa logique et de ses règles.
Forster et lui avaient finalement travaillé en équipe.

Alors que la Mustang fonçait droit vers un abîme circulaire parfaitement noir qui allait en s’élargissant et que la végétation, à perte de vue, se liquéfiait, Vincent eu le temps d’apercevoir, dans le rétroviseur à l’arrière de sa tête, un neutron d’argent portée par le vent ou par sa propre volonté, dessinant un arc de cercle gracieux.
Puis tout changea.
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Barzoï · il y a
J'aime votre travail Michael D'arcy, Un excellent moment de lecture.
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